‹ Correspondance inédite de Grimm et de DiderotChapitre 28 sur 45 · SUR LES ÉCONOMISTES · texte numérisé non relu

SUR LES ÉCONOMISTES

A Paris, ce i5 fc'vricr 1768.

U /aut conipft^r la (Çpngrég^tipj) d«« pauvres d'esprit ^X çinipl^ de oqsur rç^^^mblés dans la sacristie de M. le marquis d# ^\v^^\x spn$ l'étiepdard du docteur François Que3naiet spMs]e tif;re S économistes poUtiques et ruraux y Winombr^ die 0es confréries religieuses, qui forment \mr doU^ipation dlins l'obsouriljé et qui ont déjà npe fpnlfi 4$ prosélytes 9 lorsqu'on «pnunençe à s'aperc^yoir d^ l^w pripjet et de leurs ientreprises. Le vieusc Quesn^:! ^ tout^ les qualités d'un chef de secte. Il a £piit de m doçtrii^ un mélange de vérités communes e( de^ vjsioni^ obsoures. Il écrit peu lui«*méme , el s'il éer^ti ce n'e^t p£|s pour être entendu. Le peu qu il nous .a n^anife^té Ini^nême de ses idées est un^ apocalypse inintelligible ; la ii>asse de sa doctrine qui s'appelle dans

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le parti la science tout court et pa^^excellence, est répandue par ses disciples, qui ont toute la ferveur et toute rimbécillité nécessaire au métier d'apôtre. Leur, admiration pour le maître est sans bornes, et ce qui est toutà-fait naturel , c'est que son mépris pour ses disciples est sans mesure. Il aime à les humilier lorsqu'ils sont asseoiblés autour de lui bouche béante pour écouter ses oracles ; et il ne se cache pas dans sestête-à-téte avec les postulans et les novices , ou avec les députés . des provinces et des pays étrangers , du peu de cas qu'il fait des interprètes de sa doctrine. Le ton cynique qu'il a pris convient encore très-bien à un chef de secte» Lorsque, en qualité de médecin de madame de Pompadour, il était logé dans l'entresol de son appartement de Versailles , il avait choisi le rôle d'homme sévère et de frondeur de la cour j et ce n'est pas la plus mauvaise tournure que l'ambition puisse prendre : la flatterie et la bassesse même l'ont souvent choisie avec succès pour parvenir à leurs fins.

La folie du docteur Quesnai serait de jouer en Europe le rôle que Confucius a joué à la Chiné, et de produire une révolution , ou du moins de créer une secte nombreuse et répandue dans tous lés pays , par un mélange de principes d'agriculture, de gouvernement et de morale , et par des lieux communs que personne n'ignore , mais dont la trivialité nous est dérobée sous un style emphatique et louche ou par une exagération extravagante et outrée. C'est sous ce point de vue et avec ces armes que ses disciples prêchent la science du maître; il a senti du moins que ce n'était pas le nioment où l'on réussirait à former une secte par de nouvelles

opinions religieuses,- ou en réformant les anciennes. Mais devait'ilse flatter d'établir une secte quelconque, dans un siècle où personne n'est cru sur sa palrole, oîi personne n'est dispensé de produire ses titres;, où l'esprit de discussion est porté au plus haut degré de U-* î^erté, 6ù les Voltaire et les Montesquieu, les Biiffon et les Diderot nous ont accoutumés à une réunion de génie et de goût, de clarté et de raison, qui caractérise un siècle éclairé? Oui , sans doute : le ténébreux Quesnai -et ^es barbares apôtres réussiront à jouer pendant quel* que temps un rôle, même dans le siècle de Voltaire. La ferveur et l'opiniâtreté viennent toujours à bout de leurs entreprises. Il existe parmi les hommes de tous les temps, une classe d'esprits faibles et rétrécis créés pour la conquête de ceux qui ne dédaignent pas de s'enetnparer^ et cette classe est peut-être de toutes la plus t^onsidérable. Le besoin et la facilité de jouer un rôle dans un parti lui attirent, dans sa ilouveauté, encoref un grand nombre de prosélytes que leur nullité aurait retenus dans la foulé. Il faut des associatidns aux hommes d'une, certaine tournure ; dans les pays où ils ne peu* vent plus se faire moines, ils se font quakers, ou métho- <listeSy ou herrnhuter, et dans les pays où la religions fkit son temps, ils se réunissent en confréries politiques^ ou philosophiques , ou littéraires ; les éconotnistes sont tes pii^iètes de la philosophie.

Il est vrai que la secte des économistes politiques ne fera pas grande fortune à Paris; il y faut trop de preuves pour justifier sa mission: mais elle étendra ses conquêtes dans toutes les provinces du royauitie. Ëllen déjà un parti considérable en Suisse. La fortune déa

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sectes commeDce toujours par la populace, et la populace littéraire est aussi nombreuse qu'aucune autre. Il est vrai que le livre de V Ordre essentiel et naturel des sociétés politiques j qui devait produire une si grande révolution dans toute l'Europe, est tombé dans un discrédit total ; mais cet échec n'est que l'effet d^une anibi«> tlott démesurée. Si le livre de M. de La Rivière n'avait pas été annoncé avec trop d'emphase.; si l'attteur n'a» fait pas eu un inoment la sottise de vouloir s'égaler au pi'ésident de M ontesqoiea et même renverser la statue de ce grand homtne,son ouvrage aurait été pigéavec moins de rigueur, et il aurait pu même conserver une certaine réputation. Cest, à mon avis, un des plus mauvais livras qui aient été &its de notre temps; mais il en aurait imposé à un grand nombre d'esprits superficiels par cfe faux air dé logique et d'eachatnement d'idées qu'il affecte, et qtii MUvre au fond un tissu de sophismes d'une platitude révoltante. Il Êiut même dire la vérité : quoique cet ouvrage soit eutièti^ment tombé, beau<H>up de personnes id'imagiuént qu'il iie peut avoir été annoncé si magnifia quement et avec tant de confiance, sans valoir quelque chose. Ils s'en prennent de son mauvais succès à la platitude du style, et ont bien de la peine à ne pas croire qu'il ne manque pas de mérite du coté de la logique et de l'enchaîuement des idées : c'est«À-dire que ce qui me le fait particulièrement mépriser, c'est tout juste sur quoi ees gens-là fondent son apologie»

M. l'abbé de Mably Fa cru si dangereux par ce côté, qu'il â jugé nécessaire de lui opposer un ouvrage tout eiprèspour le réftiter. Cet ouvrage est intitulé : Doutes proposés AUX Écortùmisies.

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