‹ Correspondance inédite de Grimm et de DiderotChapitre 33 sur 45 · La cour de Brunswick. 3. Le prince héréditaire · texte numérisé non relu

La cour de Brunswick. 3. Le prince héréditaire

|>E GKIMM ET DIDEROT. a 87

de Briioswick , un margrave de Bade, après avoir honore de ces distinctions de simples particuliers^ restent tout aussi grands seigneurs qu'auparavant; du moins , suivant le rapport des observateurs les plus exacts des baromètres politiques y on n'a pas remarqué que la morgue de l'étiquette ait ajouté, depuis quelque temps, une ligne à la véritable grandeur d'un prince.

Que vousdirai-je, mes frères, de Berlin et de Vienne, de ces deux puissances principales de l'Empire? J'ai vu ce roi guerrier et philosophe, guerrier jouissant dans le repos de la gloire de ses travaux , philosophe assis sur le trône sans faste , monarque dont le nom ne peut peut être prononcé en ce lieu sans le plus profond respect , et qui , s'il n'était pas le premier homme de son siècle, sers^it encore par ses talens et ses écrits une des plus grandes lumières de l'église universelle. Je l'ai vu simple , parce que la véritable grandeur l'est toujours ; aussi profond dans l'art de plaire que dans l'art de vaincre; jouissant par un bonheur sans exemple de l'hommage libre et volontaire des rivaux de sa puissance que son génie a eus à combattre; et, ce qui doit principalement nous intéresser, honorant cette Église d'une bonté et d'une protection particulières, accordant , prodiguant à soumissionnaire les marques les plus précieuses de sa bienveillance royale. J'ai vu son frère , le compagnon de ses travaux, l'émule de sa gloire, ce Henri qui à la réputation d'un des plus grands capitaines joint la réputation plus touchante d'un héros plein d'humanité et sensible à l'excès à tous les genres de mérite. J'ai vu son neveu, l'héritier de son trône, à qui cette nation doit une reconnaissance particulière pour l'af-

a 88 CORRESBOICDANCE HfiDlTE

feçtion qu'il lui porte, et qui (en ma quaUl^ de prophète, vous êtes obliges 9 mes frères, de m'en croire) saura bieh soutenir un jour la fortune et la haute considération que la maison de Brandebourg s'est acquises.

Si j'ai eu le malheur de ne pas voir ce jeune empe* reur, votre plus chère espérance, j'c^e me flatter que nos chefs n'ont pas jugé mon voyage de Vienne absolument inutile , et qu'ils ont reconnu dans mon compte rendu que le salut des monarchies catholiques pourrait bien venir de l'Orient,, comme cette étoile qui conduisit les trois rois à Fétable de Bethléem, d'oîi ils ont tiré cette haute renommée qui les a transmis à la postérité sur toutes les enseignes des auberges et bons logis à pied et^ à cheval. En effet, c'est dans les États de k domina* tion autrichienne qu'il est arrivé une des plus grandes et dés plus étonnantes révolutions de notre temps; malgré deux guerres aussi longues que dispendieuses , le souffle de la vie a pénétré dans toutes les parties de l'administration et du gouvernement, et les a pour ainsi dire régénérées. J'y ai joui de la douce satisfaction d'entendre regretter un monarque par sa cour comme un ami espère l'être par son ami. Il y a plus de quatre ans que l'empereur François n'est plus, et son nom n'est pas encore prononcé à Vienne sans un attendrissement subit et universel. O doux et sublime panégyrique, quelle gloire peut t'être préférée! Sa veuve a mérité les hommages de l'univers. Cestsous son règne qu'un ministre éclairé et sage ' a pu déployer ses talens pour le soutien et l'affermissement d'une nouvelle

Page 1