‹ Correspondance inédite de Grimm et de DiderotChapitre 42 sur 45 · LES GÉNÉRAUX DKS AUTRES MOINES AU PAPE · texte numérisé non relu

LES GÉNÉRAUX DKS AUTRES MOINES AU PAPE

Jube ergo custodiri sepulcrum , ne veniant discipuU ejus , et furentur eum et dicant plebi : Surrexit à mortuis ; et erit nouissimus errorpejor priore.

LE PAPE anx moines.

Ite ergOj et custodite sicut scitis.

J'ignore ce que Clément XIV compte faire définitivement des Jésuites après trois ans d'incertitudes et de négociations ; mais en attendant il est fort aimable avec les hérétiques. M. et madame de Saussure, de Genève , se trouvent dans ce moment-ci à Rome. Ils ont été recommanda à M. le cardinal de Bernis. Ils avaient grand désir de voir Sa Sainteté , et le Pape s'y est prêté, en se laissant rencontrer dans un jardin. Il a em-

brassé de la meilleure graçe du monde madame de Saussure, qui est fort jotie , et lui a dit: «Je ne fais pas peut-être trop bien d'embrasser ainsi une hëré* tique ; mais j'en demanderai ce soir l'absolution au cardinal deBernis. ]»Cela n>e rappelle le trait de Benoît XIV de chaînante mémoire. On lui nomma un jour les différentes personnes qui se trouvaient dans son antichambre. Il y avait des cardinaux^ des prélats de toute espèce et un Genevois. «Faites entrer l'hérétique, dit le Pape; il doit s'ennuyer dans mon antichambre, tandis que les autres s'y sanctifient. » Benoit XIY, en s'entretenant avec M. le comte de Strogonoff , lui dit : « Vous êtes un peu schisma tiques, vous autres Russes.^ — Pardonnezmoi , Saint'Père , lui répond M. de Strogonoff , nous sommes orthodoxes ; c'est vous qui êtes schismatique. -—Voilà la première fois, réplique le Pape en riant ,-qu€ je me le suis entendu dire. » Remarquons en finissant que si quelqu'un avait prédit, il y a quinze ans, que ver> la fin de l'année 177a les Jésuites n'auraient d'autre ressource que de se recommander à la protection du roi de Prusse , il aurait indubitablement passé pour fou; tant on se trouve souvent tout contre de très-grands événemens sans e» avoir le moindre soupçon.

DEUX LETTRES DE M. DE BUFFOrr.

EXTBAIT U*UNE LETTRE A M. LE COMTE d'aKÔIVILLERS.

A Mouthar, ce 17 noTembre 1773.

Ah! ({ue VOUS avez un digne et respectable ami dans M. Necker! — J'ai lu deux fois son ouvrage. Je me

trouve d'accord avec lui sur tous les points que je puis entendre. Ses idées sont aussi simples que grandes; ses vues saines et très-étendues, et tous les économistes ensemble, fussent-ils protégés par tous les ministres de France, ne dérangeront pas une pierre à cet édifice, que je regarde comme un monument de génie. Je n'ai regret qu'à la forme; je n'eus pas fait un éloge. académique, qui ne demande que des fleurs , avec des matériaux d'or et d'airain. Colbert mérite une partie des éloges que lui donne M. Necker; mais certainement il n'a pas vu si loin que lui ; d'ailleurs , l'auteur a ici le double désavantage d'avoir ses envieux particuliers, et en même temps tous ceux qui cherchent à borner l'Académie. En un mot, je suis fâché qu'un aussi bel en* semble d'idées n'ait pas toute la majesté de la forme qu'il peut comporter. Les noies sont admirables comme le reste; la plupart sont autant de traits de génie, ou de finesse, ou de discernement. Le style est très-mâle, et m'a beaucoup plu malgré les négligences et les incorrections , et les pitoyables plaisanteries que les femmes ne manqueront pas de faire sur les joui&r sances trop souvent répétées.

BXTRA.1T D UHE LETTRE A M. HECKER.

Même<^ate.

Je n'avais jamais rien compris à ce jargon d'hôpital de ces demandeurs d'aumônes que nous appelons économistes, non plus qu'à cette invincible opiniâtreté de nos ministres ou sous-ministres pour la liberté absolue du commerce de la denrée de première jaécessité. J'étsiis

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bien loin d'être de leur avis , mais j'étais encore plus loin des raisons sans réplique et des démonstrations que vous donnez de n'en pas être. J'ai lu votre ouvrage deux fois , je compte le relire encore , c'est un grand spectacle d'idées et tout nouveau pour moi, elc.

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