‹ Correspondance inédite de Grimm et de DiderotChapitre 8 sur 45 · CORRESPONDANCE IJ^ÉDITE · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCE IJ^ÉDITE

tion : a Ayez du génie : ne soyez pas un homme ordinaire; mais comme le^génie ne se commande pas, tout ce que nous pouvons faire , est de crier bien haut et sans relâche, afin qu'on nous entende : a Princes , soyez justeâ oc et bons, et vous serez Tamour de vos peuples et la « gloire de l'humanité. Votre situation supplée à a tout , elle vous olfre mille occasions et mille moyens oc par jour de faire le bien. Avec la justesse dans les oc idées , et Tamour des hommes dans le cœur , un prince o ne saurait manquer d'être un grand monarque....» Venons au portrait de Louis XIV , dont le mérite a été tant exalté par les uns et tant contesté par les autres. Je remarque, en général, un défaut dans nos faiseurs de portraits ( je ne parte pas de ceux qui ne savent qu'entasser des phrases , et dont les portraits ressemblent aux pastelles des peintres , où les plus belles couleurs sont dispersées au hasard et sans dessein , mais ceux de nos historiens qui savent manier le pinceau), ont presque tous la fiireur de peindre ou en beau ou en laid ; cependant la vérité est le plus souvent entre ces deux extrémités. Notre auteur, par exemple, a pris à tâche de représenter Louis XIV en beau ; il commence par distinguer en lui le conquérant et le prince : cela est bien. Il abandonne le conquérant , cela est adroit. Le conquérant a a$sez de qualités brillantes pour se Êiire pardonner ses écarts. Mais toutes les qualités de Louis XIV , comme prince, sont, au gré de notre auteur, autant de vertus dignes de notre encens, et les faiblesses et les défauts, des taches légères qu'on ne lui doit pas imputer. Voilà où l'amour de la vérité commence à murmurer. Il y a loiq de l'indulgence à

excuser un défaut, à la louange. I^a mauvaise éducation de Louis XIV peut mériter qu'on lui passe quelques défauts; mais elle ne peut jamais lui servir d'éloge des vertus qu'il n'avait pas.

Tous les hommes j et les princes plus que les autres, sont exposés plus ou moins aux dangers d'une nuiuvaise éducation , et à ses funestes effets ; mais le plus grand homme est celui sur lequel elle, a le moins de pouvoir et qui a le moins souvent besoin d'indulgence. Je voudrais donc que no» historiens eussent pour la vérité seule cette prévention avec laquelle ils s'affectionnent pour leurs héros, moins , je crois , pour rendre justice à qui il appartient , que pour se faire honneur de leur choix. En suivant mes conseils , ils établirai^it leur réputation beaucoup plus solidement , et celle de leurs héros aussi. On n'aurait jamais si fort attaqué les qualités personnelles de Louis XIV si les flatteurs ne les avaient si ridiculement exagérées , s'ils avaient su le louer sans outrager les autres puissances de l'Europe. Quand je lis à la porte Saint -Denis : Emeadatis Belgis , pour avoir corrigé les Hollandais , je ne puis m'empêcher de mésestimer un prince qui souffre que ses sujets le traitent en pédagogue d'un peuple libre; et cet arc, élevé après la fameuse expédition deHollailde, biçn loin d'être un monument de la gloire de Louis XIV, la ternit à mes yeux. Il ne.feut donc pas que notre Suisse vienne me dire que la vanité et Ijorgueil de Louis XIV n'étaient pas des défauts en lui , mais l'ouvrage de ses flatteurs. Il faut dire tout au contraire que ce goût démesuré pour la louange et pour la flatterie, qui , quelque ingénieuse qu'elle soit, ne va

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jamais sans bassesse , était un défaut terrible dans le caractère de Louis XTV; qu'il est même tout-à-fait opposé à l'amour de la gloire qui anime les grands hommes; et puis il faut chercher dans les autres qua-r lités de ce monarque de quoi lui faire mériter de l'indulgence pour celle-là.... Au reste, le parlement de Paria ne sera nullement content de notre auteur. Ce n'est pas qu'il n'ait à peu près raison dans ce qu'il dit surl'auto-r rite et les droits de cette cour ; mai^ il va sans doute trop loin en soutenant que l'abaissement des parlemens est nécessaire à la constitution du royaume. Tout ce qui mène directement au despotisme, bien loin d'être nécessaire à la conservation de quelque État que ce soit , lui est tout au contraire diamétralement opposé ; et quand même le droit des parlemens d'arrêter le roi par leurs renK)ntrances serait encore plus vague et plus contesté qu'il n'est, il serait toujours à désirer, pour la vraie gloire du roi et le vrai bien de l'État , que ce droit subsistât. Ce n'est pas qu'au fond les conseillers au parlement soient plus animés par Tamour du bien public que les ministres du roi) mais cpmme malheureusement l'empire de la vertu n'est pas assez fort pour nous porter au bien sans autre intérêt, tout ce qu'on peut désirer pour le salut d'un État , c'est que les intérêts des difFé^ rens ordresquile composent soient si bien croisés, qu'ils puissent se contenir réciproquement dans leurs bornes , et que les passions des uns mettent des entraves néces* $aires aux passions des autres....

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DE L'iCOLB MILITAIRE,

À Parla, ce i^rairril 1755. »

Il a paru cet hiver une lettre d'un ancien lieutenantcolonel, sur r Ecole militaire , qui ne me fera pas changer d'opinion sur la nature et l'utilité de cet établissement. A en croire la brochure de ce prétendu vieux militaire, l'école militaire est, de tous les établissemens de France, le plus beau, le plus grand, le plus avantageux. Si j'en crois la raison, qui vaut bien le suffrage d'un lieutenant-colonel , quelque ancien qu'il puisse être, l'Ecole militaire n'est rien de tout cela; c'est un établissement très-somptueux dont les avantages ne seront jamais en proportion avec les sommes immenses qu'en coûteront l'entreprise et l'entretien. II est bien singulier que , dans un siècle aussi éclairé que le notre, on songe encore à enfermer les jeunes gens dans de vastes bâtimens, à leur donner une éducation à laquelle la pédanterie préside , et qqi ne peut convenir tout au plus qu'aux moines, de tous les hommes les plus inutiles et les plus nuisibles à la société... Il est vrai que dans l'École militaire on joindra à la pédanterie des collèges les exercices nécessaires à ceux qui se destinent au métier des armes. Mais quel sera l'avantage qui résultera de tout cela? L'éducation des cinq cents gentils-* hommes qui formeront cette école , se fera tant bien que mal , et coûtera au roi et à l'État des millions. A la première guerre, la moitié de cOs jeunes gens périront,

lo correspondance: iniSdite

et nos millions avec eux Ne serait-il pas bien plus

beau de songer à donner une éducation convenable à toute la noblesse du royaume à la fois et à tous les jeunes gens qui entrent dans le service. Pourquoi ne songe-t-on pas à occuper le jeune officier qui mène dans la garnison une vie insipide et oisive ? Continuellement exercé dans toutes les parties de son art, et par une gradation avantageuse à tous, suivant laquelle celui qui serait plus habile montrerait à celui qui serait moins avancé , l'officier, que la vie de garnison rend aujourd'hui si maussade et si insupportable, deviendrait bientôt instruit, capable, et même aimable. Il est vrai que, suivant cet arrangement , nous ne verrions pas à Paris un beau et vaste bâtiment avec l'inscription : École militaire ; mais l'exécution de mon projet épargnerait au roi quelques millions , et au lieu de cinq cents particuliers qui, au sortir de cette école, oubheront bien vite dans la garnison ce qu'il a coûté tant d'argent au roi de leur faire apprendre, toute la noblesse du royaume aurait part aux soins du monarque, et serait élevée convenablement; et l'oisiveté, si pernicieuse aux hommes de tous les états , serait proscrite de toutes les garnisons. Les ingénieurs dispersés dans toutes les places de guerre semblent n'attendre que le signal et les ordres du roi pour instruire le jeune officier. Combien cela coûterait peu d'argent , et combien cela serait utile dans tous les sens! Ainsi les anciens lieutenans-colonels auront beau faire des brochures en faveur de l'Ecole militaire, et faire leur cour aux protecteurs de cette entreprise par des éloges fades et qui font mal au cœur, il n'y a pas apparence que les

philosophes et les gens sensés qui pensent soient jamais enthousiastes de ce vain et sotnptueux établissement'.

SUR LES ROMANS DE GRislLLON FILS.

A Paris ^ ce i5 avril 1755.

La plume de M. de Crébillon fils devient très-féconde ; sans se laisser le temps d'achever son roman Ah quel conté] et de nous en donner la dernière partie qui est restée en arrière, voici un nouvel ouvrage de cet homme célèbre, intitulé : la Nuit et le Moment^ ou les Matines de Cjrthère. Il est vrai que cette production est beaucoup plus ancienne que les derniers ouvrages que M. de Crébillon nous a donnés. Les Ma-^ tines de Çythère ont été composées immédiatement après les Egaremens et le Sopha , et ont eu jusqu'à ce moment une grande réputation à Paris , où Fauteur les avait lues à plusieurs personnes et dans plusieurs cercles. Il me semble que l'impression a diminué de beaucoup le cas qu'on en faisait ; tant on a raison de se défier des succès domestiques et clandestins , et de ne conipter sur un ouvrage que lorsqu'il aura soutenu le grand j(^ur. Vous jugerez de la bonté de ces Matines de Cjrthère par l'idée que je vais en donner. M. de Crébillon leur a donné la forme de dialogue, de toutes les formes la plus difficile. Le talent de dialoguer est si rare, qu'on ne peut guère compter,' parmi les noodemes, que le grand Corneille et Richardson , auteur de Clarisse , qui l'aient possédé dans un degré éminent. Pour

le dialogué des Matines de Cythere , il faut convenir qu'il est mal entendu et faux d'un bout à rentre, La scène se passe à la campagne, chez Cidalise. Le soir, lorsque la compagnie qui y est s'est séparée , Clitandre entre chez Qdalise en robe de chambre. Elle est prête à se mettre au lit, et fort surprise de voir Clitandre chez elle ; elle lui croyait un rendez-vous avec une des femmes qui étaient pour lors chez elle. Ces propos engagent ta conversation , qui se réduit à ces refrains tant rebattus : Vous avez vécu avec madame une telle, ou ,

Vous avez eu une telle autre Clitandre observe

bientôt à Gdalise qu'il ne saurait lui faire de ces con* fidences-^là devant sa femme de chambre. On la renvoie. Clitandre commence le récit de ses bonnes fortunes, ou sa confession générale, qui n'a rien de piquant ni d'intéressant. Ce sujet , à force d'avoir été rebattu, est devenu d'une insipidité insupportable. Bientôt Cidalise remarque que Clitandre est transi de froid. Cela n'est pas étonnant: en automne les nuits sont fraîches, et Clitandre n'a pour tout vêtement qu'une robe de chambre de tafetas très-légère. Cidalise est un peu scandalisée de cette découverte : elle en fait des reproches à CXitaudre qui lui propose de lui permettre de partager son lit, afin de pouvoir continuer son récit sans risquer de mourir de froid. Il promet la plus grande et la plus sévère sagesse. Cette proposition est absolument rejetée, comme bien vous pouvez penser. Clitandre, sans hésiter, s'établit d'autorité dans le Ut de Cidalise , la retient , continue son récit , et devient bientôt amant heureux et aimé. Il manque àcç dialogue deux qualités essentielles qui auraient pu le rendre

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agréable : la volupté et la vérité. On ne remédie pas à ces défauts. Les mom^s les plus intéressans de ce roman sont dénués de ce charme séducteur que la volupté répand sur les tableaux qu'elle crayonne. Et ces momens une fois passés , il était maladroit à l'auteur de faire recommencer un récit d'aventures fastidieuses qui n'ont rien d'amusant ni même de supportable. Le défaut de vérité , qui est encore plus impardonnable , vient , sans difficultés, de ce que Clitandre et Cidalise sont absolument sans caractère ; on ignore absolument à quelle espèce de gens on a affaire. Tout est vague , indéterminé et par conséquent faux. On ne yoit pas pourquoi ce qui arrive arriva , parce que le contraire pourrait arriver avec tout autant de vraisemblance. Le poète et le romancier qui mettent dans leurs productions des gens sans caractère , ressemblent à ces mauvais peintres qui mettent dans leurs tableaux des figures sans expression et sans physionpmie. J'ai bien besoin de voir des figures indifférentes , quand même elles seraient bien dessinées! C'est leur caractère, leur ame, leur façon d'être et de s'affecter, que je veux voir dans leurs yeux, dans leur maintien, dans leurs mouvemens, dans leurs gestes, dans leurs actions , dans leurs accens et dans leurs inflexions. Voilà une règle générale pour le peintre , pour le musicien , pour le poète , pour le romancier , pour le danseur , en un mot pour tous ceux qui s'occupent d'arts agréables et qui ont pour^ objet l'imitation de la nature ; et l'on ne peut s'écarter de cette règle, le moins du monde , sans oter à ses productions toute sorte d'intérêt , chose sans laquelle il est impossible de réussir et déplaire On peut dire

l4 CORRESPONDANCE INIÎDITE

qu'en général les Matines de Cythère sont beaucoup mieux écrites que tout ce que M. de Crébillon nous a donné en dernier lieu; mais, à ce mérite près, il faut convenir que le présent qu'il vient de nous faire est bien peu de chose. Cependant , comme les auteurs se font toujours les champions de leurs mauvais ouvrages, parce qu'ils sentent bien qu'ils n'ont pas besoin de défendre les bons , M. de Crébillon prétend que ses Ma^ unes de Cythère sont ce qu'il a fait de mieux dans sa vie: c'est ainsi que le grand Corneille était toujours enthousiasmé de ses tragédies les plus faibles, tandis qu'il parlait modestement de celles qui excitent l'admiration de toute l'Europe éclairée et polie. Mais le public n'est jamais la dupe de ces sortes de préventions. M. de Crébillon ne dira pas du moins que le parallèle que je viens de faire soit humiliant pour lui.

SDR LA LIBERTÉ DU COMMERCE ET DE l'iNDUSTRIE , ET CONTRE LES LOIS PROHIBITIVES.

A Paris , ce i5 octobre i^SS.

J'ai eu plus d'une fois occasion de parler avec éloge de M. de Forbonnais , le premier parmi les Français qui ait porté dans les matières de commerce la méthode et la philosophie. Ce sujet devient tous les jours plus intéressant; et, pour peu que le public Gxe ses regards de ce côté-là comme il parait le vouloir^', nous aurons le double avantage de nous instruire dans une science

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qui deviendra bientôt la base de la supériorité et des ressources du gouvernement français, et de voir s'anéantir totalem^it ce faux et mince bel-esprit qui a si longtemps infecté nos contrées. M. de Forbonnais même aa pas toujours été exempt du reproche d'affecter un peu trop le bel-esprit et plus encore la philosophie, ce qui nuit ordinairement à la clarté qui est indispensable dans ces sortes d'ouvrages ; à force de vouloir être précis et méthodique , il devient obscur. C'est ainsi qu'une mode succédant à l'autre, l'esprit philosophique prendra insensiblement la place du bel-esprit , et qu'on en abusera par trop d'affectation. Ce que M. de Forbonnais a fait de mieux en ce genre , et qui peut même servir de modèle , quoique ce ne soit pas un ouvrage en forme, ce sont ces Questions sur le com^ merce du Levant. Cet ouvrage réunit la clarté, la méthode, l'exactitude de raisonnement , la force et la noble hardiesse d'un citoyen qui pense librement et qui n'a en vue que le bien de l'État. Notre auteur vient de donner une autre brochure dont on ne peut pas faire le même éloge. Elle est intitulée : Examen des (wan^ tages et des dés^aifantages de la prohibition des toiles peintes A la suite de ce morceau vous trouverez des observations sur cet Examen, que nous devons à M. de Gournay , intendant du commerce et homme d'un mérite généralement reconnu ; et la brochure finit par la réplique de M. de Forbonnais aux observations de M. de Gournay. Vous ne serez content , dans cet ouvrage , que du morceau de ce dernier. Vous y trouverez de la simplicité, de la clarté, un vigoureux désir du bien public, et une tendre et généreuse affection pour les hommes en

tô CORRESPONDANCE INISDITE

général; caractère qui doit toujours briller dans l'homme public : toute politique qui ne tend pas à rendre les hommes heureux et FÉtat florissant est non -seulement futile , mais odieuse. Il est fâcheux pour M. de Forbonnais que ses deux morceaux fassent un aussi parfait contraste avec celui de M. de Gournay. Ils sont obscurs, mal con(^*us, mal digérés; on ne sait jamais quelle est l'opinion de l'auteur, et on y découvre un esprit de despotisme diamétralement opposé à Tesprit de commerce , et que ceux qui pensent pardonnent difficilement. Vous savez que toute toile peinte est prohibée en France. On a voulu prévenir par cette défense le tort que leur usage pourrait faire aux ma-^ nufactures de nos étoffes de soie et* de laine. Les ordonnances sont si rigoureuses à cet égard qu'elles permettent aux gardes et aux commis de barrières d'arracher les robes de toile aux femmes qui oseraient en porter en public. Le trafic même des toiles peintes est puni par les galères et par des peines plus rigoureuses encore. Or c'est précisément la sévérité de ces lois qui fait qu'elles ne sont ni observées ni exécutées. Ce n'est pas qu'on n'envoie de temps en temps aux galères des misérables sans appui, coupables de cette contrebande ; mais ceux qui peuvent la faire en gros , et qui ont le moyen d'acheter des protections, non-seulement ne courent point de risque, mais trouvent un asile sûr daus les maisons royales, où l'on étale publiquement ces marchandises prohibées, à la faveur des privilèges et de l'immunité, comme si , dans un État bien policé , il dût y en avoir de contraires à la loi. Bien plus : nos femmes se promènent publiquement en robes d'indienne et de Perse;

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il n'y a point de maison de campagne aux environs de Paris où Ton ne trouve des meubles de toile. Et comment la loi serait-elle en vigueur, puisqu'elle n'est pas respectée par les législateurs, et que, par exemple, dans tout le château de fiellevue, il n'y a pas un meuble qui ne soit de contrebande. M. de Forbonnais connaît tous ces abus. Il en conclut qu'il faut que la loi redouble de sévérité, qu'elle soit exécutée à l'a.Iettrç, dans toute sa rigueur; que les peines tombât plus encore sur les acheteurs que sur les vendeurs; que les commis, aient le droit d'entrer dans toutes les maisons, sans en excepter celles des princes, de fair^kt visite, et d'arracher les meubles de toile j quejçs toiles confisquées soient brûlées publiquement ppur en prévenir l'emploi, etc. Je dis , voilà des lois qui peuvent être très-convenables à Constantinople , mais qui ne pourront jamais avoir lieu en France. Il n'y a qu'une vile et basse populace qui puisse être assujettie à des lois aussi dures. Quelle que soit l'étendue du pouvoir dans un gouvernement monarchique, il ne peut rien contre lesprit national , et il ne va jamais jqsqu'à ordonner de$ violences, dans les choses de fantaisie, contre une nation généreuse et qui chérit l'honneur. Aussi toute loi qui autorise l'ombre de violence est.toujoui*s restée sans vfgueur .en ce pays-ci. L'ordonnance Veut, par exemple, que tous ceux qui entrent dans Paris soient fouillés aux barrières, pour savoir s'il n'y a rien parmi leurs bardes qui soit contraire airx ordres du roi ou sujet aux droits. Celte loi n'est pas exécutée à la rigueur ; les gens connus entrent dans Paris sans être seulement arrêtés, et tout honnête homme

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qui a rhabit et Tair décent , est bien arrêté à la barrière, mais presque jamais fouillé: on s'en rapporte à sa simple parole. Et pourquoi ce relâchement, puisque dans le fond aucun particulier ne peut se pbindre d'une loi qui est pour tout le monde ? c'est que cette loi blesse en apparence le sentiment de l'honneur, sentiment favori de la nation : chaque honnête homme se croimit insulté d'être fouillé avec toute l'exactitude nécessaire plutôt que cru sur la parole ; et pour peu qu'on Âô^i^t sur l'observance littérale de la loi, les malheureux qui sont commis à la garde des barrières, en faisant Içur devoir, courraient risqqe d'être tués par ceux qui s'en trouveraient outragés. Voilà pourquoi- il est si^essen*tiel de consulter l'esprit dç la nation lorsqu'il s'agit de lui donner des lois. Un peuple servile , un troupeau d'esclaves se range aveuglément aux pieds de celui qui commande ; une nation généreuse n'adopte que ce qui lui paraît juste et ce qui convient à son caractère. Si elle ne peut pas empêcher le législateur de promulguer des lois opposées à ses mœurs et à ses goûts , elle n'en souffre pas du moins l'exécution; et le gouvernement, en sortant des bornes que l'esprit delà nation lui prescrit, ne montre en effet que l'impossibilité de les franchir. Si M. de Forbonnais eût fait ces réflexions, il y a apparence que le résultat de ses opinions aurait été cm peu différent^Il aurait vu que, puisque les lois contre les toiles peintes n'ont jamais pu être exécutées à cause de leur sévérité , il faut les abohr comme mauvaises et contraires à l'esprit de la nation ; que jamais les honnêtes gens ne souffriront la visite des commis dan^ leurs maisons ; que cette visite qui n'aiu*ait eu rien

que d'honnête dans une république, où il n^est question que de vertu, qui aurait pu être la fonction honorable d'un magistrat dans une monarchie^ oii il n'est question que d'honneur^ ne pouvant se faire que par des malheureux xfae leur bassesse force y pour ainsi dire, aux derniers et aux plus vils empbis de la société, est par là opposée auxsentimen5,ou, si vous voulez, aux préjugés de l'honneur, et devient toutnà-fait impraticable. D'ailleurs rien n'est si contraire à l'esprit de commerce que celte gêne. Je ne veux pas répéter ici les avantages que M. de Forbonnais reconnaît lui-même devoir résulter de la- permission des toiles peintes, et que M. de Gou^nay expose avec autant de clarté que d'énergie; avantages que l'exemple de nos voisins les Anglais confirme depuis long - temps. Mais j'aime à généraliser les idées et réduire toutes les questions particulières à leur principe; car lorsque la vérité d'un axiome ou d'une maxime est bien constatée , tout ce qui lui est contraire doit être rejeté et ne peut être que feux et nuisible. Or rien n'est si nécessaire au commerce , s'il doit fleurir, qu'une liberté fens bornes ; tout ce qull y a de plus dangereux c'est que le gouvernement s'en mêle. Un peuple industrieux ne veut être çêné, ni dans ses goûts, ni dans ses fantaisies; il sent qu'il a en lui dé quoi les satisfaire. Si la mode de porter des toiles peinte^ gs^gne , l'industrie et l'envie de gagner érigeront bientôt des manufactures de toiles dans le royaume , et plus cette marchandise sera en faveur, plus on tâchera de la faire supérieurement, pourvu que le gouvernement ne mette point d'entraves à Findustrie. Mais cela fera tomber nos manufactures de soie et

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de laine y dit M. de Forbonnais.Mais l'exemple de l'Angleterre prouve tout le contraire , dit M. de Goumay. Et indépendamment de cel exemple, dirais-je, l'inconstance des hommes dans leurs goûts et dans leurs modes, jointe à la grande beauté de' nos étoffes* de soie, doit nous rassurer à cet cgard.YoilàyjditM. de Forbonnais, tant de milliers de manufacturiers sans pain, et par conséquent perdus pour l'État. Ce raisonnement ressemble à celvi qu'on a opposé au projet d'établir des fontaines dans toutes les maisons de Paris , et qui en a empêché l'exécution : et que deviendraient les porteurs d'eau ? a-t-on dit. J^ chute de nos manufactures d'étoffes, supposé qu'elle dût arriver , ce qui n'est pas, ne serait pas l'aflaire d'un jour, elle se ferait insensiblement. Or il arriverait ce qui arrive journellement dans tous les métiers qui perdent de leur faveur, les hommes tournent bien vite leiir industrie d'un autre côté. Ce n'est que dans les pays où l'intelligence et le travail ne sont point une ressource sûre contre l'indigence qu'il faut craindre d'ôter aux hommes un moyen de subsister, quelque pernicieux qu'il soit au. bien public en lui-même. A entendre parler M. de Fori>onnaîs , l'État aurait toujours 4 redouter de ' l'embarras de la part de seshabitans:eton serait dans le cas d'imaginer sans cesse de nouveaux emplois, de créer de nouvelles charges, non parce que le bien public en exigerait, mais pour procurer aux citoyens des débouchés et des moyens de subsister aux dépens les uns des autres, sans aucun véritable besoin réciprocpie. Oh le mauvais gouvernement que celui qui serait ainsi constitué! Ne rebutez point l'industrie générale en favorisant le mo-

nopole , en accordant des privilèges exclusifs; ne l^nez point vos sujets , et vous n'en serez point embarrassé. La nécessité de subsister , le succès sûr du travail, l'exemple de rmdustri« qui prospère, produiront un encouragement universel et aiguiseront de mille façons différentes l'imagination , qui , inépuisable en ressources, n'abandonne jamais un peuple laborieux et qui n'est point opprimé. Alors votre existence et la prospérité de votre commerce ne dépendront point de telle manufacture , de telle espèce d'étoffe et de sa faveur, mais du génie seul de votre peuple ; et quelque révolution qu'il arrive dans les goûts, dans les fantaisies , dans la vogue des marchandises, votre État restera toujours florissant , parce que votre peuple sera tou-* jours industrieux. G; n'est pas que, dans de certaines occasions, les particuliers ne soufirent des cha»gemens qui arrivent; mais les malheurs passagers de quelques particuliers ne peuvent jamais entrer en ligne de compte avec le bien public , et celui-ci crie toujours liberté! liberté! Autre maxime g^énérale. Lorsque d'un arrangement il résulte nécessairement le bien constant et durable de l'État , il est juste de sacrifier les intérêts de la génération présente au bien-être permanent et étemel des races futures. Sans cette maxime on n'ose-» rait jamais réformer aucun abus, parce qu'il est impossible de faire aucune opération en ce genre dont beaucoup d'innocens ne soient la victime. Nous en avons un exemple tout récent dans la suppression des sous-fermes. Supposé que cette opération^ soif excel-» lente, comme beaucoup de gens éclairés le prétendent^ l'inconvénient qu'elle a de faire perdre à quelques cen-

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taiaes de particuliers lear état , n'a pu, ni n'a dû arrêter M. le contrôleui* général des finances. Revenons aux toiles peintes, et supposons avec M. de Forbonnais que leur permission fasse un tort réel à nos manufacturiers. Cest un inconvénient sans doute. Ils ne retourneront pas à la charrue , dit M. de Forbonnais. Vous avez raison : ces gens seront donc perdus pour l'État; soit. Mais ne voyez-vous pas que si , dans la génération suivante ^ le métier dé manufacturier devient moins lucratif et qu'il ait besoin de moins d'hommes, cela fera autant de sujets de gagnés pour la charrue, puisque vos cultivateurs auront ce débouché de moins pour abandonner leur métier avec profit. Il est étonnant que ce raisonnement soit échappé à M. de Forbonnais. Les soins les plus importans de notre gouvernement doivent tous se tourner du côté de l'agriculture. Qu'elle soit protégée , encouragée; que le laboureur ne soit point écrasé , qu'il soit favorisé et libre comme les autres habitans dans leurs conditions respectives; et la France fleurira, le gouvernement sera brillant de gloire, parce que les peuples seront heureux. Si vous négligez ce soin, tous ceux que vous pourrez prendre d'ailleurs ne procureront jamais de bonheur solide. Que le gouvernement ne se mêle point du commerce de ses sujets ; qu'il n'y ail d'autre marchandise de contrebande que celle dont l'usage sera nuisible aux citoyens; qu'il n'y ait point de monopole de favorisé , point de privilèges exclusifs , point de gêne ni d'embarras dans le trafic public et 4^ns le transport des marchandises, et le commerce fleurira, et l'État sera opulent.

SUR LA PHILOSOPHIE EN GIÉNËRAL, ET PARTIGULlÈREMEirr SUR CELLE DE BACON.

A ParU, ce i«r noTembre I^ÔS'

L'empire de la philosophie est éternel , parce qu'il est fondé sur la vérité et sur la justice. Les efforts réunis du fanatisme^ de Tignorance et de la barbarie, n'ont jamais pu le détruire ; et s'il est ébranlé quelquefois ^ les secousses les plus violentes ne servent qu'à le rasseoir plus solidement sur ses anciens fondemens. Tel doit être le sort de la philosophie, tel il est confirmé par rhistoire de l'esprit humain de tous les siècles. A mesure que la lumière de la fille des cieux s'élève, que ses rayons s'étendent chez un peuple, le préjugé et l'injustice disparaissent, l'autorité perd son poids et son crédit, la raison seule se fait écouler; tout ce que l'enthousiasme et la prévention ont ou trop élevé ou trop abaissé reprend insensiblement la place qui lui appartient; les objets et les hommes se trouvent dépouillés de tous les faux ornemens pat lesquels ils eç imposaient aux esprits faibles; la vérité et le vrai mérite ne courent plus risque d'être enveloppés et confondus dans les épaisses ténèbres de la Stupidité, ou effacés par des fausses lueurs d'une lumière postiche : elle seule entraine les cœurs; lui seul est respecté, parce que l'un et l'autre brillent de leur propre clarté. Tant de réputations éclatantes sont tombées dans les abîmes de l'obscurité, parce qu'elles n'ont pu soutenir

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le grand jour de la yërité et de la raison. Tant de grands hommes auxquels lliumanitë doit tout^ méconnus ou négligés pendant un temps, ont recouvré, du moment que le flambeau de la philosophie s'est élevé, les droits qu'ils avaient à notre reconnaissance et à nos hommages. Il est, surtout une sorte de génies sublimes , et pour ainsi dire prématurés par rapport à leur siècle, dont le mérite ne peut être apprécié que fort tard. On a dit quelque part dans \ Encyclopédie^ que nous avons eu des contemporains dans le siècle de Louis XIY; c'est-à-dire qu'il s'est trouvé des génies qui , franchissant les bornes de l'esprit humain et de leur siècle, ont indiqué dès lors les progrès de la science , des arts et de la raison dans le nôtre. Ces génies doivent être extrêmement rares. Je ne sais s'il y en a eu en effet dans le siècle de Louis XIV. Je les comparerais volontiers à ces saints du premier ordre, qui, par le prestige de leur imagination ou quelque autre privilège , sont ravis jusqu'au troisième ciel , et jouissent dès à présent de la vision^ béatifique et des joies du paradis. Les hommes de génie dont je parle ont des visions plus terrestres, mais cependant beaucoup plus subtiles. A ceux-là il ne faut qu'une imagihation bien échauffée pour voir et les anges, et les vierges, et les saints; à ceux-ci il faut une imagination vive, forte, brillante et cependant réglée, une p^étration et une sagacité inconcevables, un esprit de combinaison qui a je ne sais quoi d'effrayant pour le commun des hommes , et qui ressemble quelquefois à l'égarement: aussi, comme je l'ai dit , les contemporains d'un tel homme ne sont-ils pas en état d'apprécier son mérite. Il ne peut être

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aperçu que par un petk nombre d'excellens esprits; incompréhensible pour le vulgaire, il est trop heureux s'il échappe à leur censure. On dit communément que l'obscurité est le partage des esprits embrouillés, q^e celui qui conçoit avec netteté, qui voit avec justesse, sait rendre ses idées avec clarté et précision. Cette maxime peut être vraie en général, mais vous voyez que celui qui, par un effort de génie sublime, s'élève au-dessus des siècles et franchit leurs bornes étroites , entrevoit toute la chaîne des vérités qui ne seront connues qu'à ses arrière-neveux, indique et devine, par ce qu'on sait et qu'on a trouvé, tout ce qui reste à savoir et à chercher, ne peut manquer de paraître en général obscur et inintelligible; il ne peut «que vous tracer légèrement la voie, que vous indiquer vaguement quelques points de vue pour vous reposer, et appuyer, pour ainsi dire , vos yeux fatigués ; et si à travers les nuages du temps vous apercevez les lueurs de la vérité, vous serez du très-petit nombre de ceux qui sauront priser celui qui lui arrache son voile.

Tel était le génie du chancelier Bacon deyerulam,qui vécut sous le règne d'Elisabeth et de Jacques V\ Nonseulement nous révérons dans ce grand homme Le restaurateur de la raison et de l'esprit philosophique , mais nous lui devons encore d avoir tracé tous les chemins, d'avoir aplani presque toutes les difficultés de la route , d'avpir indiqué tous les travaux qui restaient à faire , et qui ont été entrepris depuis en partie , du moins avec succès. Un jeune homme, M. de Laire, vient de débuter dans la littérature par l'analyse de la philosophie de Bacon. Cet ouvrage , qui paraît en

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deux ,voluiftes , n'était point aisé à faire. M. de Laire a rendu avec force et prëdsion les pensées lumineuses et souvent sublimes du chancelier, et cette analyse nous donne une idée suffisante du système et de tout Tédifice philosophique de ce grand homme. On a ajouté, dans uif troisième volume, la vie du chancelier, tra-* duite de l'anglais de M. Mallet, par un homme inconnu dont le nom ne me revient pas. Cette vie paraît, même dans l'original, un ouvrage médiocre ; vous y lirez avec douleur que ce génie du preiriier ordre , cet homme qui reçut du ciel toute la lumière en partage, et qui paraît souvent inspiré par quelque divinité, n'était rien moins qu'estimable par sa probité et par sa Tertu; que, pour la confusion de l'humanité, il s'est déshonoré par plusieurs actions basses, que l'ambition et un vil intérêt ont ouille une ame que la vérité et son céleste flambeau auraient dû élever au-dessus de toute faiblesse humaine. O sort déplorable des mortels! serait-il vrai qu'il ne suffit pas d'être éclairé pour aimer et pratiquer la vertu et suivre ses augustes lois ? Faudrait-il chercher le honheur d'être généreux, vertueux et sensible , faudrait-il le chercher, dis-je, dans ia qualité du sang et des nerfs , dans les mouvemens et les affections de notre cœur ? Oublions, s'il est gossible , la vie du chancelier, et revenons à sa philosophie.

C'est M. Diderot qui , le premier, a fait connaître à ses compatriotes le mérite de ^con. Non -seulement il nous a prêché sa philosophie, et nous a familiarisés avec elle, mais il a fondé sur elle l'immense ouvrage de ï Encyclopédie. Il est étonnant que M. de Voltaire, qui prône volontiers les étrangers, et souvent

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outre mesure , et à qui on peut reprocher d'avoir ^ par ses éloges y accrédité pour quelques momeDS plusieurs ouvrages médiocres , ait parlé si légèrement de ^coq et de ses ouvrages. Il faut croire qu'il ne l'a pas étudié , ni approfondi son système. Il croit que la philosophie lui a de grandes obligations , mais qu'il sera peu lu, et oublié par la suite. Je crois tout au contraire que plus la philosophie fera de progrès, plus le chancelier sera lu , recherché et admiré. Cette prédiction commence déjà à s'ccomplir. Ce sublime génie a entrevu notre siècle; il a vu plus loin encore. M. Diderot dit quelque part qu'il faudra peut-être plusieurs siècles pour rendre le Novum organum de Bacon tout-à-fait intelligible. En lisant^ l'analyse, vous n'oublierez pas que les choses qui vous sont familières aujourd'hui n'étaient point du tout communes dans Je siècle du chancelier , et qu'il a fallu, le plus souvent, un effort de génie pour les trouver.

Bacon fait une observation bien vraie'et bien humiliante pour nos immenses bibliothèques. En y regardant de près on trouve que l'humanité doit sa science, sa philosophie et ses connaissances à trois ou quatre génies du premier ordre. Tous les autres n'ont fait que répéter et rhabiller les pensées des premiers. Quand on est bien pénétré de cette vérité, on trouve qu'il faut être bien hardi pour prendre la plume.^ Bacon a été sans doute un de ces trois ou quatre. Peut-être la postéi'ité augmentera - 1- elle ce nombre par un ou deux de nos contemporains. La France n'oubliera pas que r Esprit des lois a. produit une révolution dans les esprits. Si j'avais le talent de Plutarque , je ne

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manquerais pas de faire le parallèle de Bacon et de l'illustre philosophe qui est à la tête de VEncyclopédie^eX]Q ne craindrais pas d'être censure par ceux qui ont l'occasion de voir ce dernier de près, et qui sont en état de sentir ce qu'il vaut. Jamais deux génies ne se sont ressemblés comme celui de Bacon et de M.Diderot. La même profondeur , la même étendue, la même abondance d'idées et de vues, la même lumière et la même sublimitéd'imagination,lamême pénétration, la même sagacité , et quelquefois la même obscurité pour leurs contemporains respectifs , et surtout pour ceux qui ont la vue faible. Mais comme il faut toujours être juste , il ne faudrait pas oublier de remarquer dans ce parallèle , que si l'un , dans le tumulte et les dignités de la cour, a été assez malheureux pour manquer à la probité, pour oublier l'honneur et la vertu, l'autre, dans le silence et la retraite d'une vie simple et privée, a encore honoré Fhumanité par un cœur vertueux et sensible, par des actions généreuses et honnêtes, et a joui constamment des hommages et de la vénération de ceux qui ont eu le bonheur d'être au nombre de ses amis.

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