‹ Correspondance inédite de Henri Heine: avec une préface et des notes explicatives-- (volume 2)Chapitre 11 sur 52 · Le Petit TuHfant, poëme-féerie · texte numérisé non relu

Le Petit TuHfant, poëme-féerie

GORRESPONDANGB INÉDITE 63

me sens trop tenu de vous dire la vérité pour que je puisse, même au risque de vous déplaire, vous taire la moindre chose. Je commence par le blâme; je regrette dans le poëme quelques longueurs, et çà et là des imperfections métriques. Les unes et les autres seraient facilement rectifiées, les premières par quelques traits de plume, les secondes par quelques transpositions ou changements de mots. Les défauts métriques viennent de ce que les mots et les pieds tomt)ent toujours symétriquement ensemble, Ce qui, dans les trochées à quatre pieds, est insup-. portable, surtout quand le mètre ne doit pas être la parodie de lui-même, ce qui a été souvent votre intention dans le Tulifantchen, Vous comprenez, là où le mot finit, le pied longue-brève^ dans votre poëme, finit toujours aussi. Rien de plus facile, dans la plupart des cas, que d'y remédier! Un simple changement de particule peut corriger l'uniformité métrique de toute une strophe. Voulez-voUs relire, à ce point de vue, le poëme que vous avez sans doute écrit rapidement? Cette révision serait tout profit. Ou bien voulez- vous que je le parcoure à votre place, et que je vous propose quelques changements que vous adopterez ou non, à votre gré?

64 dSUVRES DE HENRI HEINE

Avez-vous encore le brouillon du poëme?

J'ai demandé à Campe de le publier pour la foire de Pâques (ce qui ne semblait pas être son intention, car il Tavait remis à Zimmermann, lequel a rhabitude de garder des mois ces choses-là, et chez qui je Tai pris parce qu'il ne le lisait pas); et c'est pour répondre à ce désir qu'il m'a demandé de vous écrire tout de suite. Aussi j'attends une prompte réponse. Répondez-moi, lors même que vous vous seriez tu jusqu'ici pour ne pas me laisser voir votre, pensée sur mon dernier livre.- Ah I cher Immermann, je ne vous en voudrais pas, quand même vous n'en verriez que les mauvais côtés I

Et maintenant, voici le concert des pourceaux qui se sentent blessés, et tout cela grogne, et crie, et piaille à qui mieux mieux! Cela pourrait déconcerter quelqu'un moins sûr de son fait. Cher ami, comptez cette fois que je resterai tranquille; je n'ai pas agi à l'étourdie; trois mois durant j'ai songé à cequej'allaisfaire, et je n'ai fait que ce que réclamait l'inexorable nécessité. On m'accuse de précipitation. Dieu merci, on ne dit plus : « Le pauvre Heine t.. . le pauvre ImmernannI... » Cette compassion était insupportable. — Encore un mot (car je

' COERBSPONDANGB INEDITS 65

veux vous gagner à ma cause) : lorsque j'appris à Munich que le comte Platen écrivait une pasquinade contre vous, je dis à Schenk (peut-être aussi à Béer, — je ne m'en souviens plus) que je châtierais Platen, même s/il m'épargnait. Je ne me suis jamais défendu contre les attaques qui ne s'adressaient qu'à moi; et si, cette fois, j'ai frappé si fort, c'est parce qu'il fallait choisir, ou frapper fort ou se taire.

Toutefois, je suis heureux que mes amis de Berlin, surtout Yarnhagen, le prudent Yarnhagen, me donnent raison ; et, bien qu'ici toute une nichée d'amoureux platoniques, et tous les sots soient à mes trousses, mon livre a trouvé à Hambourg ses plus enthousiastes approbateurs, et, parmi eux, et sans réserve, notre ami Zimmermann. — Mais j'ai quitté un thème plus agréable, c'est-à-dire notre aimable TulifarUchen^ le petit héros, le colibri épique. Il est tout à fait poétique; l'avant dernier chapitre surtout semble un bouquet de fleurs cueilli dans les jardins suspendus de la poésie des fées. Unité de ton, partout des épithètes et des inflexions de mots amusantes, partout la grâce et la gaieté se tenant aux écoutes. C'est une épopée où les formes du poëme

héroïque sont employées pour rire, et se combinent

66 oeuvniss de uënri heinë

de ia faç<Hi la pius charmaate avec les éléments tout ensemble naïfs et sérieux des contes d'enfant.

GXVI

A VÀRNHAGBN

Hambonrf, le 4 février 1830.

Aujourd'hui^ chers amis, j'ai à vous écrire des choses importantes, les plus importantes qui m'occupent maintenant i c'est-à-dire que je viens vous remercier de votre dernière lettre. Votre silence

m'avait déjà fort inquiété, et je sens qu'il pouvait

me donner plus de chagrin que les criailleries de tous mes ennemis, qui semblent s'être donné le mot pour éclater maintenant contre moi. Je me laisse aussi peu déconcerter par leur rage que je me fais illusion sur la bonté et la générosité de mes amis. Oui, cher Varnhagen, je sens profondément que c'est par délicatesse que vous ne me blâmez pas, et ne condamnez pas mon livre. Je vous en remercie, jaitiais je ne l'oublierai. Persoiine ne sent plus que moi le tort infini que je me suis fait par le chapitre sur Platen, et combien j'ai froissé le public (cette portion même du public que je respecte le plus);

GORRESPDNDAIHGE INÉDItE 67

/ mais je sens aussi qu'avec tous mes talents je ne pouvais rien produire de meilleur, et que — coûte que coûte — je devais faire un exemple. Le servilisme national et la somnolence allemande se manifesteront brillamment dans cette circonstance. Je crains de n*être pas parvenu à dépouiller de son prestige le titre de comte. La question d'une satisfaction est déjà mise sur le tapis. — Vous vous souvenez que j'y ai pensé dès le début; — bien plus, dans cette prévision, j'ai poussé follement les choses à ce point où il devait importer beaucoup plus au comte d'obtenir de moi satisfaction qu'à moi de la lui demander. La puissance aes situations * deviendra , cette fois, une comédie. Et puis l'éternel grief: j'aurais fait quelque chose d'inouï jusqu'ici dans la littérature allemande I — Gomme si les temps étaient les

"kmémes ! La guerre à coups de Xénies de Schiller et de Goethe n'était qu'un tournoi de bucolique; c'était alors la période de l'art, il s'agissait de l'apparence de la vie, et non pas de la vie elle-même. Aujourd'hui, ce sont les plus hauts intérêts de la vie qui sont en jeu, la révolution entre dans la littérature,

i. Allasion aa litre d'uQ drame connu de Louis Robert:

el la guerre devient sérieuse. Peut-être, Voss à part', suis-je Tunique représentant de cette révolution dans la littérature; mais ce phénomène était nécessaire. Je ne crois pas avoir ici, comme pour mes petits Lied€}\ beaucoup d'imitateurs; car l'allemand est servile de nature, et la cause du peuple n'est. pas en Allemagne la cause populaire. Toutefois, on ne peut rien dire à Tavance; — que chacun seulement fasse son devoir ! Il est vrai que chacun croit défendre sa propre cause, tandis qu'il ne fait que représenter une cause universelle. — Je dis cela parce que, dans l'affaire de Platen, je ne veux point prétendre à une couronne civique; je n'ai songé qu'à moi; mais les causes de cette préoccupation personnelle sont nées des luttes générales de notre temps. Lorsque, tout d'abord, les prêtres m'ont attaqué à Munich et s'en

1. L'écrivain songe ici à la rupture du poëte Voss avec le co:nte Stolbèrg, son intime ami de jeunesse, lorsque celui-ci passa au catholicisme, et que Voss écrivit contre lui, sous ce titre : Comment Fritz Stolbèrg estait devenu un homme servile? des pages irritées où éclate le contraste de deux natures et de deux mondes : la liberté protestante de la pensée, représentée par Voss, l'enfant du peuple,— et l'autorité reprenant possession dans Stolbèrg, d'un esprit émancipé pour un temps, que le spectacle de la Révolution française ramenait à Rome, soumis et repentant, et désormais plein d'aversion pour l'idéal de sa jeunesse.

CORRESPONDANCE INEDITS 69

sont pris 'au juif dans Heine, je n'ai fait que rire : j'envisageais cette manœuvre comme une simple sottise. Mais, lorsque j'eus éventé le système, quand je vis le ridicule fantôme devenir peu à peu un vampire, quand je pénétrai l'intention de la satire de Platen, lorsque j'apptis des libraires Texistence de produits semblables qui, tout saturés du même poison, circulaient'en manuscrit, alors je ceignis mes reins, et je frappai aussi dru, aussi vite que possible. Robert, Gans, Michel Béer et d'autres encore, quand ils ont été attaqués, ont toujours souffert en chrétiens, et se sont prudemment tus; — moi, je suis un autre homme, et c'est bien. II est bon que les méchants rencontrent une fois l'homme qui, sans ménagements et sans merci, use de représailles pour lui et pour d'autres. Mais cela suffit.

J'ai été affligé que, vous et madame de Varnhagen vous soyez malades, ou tout au moins souffrants. Ma santé est mauvaise aussi, et je ne sais point encore quand je pourrai aller à Berlin. Je baise les mains de madame de Vambagen, et je puis lui dire que je ne suis point encore hors de Tinquiétude que sa maladie de l'hiver dernier m'avait causée. J'espère vous voir bientôt tous deux. J'écri-

rais à Gans lui-même si je ne conniaissais pas son talent à compromettre les gens.

Vous aurez sans doute reçu un bout de lettre de votre sœur ; elle me charge de vous en annoncer une fort longue. Ses enfants, ainsi que le docteur Assing, vont fort bien. — Maintenant, adieu; et, quand vous en aurez le temps et l'envie, écrivez-moi longuement; vos lettres ont toujours quelque chose qui me fortifie, et me relève, et raffermit ma volonté. Pjtts que jamais j'ai besoin de cet encouragement.

GXVII

AU MÉllE

Hambourg, le 27 février i830.

Ghers amis.

J'ai beaucoup souffert pendant cet affreux hiver uUra^ où tout homme honnête et libéral a été malade; je vais mieux maintenant, après avoir été tourmenté pendant un mois par les sangsues, les moi^hes d'Espagne, lés pharmaciens et les amis compatissants. J'ai craché beaucoup de sang, et, comme je savais par l'histoire de la littérature.

ce que cela signifie pour les faiseurs de vers, j'ai été fort inquiet, et, dans mon angoisse, je me suis interdit sévèrement tout sentiment poétique, et bien plus encore, tout travail de poésie. Pour la poésie, c'est donc fini; mais j'espère pour cela vivre d'autant plus longtemps en prose. Dans ce temps demaladie, votre dernière lettre et celle de madame de Varnba* gen, m'ont fait aussi beaucoup de bien;; car, quoi-r que mes affaires de livres, pour ce qui regarde le publie, m'afiéetent au jfbnd assez peu, elles n'en ont pas moins amené, et amènent encore dans mes eiiv constances privées, bien des choses qui me causent un vrai erève-cmur. Toutes mes relations se gâtent de la manière la plus insupportable ; et, comm^ toutes les conséquences de mon livpe ne se sont pas encore produites, ce sera peut-être seulement l'été prochain que je pourrai me bien rendre compte de ma position dans le monde. Néanmoins je suis l'impassibilité même, et je pourrais m'appliqua à moi-même un mot que j'ai trouvé autrefois pour vous, monsieur de y arnhagen : la tranquillité est ma plus grande passion. Vous pouvez donc être sûr que je ne publierai rien au sujet des attaques dont mon livre pourra être Tobjet. Si Ton ment et calomnie

plus fort encore que je ne puis le supporter, eh bien, je me ferai lier les mains afin de ne rien écrire. Et, si Platen recommençait à écrire contre moi, c'est vous qui décideriez si je dois répondre, et quoi, et comment.

Si le dernier article du Journal de la Conversation^ de Leipzig, est de vous, — ce que je crois, bien que j'y trouve votre style tout à fait changé, — ce coup de main est venu très à point pour moi, parce qu un article antérieur, dans la même feuille, était de la dernière bassesse (il a été reproduit dans les journaux du midi de TÂllemagne) et a causé ici beaucoup de joie à mes ennemis. J'ai été plus charmé de voir qu'on louait en moi le bourreau, que si Ton m'eût déclaré un Shakspeare. Ah t peu m'importe, pour mon dernier livre, qu'on rende hommage et justice à ma poésie ; la seule chose qui me tienne au cœur c'est d'apprendre si j'ai réussi à faire un exemple, et si la tête est bien à bas ! — N'avez-vous aucun indice sur Tauteur de cet article diffamatoire dans le journal ci-dessus? A certains signes externes et internes, il doit être le même que celui qui a publié récemment, dans ie Globe^ un article sur la littérature allemande où j'étais aussi grossièrement mal-

traité. Il faut qu'ici Gans me vienne en aide. Je vous ai envoyé, par un voyageur qui partait précisément pour Berlin, six exemplaires de mon livre (j'espère que vous les aurez déjà reçus); je vous prie d'en remettre deux à Gans, pour qu'il les adreâse à ses connaissances de Paris, particulièrement aux littérateurs du Globe et de la Bévue française^ et qu'il soit • ainsi paré, de ce côté, à toute machination hostile. Je mets à votre disposition les quatre autres exemplaires, cher Yarnhagen, et vous voudrez bien les donner à ceux qui peuvent agir favorablement dans la polémique actuelle. Tout cela m'est nécessaire, puisque j'ai surpris mon propre libraire dans des intrigues contre moi. L'article du Gesellschafter m'aurait affligé s'il ne m'eût inspiré du dégoût. Confiant dans la virile intelligence de mon ami Moser, avec qui j'ai toujours été en communion de pensée, je lui ai envoyé mon livre à peine sorti de presse, en lui parlant de mes inquiétudes quant à l'affaire de Platen, et le priant de recruter, à ce point de vue, quelques défenseurs de l'ouvrage; je lui demandais d'inviter son ami *** à me venir en aide, puisque ce jeune homme était l'un de mes enthousiastes aveugles, et de mes fanatiques de Berlin, ir. 5

fjJk CEUVaBS DE HENRI HEINE

,(A.lilil m'a si.^oiwent impoçtuné, et^m'a pris îtant de iôQgues heucôsl) Le résultat est ^que ee.Jeuue Jtuiinine aonisvanœuvreioutesa logique luiuridé- Bumtrer que jj'élaifi ;un fceguin (ic'es^iKdiKe un Jionune-quiifeiat le thien)^ ret 'pour diffamer luon UvTii^, dont ilkn'osait.pavlei, a-ft-fil prét^dUvdansrsa Jifinne société -à .lui. (JOieu.merci, j 'ai refusé dixin- \ilations.de)cette'bûnae société, trop mauvaise pour moi!) Voilàcequé chante mon ami Moser, — ifàje .puiseucoce appeler mon ami celui qui n'est iplus xCaïKcord a^vec .moi dans les> ckoses* esseniieUeB dte la vie.xCe ,sont'jdeS'iO£J!iosa..]!dais j'aifpcisdaifsfmeiiHboiution de.FenonÊer à dcr^emblables garnis, 6t,^Dur ce qui^tdfis lûnnemis ^déclarés, 'de nerfaireigisâee à.aucun de ceux que je :pfîendrais<en (flagrant délit dans .'l'affaipe JPkten. "— J!ai vécu 'dlimmemnami phisieuES «lettres sympathiques; je Joins ici .la rpreuûàsQ, ¥cufti}isiantde meila sa&voyjor.àilloDcasion.

Le ,28 février 1830.

.J!ftUais &Emar>ma lettre, Jiiec, ^quand ij-Iai reçu dfi'TOUS, Ie«iaairaia^i/^'ia.Con&tfnfaARm,fet?rimpératif (JBffomefJ «de madame de ^araha^sn, qui m*a engagé à en jretarder l'envi^i :poDr y ajouter encore

quelques lignes, car ma T)auvre tête est dans le plus morne épuisement.

3e vous remercie encore de l'article flu Journal

de la Conversation; vous êtes le seul qui, dans ma

fl'étresse, s'emjjloie pratiquement pour moi. Cet

iai*ticle a été Immédratement reproduit (sans ma

participation) dans 'les Lesefrûdhte de Hanfbourg,

étjeTutiliserai peut-être encore, en le combinant

avec une annonce de librairie, pour la 'Gazette

ffAugibourg^ si celle-ci y consent. Je suis en T)ons

termes avec Stàgemann;'Lebret est, comme moi,

un fidèle de la religion bonapartiste ; — îl n'y a

que'Cdtta à qui je ne puisse plus me fier. Madame

Cotta m'est hostile, et, aussitôt que le vieux sera

^mort, je lui tordrai le cou f Je dois cette inimitié

"à ma prédilection pour madame Robert. 3e note

cela pour le cas où vous parviendriez à faire entrer

en coiitrebande, dans la Gazette S'Auffébourg^ une

correspondance 'beflinoisè où seraient rapportés

les différents jugements de "Berlin sur Taffàire

Platen. Je désire, en tout cas, dhère madame de

Tarifhagen, que vous m'écriviez un semblable

article pour le Correspondant de Tlarribourg; car je

siiîs sur un pied magniGque avec son rédacteur.

76 OKUVaES DE IIEXRI IIEIXE

le petit Runkel, qui imprime tout ce que je veux. Vous seul pouvez écrire un article aussi délicat, et d'autant plus difficile qu'il doit être plus court, et dire les choses les plus précises dans les termes les plus vagues. Il s'agit de faire accroire au public qu'il a compris, dors et déjà, le sens de la querelle et qu'il ne s'en laisse pas imposer par des intrigues qui pourraient l'aveugler sur ses vrais intérêts. En dépit de toutes mes tentatives, je n'ai pu parvenir à me forger un semblable article défensif ; il me manque ces demi-teintes diplomatiques, cette délicatesse habile qui vous sont propres. Vous pourriez, à votre gré, envoyer un semblabU article (supposé qu'il vous donne peu de peine) directement à Runkel, ou à moi; bien que la première alternative vaille mieux. — Zimmermann a promis, pour le Correspondant de Hambourg^ une critique de mon livre, et je pense' que vous la lirez incessamment. Ici, il passe déjà pour l'auteur de votre article, — et il ne semble pas disposé à décliner cet honneur,

Je vous répète qu'au premier moment, je n'ai pas reconnu votre style dans cet article; ce n'est qu'en l'examinant de plus près que j'y ai retrouvé

votre finesse. Je Hs le quatrième volume de la Correspondance de Gœihe et de Schiller^ et, comme d'habitude, je fais des observations de style. Je trouve, de plus en plus, que vous n*avez d'analogie de style qu'avec le premier Gœthe, celui de Werther; Quant au Gœthe plus tardif, ce grand génie de F aparté qui est à lui-même son dernier but, il vous manque tout à fait de savoir comme lui vous enfermer commodément dans l'art pour éluder et décliner toutes les solutions. Il domine son sujet, tandis que vous le subjuguez. Art d'arrondir une période, clair-obscur, perspective des incidentes, esquisse mécanique de la pensée, on peut apprendre tout cela de Gœthe, — mais non pas la virilité. C'est toujours mon idée fixe qu'avec la fin da la période de l'art, le gœthianisme prendra fin aussi; il n'y avait qu'un temps d'esthétique, de raffinement, et de philosophie de l'art, qui pût être favorable à Gœthe; une époque d'enthousiasme et d'action ne peut avoir aff'aire de lui. J'ai vu clairement, dans ce quatrième volume, avec quelle rage il haïssait la Révolution ; à ce point de vue, il a agi défavorablement sur ScJïiller, dont il aurait fini, peut-être, par faire

7d OBUV.R^ES• DfiL HENRI H:£JNE.

un cû^ârlBtoerate;. Vo^^z ses railleries sur Bosselt», suc Campâ^, aw le titrer de oitoyan fivao^Sr que: Sfàilten reçut de la Gonvention, etc..

Bandonnez la^ oon&tsîoa' de. ces^ ligaea,. ma tête: est sii fatiguéél A^utcement, jlaurai» beau^up de cb8fie& à dira^ à madame^ de Varnhagen;^ — iù madame de YTarnhageDr. qui a lutter seaiffert^, pJaidé^^ etiméme menti'pour la^véritéi. — Gombiao: me obanme la moindre ligne qu'elle écritit.

Saluez pouir moi Robert et sa femme; jléecirai' bientôt à cette dernièim Je la pde de m'adt^ssen eneojsa^quelques lignes- avant de rocevoir ma» lettre:;: je m'en; souviendi^ai dans de: meilleuBSi joupsk.— im ne sais: jusqu'à quand je nesteraiiici; jê:ixepsais paas dav^mtagô. œ que je vaisi taisery: brefr,. jê^ ne saîa; raem.Maifi je>ne.crjoi&. pa». nojD plus que ;iL' autres. en^ sachent davantage; .

BortBz-vous^ bien»,, cordialement bifflr, auBsî bien qu'il^ vous sera possible, et' puisse- je» rester- ch«cetr digne à vos yeus !

1. Pôsselt et Campe appartiennent à ce groupe de pubUcistes alidinaQds-quisembrasràrent aTeis. ardeur la: cause et.le&idéestde: la révolution française. — Campe écrivit, en 1790, des Leiires dê'BarU^ qui eurent, un graad succès^ Il est auiisi» l'auteur du. Nouveau Robinson,, qui a eu, en Allemagne, glus.de quarante éditions.

corresponha^os rNéiriTB' 79

GXVIIT

A CHARLES IMMERMANN

Gher Immermann^

Malgré une extrême fàtiguB^delà? t^ e* des-' membresv. je vous écris pour vous envoyer sans^ retard' les^ petites scènes ci-inclUses-; que lèF peintre Lyeer * vient enfiii dé m' apporter. Dîtes ce^ qui vous y déplait^ et mettez. dJe^ côlé- sans sera*pule oelles qui ne vous agréeront pas. Il vous faut aussi donner vous-même. les^ tit^esF et ôpigra-phes que- le lamentable Campe (nous- ne sommes^ pas^ au mieux ensemblèi) a déjà' léâigé^i. Le; peintre a eu^ depuis ma' demièi«' lettre; et a^eneore* en mains le manuscrit, de sorte' que je n^ai pu le parcourir une secondé fois; il- ne^ nous- resti»^ guère dé temps- pour en discuter^ encore^. si lè poème doit être mis sous presse aussitéVappès que? vous aurez approuvé les^ Ulustratians. — Btqaandi

1. Lyser, peintre d'un talent bizarre, était sourd, ce qui ne rempécbut' pas- d'èlrr- entlitousiÀflte^'d^- nresiqiie^.el dMcrire-Ia' Chronique, miMtcal^v.daas ua dea jpurjiaux^ de , Hamlwiiife.%. li. avait fait, à la demande de Heine, une série d* illustrations pour lepoëÉwfantastiqaedd TiUifimtchem.

j'y regarde de plus près, je trouve que les changements métriques que vous y feriez ne sont pas tels que leur absence pût nuire à votre poëme aux yeux du public^ — car le public ne voit goutte à la prosodie, et ne demande autre chose que le nombre de syllabes pour lequel il a fait marché, En général, des vers tout à fait bons sont impossibles en allemand. A cette remarque, je joins mesremerciments pour yotre recueil de poésies. — Mais ne vous méprenez pas, je suis plein d'admiration, au point de vue poétique, pour une grande partie du volume; j'admire votre productivité (je ne fais plus de vers), et c'est seulement à votre procédé métrique que j'ai, comme toujours, quelque chose à objecter. Le Berceau du roi de Rome est superbe; j'aurais supprimé seulement les quatre derniers vers. Les élégies sont admirables, ainsi que les introductions poétiques qui précédent chaque série; mais qui pourrait ainsi louer ou critiquer par fragments un volume de poésie ? Le mieux serait que nous pussions en deviser longuement ensemble. Mais cela n'aura pas lieu de sitôt. Ma santé est mauvaise, et j'ai besoin de la solitude de la campagne, et des vagues de la mer. Je resterai ici, dans le

voisinage^ jusqu'à ce que je puisse retourner pour les bains de mer à Héligoland. Dites à M. Schnaase que Vogel, le chasseur, qui était resté seul avec moi, Tan dernier, à Héligoland, s*est tué peu de temps après mon départ, pour un chagrin d'amour. J'avais remarqué que la vie lui était à charge, et qu'il n'allait guère que par le gros temps chasser en mer, où je l'ai quelquefois accompagné, seulement pour ne pas me donner l'air d'un poltron. Après avoir tué beaucoup d'oiseaux, et de charmants oiseaux, il a fini par le plus remarquable.

Voilà ce que m'écrit mon ami, l'apothicaire, qui m'envoie aussi des compliments pour ces dames; — dites-le à Schnaase.

Je suis de très-joyeuse humeur, et j*ai extorqué cet hiver, à mon pauvre corps malade, bien des jouissances : la suite en est ma fatigue d'aujourd'hui.

Je pense peu à Platen, bien qu'on m'en fasse assez souvent souvenir. On crie beaucoup, et je m'y attendais. Mais déjà des voix intelligentes et impartiales se font entendre. Si vous pouvez recruter pour mon livre quelque plume habile, n'y

manquez pas; il est plus aisé de solliciter les gens

pour l6s^ ûui^age& des auu^ qua pouf ses. [uri^grasr éccits. Je pûucraia eai avoir besûin; j!appreûâfi?qa0v daiis la Midi, on ae remue contre moi. Qiiain'imr porte] j'ai fait mon devoir.,

Campa est un. véritable libraire;, cela, dit tout». Ce serait un péché, de aire: le. généjseux^ aven lui^ Gardaà vou&f

ILy a, beau temps^ qiie je niai au aucun rapport, a^acMenzelvJe ne lui< ai, pas envûyé mouiliv^, parce, qpe; je n-attends rien de bon. de; sa p&ct; Avez*wxus des nouvelles de Béer? Je vous eaprict,. mettez4ui au;C(Bur de prendra mon parti.à libinieh, dans 1! affaire de Slaten, surtout a^ec de. Slchenk«^.

1. Immermann, ainsi sollicité par Heine, écrivit, le 2 avril ifiâO, àr Michel iB^er (le p^ële drasifUique, . frète de Mejnerbees*) : • Je vous ai envoyé les îleisebUder de Heine, et je voudrais avoir votre jugement. H s* est rapproché de moi dans les derniers tenryps; et m^a. écrit plusieurs lettresb dans sa manière originale el^enfaor tine. lï semble attacher grand prix à votre amilié, et parle da vous presque dans toutes ses lettres. Il me demandé de vobs? inviter à plaider, sa. cause», dans l'afiEaire de, Plateo,,aiLprèade M. de Sohenk, -— et c'est ce que je fais. Rien au monde n'est plus diffîoile qu» dé justifier sa* réplique à^ Platon ; to»lef6is^ il mérîtei qu.loik fasser ca qui est.possihia. pour le soutenir,^ car a'e&t. une nature vraiment créatrice. Et; d'ailleurs, il faut considérer que- c'est Plftten qeài leipreimN^ Ta. attaqué de* la fftcoBJfr^i^lHE vulgaire. » — Michel.Beer répondit le li avril 1830 : « Depuis longtemps, je n'ai pas de nouvelles directes de Schenk, et j^ignore ce q^'il pense du Uyre da Heine.. DioisrJftesU&ttreatet^iBMhOOBK

Je ne perds pas volontiers des amis, bien qu'aujourd'hui, pour le moindre ami que je perds, je gagne tout de* suite deux grandes amies. — Adieu; écrivez-moi bientôt. Vbus pouvez envoyer les dessins directement à Campe; il m'assure que sa mauvaise humeur ne venait que d'un malentendu. Je l'ai chapitré d'importance, ffier' au soie, dans un dîner, j'ai beaucoup parlé de vousr au directeur du théâtre, Schmidtv II a pour vous la plus grande estime. Écrivez toujours bravement. pour la. scène, laissez la partie techniq^ie à un. homme .du métier, et tout ira mieux. De la sorte,, on pourrrait fori bien représenter voire Pétrarqm..

Hamboargj.leli.mars 1830.,

versatiûos» je me f^ai.yoloatiers S9n mandataire, ^antaiit qoe le. permettra la loyauté. Dans le cas ou Heine vous demanderait enooré.si je^tvtM» aiirépoidB^ etuia qoeUe fa^onje pafle.*d&'lai^ dites-lui de se rappeler combien de fois il a prétendu que je. touchais toutes choses avec dès gants glacés. J'aurais donc mis cee gants-U poiur lire.soA]iTrey',et^je serai&toujouisicei hommes débile qui ne peut prendre sans indigestion un aliment aussi compacte^, que* sa satire. Bn uv mot, j'en aurais été inéiq[Kisé. Je le salue, d'ailleurs» très-cordialement, et mon affection personnelle f^uriluLest.toujoars.'la.mâme.i Je;Vous priei écÛTez-lui cela. •

8i OEUVRES DE HENRI HEINE

A VARNHAGEN

Wandsbeck S le 5 avril i830.

Mes chers amis,

Excusez d'abord ma mauvaise encre, et ensuite mon silence. Je ne vous écrirais pourtant pas encore, si je n'étais possédé du désir d'avoir de vos nouvelles. Je suis si complètement isolé, que vous êtes aujourd'hui les seuls pouvoirs intermédiaires entre le monde et moi. Depuis dix jours, je suis tout à fait seul à Wandsbeck, où je n'ai encore causé avec personne, à part Thiers et le bon Dieu : je lis, en effet, V Histoire de la Révolution de l'un, et la Bible de l'autre. Je ne sens jamais plus le besoin de solitude qu'au commencement du printemps, quand le réveil de la nature se montre aussi sur le visage des philistins des villes, et y produit d'însupporta-

1. Dans le duché de Holstein, à une lieue de Hambourg. Le poëte Glaudius (mort en 181o),qui y a longtemps habîtd, a popularisé dans toute TAllemagne le nom du bourg de Wandsbeck en le joignant au sien.

bles grimaces sentimentales. Quel air plus noble et plus simple ont les arbres qui tranquillement deviennent verts, et savent très-bien ce qu'ils veulent! — Et moi aussi, je sais bien ce que je veux, mais rien de bien vert n'apparaît.

£n couvrant du sable de Toubli la page qui précède, j'ai remarqué que mon écriture prend une trèsgrande ressemblance avec celle de madame de Yarnhagen. Au fond, quand j'écris autrement qu'elle, c'est que je sors de ma nature : nos pensées ne se ressemblent-elles pas comme une étoile ressemble à une autre étoile (je parle surtout de celles qui sont éloignées de la terre du plus grand nombre de millions de lieues)? Si je disais qu'une lettre de madame de Vamhagen ressemble parfois à la voie lactée, il y aurait là une allusion cachée aux plaintes des astronomes qui, dans ce fourmillement lumineux, ne peuvent voir et examiner distinctement une étoile à part, et s'abîment les yeux comme moi dans ce moment devant l'écriture de madame de Varnhagen. C'est égal, écrivez, madame de Varnhagen, écrivez-moi bientôt une de ces lettres célestes qui m'abîment les yeux, et me restaurent le cœur.

8B OKUVRES DB HBNKI HCTNB'

Il fàuti que j 'ensevelisse de nouveau sous- le sable les: soUeS'penséeB-de cette page";

Pendant le dernier- moi»^ surtout depuis^ là An du camaval;,je ne me suis que trop bien trouvé S Hambourg. Je n*ai aucun talent pour languir-lbng-temps dans la^ souffrance, et, lorsque^ outre^^mon malaise' physique, j*eus-ai&ire avec un malaise nroral causé surtout par mon dernier livre; j'eus re-»cours à ma recette ordinaire, qui est, en cas semblable,de ne pas rester confiné au logis, et d'extorquer à mon pauvre corps^ maiàde autamt de jouissances que possible; Màis^ après quelque temps dër cettevie^ il me survient d^ordinaire, avec la lassitude,' un sérieux besoin de travail ;• et la facilité et TindiSKrenœ avec lesquelles j'ai quitté' les pâtés de chair mâles et fltoielles de Hambourg, ses divertissements * de théâtiv et de bal, ses bonnes et mauvaises sociétés, pour m'ensevelirdans^la retraite et l^étude; me donnent la conviction que je ne suis pascomme^ les autrvsi Je roulé de grands^ projets dans ma tète; et j 'espère que, cette année mélfne, le public en saura qudque chose.

Me laissera-t-on assez de repos pour les exécuter? Je l'ignore. Je ne puis être tout à fait tranquille re-

COaRESPOAOA^GE INÉDITE 87

lativemcntâPlatea.Biea que j'interprète juâqulci à mon avantage le silence du noble sire, il y aurait autant de. lâcheté à se figurer trop vite que le danger a disparu^qu'à le craindre ou à le grossir..Nou&

ne croyons que trop volontiers ce que nous souhaitons, et c'est pourquoi nous croyons.si rarement au. danger... L'homme vraiment courageux ne se fait point d'illusions suc les conséquences de ses.actes,. et s'attend au pire. Vous vous rappelez, peut-être, monsieur de Yarnhagen, que vous vous êtes vousmême exprimé ainsi, et vous voyez que je ne l'ai, point oublié..

J'apprends qpe M. de Rumohr est à Berlin. Mes. soupçons, au. sujet de l'article injurieux qui a paru dans le journal' de Brockhaus, s'affermissent contra, le professeur Ulrich, que vous connaissez sans doute depuis Berlin. Cest très-fâcheux. Dans cette affaire,, je ne puis pas pardonner. Il est en correspondance avec Platen. — Vous m'avez écrit que vous envoyiez le même jour à Runkel, pour le Correspondant^ un article de Berlin sur la polémique en question. Je voudrais bien savoir si je fais tort au petit Runkel en me défiant de lui, car il m'a assuré n'avoir rien reçu, et jure ses grands dieux qu'il

est toujours prêt à me rendre tous les services possibles. ■ '

Je n'ai point de nouvelles du midi de l'Allemagne .En échange, je sais que, dans le Nord, si Ton n'en est pas encore à parler avec édification de mon livre, on y mord pourtant avec un appétit toujours croissant. Qui donc a écrit sur moi le bel. article du Franc Parleur? Serait-ce Alexis? Il m*a fait plaisir. — II paraît que beaucoup de choses écrites sur mon livre, et dans un sens favorable, n'ont pu para*ître à cause de toute sorte de menées des rédacteurs de journaux. On me cite, par exemple, parmi ces écrivains bien intentionnés qui n'ont pu prendre la parole, un homme de beaucoup d'esprit, le docteur Wienbarg (il a paru de lui, dans le Correspondant^ une annonce des écrits de Boerne), et le recteur Noeldeke, à Haarbourg, un protestant libérai. En général, beaucoup de libres protestants se sont pris d'enthousiasme pour moi, et je m'aperçois qu'il me serait des plus faciles de me faire un parti parmi eux. — Je n'écris pas pour le moment sur la politique, et je ne le ferai pas de si tôt. Je pense beaucoup à la France, d'autant plus que j'ai lu ces jours-ci dans Thiers que le roi actuel et la famille

Polignac avaient été les premiers à émigrer. — Mon adresse reste la même ; ma mère m'envoie mes lettres ici. — Adieu ; saluez Robert, et gardez votre amitié à Votre obéissant.

A CHARLES IMMERHANN

Wandsbeck, le 25 ayril 1830.

Je crois, cher Immermann, que vous comprendrez facilement les indications que j'ai griffonnées sur les feuilles ci-jointes % et qu'il ne pourra y avoir, à ce sujet, aucun malentendu. Comme vous avez sans doute le brouillon du poëme, il ne vous sera pa^

difficile de fixer les changements que vous avez à faire dans votre manuscrit...

1. Il s'agit d'une vingtaine de pages de corrections métriques proposées par Heine à Immermann pour son poëme de TuUfant, Immermann, en publiant ce poëme, les adopta presque toutes. Il écrivait à Michel Béer, le 3 mai 1830 : « Heine m'envoie, sur mon poëme de Tulifantchen, quatre feuilles (d'une écriture serrée) d'annotations — métriques pour la plupart — qui sont presque toutes d'une finesse et d'une vérité rares. Je ne manquerai pas d'en profiter. Cette preuve d'intérêt m'a fait grand plaisir^ et, ne fût-ce que pour cela, vous comprenez que je ne puis pas l'abandonner. > — Le caractère exclusivement technique de cette lettre à Immermann^ la plus longue du Recueil, en rendait la traduction impossible, et nous le regretlons.

90 OEUVRES^ Dfi HENRI HEITfE

Je VOUS' aurais envoyé cesrfeuiilespias tôt; si yk-vabi eus moins de' peine: à examiner à la loupe un poëme dont.la lecture mlémouiirait, et parfois-m'eBi-' vrait. Il faut que je vous exprime aujourd'hui,. {dus vivement que jamais, mon. admiration. Oui, ce pqëme est excellent, plein de véritable humour; les figures en sont dessînéei» avee dm contours d'une précision étonnante ; et, au point de vue métrique même, je le trouve aujourd'hui suffisamment achevé. Tout au moins, avec ce qui lui manque à cet égard', il a aussi des beautés métriques qui viennent de rame, le siège primitif du rhythme, et qui sont inaccessibles à tous les comtes Platen du monde. Car je ne puis reconnaître à Platen une bien grande perfection niétrique; c'était perfidie de ma part, et pour mç donner un air d'impartialité, que ja lui aii aoeocdé quelque :vai6tti) sur capointt Le rhythme a aussi son originalité propre^ qui!ne. peut être produite^que par une vrde- inspiration, et ne. se. laisse pa& imiter. Yôus^. cher Immermann^. vous péchez assez* souvent contre celles des r%lesr da la prosodie. queXoa peut apprendriâ. par. oââur,. mais rarement contre cette prosodie intime que règle le battement du cœur. On. s'^i aperçoit sur—

COailBSPO^'DAKGE INÉDITE 91

tout à vos césures; ceux-là seuls que la Muse a bercés dans ses bras en connaiesent le secret, car la césure marque en quelque sorte la respiration secrète de la Muse. — Là est votre supériorité métrique, qpi éclate surtout dans vos sonnets contre Platen. Dieu sait dans quels bras pédantesques celui-ci a appris à battre la mesure dès vers, lui qui ne lai Gompiaend; que dans le^ poids des ayllriwsf — ^ Gampe m'ar envoyé hier le^demiBrnuméix» d&la Comèle^ où: Hèrlbssohn' (que jei ne' cannais pas: du tout) Qreaid la: défisnse de nuutllyBe;. Voua ; êtes iQJuxié9gràcfi.à.un8 fsuite dlmpœsfiianahsuniB^qui, às3a&.. \auL fouille' qnai j^aL reços^ éÊmk ooiaigée au: crajpaa^coug^ probablement de li^maiiar' de Fauteur. Gela m'a. gâté mon plaisir: J'àd cfu^ nseonncôt», dans- uQt artiole analogue, du Fnano Rarlaur^ \r. pluma dfi: Haering; ^,£ûu à peuilas: gân& râviennent. à. iBf raison^ mais- seulement; peuiàtpeu.. — Campe pai3lijra.pouc Leipzig^ à: lat fin duimois. Jâ vis seukà la< CAcnpagne^ parmi: des> mémoires sur la-. Révolu^ tion fiaafiçMsBv et de: grands? arbr^^ qui verdiss^t. pduà.pem AîmAs toujoufis votrcLamL.

l; WilliBald-Âlèxis.

CXXÏ A VARNHAGEN

Wandsbeck, le H juin 1830.

Cher monsieur de Varnhagen,

Bien que je vous aie écrit ces jours-ci, il faut absolument que je revienne encore à vous, pour vous adresser le petit volume ci-joint, et la lettre de l'auteur que j'ai reçue hier. Voilà déjà six mois que j'ai le volume, et, bien que j'aie trouvé beaucoup de ces poésies excellentes, même au point de vue métrique, (surtout les tableaux de la Hollande), ce n'est qu'il y a deux mois que j'ai répondu à l'auteur, — et je n'ai tant tardé à le faire sans doute que par mesquine mauvaise humeur contre tout ce qui sent la noblesse. C'est ainsi qu'une amie bien chère, oui, une amie que j^aime comme mon âme, a eu beau- ' coup à souffrir de mon humeur grondeuse, seulement parce qu'elle est comtesse hanovrienne, et appartient à la séquelle aristocratique que je déteste le plus. C'est là mon mal, — j'en conviens en rougissant. Car cette amie (et pourquoi taire son nom?

il S agit de Tjutschef, avec sa femme et sa bellesœur, qui sont en route pour la Russie, et m'ont fait visite ici avec une bonté touchante), — cette amie m'a consolé dans un chagrin que je dois à la canaille plébéienne (bien des chagrins me viennent des miens) ; — et le baron Gaudy * mé fait vraiment honte par la lettre incluse. Je voudrais, en vous l'envoyant, vous intéresser à Thomme et au volume; je vous laisse le soin d'apprécier vous-même jusqu'à quel point le premier mérite votre bienveillance. Si vous aviez quelques minutes de reste, consacrez-les, je vous prie, à un court article de critique sur cet écrivain, comme vous l'avez fait pour tant d'autres que vous "ne connaissiez pas, moi, par exemple. A vrai dire, cette présentation d'un autre poète perclus me rappelle le bon chirurgien de la Guerre des Cévennes de Tieck, que le barbet guéri recommande par gpatitude au roquet qui a besoin de ses soins.

1 . Gandy, d*abord imitateur de Heine, puis chansonnier libéral et railleur, napoléonisie (ce qui était alors, en Prusse, une des formes de l'oppeibition) dans an de ses meilleurs recueils : let Chants de VEmpire, a laissé des récits de voyage^ écrits avec esprit, et an livre amasant, le Journal de voyage d^un gareon iaiUeuirt II est mort jeone encore, en«1840.

94 «rirruEBDE HETfïfi hetne

ie salue Su fontl Bu cœur madame de Yamhffgen, ainsi que leB Robert. J'espère T)asser *cét hiver à iBerlin, cil »j'^ur»i Tavantage de pouvoir -penser à mesàmiR, tout enles voiraiil'face àface. — Je vous reBsmrcie de la aidiice'qm a paru dwns la ^Ousmte d*AugtbourgjvsBT je^vousTuttribue. Je lafaisTeprodiiife dans le ^Carresfondxmt, — Vous ^recevrez 'ptidt- ^re eiftte *éttFe-uii «peu «tarfl^^juisqu'élie vous lanrriveniiparr une occasion de ISarairie.^ien ne Soit etOer ^iie en Allemagne aujourd'hui, etil*ititquel^thouBiasme lui-'même ^r^hemine à «pas de tortue. *GeIa ;a son bon côté. Ainsi -la ilévolufion 'française n'^aurait »pu aboutir, si -tes ncluTDs des (Faeëbins s^^éîent sera <fle 4entes 'occasions de ^libraires, t^omme les déiiKgogues fifllemands. Vivent «oncles 'occasions Se librairie t C'est une institution 9e BÏkreté,'et'C'est par ^Ile que^vous receviez ^mes plus «mioales salutations.

P,'S. — Je ne suis pas encore un véritable AUejnanâJ En^ppreisant^u iibcairequ'il mattBait<jdeux mens \ Taire parvenir cette lettre à^erlin par !Léip- Mi^ j'jd éammé ^que <c«^.^t {tn^a. Je weus esvvoie donc ces lignes par la poâte, et vous recevrez le pe-

lit volume et la lettre du baron Gaudy par un voya- {^r fpiitâstipar ti hier âe<Hainbourg pour 'Berlin par Ja -diligenee. «Bien «que :je :n'écrive ipas tles t^aerets *d3Ètat, jeinepuis poustailtmerésoudretà envoyer ainsi axtes leitres par des officieux.

Jievteinpfiine<me permet pas de ^partir pour les i)ains avant la :fin de la sanaine. Je suis mal distpofiév-souffEaait deilaitéte, et ne pouvant mordre à xienu^Jlai passé tUne fatale année, désolée et aride. iTnifiaentnfnan humeur et ma situation changer bienitiôtt .Si je «n'étais enchaîné [par de graves ilevoirs, je im^vjûleirais pour toujours. Je crains seulement qfHk la fin ljQ6q[>liane»'ne me tombent 'tout à Fait, et «Qiie\je nevpniBse*v{ilus :m'envoler«quanid enfin je m'y déoidemL

GXXII

Sn^ottenSaitt^le^beau^mps, 'je me prépare à partir qpoor Siiîgëtanâ, 'et «es lignes liront d'autre but, «diBFB^anîis, qued'dbtenir au'iJlus vite quelques nou'^ lieUes 4e vons^ j^ai vécu si 'seul ces derniers mois,

(|ue j'en éprouve un vrai besoin. Si votre lettre ne me trouvait plus ici, elle ne serait pas moins la bienvenue sur le rocher d'Héligoland, plus isolé encore. Je vous remercie de celle du 16 avril, ainsi que de l'envoi du Zinzendorf, qui m*est arrivé fort peu à propos, comme maint fâcheux personnage qui nous tombe sur le dos, muni des recommandations Jes plus vives de notre meilleur ami. Une fois pour toutes, je ne puis souffrir ce comte, tout confit en douceur et en oraisons, et ce qui me chagrine le plus, c'est que vous l'ayez si bien équipé. Le voilà maintenant mêlé à une société d'amis plus agréablés qui ont pris place sur mon sofa, les héri)s de l'Évangile, de Thiers, de la Révolution d'Angleterre, etc.; et il joue là un singulier rôle. Pourquoi ne laissons-nous pas aux piétistes le soin de décrire #ux- mêmes leurs grands hommes. Voyons ce que feront ces petits oiseaux avec leurs piaulements, si, \ avec tout leur amour, leur humilité et leur foi, ils parviendront à produire une bonne biographie. Ils ne pourraient pas même, malgré tous leurs e£forts, atteindre à ce qui est pourtant indispensable, c'està-dire le style; car on n'y arrive pas sans exercer un peu sa rajison; Zinzendorf lui-même ne saurait

pas si bien écrire, s'il n'avait été en même temps un tant soit peu filou. Ses aveugles dupes ne pourront jamais écrire un style raisonnable. Je me désole de vous voir prodiguer un temps et un talent d'exposition si précieux, pour des sujets aussi ingrats*. Laissez les morts ensevelir leurs morts, et les piétistes leurs piétistes. Un écrivant bien est à coup sûr un hypocrite; et dans le fait toute la constitution de cette triste secte est une école d'encouragement pour l'hypocrisie et le mensonge. L'édifice de Zinzendorf ne peut être si hermétiquement fermé à la joie et à la liberté, que les influences extérieures du monde qui l'entoure n'y engendrent toute espèce de mensonges.

Quant au style,, comme toujours j'ai beaucoup appris en vous lisant, et la lecture des 31® et 32® volumes de la nouvelle édition de Gœthe, que j'ai faite

en même temps, m'a suggéré beaucoup de réflexions. J'ai été frappé de voir Gœthe, là plus que jamais, se refuser l'emploi de l'article défini au

1 . M. Félix Bovet, de Neuchâtel, a publié à Paris, en 1 8 6 0, une biographie de Zinzendorf, en deux volumes. Cet ouvrage est écrit avec un véritable talent. C'est la première fois qu'une étude complète sur* et homme remarquable paraissait en France.

"prdflttfeTmaéfinî, et ^travailler, titt!» fl^fetéfôt ^ëe ses fléfauts, à doter les Allemanâs' d'une iang&e «de convention. Ces remarques, et d^iitres «en^eore, m'ont fort occupé* Je trouve aussi chez vous, ^cher Varnhagen, une tendance vers le langage conventionnel; mais une volonté arrêtée ^vous tient tt^èe- 'heureusemBnt éloigné decette recherche âe4^inâécision que je Telève chez Goethe. (J'ai lieaiSDetip ëcrh; ce mafin, et la ^uperlcttmté ^de -GoBflie Hs-est con^ammeiït imposée à mon stj/le, — ♦terit^ui» «grimace est contagieuse f)

Je vous enverrai dans six semaines, (en retour 8e votre livre, 'la seconde édition 'flu ^premier »vrihime des Reisebilder. Les changemeiftsque j^yàifalts'lë- 'moignent certainement demon'huniîKté d'âme irft de mon désir du mieux': parmi les'quatreïvingt4taiit poésies du Ifétmtr, j'ai éliminé edlies 'qui-aurai0ifti|m scandaliser les Bimpl66,'ét les ai remplacées ^por t0at ce qu'il y a aeiflusirertueur;if ai supprimée reinances lîspagndles, et les â'ambes^trop 'crus^; "j^ai'de même jeté par-dessus bord, dans le Voyage du Biorrfz, tout ce qiii était Hrop^vif; *et j^ai -rempli le ividevqui s'était iait dans le volume, parla seconde série des Poèmes de la mer. Le livre est ainsi ^lus sy-

COBlIBSPeNDANCK INÊDITK. 99

métrique et plu& présentable^ le remplaœrai, dans le seoDod volume,, les Pûëm» de la mer que j'en ai retirés, ^les Leitres deBerlim,qaele &i&di^araitie,. par des récits d'^gletarce, telsque ceox. que vous cennaisfifiE d^à. Quant au troisiàme. wiluine, la cmnte (Flaten) sera mis aussi à la porter et je pense cpia les BmtèUdet deviendront ainaL un. re^^table l'urne de fondfr. Mon génie me menace,, il est vrai^ d!une quatri^ooe partie; je ne sais encore sL je me sfflunettrsâ chréti^uiemfflit à un teldestia.^..

Adieu; conservez-moi toute votre amitié, madun0;de Varohagen. Je vous aime Fun et Uautre le plusi.— mai& il ne me reste pas-assea^ de place pour dke Gommant».

CXXIU

A CHARLES iaiM£RMANN:

Héligoland, le 10 août 1830.

Cher Ûnmermann ,

Après avoir renvoyé d'écrire de jour*en jour, il, faut mdntenant que m'y fasse en< toute hâte, car levaisseau qui vous portera ces lignes va mettre à^Ia, V6iie^e#jë*me souviens avec effroi- que j'ai; écrit à mo'soeur, il y ai un mois, à £ms,. qu'elle! tceuverait

chez vovis, à son passage à Dusseldorf, une lettre de moi. J'espère que l'incluse n'arrivera pas trop tard, et je vous prie de la remettre à ma sœur. Il faut que je vous dise que j'aime indiciblement cette sœur, madame d'Embden, que j*ai pour elle une tendresse rare entre frères et sœurs, et que je serai plus profondement reconnaissant de tout ce que.yous voudrez bien faire pour elle que si j'en avais été Fobjet. La jeune dame est malheureusement fort malade. — Ma santé est meilleure cette année, et je prends ici les bains pour la remettre tout à fait.

Malheureusement, outre Thistoire générale, il bourdonne à mes oreilles tant d'histoires particulières, que j'ai passé ces derniers mois dans un abasourdissement presque stupide. Ici, les femmes sont mon fléau. Si j'allais à la Nouvelle-Zemble, j'y serais sans doute martyrisé par des cantatrices et des danseuses. Parmi les premières, à peine suis-je quitte d'une, qu'une autre m'arrive. Vous ne pouvez vous faire idée, cher Immermann, de la connaissance que j'acquiers chaque jour du monde des coulisses.

Le comte Platen m'a pris encore beaucoup de temps, parce qu'on me menaçait de procès, et que,

résolu que j'étais de recourir à Yexceptio veriiaiis^ il fallait me tenir constamment prêt à entrer en lutte, bien muni de faits et de saillies. Retenir longtemps ce bagage dans sa tête, au commencement c'est ennuyeux, à la longue insupportable. Aujourd'hui, tout cela m'apparaît comme une légende littéraire. — Votre Caimaial de Cologne m'a beaucoup amusé, et j'admire votre maîtrise dans la prose et le développement épique. Je veux aussi, cet automne, écrire une Nouvelle. N'en publierons-nous pas quelquesunes ensemble? — Je me réjouis de la publication de votre Tvlifant. Lorsque vous m'avez chargé de vous faire renvoyer votre manuscrit, Campe venait de partir pour Leipzig. Je n'ai pas manqué de recommander à son chef de bureau de lui transmettre tout de suite votre demande; il écrivit en ma présence à Campe, et, quand celui-ci revint quelques semaines après, il ne voulut d'abord rien savoir de votre ordre, et prétendit qu'il avait envoyé le manuscrit à Nuremberg pour l'impression.

Je vis bien qu'on voulait vous jouer quelque tour, aussi figurez- vous ma colère! en ma présence, son premier commis dut déclarer qu'il lui avait

immédiatement écrit pour le renvoi du manuscrit,

40Sh OBUvass de henri heine

et j'obtins de Garape lui-même qu'il écrirait sut l'heure kx Nm^emberg; il promit qjie^ si quelque», chose était déjà imprimé, il ferait faire des cartons pour les moindres changements que vous désicer riez; etc.. J'espère que tout est allé à votre satisfaction; Je n!ai pas voulu vous écrire à ce sujet, soit parcie que je me figure que vous avez. en moi trop de confiance pour, m' attribuer la plus légère &ute,. soiti. parce qiie je ne me souciais pas, de ressasser ^ toujpumoes^misàraâ^da librairie. Ooin'en a jamais fini: avec û€^ gpns-là%. et,, comme ils^ ne* valent pas mieux les uns que lesautres,.iln'y arien à gagnée au^ohangdi L'indolence et. l'intérêtcommun sont les seules. choses qjLii me lienti maintenant. à. Campe.. Sijamais je l'abandonne, ce sera de dépit pour son ingratitude.. Mais suffit !

Adieu; éoriyezrmoii bientôt sous l'adresse de ma. mère^.et reiatez bon pour moi.

Voira ami; dévoué.

CORRESPO^'DAJNCB INÉDITE 403-

A VARNHAGEN

Hambovrg, le 19 novemijkv 1810.

Cher Varnbagèn,

Je ssisà peine comment excuser mon longsileace;.

après ayoir reçu deux^lettres de vous. La première qui

m'anîva au moment da< Congrès des naturalistes,,

me néconforta^ singulièrement,, car ce n'était pas-

seulement madame de Yarnhagen^.mais voua enr*

corequi m'y pariiez de la. manière la plus humaine,,

j'allai» dire la plu$ tendre. C'est la. marqua d! une

^ absolue' confiance, et je ne. cesserai de vous en

témoigner ma: gratitude, en vous découvrant tou*-

jours le fond.de mon cœur. Vousr le verrez.en tout

temps avec toutes ses blessures, et même ses taches*,

J^ai. remarqué, il est. vrai^ que les amis voyaient

seulement les taches et les blessures, et point les.

parties brillantes, auxqudles. je ne- les avais pa»

rendus* attentif», supposant qu'ils le» connaissent;

-^Depuis le* printemps dernier, je ne vous ai pas.

écrit' : j'ai donc à vous raconter brièvement ce qui

iOi OEUVRES DE HENRI HEINE

m'est arrivé, au dedans et au dehor^, et ce que je fais mainlenant.

Comme il y a des oiseaux qui pressentent les révolutions physiques, orages, tremblements de terre, inondations, il y a aussi des hommes dans l'âme desquels les révolutions sociales s'annoncent par avance, et qui, alors, sont comme stupéfiés, paralysés, étrangement inquiets. C'est ainsi que je m'explique mon état cette année jusqu'à la fin de juillet. J'étais frais et dispos, et ne pouvais m' occuper nuit et jour d'autre chose que de l'histoire de la Révolution. Je passai deux mois aux bains de mer d'Héligoland, et, quand la nouvelle de la grande semaine y arriva, il me sembla que cela allait de soi, et que ce n'était rien que la continuation de mes études. Sur le continent, j'ai assisté aux événements d*ici^ bien capables de gâter les plus belles choses pour un cœur moins fortement trempé que le mien. Bien que dérangé de tous côtés, j'ai entrepris de faire, avec de vieux matériaux, un petit livre dans les intérêts du présent; je l'ai intitulé Supplément aux Beisebilder, et il y a déjà quinze jours qu'il a été envoyé à Leipzig, où il sera imprimé pour Hoffmann et Campe : vous le

recevrez, j'espère, dans trois semaines. Ne vous laissez point prendre à la préface et à la postface, où je fais accroire que le livre tout entier est d'une , date antérieure. Trois feuilles environ de la première partie sont déjà anciennes; quant à la seconde, il n'y a que la conclusion qui soit nouvelle. C'est un livre exclusif, mais à bon escient. Je sais fort bien que la Révolution embrasse tous les intérêts sociaux, et que la noblesse et F Église ne sont pas ses seuls ennemis. J'ai montré celles-ci liguées seules contre elle, afin que la nécessité de les attaquer toutes deux ressortît avec plus d'éclat. Mais je hais bien plus encore Yaristocratie bourgeoise. — En Allemagne, où l'on est archireligieux je me féliciterai si mon livre contribue à émanciper les esprits en matière de religion, et je me résignerai volontiers au mal que pourront me faire les criailleries des béats. Hélas t je supporte bien pis que cela !

Depuis huit jours, je souffre de maux de tête, et de dépit. Au fond du cœur, je me sens tout à fait libre et dispos, et j'espère produire encore quelque chose de grand. Mais, de jour en jour, ma situation extérieure s'assombrit davantage, et les études qui

106i OBUVRSS DE HENRI HEINE

m'avaient si fortement absorbé, et surtout les événomaniS: politiques^ m-ont si bien fait oublier mes pfopndsaffairesgue j'en. suis inexcusable.. En outre, j'ai été parfoi$> comme frappé d'aveuglement, et me' suisv laissé duper de toute part.. — La faute en est. à; mon oncle, qui,. Tannée dernière encore, me. promettait. Hollande et. Brabant, si bien que j'ai, été tnop facile en. affaires, et que j'ai fait dea sacrifice» matériels au profit d!intérêts purement littémtreB. . Au* point de vue de ces derniers,, il n'y a pas- dejmeilleur éditeur que J. Campe,. et je lui resterai fidèle,, pour* peu que cela soit possible» Mab^ quantt k mon oncle Salomon. Heine^^ jp- suis aveo lui en très-fâcheux rapports, et. on l'a si bien, ciroonyesiu, que* j'ai de sérieux motifs pour me détacherroomplétement de lui> Ma situation, est, si fâcbeuee^ qufiL faut que je songe à. de nouvelles resfiOuiHseskApai^tqiielques bagatelles, je n<ai point, de dettes, et je me sais capable de travailler plus que. jamais.. (Ainsi^. comme îe vous, le dirai plus tard tout.au long, j['ai commencé un. nouveau. li»re„ complètement politique.) Hélas 1*. je m^oublie moiniéme ea m'.absorbant dans les intérêts de mon t«nps>.eUae;qp'ily, a. de plus dangereux, pour moi.

'CORREiSPO^DANCE TN ÉDITE ^07

est encore ce ^briital orgueil aristocratique 4pn a seg racines, inextirpables jusqu'ici, dans le fond de mon cœur; qui m'inspire tant Âe mëpsis tpoQr l'industrialisme, et serait capable 'de m'^ntràiner aux méchancetés les plus distinguées, ipeuè^jètre 'même, à force de dégoûts et de dépits, me fiaire 'quitter cette vie incommode avec toutes «es détresses plébéiennes. — Je n'ai pas encore lu^tltre Médecin matérialiste; je m'y mettrai «dans 'quelques jours, quand une seniblàble lecture hétérogène n[ie pourra me déranger dans mon travail. Quaioit aux 'Lettres ff un mort ^ j'en aï lu déjà, avec plaisir, da première partie. Avant cela, je connaissais déjà votre compte rendu et, comme je me fie toujours aveuglément à vous, j'ai mentionné'ces Lettres Jisais la préface démon livre de la façon plus propre assurément à les faire connaître. Mais qui donc est ce défunt? Vous pouvez me le dire, à moi qui suis mort aussi, et n'ai plus affaire avec les vivants que par mes repas et mes chagrins quotidiens. Mon livre plaira fort à Sa défunte Excellence; mon démocratisme blessera peu ce gentilhomme, qui n'a pas besoin comme les autres de pereher «ur son arbre généalogique pour dépasser le 'niveau oom-

j|^g OEUVRES DE HENRI HEINE

mun. C'est encore la partie religieuse qui lui plaira le plus dans mon écrit. Il a délicieusement flagellé

les faux dévots.

Adieu; je vous embrasse, vous et notre chère Rahel, à qui je pense si souvent; je passe toujours ces longues soirées à la maison, et j'habite de grandes et belles chambres, propices aux souvenirs. Vous,Varnhagen, qui, à distance, vous rendez mieux compte que moi de ma situation, réfléchissez, je Vous prie, aux ressources qui peuvent s'offrir pour moi en cas de besoin. Vous vous trompez en croyant que le contenu de mes écrits, du moment que je voudrais transiger, ne me permettrait pas d'intéresser en ma faveur le gouvernement prussien. A bientôt davantage; je vous en prie, réfléchissez-y. — Votre tout dévoifK.

GXXV

AU MEME

Hambourg, le 30 novembre 1830.

Cher Varnhagen, 11 faut que je vous envoie encore quelques lignes supplémentaires à ma dernière lettre, qui, à vrai

dire, ne vous apprendront rien de bien réjouissant, mais vous ôteront pourtant toute inquiétude sur mon compte. J'ai voulu seulement vous faire connaître les angoisses qui m'assiègent dans mes mauvaises heures : plus encore que tout sujet positif de chagrin, c'est le dépit qui me tourmente, le dépit de mes méprises, de ma sottise et de ma maladresse. Vous n*avez aucune idée de tous les ennuis qui s'accumulent en moi, de toutes les préoccupations glaciales qui se pressent dans mon cœur pour y étouffer les fleurs de feu de l'enthousiasme) C'est dans cette disposition que j'ai écrit ces jours-ci une nouvelle conclusion pour mon livre; mon éditeur, qui le fait imprimer eu Saxe, et qui m'avait assuré que làbas tout échappait à la censure, vient me dire tout à coup que ce n'est pas le cas ; de sorte que j'ai dû, pour arriver aux vingt feuilles, écrire encore quelques airs et un nouveau finale. — Dans l'excitation des temps et de mon propre travail, je n'ai pu comme de coutume songer à mon avantage personnel, et je crains d'être encore plus trompé que je ne l'avais cru. Mais cela, passera, un printemps nouveau viendra, et, pour en jouir sans être dérangé, je fais à l'avance les Chants du printemps qui II. 7

éclateront alors. J'en ai rime trois douzaines dan» ce» jours mauvais, h la demande d'un musicien d'ici qui voulait composer quelque chose de nouveau (Â. Metbfessel). J'espère pouvoir vous les communiquer au nouvel an.

J'ai déjà fait connaissance avec le second volume des Lettres d'un mort; il y a là de charmantes choses, la légende du fifre aveugle, Maurice Adair, est ravissante, et écrite de main de maître.

. Ne pourriez- v<>us m'envoyer l'adresse de Michel Béer à Paris? *— Je salue de tout mon cœur notre chère amie, ainsi que les Robert» — Il a paru dernièrement ici contre la Sontag une poésie qui passe pour être de moi; on y a imité ma manière avec la plus extrême préméditation, on a répandu ce mensonge avec tout le soin possible, et beaucoup de personnes sont furieuses contre moi, -^ qui suis resté muet comme un poisson. ^-* Depuis lors, vous vous êtes défendu d'être l'afiteur des lettres du dé^ funt; j'ai ri de tout mon cœur de votre embarras. Mais, je vous en prie, ne riez pas du mien, qui est plus sérieux; j'ai besoin, et sans retard, de votre aide.

CÔaBÈSPONDANGE INBDITB i^

CXXYI

AU HâlfB

jHamboi^rg, 1q 4j^yier 1831.

Je^voui» félicite pour la nouvelle annéa^ et je vous souhaite la meilleure sauté, à voua et à madame de Varabagen,

J'ai reçu en sou temps votre lettre du 29 novembre, ainsi que la Jl^ouvelle, et, bien qif'à contre coeur, j'ai suivi vos conseiU, «f'ai r^noyié amitié avec mon X, afin d'avoir au mom^^ un abri pour des coups imprévus? Mais je n'envisage dd ^mblaUes précautions que comme un moyen provisoire et tout à fait extérieur, et je vise à me faire, à tout prix^ une position indépendante ; autrement je ne 'pounais rien produire. Si i^eia ne me réussit pas, d'ici à peu de temps, en AUemagne> je par-^ tirai pour Paris; là, '}^ devrai maibeureusement jouer un rôle où périront toutes m^9 facultés d'artiste et de poète, tandis qu'il consommera ma rupture avec jbçs gouverpen^nts de mon pays.

Je ne ferai aucune démarche; j'attends saulement de vous que vous m'appreniez >s'il n'y a rien à

obtenir pour moi, soit à Berlin, soit à Vienne (II!).

Je veux tenter toutes les voies et ne me décider aux dernières extrémités qu*à la dernière extrémité.

Si seulement je trouvais le repos nécessaire pour mettre au jour quelques grands écrits, qui me tiennent au cœur et me tourmentent !

Mon nouveau volume doit arriver aujourd'hui d'Harbourg(où la débâcle le retient depuis six jours), et je vous renverrai par le plus prochain courrier. Il est probable qu'il se trouve déjà à Berlin, et vous pourrez vous le faire remettre chez votre libraire, en échange d'un des exemplaires que vous recevrez de moi. C'est un livre plus fort en mots qu'en choses, et, si Ton veut chercher noise au texte, je n'ai rien à craindre. Je crains seulement qu'on ne se cache derrière le clergé, et qu'on ne décrie le livre au nom de la religion. S'il en est ainsi, — certes, alors, je donnerai toute la partition du grand opéra. ^

J'ai fait la commission de votre lettre du 28 décembre. — L'amitié charitable, inébranlable, de madame de Varnhagen me réchauffe le cœur par ce temps de brouillSird. Saluez les Robert.

Je sais très-pressé aujourd'hui : autrement, je vous écrirais davantage; je veux seulement vous dire encore le plus important, une chose qui me concerne plus que je ne puis l'expliquer, et qui est, je crois, le butlessentiel de ma lettre.

Vous savez qu'il y a ici quatre syndics; Tun de ces quatre emplois est vacant depuis quelque temps, et vous pouvez penser qu'il ne manque pas de gens qui le briguent. Jusqu'ici, l'élection a été ajournée parce que, parmi les candidats, il n'en 'est aucun qui soit agréable au Sénat, dont la visée essentielle est d'appeler à ce poste un homme qui ait un nom populaire, et sache tenir une plume politique (le besoin d'hommes se fait déjà sentir). De plus d'un côté, on est venu à moi pour me dire que j'étais Doclor juris, et qu'il suffirait de quelques marcs banco pour qu'en tout temps je pusse devenir citoyen de Hambourg (ce sont là les seules conditions). Toutefois, je sais qu'on ne m'élira en aucun cas, et que, dans le moment actuel, il serait hasardeux d'annoncer ma candidature, en m'exposant à un échec ridicule. Déjà, sans qu'il y ait de ma faute, quelque chose de semblable me menace, et l'on parle pour et contre de l'issue

4U oevvRES de: hënri hbine

qu'aurait ma ppésentalîon éventuelle. II n'y a donc pas de temps à perdre. Plus que je ne saurais vous l'expliquer dans ces lignes, ma considération personnelle est en jeu. Il est impossible d'anéantir des bruits, mais on peut leur donner un autre cours, parfoiâ même avec un heureux résultat. Par exemple, si, dans le cas présent, le public hambourgeois apprenait par les journaux du dehors qu'on attache une importance peu commune au bruit de ma candidature, qu'on envisage le choix de ma personne comme une satisfaction donnée aux besoins populaires, etc.. Vous me comprenez. Je désire donc que vous écriviess dans ce sens, aussi vite que possible, quelques lignes pour la Gazette d'État de Berlin, que vous feriez reproduire datis une des correspondances berlinoises de la Cras^^^ éfAugsbourg. Je sens que je Vous importune ; mais je ne puis me tirer d'affaire par moi-même, et tout cela est d'une grande importance pour moi. Et même, si une semblable corpesJ)ondanée arrivait ici avant que l'élection eût eu lieu, je verrais s'il est opportun pour moi de me mettre sur les rangs. En tout cas, un tiers aurait alors une occasion facile d'écrire dans un

CORRESPONDANCE INÉDITE <l5

journal que je ne me suis pas présenté moi-même. M. Lehmann, un de mes anciens séides^ est le principal collaborateur de la Gazette dÉtài; mais îl est trop lié avec la commère Gahs pour que je puisse m'adresser directement à lui- C'est là une affaire des plus délicates, et je suis contraint de vous prendre à partie. Mon ami Rousseau est rédacteur de la Gaaetie des Postes de Francfort; mais lui aussi est une caillette, et, comme je le sais faible de caractère, il y a longtemps que je ne lui donne plus ma confiance. Les rédacteurs de la Gazette d'Augsbourg sont assez bien portés pour moi, mais les choses y passent par trop de mains; — bref, c'est vous, cher Varnhagen, qui porterez tout le fardeau. Personne mieux que vous ne peut écrire cet article qui doit laisser voir que mon élection est chose importante, équitable, et agréable au public. — Peut-être faut-il y glisser que je serais ainsi perdu pour ma patrie prussienne ?

Moser est correspondant de Berlin pour Tlmpartial Aq Hambourg.

On prétend ici que Cotta est en déconfiture : ce serait fort triste. •

Il est dit dans plusieurs journaux que je suis

Fauteur de la Prima donna^ une satire contre la Sontag. Il ne vaut pas la peine, cela va sans dire, que je réfute publiquement ce bavardage. Je n*espère pas qu'on m'attribue à Berlin cette rapsodie. — Je publierai ce mois-ci un cahier de Lieder du printemps. — Votre Nouvelle a été lue par plusieurs dames avec intérêt. Elle n'a plus pour moi autant d'attraits qu'il y a dix ans, bien que je sache mieux aujourd'hui en admirer la forme. Des sujets semblables à celui-là, traités à la manière des nouvellistes italiens, ont toujours un charme particulier. C'est peut-être, de toutes les formes, la plus difficile, et aussi la mieux faite pour vous. Ce sont des Mémoires que vous devriez écrire 1 Adieu; gardez-moi votre amitié, qui, de jour en jour, et à mesure que je dois renoncer à d'autres amis, est pour moi d'un plus grand prix. Je suis tout à fait isolé, — et des amis qui arrivent ig, particulièrement de Paris, racontent qu'on me croit, là-bas, à la tête des libéraux allemands. Mon livre, confirmera encore cette erreur. Je baise la main de madame de Varnhagen.

AU MÊME

Hambourg, le 6 janvier 1831.

Cher Varnhagen,

Il faut absolument que je fasse suivre ma lettre d'hier de quelques mots.

On nomme maintenant un juriste connu, Blume, professeur à Halle, comme celui .des candidats au syndicat vacant qui sera certainement élu. — Au cas où Tarticle dont je parlais hier vous aurait semblé opportun, il faudrait y rattacher cette indication. — Si vous avez trouvé que cet article était hors de propos, et que vous ne l'ayez pas encore écrit, n'y songez plus. Il faudrait, en tout cas, s'y prendre le plus discrètement possible, et peut-être le mieux serait qu'il parût d'abord dans la Gazette d'Avgsbourg, Plusieurs pensent que l'on ne m'a désigné comme éligible que par ironie. — Blume, le disciple d'Hugo, un des principaux d'entre les investigateurs au microscope de l'école historique, est poussé par

Sieveking et son parti. — Vous recevrez mon livre

à la fin de la semaine. — Je publie un écrit polémique contre là tiôblesse, mais la préface seule sera de moi. AVez-Vous quelque chose à y faire entrer ? Il vous reste encore douze jours. — Adieu. J'écris presque dans l'obscurité. Cordiales salutations à madame de Varnhagen.— Tout à vous.

GXXVIII

A W. HARING (WILLIBALD ALEXlS)

Hambourg, lé 17 jantiéf 183i.

Ainsi vorit les chdsés, cher Hârirlg : On Veut éci*ifé de longues lêttreâ, on les renvoie "de jour en joUr dans l'espoir d'une heure propice, et puis tout à coup 11 se trouve que l'on â quelque chose à dire, et il faUt qu'oti griffonne Un court billei dans le J)lu«i mauvais tnolîient. Voilà ce qui m'arrivé aujourd'hui. TJft de mes amis, À. Lewald,me pHe de vous envoyer* la Nouvelle ci-jointe, qui pai*aitra dahs la seconde paf lie de son Recueil. Il voudrait qu'elle fût publiée dans le Franc Parleur^ et aussi vite que possible. Je crois qu'elle vous plaira et vous fera apprécier lé talent de tiarration

d6 railtwr, Il aftit r«(Oonter, et mettre mv j)lôâ d§8

COKKESPONDAXCE INÉDITE 119

personnages, et je lui ai pronostiqué qu'il serait un jour Fan des écrivains de ce genre les plus aimés. Je n'ai appris à le connaître que par ses écrits* et ce préjugé faTorable n'est pas de la partialité. Je désire, cher Hâring, que vous puissiez lire le premier volume des Nouvelles de Lewald qui vient de paraître, et, si vous vouliez en écrire favorablement dans le Franc Parleur^ cela me serait fort agréable, car je suis moi-même enfoncé jusqu'au cou dans la politique et ne puis ri^n faire de littéraire. Et pourtant ce livre est digne d'une prompte recommandation, même quand celle-ci n'aurait d'autre but que de faire voir à l'auteur que son talent est fait pour la Nouvelle et non pas pour le théâtre, où il gaspille ses forces.

Je vous écris très à la hâte, et n'ai que le temps, cher Hàring, de vous saluer en courant. Mon dernier livre a ici beaucoup de succès, et fait grand bruit.

Adiefu; saluez Robert et tous les amis. Bien à vOus.

A VARNHA6EN

Hambourg, le !*>' avril 1831.

Cher Varnhagen ,

Je veux vous, dire seulement que je vis encore, non pas prëcisénient pour mon plaisir comme le souhaite certainement madame de Varnhagen, mais enfin je vis. Dans ce temps insensé, il est plus difficile que jamais d'écrire des lettres quand on n'a justement rien de particulier à dire, à annoncer, à mendier, ou à offrir. Ce qui se passe dans le monde est trop vaste pour en parler par lettres, — et les choses importantes pour nous ne sont que des bagatelles en comparaison de tout ce qui arrive chaque jour de considérable sans notre participation. Les choses vont-elles toutes seules, sans Tentremise des imlividus? C'est la grande question à laquelle aujourd'hui je réponds oui, demain non, et ma réponse a toujours de l'influence sur mon activité particulière, ou plutôt la détermine absolument.

Quand je remarquai après les journées de juil-

let, combien le libéralisme voyait grossir ses rangs, et même comme les plus vieux Suisses de l'ancien régime dépeçaient tout à coup leurs habits rouges pour en faire des bonnets de jacobin, je n'eus pas médiocrement envie de battre en retraite et de me mettre à écrire des Nouvelles. Mais, quand l'enthousiasme s'attiédit, quand des bruits effrayants, bien que faux, arrivèrent de Pologne, et que les crieurs de liberté baissèrent de ton, j'écrivis, pour un livre sur la noblesse, une préface où peut-être, entraîné par la difficulté des temps, je me suis enferré moimême ; vous y trouverez suffisamment d'imprudences voulues, et vous voudrez bien les pardonner, ainsi que le mauvais style broché dans le trouble du moment. Toutefois, j'écrivis alors des choses bien plus folles, que j'ai jetées dans le poêle quand tout alla mieux. — Et maintenant ? Maintenant je crois à des réactions nouvelles, je suis plein de prophéties de mauvaise augure, — et, chaque nuit, je rêve que je fais ma malle et pars pour Paris; là, je pourrai respirer un air pur, me livrer tout entier aux saintes pensées de ma nouvelle religion, et devenir peut-être un de ses prêtres, en y recevant la consécration dernière. — Remercîments supplé-

422 OEUVRES DE IIËI^Iil HIINE

mental reg pour votre amical article sur mon dernier livre, — et aussi pour le Journal de la Conversation. D'autres ont encore plus ri que moi du démagogue de salon. Le mot est juste assurétnent, mais pourrait un jour me coûter la iéte«

Je vis toujours ici dans la situation la plus pénible. Je vols bien qu'avec la meilleure volonté du monde je ne puis utiliser pour moi la sagesse des gouvernements, et qu'il ne me reste qu'à me mettre en garde contre leurs folles, — - A Munich, J'apprends que cela va mal. Si mon ami Schenk ne m'avait pas sacrifié aux jésuites, je pourrais, sans que mes principes eussent à en souffrir, lui être fort utile aujourd'hui. Mais la déloyauté et 1^ manque de talent m'ont si fort indigné de ce c6të-là, que maintenant je serais capable de pendre moimême les Polignacs allemands. ^^ Je suis aussi très-cuiirroucé contre la Prusse^ mais seulement à causé du mensonge universel dont la capitale est Berlin. Les tartufes libéraux de Berlin m'inspirent du dégoût. Mais suffit. •*- Vous n'avez pas besoin de mettre mon hom sur mes lettres ; mettes seulement l'adresse de ma mère, qui ronflait votre élégante écriture, et me le?^ fer^ remettre mn lf^« ou-»

vrir.— Adieu, priez madame de Varnhagen de m'écrire. Je salue les Robert; Gans aussi à roccasion. Le pHnce Puckler * ne m'a pas écrit; cela me fait beaucoup^ beaucoup de peine. Comment va*Ml? De tout cœur votre dévoué*

GXXX

AU MÊME

Paris» le S7 juin 188t.

Chers amis,

La force des choses î la puissance dei choses I Vraiment, ce n*est pas moi qui ai poussé les choiies à l'extrémité, mais ce sont le^ choses qui m'y ont poussé, oui, qui m*onl poussa ici, au sommet extrême du monde, à Paris; et n'étàis^je pas hiei* matin au sommet de ce sommet, au Panthéon ? Aux gtands hofntnés lu patrie feconnaissantis t Voilà, je crois, rtnscription qil'on y a rétablie en lettres d'or. -^ Quelle raillerie I Les hommes petits élèvent aux grands hommes, après leur mort, de semblables temples; — ne vaudrait-il pas mieux placer de telles inscriptions sur le restaurant de V.éry, et nourrir

i, L'anleur bien connu des lettres d'un mort, et des voyages

convenablement les grands hommes de leur vivant, au lieu de leur vouer un culte après qu'ils sont morts de faim ou d'autre martyre? Mais Véry est le Panthéon des petits hommes vivants, et, là, ils sont assis, mangent et boivent, et inventent des inscriptions ironiques.

A Château-Thierry, sa ville natale, le pauvre la Fontaine a une statue de marbre qui a coûté quarante mille francs. J'ai ri de bon cœur en la voyant. Le pauvre la Fontaine demandait de son vivant un morceau de pain, et on lui donne après sa mort pour quarante mille francs de marbre. On dédie des rues entières à Jean-Jacques Rousseau et autres illustres qui, pendant leur vie, ont à peine obtenu une petite mansarde. — Aujourd'hui, je ne veux vous écrire que des folies ; car, si j'écrivais quelque chose de sensé, et que ma lettre vînt à tomber sottement en d'autres mains, elle pourrait vous compromettre. En général, à. cause de cela, je ne veux plus vous écrire; quand vous aurez quelque chose à me dire, faites-le-moi savoir sous l'adresse de madame Valentin, ou de Maurice Schlesinger. Ou bien écrivez-moi sous celle du docteur Donndorff^ hôtel de Hollande^ rue Neuve^eS' Bons-Enfants y à Paris. Cette der-

CORRESPONDANCE INÉDITE 4l5

nîère adresse est même la meilleure et la plus sûre, quand d'ailleurs on n'a point d'indiscrétion à craindre de la Direction royale des postes prussiennes. Je suis entouré d'espions prussiens ; bien que je me tienne loin des intrigues politiques, ils ont terriblement peur de moi. Il est vrai, vous le savez, que, quand on me fait la guerre, je frappe dru, et n'y vais pas de main morte.

Hélas I il y a six semaines, je prévoyais tout et je me serais volontiers retiré dans la poésie, laissant à d'autres le métier de boucher; mais cela n'a pas été ; la force des choses I On nous a poussés à bout !

A Francfort, où je me suis arrêté huit jours, j'ai causé avec plusieurs congrégationistes, et découvert les sources de bien des maux particuliers qui m'étaient restés inexplicables. J'ai mené, dans les derniers temps, à Hambourg, une vie peu agréable; je ne me sentais pas en sûreté, et, comme je songeais vaguement depuis longtemps à un voyage à Paris, je fus vite décidé quand une main puissante me fit signe qu'il était prudent de partir. Toutefois, il serait facile de fuir si l'on n'emportait pas la patrie à la semelle de ses souliers I Je parodie Danton avec

chagrin. Il est douloureux d'aller se promener au Luxembourg, et de traîner partout à ses bottes un morceau de Hambourg, un fragment de Prusse ou de Bavière.

Je resterai probablement un mois ici ; puis j'irai à Boulogne pour les bains de mer, et je reviendrai à Paris ; •— mais pour combien de temps? Gela ne peut pas aller plus mal pour moi ici que dans mon pays, où je n'ai à attendre que luttes et détresse, où je ne saurais dormir tranquille, où l'on m'empoisonne toutes les sources de ia vie. Il est vrai qu'ici je suis submergé dans les vagues bouillonnantes des événements de chaque jour, de la révolution mugissante; — en outre, je suis maintenant tout phosphore, et, tandis que je me noie dans une mer en tourmente, je brûle en même temps par ma nature propre. — Adieu ; soyez heureux, vous et madame de Varnhagen, et ne m'oubliez pas. J'ai le cœur serré de tristes pressentiments.

A H. MOSEA

Paris; le 27 juin 1831.

Ton frère m'a remis hier ta lettre du 26 mai. Tu

vois dans mon silence une susceptibilité de poète; je dois te détromper. Je n'ai jamais été blessé des jugements que tu as pu porter sur le poëte ; que tu aies approuvé Ou blâmé quelqu'une de mes actions comme homme^ j'ai pu n'y être pas indiftérent, mais je n'en ai pas été le moins du monde offensé : somme toute, je n'ai été ni blessé ni offensé par toi, et motï silence n'est point une plainte muette. Je ne me plains que des dieux qui m'ont laissé si longtemps dans l'erreur sur ta manière de comprendre ma vie et mes ambitions. Tu n'as pas compris ces dernières, et c'est là ce qui m'a attristé. Tu nç comprends pas encore, tu n'aâ jamais compris ma vie et mes aspirations, et c'est pourquoi notre amitié n'a pas cessé d'être, mais plutôt n'a jamais existé. Ce n'est pas l'approbation, c'est l'intelli- ' gence de nos actes que nous demandons à uti ami ; il peut, selon ses principes à lui, les louer ou les censurer; mais il faut, avant tout, qu'il les comprenne, qu'il en saisisse la nécessité à notre point de vue à nous, tout différent qu'il peut être du sien. — Adieu ; envoie directement l'incluse à son adresse, mais non pas par la poste, et croîs à mon estime et à mon affection.

AU COMTE M. MOLTKE^ à PaHs.

Monsieur le comte,

L'écrit que j'ai publié contre vous ne m'est pas encore parvenu. Si vous le possédez, vous m'obligeriez infiniment en me le prêtant pour quelques heures aitssi vite que possible. L'introduction a été malheureusement écrite dans un moment de haine .et de passion, et il y a eu encore toute sorte de malentendus pendant l'impression du livre. Il est possible que je sois forcé de le désavouer dans sa forme actuelle. £n tout cas, monsieur le comte, si vous y avez été trop rudement traité, je vous demande pardon. Autant qu'il m'en souvient, je n'ai pu découvrir

I. Pnblidste et homme politique du duché de Schleswig. Il appartenait d*abord au parti féodal ; mais la révolution de 1830 modifia ses idées, et il devint dès lors un des représentants les plus distingués du libéralisme dans l'assemblée des états de son pays. Son principal écrit est intitulé : D0 la Noblesse dans ses rapports avec la Bourgeoisie. C'est en réponse à cet écrit que Heine publia Touvrage dont il est question ici : Kahldorf, Lettres sur la Noblesse adressées au comte M. de Moltke. ~~ La préface seule est de la plume de Heine.

CORRESPONOANGE INEDITE 429

aucune ironie dans les éloges que Tauteur, personnellement, vous adresse.

Demain, de bonne heure, je compte avoir le plaisir de vous faire visite. — Je suis, avec une haute considération, votre dévoué.

Paris, le 25 juiliet 1831.

A VARNHAGEN

Paris, mi-mai £832.

Cher Varnhagen,

Voilà deux mois et plus que je songe à vous écrire! Mais ce maudit choléra est survenu dans l'intervalle, et, depuis quinze jours^ mes maux de tête me font extraordinairement souffrir. Nous nous comprenons trop bien pour que je craigne que vous interprétiez mal mon silence; j'ai pourtant des remords de n'avoir pas répondu avec exactitude à votre dernière lettre, et ces lignes n'ont d'autre but que de vous envoyer à la hâte un salut amical. J'ai besoin de pouvoir compter aujourd'hui , autant qu'au début de ma carrière, sur votre intérêt et celui de madame de Varnhagen ; car, autant qu'alors, je me sens isolé

i3Ô OEUVRES DE HENRI HËINË

dans le monde. Si ce n'est que j'ai maintenant plus d'ennemis, ce qui est toujours consolant, mais ce qui pourtant ne me suffit pas. Pouf peu que vous le vouliez, vous pouvez m* écrire plus fréquemment que par le passé sfhs craindre que vos lettres soient in-* tercepLées ; je suis maintenant en paix avec tout ce qui subsiste, et, si je ne désarme pas encore, c'est à cause des démagogiTes, avec lesquels j'ai été et suis encore dans des termes difficiles. Ces gens-là, ennemis de toute modération, voyant que je ne pouvais me résoudre à délirer avec eux, voulaient me forcer à abdiquer comme tribun. Mais je n*en avais aucune envie. — Aujourd'hui, jgrâce à Dieu, le choléra, ou plutôt la peur du choléra, m'a délivré de beaucoup de ces fâcheux personnages, — Ce n'est pas préciment par courage que je ne me suis pas enfui comrne eux de Paris, quand la panique est survenue ; mais j'ai été trop paresseux pour partir. Boerqe voulait depuis longtemps se mettre en route, et on lui fait tort en attribuant son départ à la crainte.Toutefois, je ne t'avais pas vu quinze jours auparavant; nous sommes fort mal ensemble, il s'est permis contre moi quelques chicanes de jacobin qui m'ont fort déplu. Je le crois fou. — Je suis chargé que mes

CORRESPONDANCE INÉDtTE \^\

articles dans la Gazette (TAugsbourg vous plaisent, car je n'étais pas sûr qu'ils valussent quelque chose. Je les ai écrits, d'une part, pour me mettre ainsi en crédit, de l'autre, à cause du profit net. Croyez- vous qu'il vaille la peine de lancer plus tard dans le public une douzaine de semblables articles sous la forme d'un volume? Cela n'est guère usité.— Je m'occupe beaucoup de l'histoire de la Révolution française, et du saint-simonisme. Je compte écrire des livres là-dessus, mais il me reste encore beaucoup à étudier. Pourtant, dans cette dernière année, en voyant les partis politiques et les saint-simoniens à l'œuvre, j'ai compris bien des choses, ainsi le Moniteur de 1 793, et la Bible. Il ne me manque maintenant que la santé, et une vie sans inquiétude. J'ai eu dans l'intervalle plus d'une occasion de m'en faire une, mais c'aurait été à des conditions qui me répugnaient, non pas à titre de patriote, mais en qualité d'homme comme il faut. Ce que vous m'écrivez sur le saint-simonisme est tout à fait d'accord avec mes vues. Michel Chevalier est mon ami trèscher, et l'un des plus nobles caractères que je connaisse. 11 est peut-être très-profitable à la doctrine elle-même que les saint-simoniens se soient retirés

de la scène; la doctrine tombera en des mains plus avisées. La partie politique surtout, la question de la propriété, sera mieux élaborée. Pour moi, je n'ai proprement d'intérêt que pour les idées religieuses qui n'avaient besoin que d'être exprimées pour être tôt ou tard réalisées. L'Allemagne luttera le plus énergiquement du monde pour son spiritualisme ; mais t avenir est à nous, — Écrivez-moi à H. H., par adresse du docteur Donndori, rue Neuve-des-Bons- Enfants, hôtel de Hollande, — Je n'ai pas encore lu les deux derniers volumes du prince Puckler. Humboldt doit être maintenant ici. •— Saluez Chamisso ; je ne lui enverrai rien, mais je lui écrirai. — Vous n'avez pas besoin de rien dire à madame de Varnhagen. Elle sait ce que je sens, c'est-à-dire ce que je souffre. -^ Adieu; aimez toujours votre dévoué.

Dieppe, le 24 août i832.

Cher ami et patron,

Bien que perclus d'une main et souffrant de l'autre, j'éprouve tout à coup le besoin de t'écrire. Voilà

longtemps que j'en avais envie, surtout depuis que le docteur Christian! est devenu le Mirabeau de la lande de Lunebourg. C'est là une plaisanterie par laquelle le bon Dieu a voulu me montrer qu'il était, encore mieux que moi, passé maître en ironie. — Comme je te connais, très-cher ami, tu te figureras à coup sûr que, si je t'écris, c'est parce que j'ai l'idée de publier quelques livre, et que je désire, en conséquence^ te voir mettre en mouvement tes yeux de critique.

Toutefois, autant que je sache, l'intention essentielle de ces lignes est de te prier de m'écrire parfois comment vont les choses en Allemagne, oui, de m'écrire toujours aussi nettement que possible ce qui s'y passe, surtout au point de vue politique. Tu feras en même temps une œuvre patriotique, car je suis plus actif que tu ne penses, et souvent je ne puis que tâtonner. — Si, pendant cette dernière an- ^née, les journaux que je ne vois pas ici, ont publié * quelque chose qui touche particulièrement à mon honneur, je te prie de me le signaler : je veux dire quelque chose de tout cela dans la préface de mon premier ouvrage. — Je suis sur le point de retourner

à Paris, où je conserve mon quartier général, et où II. 8.

434 OEUVRES D£: HENRI H]^|NË

j'attends tes lettres: —J'assiste 4 beaucoup de gran* des choses à Paris; je vois de mes propres yeux l'histoire du monde; je converse amicalement avec ses plus grands héros, et deviendrai un jour, si Dieu me prête vie, un grand historien. En fait de production littéraire, j'ai eu peu de bonheur ces dernier^ temps. J'étais trop emporté par le tourbillon pour pouvoir faire librement de la poésie. Un roman commencé no m'a pas réussi ; je donnerai pourtant quelques fragments de roman dans un recueil que je prépare pour l'hiver, et oh j'enchâsserai aussi U Babhin. J'ai écrit peu de poésies; pourtant ce peu entrera dans une réimpression à part du Nouveau Printemps^ afin que celui-*ci prenne Tair d'un volume. -«^ D'ailleurs, je suis plus appliqué qu^autrefois, et cela, par (e sim* pie motif qu'il me faut six fois plus d'argent à Paris qu'en Allemagne. «-* Maintenant, adieu; dis^-moi bientôt ce qui t'arrive, écris beaucoup, et ne sois pas entêté. -- Si je t'écris peu, la «eule cause en est que j'aurais beaucoup k te dire. -^ Je suis^ monsieur Vamiy votre dévoué.

CORKESPONDANCE INÉDITE 435

X A CHARLES IMMEAMÂNN

Paris, le 19 décembre 1832.

Trèâ-cher Imtnei^ann,

Voilà beau temps que je tenvôîe de vous écrire, et maintenant il faut que tout à coup je vous adresse, avant le départ de la poste, une lettre d*aflaires. Il s'agit d'un journal français, VEurope littéraire^ dont les rédacteurs vous écrivent de leur côté, en vous envoyant un prospectus. Ce journal, qui paraîtra trois fois là semaine, format in-'fôlio, complètement étranger à la politique, et qui ne s'occupera que de science et de beaux-arts, est une entreprise considérable. Les écrivains les plus importants d'Europe y prendront part, et moi tout particulièrement. Dans ce moment déjà, j'écris pour le nouveau journal une suite d'articles sur la littérature allemande contemporains^ et j'espère que ce tableau aura aussi son importance pour TAllemagne. Entre nous, il faut réagir contre la mauvaise foi de TAllemagne méridionale, et PariB est une bonne tribune pour cela. Je suis très^actif ici, et j'espère vous faire bientôt

connaître, VOUS aussi, aux Français, et éclairer, de Paris, vos lauriers d'une lumière assez éblouissante pour arracher des larmes à vos ennemis. Les intrigués systématiques contre vous, les calomnies dénigrantes et perfides, m'ont inspiré dans ces derniers temps le plus profond dégoût. Mais il faut que vous me veniez en aide. A part lo. Tragédie dans le Tyrol^ et le Frédéric^ je n'ai rien de vous ici; j'aurais besoin des trois tragédies qui ont paru chez Schultz à Hamm; plus, de Cardenio et Célinde^ et de Périandre. Il faut que j'aie bientôt tout cela...

Mais ce n'est pas là ce qui me pousse à vous écrire aujourd'hui. Je désire que vous fassiez pour F Europe littéraire un travail sur l'état de la peinture en Allemagne. Comme je connais vos relations avec Schadow^, j'ai pensé qu'il vous importerait que la peinture allemande tombât entre bonnes mains, et que vous êtes suffisamment en mesure de caractériser les écoles actuelles.

Voici quelques détails :

1® Le travail doit être divisé en deux articles, ayant chacun à peu près deux feuilles du format des Reisebilder; l'impression du journal sera telle, que ces deux feuilles contiendront à peine autant de matière

qu'une feuille des revues françaises, de la Revue de Paris^ par exemple. Or, comme les éditeurs paye- ' ront deux cent cinquante francs pour une semblable feuille, vos honoraires, pour une feuille du format des Reisfbilder^ seront de la moitié.

2* Il faut que je reçoive sans faute l'article avant le 20 janvier.

3"" Comme Taifaire est fort pressante, je vous prie .de me répondre immédiatement si vous acceptez . mon ofTre, et si je puis compter sur vous.

Il faudra que j'ai du temps devant moi pour faire traduire, aussi bien que possible, votre travail en français. — Ainsi, en tout cas, prompte réponse, s'il vous plaît.

Il vous sera facile à Dusseldorf d'obtenir des renseignements sur ce qui se fait maintenant à Berlin et à Munich. Si vous condamnez comme moi les tendances de Técole de Munich, je vous prie, en châ* tiant ces gens-là^ de n'y pas aller de main morte. C'est là qu'est l'officine de tout mal dans l'art comme dans la science. Schelling a trahi la philosophie au profit de l'Église catholique. Le Parnasse bavarois, notre ami Béer compris... — Mais ce n'est

que de bouche que je vous parlerai de ce dernier, si

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tant est que dëâ êtf es si infimes méritent qu'on s'occupe d*eu3^. — Faites que je reçoive bientôt vos tragédies. Je ne vois point ici de journaux allemands. Quand vouâ ffi'écrll'ez, parle^moi des commérages d'Allemagne qui peuvent m'intéressëî'.— Je feuîsen dèhots dé tôiitë politique. LëS démagogues me détestent. La préface du volume De iù f*rance^ que vôiis recevrez bientôt, à Uh seul but ' montrer que je né suis pas uh hômtlië vendu.

Mais, au nom du ciel, né me ptehét pà^ iion plus pour uii sàiivéuf dé là patrie. — Je Vous embrasse.

P.-S. — tous pôUfrêz, daris voti*e travail èUr la peinture moderne en Allemagne, parlëf autant ({ue vous ie voudi^ëz dé iâ HttëtâlUre tiiodërrie alletndnde. Vous nâè compfènétj la littérature, c'est tlous et nos énheiiiis.

Cxxxvt

A J. CAMPE

FiiriSi le tt débembre i83S.

Qampe ifaai^ié.

Je reçois k Tinstant Jà préfàde oû j'apparaîtrai,

COKRESPONDANCE INÉDITE 439

flatteur du roi de Prusse; ce serait à n*y pas tenir si le professeur Râuttier n'y était pas tiommé eti toutes lettres le premier des écrivains. (N. B. 11 y avait dans le manuscrit ^ «De tous les mauvais écrivains, c'est encore lé meilleur. » Je suis tout abasourdi de ce contre-teny)S, et ce n'est que par le prochain coun^ier quô vous recevrez les injures qui vous reviennent. La poste va partir.)

C'est précisément pdi^ce que lès choses vont si mal pour le llbérgiHsmë qu'il faut redoublei* d*efforts. Je sais que je me fefme rAllemagriè â iout jamais si la préfticô est publiée: mais il faut qu'elle le soit, conforme de tout polht au manuscrit, et avec la préface de la préface que Vous avez re<Jue il y a déjà plusieurs settiaities. Elle aurait dû pàfaitre en même iemps que le livre. — C'est un grand ennui pour moi. Ëile ne doit pas coûter grand'chose. Mais né perdez pas de temps. J'attends par chaque courrier le manuscrit de G. sous l'adressé du docteur Donndorjf, Il n'est pas besoin que mon nom soit sur la lettre. — Envoyez en même temps à tteideloff, quelques douzaines d'exemplaires de mon livre et ajoutex-en douze pour tnoi. Il faut qufejeles

Ble ftussi vita cjue po^Mhl^, paw qu'il paraîtra joli

dans les meilleurs journaux, des articles sur mon livre qui réagiront favorablement en Allemagne. — Je ne pourrai pas dormir comme un honnête homme, sachez-le bien, aussi longtemps que la préface n'aura pas été lancée. Tâchez d'obtenir, malgré l'asservissement de la presse, que ce ne soient pas les obscurantistes seuls qui rendent compte de mon livre. — Aussitôt que vous serez délivré de votre besogne du nouvel an, il faut que j'aie mon compte; je dépense énormément d'argent; mes finances doivent être réglées, et mon budget établi pour l'année prochaine. Dites-moi sans retard la somme dont je puis disposer sur vous.

Je ne crois pas que les lettres soient ouvertes. Nos despotes n'ont pas encore besoin d'être si madrés. Écrivez-moi donc directement ou indirectement, — mais tout de suite, car je suis furieux contre vous. — G. aura reçu ma lettre, et peut-être vous aura dit un mot de mes autres travaux.

Adieu, et que le diable vous emporte I je ne puis réellement pas dormir avant que la préface soit imprimée. Il aurait mieux valu qu'on en eût supprimé encore davantage. Que de vexations, pour une bagatelle dont il ne me revient qu'ennuis et persécu-

lions I £n moins de temps que ne m'en a coûté cette préface, j'ai écrit presque la moitié d'un livre, je veux dire une histoire de la littérature allemande depuis la décadence des Schlegel. — Le diable vous emporte ! — Votre ami.

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