‹ Correspondance inédite de Henri Heine: avec une préface et des notes explicatives-- (volume 2)Chapitre 15 sur 52 · Madame de Chézy demeurait alors rue du Cherche -Midi · texte numérisé non relu

Madame de Chézy demeurait alors rue du Cherche -Midi

éditeurs, j'étais bien en droit de perdre patience. J'avais écrit à Hoffmann et Campe de m*envoyer ici, par la poste, un certain nombre d'exemplaires de mon second volume du Salon, L'ouvrage avait paru depuis deux mois, et je n'avais rien reçu. Et, à cette heure même, je n'ai pas reçu un seul exemplaire, et, quand ce volume est tombé sous me& yeux dans la librairie Heideloff et Campe, j'ai compris pourquoi. Rien qu'en feuilletant ce volume, j'ai vu partout des lacune^ et des suppressions, et je n'ai rien eu de plus pressé, comme l'exigeait mon devoir d'écrivain, que de protester, dans la Gazette (TAugsbourg^ contre cette façon d'agir. J'ai dû croire qu'on ne m'avait pas envoyé le livre, afin que je n'apprisse que tard ce scandale, et que la paresse me nt renoncer à toute réclamation. Il n'y avait aucune barre de la censure, et les passages supprimés étaient précisément ceux qui avaient pour moi le plus d'importance; ces passages, d'ailleurs, n'étaient nullement dangereux, et l'éditeur des lettres de Boerne n'avait vraiment pas de quoi s'effrayer. En général, je ne suis nullement décrié comme démagogue ; j'ai donné au gouvernement des preuves de ma modération, et, dans un livre philosophique,

on peut bien. laisser passer quelques boutades révolutionnaires. Un jour, après l'envoi de ma Note^ j'ai reçu la lettre où vous m'annonciez que la censure avait rayé nombre de choses. Et pourquoi me dire cela deux mois après la publication du livre? Gela est d'autant plus blâmable que, le livre ayant plus de vingt feuilles, je devais croire qu'il ne serait-point censuré. Pour le cas où le manuscrit n'aurait pas atteint vingt feuilles, je vous avais prié d'y ajouter le Nouveau Printemps (sauf le dernier morceau), en y joignant une note sur ce cycle de poésies déjà publié* Au lieu de cela, je vois que cette note, destinée à justifier la réimpression, n'existe pas, et qu'en outre, il manque six poésies de ce cycle... et que la dédicace elle-même a été supprimée I Eh bien, je passe sur tout cela. Mais il me vient pourtant de désagréables pensées. Je ne puis me laisser traiter comme un apprenti qui doit se taire. J'étais peutêtre un petit garçon quand vous m'avez vu la première fois; mais il y a dix ans de cela, et j'ai terriblement grandi depuis lors, — dans ces quatre dernières années même. Vous n'avez pas d'idée combien je suis devepu grand. Je dépasse de toute la tête une foule d'écrivains aux(}uels leurs éditeurs,

qui ne sont pas même leurs amis, payent des honoraires doubles de ceux que vous me donnez. Oui, de tout petits écrivains reçoivent autant d'honoraires que tnoi; mais cela ne devrait pas vous induire à mettre en ligne de compte, quand il s'agît des procédés, ma grandeur réelle; car vraiment, tout comme une honnête cuisinière, j'ai toujours moins tenu au salaire qu'aux bons traitements.

Et, à cette heiire encore, je n'ai pas reçu rties exemplaires du Salon^ et j'ai dû pour mon pauvre argent en acheter un chez Heidelofff

Donc, j'étais en plein droit de publier ma note dans la Gazette dAugsbourg, La maison Hoffmann et Campe est libre de répondre ce qu'elle voudra : je ne dirai plus rien là-dessus dans ce journal.*. Que cette histoire vdus ait été désagréable, que vous soyez vexé cdnt^e moi, je le comprends et nô vous en veux pas. Cela fait plutôt honneur à votre caractère, pour lequel j'ai toujours eu de l'estime. Franchement, les passages affectueux de votre avant-dernière lettre, votre désir de rester avec moi en relations amicales, l'espoir que vous exprimez gaiement d'un prochain compérage, tout cela, le lendemain du jour où j'avais envoyé mon ^vjs ù 1^

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Gazette d^Augsbourg, m'a fait une très-douloureuse impression. Vous pouvez en croire ma parole d'honneur : jusqu'aujourd'hui^ j'ai laissé sans réponse les offres les plus brillantes de vos confrères. Sans cette maudite histoire des exemplaires attendus, et le dépit de la mutilation de mon livre, je vous aurais déjà fait des propositions nouvelles, je vous aurais exprimé comme toujours mes espérances et mes désirs, et dit avec certitude ce que je puis et voudrais faire dans le courant de Tété et de l'automne. Aujourd'hui même, je vous dirais là-dessus quelque chose de précis ; mais toute sorte de contrariétés bourdonnent à mes oreilles. En tout cas, d'ici à huit jours, vous saurez quelque chose. — Je pense que, si vous offrez bientôt au public un nouveau livre de moi, ce sera une réparation suffisante à ses yeux. — Adieu; faites ce que vous voudrez. Mon dépit s'est évaporé, et pourtant je ne saurais blâmer^ ce que j'ai fait. Fiez-vous toujours à ma loyauté, et functum, — Votre ami, toujours le même.

A AUGUSTE LBWALD ^

Paris, le ii avril 1836.

Comment excuser mon silence? Et vous avez encore l'amitié de me souffler cette bonne excuse que votre lettre s'est égarée! Non, je veux confesser toute la vérité, je Tai reçue, mais dans un moment où j'étais enfoncé jusqu'au cou dans une histoire d'aiiiour dont je ne suis point sorti encore. Depuis octobre, rien de ce qui ne s'y rattache pas immédiatement n'a pour moi la moindre importance. Je néglige tout depuis lors, je ne vois personne, et tout ail plus il m'échappe un soupir quand je pense aux amis... et c'est ainsi que j'ai soupiré en pensant que vous pourriez mal interpréter mon silence; mais écrire, je n'ai pu m'y résoudre. Et voilà tout ce que je puis vous dire aujourd'hui, car les flots rosés

1. A. Lewald, polygraphe fécond, après avoir été négociant» militaire, et directeur de théâtre. Il a rédigé à Stuttgart une revue littéraire, VEurope, dont Heine fut, vers ce temps, l'actif collaborateur. Cet écrivain, né à Kœnigsberg, en 1795, est proche parent de iTiademoiselle Fanny Lewald (aujourd'hui madame Adolphe Stahr), auteur de romans estimés.

bruissent toujours si puissamment autour de moi, et j'ai la tête si bruyamment étourdie encore du parfum des fleurs, que je suis incapable de causer raisonnablement avec vous.

Avez-vous lu le Cantique des cantiques du roi Salomon? Eh bien, relisez-le encore, et vous y trouverez tout ce que je n'ai pu vous dire aujourd'hui.

Attendez seulement un peu; bientôt il se fera un changement en moi, et alors, j'écrirai volontiers,

^^ es comédiens ; et mes pièces

pourront certainement être jouées, pourvu qu'on ait la précaution d'annoncer sur l'affiche mes tragédies comme des comédies, et vice versa.

Lisez le Cantique des cantiques du roi Salomon ; je vous rends attentif à cet homme.

CXtIt

A ROkÀ-MAkiA ASâtNG *

La Jenohère> le 30 juin 1835.

Je viens de recevoir, ma diga& amie^- 1& l^t^tre qui tn'ahnoncé votfè arrivée à Pàrik J'ai ctiiittë tfctte

1. Sœur de Varnhagen d'Eiise. Oh à d'elle «n ydlnine dé ^é- 3ies, publié après sa mort. — Morte en i840.

ville depuis quelques semaines, et suis dans le voisinage de Saint-Germàin, où une belle amie me donne Thospitalité dans son château; j'y resterai encore huit jours avant de partir pour Boulogne-sur- Mer. D'ici là, je ne pourrai aller à Paris qu'une fois, ^mais je ne sais ni le jour ni l'heure ; j'espère bien vous y trouver encore. Je serais singulièrement affligé de vous manquer. J'irai probablement jeudi : dans ce cas. ce serait bien aimable à vous de m'attendre vers une heure.

Je suis des plus avides de vous voir et de causer avec vous. Voilà un temps infini que je suis sans nouvelles directes de votre frère, mon ami si cher. Je ne lui ai jartiais écrite de crainte que mes lettres ne pussent le compromettre; car oh m'a mis aussi en garde de ce côté. Ces temps absurdes avaient si désagréablement et inconfortablement dérangé toutes relations et liaisons ! — Tout à vous.

GXLV A J. CAMPE

P&ris, K î juillet 1835.

« Avant de chanter, avant de mourir.

Il faut que le poëte vive f >

J'ai grand besoin de ces paroles, cher ami, pour me justifier aujourd'hui. Depuis quatre mois, mon existence a été si orageusement agitée, et — depuis trois mois surtout — les vagues de la vie se sont si puissamment brisées sur ma tête, que c'est à peine si j'ai pu penser à vous, et moins encore vous écrire. Insensé! j'avais cru que l'âge de la passion avait passé, que je ne serais jamais plus entraîné dans le gouffre d'une humanité délirante, que j'étais parvenu à un repos, à une sagesse, à une modération dignes des dieux éternels, — et voici, j'ai fait rage de nouveau comme un homme. Aujourd'hui, grâce à ma force d'âme indestructible, je suis de nouveau apaisé, mes sens révoltés sont encore une fois domptés, et je vis tranquille et gai dans le château d'une belle amie, près de Saint-Germain, au milieu d'un cercle aimable de gens distingués et de personnalités remarquables.

Je crois que mon âme est enfin purifiée de toutes scories; mes vers seront désormais plus beaux, mes livres plus harmonieux. Je sais bien au moins que, dans ce moment, tout ce qui est impur et vulgaire m'inspire un véritable dégoût.

Vous ne vous étonnerez donc pas que, pour le moment du moins, maint travail interrompu reste inachevé. J'espère toutefois, cette année encore, composer et écrire beaucoup de bonnes choses, meilleures, en tout cas, que mes travaux passés. Je partirai très-prochainement pour Boulogne-sur- Mer : vous savez que cette charmante petite ville est ma meilleure chambre de travail. Il faut que j'y écrive quelque chose d'exquis, et de bienvenu au monde. Je me suis mis à l'abri des persécutions des journalistes, et, malgré les énormes dépenses que j'ai déjà faites cette année, j'espère que mon repos ne sera pas troublé par des embarras d'argent. A cet effet, je veux aujourd'hui m'entendre avec vous, et, comme vous me l'avez toujours instamment demandé, vous dire exactement ce que vous pouvez attendre de moi, ce que je désire de vous, sur quoi je compte et sur quoi vous pouvez compter, et tout cela franchement et sans réticences, selon mon ha-

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bitude. Je vous ai dit la cause de mon long silence, afin que vous ne puissiez l'attribuer à de faux motifs. Ni les libraires d'ici, comm0 vous le croyez à tort, pi ceux de l'étranger, qui, dan^ les derniers temps, depuis que mon nom est dpyenu européen, me tourmentent de leurs offres, ne in'ont ébranlé dans ma résolution de supporter vos piqûres les plus incommodes. Je ne me fais aucune illusion sur le caraptère de naessieurs vos confrères ^ep changeant d'éditeur, je pourrai, tout au plus, gqigper un ou deux louis de pjus; aucun ne rp'ppargnerait les ennuis habituels; bien plus, je ne ferais que me heurter contre de nouvelles contrariétés, Avec vous, je crois, j'ai passé le plus difjBcile : les pains d'épices*,

1. Pendant l'été de 1826, à Hambourg, M. Campe et un autre ami de Heine, Frédéric Merckei (c'est à lui que Heine a dédié ses Poésies de la mer du Nord), après une longue promenade nocturne^ avaient pris congé du poëte, à la porte de sa maison, sur la place Valentin; puis, se rappelant que Heine aimait les pâtisseries, ils étaient revenus, quelques instants après, avec un paquet de pain d'épices. Sa chambre était encore éclairée ; mais, au moment où ils l'appelaient de la rue, la lumière s'éteignit. M. Campe sonna et remit les pains d'épices pour Heine, en disant au portier que c'était « de la part du professeur Hugo de Gœltingue. » -<^ « Eb bien, comment avez -vous trouvé les pains d'é. pices? • demanda- t-il quelques jours après à Heine, en le rencontrant au pavillon d'Alster. — Gomment! s'écria Heine en se frappant le froot, iU venaient de you^?... Et moi qui les ai

les affiches de librairie côte' à côte avec des renommées de ruisseau, les joies mal dissimulées à propos des critiques méchantes, les éternelles plaintes, les fortes éditions, les petites gausseries, — bref les julius-campéides. Si vous pouvez à l'avenir brider un peu votre naturel, faites-le, je vous en prie : ces grandes augmentations d'honoraires que vous paraissiez redouter, ne vous feront pas un cheveu gris. Je n'ai jamais songé à me faire une fortune avec nia plume ; je ne demande que d'avoir de quoi vivre. Vos lésineries ont toujours eu pour résultat de me faire accepter des occupations plus lucratives. C'était peu habile de votre part. Il me faut, cette année encore, deux mille marcs banco ; je veux les avoir, et voici comment.

Pendant mon séjour à Boulogne, je compte écrire une vingtaine de feuilles, dont vous me donnerez mille marcs; si le livre est plus ou moins fort, nous calculerons la différence. Ce sera un écrit amusant,

stupidement jetés au feu! Gomme j'avais entendu crier mon nom dans la rue, et qu'oo me remit le paquet au nom du professeur Hugo, j'ai cru que mes ennemis de Gœttinguo, pour se ▼enger du mauvais tour que je leur ai joué dans le Voyage du Uartz, m'envoyaient ^es Jiopbons empoisoADés I » — On peut croire que l'éditeur de Heinr\ et ses amis de Hambourg, lui rap* pelaient un peu trop souvent l'histoire des pains d'épices.

et pas un censeur au monde ne pourra y mordre. Quant au moment où il sera terminé, je ne peux m'engager à rien ; mais je ne disposerai pas des honoraires avant que vous ayez le manuscrit.

Je vous offre, en outre, mon histoire de la poésie romantique, comprenant les deux petits volumes publiés chez Heideloffet Campe, plus sfx à sept feuilles environ. Vous savez que j'avais vendu ces deux volumes à ces messieurs, pour six mois seulement, quatre cents francs chacun. En juillet 1834, j'avais déjà, depuis un an et demi, le droit de réimpression, que je leur ai cédé, si je ne me trompe, pour cent louis. Mon ami Heideloff ne put se décider â accepter, à cause de l'absence du grand Napoléon*, et celui-ci écrivit enfin qu'il ne pouvait rien publier de moi, vu les poursuites du moment de la part des gouvernements allemands, et qu'il me conseillait plutôt de faire paraître le livre chez votis. Le premier volume était épuisé, et, malgré la maladresse des envois en Allemagne, il ne restait qu'un certain nombre d'exemplaires du second. Tout autre aurait fait usage depuis longtemps du droit de publier une

i. Napoléon Campe, associé do Heideloff.

édition nooTelle ; mais, soit parce que je n'avais pas grand besoin d'ai^ent, soit parce que, plus tard, je me trouvai avec vous en désaccord passager, j'ai tardé jusqu'à aujourd'hui à vous offrir ce livre, pour lequel vous me donnerez aussi mille marcs banco. J'avoue que votre cousin, en me proposant de vous prendre pour éditeur, a éveillé en moi les idées les plus contradictoires. Soyez certain de ceci, c'est que le livre, dans sa forme naturelle, est un vrai manuel ; chacun l'acceptera pour les honoraires ci-dessus, ne fût-ce que pour entrer en affaires avec moi. Je vous adjure, au nom du ciel, de ne pas aller vous plaindre que je vous demande trop, parce que le livre a déjà été publié une fois. Cette édition n'était que de mille exemplaires; comme je l'ai dit, il y aura six à sept feuilles de plus, et, ne fût-ce que pour honoris causa^ l'éditeur qui publie tous mes autres écrits ne peut se passer de celui-là. Soyez convaincu que je ne vous demanderai jamais rien que d'équitable, et songez que, si vous retirez moins d'un de mes ouvrages, vous pouvez retirer d'autant plus de l'autre. Suffit ; je crois pouvoir vous pronostiquer avec certitude pour mon prochain livre une vogue

des plus extraordinaires; — et, si vous n'étiez pars' II. 10

un babillard, je^ous en dirais le titre. Maintenant, adieu; je vous ai suffisamment instruit de mes plus récents déboires, et de mon ardeur actuelle au travail, et j'espère qu'après que je vous ai ainsi exprimé à cœur ouvert mes désirs et mes vœux, vous me répondrez en ami et vous garderez bien, par quelque chicherie nouvelle, de me mettre de mauvaise humeur et de me forcer, contre mon gré, à entrer en négociation avec d'autres gens. Je compte avant tout sur votre vieille amitié.

P,-S. — Écrivez-moi sous l'adresse du comte de Breza, rue Traversière-Saint-Honoré, hôtel de Bristol, Il m'enverra mes lettres à Boulogne.

AU MÉMF

Paris, le 26 juillet 1835.

Mon très-honorable ami, tout particulièrement estimable éditeur et patron, maître et seigneur, — très-cher Campe î

Pardonnez-moi de ne répondre qu'aujourd'hui à votre lettre du 9 juillet. C'est à vous la faute, car

VOUS savez que rien ne m'est plu§ désagréable que de répéter longuement ce qui a déjà été dit, et qu'alors je renvoie d'un jour à l'autre d'écrire. Et pourtant il faut que je vous écrive aujourd'hui, car votre lettre ne répond pas suffisamment à mes propositions, et je ne voudrais pas vous donner jamais l'occasion de vous plaindre d'un abandon prématuré de ma part. Si vous ne pouvez pas vous arranger du livre sur la Littérature^ il faut, cela va de soi, que je le donne à quelque autre, et il est à prévoir que cet autre voudra aussi mon plus prochain ouvrage. Je voudrais m'épargner ce dilemme, et abréger la négociation en vous les offrant ensemble l'un et l'autre. Il y a longtemps ,que j'aurais pu vous donner la Littérature; mais j'attendais de vous proposer en même temps quelque chose de tout à fait nouveau, en vous donnant ainsi la certitude d'obtenir, avec ce second livre, un avantage plus considérable que vous n'en espérez peut-être du premier. Celui-ci (la Littérature) sera pourtant l'un de mes meilleurs écrits, et, dans sa nouvelle forme, grâce à votre savoir-faire, il prendra un nouvel essor. Vous êtes habitué, cher Campe, à publier des nouveautés, et vous ne cal-

culez jamais le succès d'un livre que d'après la première année. Je suis votre seul classique, le seul qui soit devenu un article permanent, toujours imprimable; — mais à quoi bon vous seriner toujours le vieil air que vous connaissez? Vous savez aussi bien que moi que mes écrits — n'importe lesquels — seront souvent réédités, et, je vous le demande une fois encore, agissez chrétiennement pour le nombre des exemplaires tirés. trèscher -Campe, je donnerais bien quelque chose pour que vous eussiez plus de religion t Mais la lecture de mes écrits a grandement nui à votre âme; ce sentiment délicat de confiance que vous aviez autrefois a disparu; vous ne croyez plus faire votre salut par de bonnes œuvres, c'est la matière seule qui vous agrée, vous êtes devenu un pharisien qui' ne voit dans les livres que la lettre et non plus Tesprit, un sadducéen qui ne croit pas à la résurrection des livres, à des éditions à venir, un athée qui blasphème mon saint nom ! — oh ! faites pénitence, amendez-vous !

Je n'ai guère de temps aujourd'hui ; autrement, je vous raconterais une vilaine histoire : à savoir comment, pour avoir refusé les offres d'un éditeur.

je me suis attiré des désagréments de la pire espèce. La chose est très-remarquable; peut-être vous récrirai-je ces jours-ci, car je sais que vous me gardez au fond beaucoup d'amitié, et que vous êtes trop honnête pour n'être pas profondément révolté de cette aventure. — Tout à vous.

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