Robert le Diable, de Meyerbeer
enquête et sans jugement, ils touchent à ma pauvre propriété, et sont directement cause que certaines gens me détroussent sans merci.
J'ai jeté au feu un long mémoire, et écrit à la place une apologie que la Gazette d'Augsbourg publiera, je Tespère.* J'ai dû sauvegarder ainsi ma dignité et mon honneur. Je n'ai aucunes relations avec l'Allemagne; quand il y aura dans les journaux quelque chose de relatif à mes intérêts réels, je vous prie de m'en donner avis. Je ne lis plus même la Gazette (TAugsbourg^ ni le Morgenblatt.
J'espère que cette dernière feuille commence à publier ma seconde Nuit florentine : elle a paru dimanche, en français, dans la Bévue. Vous verrez en la lisant qu'au besoin, — quand la politique et la religion me sont interdites, — je pourrais gagner ma vie en écrivant des Nouvelles. A vrai dire, cela ne m'amuserait guère, et j'y trouve peu de charme.
1. Cet article de Heine ne fut pas publié, et la Gazette d'Augtbourg se contenta d*en indiquer sommairement le but, qui était de faire connaître les motifs qu'avait Técrivain de ne pas se soumettre à la censure prussienne, et qui n'étaient ni une idée de résistance politique, ni un caprice. 11 avait lente dans cette note de discuter le décret de la Diète, et les mesures du gouvernement prussien, — et c'est précisément là ce qui en empêcha la publication.
|40 dcçv^ES pp i|]p:N»l nm^^
Mail il fmi ^ mettre k tout dan& i§? mauvais
Mîgnet ne m'a p^$ §»core epypyé l^ préface. Imp§s9ibte de çQïWpt^r §ur Ips Français, inôRiP les
pia§ 9q1|4§9- Votrç départ 4p Pari§ a été pour moi
A 1. CAHPB
ÇondTff le $ juillet 1836.
I« n'ftvsti» ré^Jternwt rien à péppndre k vq^re lettre du 30 ïï)»j. «- ?« »>i *ppp|§ qwe pa? ceHe du
11 jwUpt aoe n)OB livre éHft ^r^fln §oij§ pregsp; il
@§t ^»^ do^tQ cK)mplétement lippriqoé k Theure qtt'U §§ttM Ja p'ai absolument ri§n çempris ^ tout ^ qu@ vomi n^e dites relativement au^ tracasseries de la çensqr^, §i Ip livre dépa?§€J vingt feuilles, la
«iBSPra p*a vim k y ymr; autramwt, qu'importe si
le manuscrit n'atteint pas les vingt feuilles? — Me ygiçi 4 dl^ lieues de Paris, ^ la campagne, au sein d'une soUtude ppofbndo, dans un repes d'âme favorable à la produetîQn» §t que je m^ décidé h ne pas
troFubler; — sans cela, Je vous détaillerais tous les chagrins et les embarras qui me sont surventt§ pré-
ÇP^RpSPOSrOANCE INKQITE tW
cisainent k cauçe de vqus, ^t de voira mptnière de pr0oéd@f avec mes depuieps écrits. Vous m'avez çau^é beaucoup de traversas et 4p soucis; t- i^^is je voiis écrirai tout cela de Paris, et, en tout ca^» de Boulogne, QÙ je coippte ine rendre encore ectte année. Je suis si fatigué de travail, que je languis plus que jamais après la mer. Aujourd'hui, Je me hâte de tirer sur vous ajgu que h remise me trouve encore à Paris.
Vou§ m'obligeriez beaucoup eu m'§nvoyaut les deux livres où Gutzkov^ a parlé contre ^exiiel. Adressez-les à Hermçinn Ueine^ chez MM. Albrecht et G", au Havre. Où que je sois, mon cousin jne les enverra. J'ai de grands projets de voyage; je suis resté trop longtemps enterré à Paris, et il faut que je voie beaucoup de choses. Je suis très-fatigué §t desséché par 1^ travail, j§ veu3^ ipe retrefpppr par de longs voyages.
Ei^Gusez-rnQÎ auprès du dQCteur Schiff, de ne lui avpir pa$ écrit. La mort de Garrel m^ dispense de répondre. Je n* avais aucunp r^laMon ^veç lui. iféme il m'était hostile, à cause de mes principes monarchiques; tous les républicains m'en veulent pour cela, — et, chose assez amusante, mes gra-
cieux roitelets allemands, souverainement bornés, me poursuivent pour mes principes dangereux.
D'ailleurs, il faut que je vous le dise, puisqu'on nie l'affirme du haut en bas, c'est la maison Hoffmann et C" , qui est cause de la sévérité dont on use avec moi. Il faudra que vous me donniez bientôt un nom fictif de librairie pour les titres de mes écrits (mais pas Brunet* au nom du ciel !...) Mais je ne saurais écrire davantage aujourd'hui. Adieu; soyez heureux et comptez sur ma plus loyale amitié.
AU MEME
Amiens, le i*' septembre 1836.
Très-cher Campe,
Je suis dans ce moment comme un chien aux abois; des événements imprévus et des plus pénibles m'assiègent de toutes parts, et tous mes intérêts littéraires en souffrent. Je suis arrivé cette nuit à Amiens, et partirai dans la journée pour Paris, d'où je vous écrirai aussitôt. J'y suis déjà allé la semaine
1. Plusieurs volumes des Lellres de Paiis, de Boerne, avaient été publiés sous le nom de C(> libraire imaginaire.
CORRRSPONDANCK INÉDITE 213
dernière, mais sans avoir le temps de faire autre chose que de m'entendre avec mon banquier pour régler ma caisse de voyage ; et, comme je ne voulais rien rester devoir à personne^ j'ai encore tiré une petite- somme sur vous. Vous voyez que je ne vous oublie pas, et, quand je tire sur vous, le bon à tirer pour l'imprimerie n'est pas loin. J'ai reçu les deux premières feuilles de la troisième partie du Salon. Je suis dans le plus terrible embarras pour compléter ce volume, non pas que je manque de manuscrits (la copie s'accumule, au contraire, chez moi jusqu'à me mettre dans la plus agréable aisance) : — mais la peur de la censure fait de moi le plus infortuné des écrivains. Les plus innocentes choses ne sont-elles pas dangereuses maintenant? Trois fois j'ai écrit jusqu'à plus de moitié la préface du Salon^ et trois fois je l'ai détruite: à quoi bon écrire si l'on ne m'imprime pas? Je songe à quelque moyen extraordinaire de m'entendre là-dessus avec le public. Je suis précisément à l'âge où les doigts d'un écrivain sont encore agiles. Je n'ai jamais fait de la littérature un métier; c'est pour cela que je publie peu ; mais ce peu est bon, et je crois avoir le droit d'être jugé en conséquence.
lU qiUVBBS DB HENRI MINE
OLXII
AU IiAhE
Mjifseille, le 7 octobre 1836.
Trfeswîbar Campe,
Sacrifiez un coq à Eseulapel J'étais aux portes de l'empire des morts, mais les dieuK éternels, par une grâce signalée, m'ont laissé encore pour quelque temps en vie. £n vous écrivant d'Amiens, je sentais déjà le germe de la maladie qui m'a atteint à peine arrivé à Paris; e^était une épouvantable jaunisse, avec accompagnement de choléra ou de toute autre maladie fabuleusement horrible. Huit jours de suite, je n'aLni mangé ni dormi ; rien que crampes et vomissements. On m'a dono envoyé ici, à Marseille, où je suis arrivé avant-hier, assez bien, mais les nerfe très-{rrités : j'ai peine à tenir ma plume. Je ne resterai ici que quelques jours i le tapage de cette ville maritime et trafiquante agit péniblement sur moi. Marseille, c'est Hambourg traduite en français, et je ne puis supporter Hambourg, même dans la meilleure des traductions.
Je regrette profondément que ce nouveau m^l-
heur amène à sa suite un retard, et le plus inattendu, pour le troisième volume du Salon. Je voulais, de Paris, vous envoyer de la copie, et j'étais parfaitement sûr, même dans le cas où du vieux manuscrit n*eût pas 6lë votre affaire, d'en pouvèir éerife en peu de jours qUélqueà pftges de notlveaui En lèt^ fet,^ par oe temps de èedsure furibonde qui %'en prend à mes pensées les plus iiinooentes, je ne puis imprimer que de purs travaux de fantaisie^ et mftl«« heureusement je n'ai rien de prêt eo ce gentaiMais^ les plus prochains jours de soleil^ ai^ssitdt que qumU ques trayons dé santé pénétreront dans mon ftifie^ j'écrirai les feuilles nécessaires pour eompléiei* le volume, et je vous demande de patlëiltèrjusque^lài — £n vérité, je suis innocent de ces fetâfds \ et pëtf s'en est fallii que tous mes trav itti^ d'éorttaiii n'âienl pris fin avant le temps. PardOhtie2*mdi d'Ëtdif pensé d'abord à ma vie, puis au Union, Je Vduâ éùû* rai dans huit jours«
AU MÊME
Je vous écris, bien cher Campe, de Tancienne capitale de la Provence, d*Aix, où je me trouve aujourd'hui, en route pour Paris ; il m'est impossible, comme j'en avais fait le plan, d'hiverner ici; les médecins du pays ne valent rien; mon médecin de Paris est le seul en qui j'aie confiance. Je passerai un mauvais hiver, parce que je n'ai pu prendre les bains de mer cette année; j'avais encore à Marseille un reste de jaunisse, et ce n'est qu'à présent que j'en suis tout à fait débarrassé. Ci-jointe la conclusion du livre qui fait suite sans interruption, et séparée seulement par quelques astérisques, aux Esprits élé~ mentaires. Le volume sera assez fort, parce que je veux y ajouter encore une préface de quelques feuilles... Vous voyez que, même dans un voyage où la santé est mon premier but, je n'oublie pas de satisfaire à mes engagements. Soyez tranquille, vous aurez bientôt la préface. — Non loin de ma fenêtre est la statue du roi Renë, qui n'avait jamais un sou vaillant, et était toujours dans la débine comni
moi. Adieu; je vous dirai dans huit jours quand vous recevrez la préface. Dans quinze jours, ou trois semaines au plus, je serai à Paris, maudissant ce voyage inutile. La seule pensée que je n'ai pu prendre les bains de mer cette année me rend malheureux. — Votre ami.
Aix, le 5 noyembre 1836.
A AU6. LEWALD
Aix, le 5 novembre 1836.
Cette lettre vous arrive d'Âix, ancienne résidence des comtes de Provence, très-remarquable à cause de toute sorte d'événements historiques qui s'y sont passés. J'y suis depuis huit jours, après avoir naufragé dans le port de Marseille en partant pour l'Italie, n y a trois semaines, je voulais me rendre sur la côte d'Espagne, et il se fit une voie d'eau dans le navire. Il est écrit là-haut que je passerai cet hiver à Paris ; ce qui me contrarie beaucoup, car j'ai souffert il y a quelque temps de la jaunisse, et ma santé demande un climat plus doux. Sur la
Seine aussi, j'ai été récemment en danger de périr: II. 13
^18 OEU.RES DE HSNRI ȣINE
le bateau à vapeur toucha ; les dames «ur le pont criaient comme des possédées, mais je les calmai ^&i disant : q Ne craignez riea, mes<kmes, nous soBomes tous aous la protection de la loi t )» «^ Et oaoïment cserais^je périr avant d'avoir reçu, de la Diète germanique, une réponse à ma requête? La simple politesse exige que je reste encore en vie.
Très-cher ami, j'ai été fort malade, et pas du tout d'un mal imaginaire, selon ma coutume, mais fort réel. C'est pourquoi je n'ai pu tenir ma promesse. Mais venez à Paris pour le carnaval, et je vous expliquerai tout. Dans quime jours ou trois semaines, j'y serai. Je ne vois et n'entends rien d'Allemagne, et l'on pourrait me tuer là-bas, que je n'ea saurais rîen^ Je n'ai pas prononcé un mot d'allemand depuis trois mois 1
A M. MOSER
A^rignoo, le 8-iiovettbrdi896.
Btee qde le sujet de ma lettre ne aéit mtiiiiKràtis q^.gai') auras-'tu pourtant du plaisir à la reiBevoàr? €oiii|ireiidiias4tt qite ces lignes wnt la ppem% 'la fteftiofte que je puiaae^^fiomier et ma eontenc^
CORRESPONDANCE INEDITE tt9
«t de mon aniîtié? Y verras-tu même le témoignage d'un sentiment grand ? Je le opois, et c'est pour eeia que je t'écris, le cœur attristé, oui, mais sans hésitation, et même avec une joie métanooliqne de me retrouver enfin avec toi, t'écrivant une vraie lettre, aujourd'btn que ma souveraine maîtresse, la déesse de la pAMsse, ne saurait m'en empécbtr. Il est vrai que j'ai pensé bien souvent i toi ; et, lorsque ( il n'y a pas longtemps), àPma, malade à la moct, dans une nuit de fièvre, d'insomnie, je passais en revue les amis auxquels je pourrais rmnettre aviec eonfiance, l'exécuticm d'une volonté dernière, je trouvai que je n'en avais que deux semUalales au monde : toi et peut-être m&n firère Max. £t voiià pourquoi je reviens à. toi, et comment l'ami négligé pendant des années reçoit aiQourd'btti une lettre où je lui demande de l'argent.
Par suite d'un événement des .plus tragiques, éloigné du peu de jf^assources qui me restent ^fisbR avoir été banteusewnot volé par gouvernemenls et particuliers, je me trouve dans un embarras -d'argent dent lu œ peux te faûre aucune idée. Je t'^ôme Ivop i^ur f afflijpr iu .réoU de oe qui m'anriv<e,'et si tu n'étais pas en état d'aceu^Hûr ém demftade,)je
ne veux pas te causer un double chagrin. Tu peux me rendre maintenant, — dans le moment le plus douloureux de ma vie, — un service important en me prêtant quatre cents thalers. C'est tout ce que je veux te dire aujourd'hui. Si tu peux te passer de cette somme, envoie-la-moi en une traite sur Paris, et adresse ta lettre à H. H., cité Bergère^ 4; on me renverra tout de suite. Quant à ma solvabilité, je dois te dire que ma situation est si mauvaise, qu'il n'y a dans ce moment qu'un fou ou un ami capable de me prêter de l'argent. II n'y a pas longtemps que je me suis brouillé à mort avec mon oncle le millionnaire ; je ne pouvais plus supporter ses dédains. Mes amis de France, avec leur aimable légèreté, m'ont fait perdre beaucoup d'argent. D'autres m'ont exploité. En Allemagne, je ne puis imprimer à cette heure que des poésies à l'eau de rose, ou des contes innocents, et pourtant j'ai dans mon bureau de tout autres choses. Sans accusation ni jugement, on a confisqué en quelque sorte ma plume, violant ainsi, par un vol éhonté, les droits de la propriété la plus incontestable, la propriété littéraire. Mais ces gens-là ne sont parvenus à me ruiner que financièrement.
Je ne sais pas, cher Moser, si je suis encore pour toi ce que je fus jadis; je sais seulement que je n*ai rien perdu de ma valeur réelle. S'il en était autrement, je ne serais pas aujourd'hui dans cette cruelle détresse, ou du moins aUrais-je recours à de tout autres gens que toi. Ne crois pas à ce que Ton dit de moi; ne méjuge que sur des faits. Ne prête foi à aucun écrit qui ne porte pas mon nom. Je suis attaqué, calomnié par chrétiens et juifs en même temps; ceux-ci ne peuvent me pardonner de ne pas tirer Tépéepour leur émancipation dans les pays de Baden, Nassau, et autres États niicroscopiques. Oh! les myopes) Ce n'est qu'aux portes de Rome qu'on peut défendre Carthage. Et toi aussi, t'es-tu mépris sur moi?
Je t'écris ces lignes d'Avignon, l'ancienne résidence des papes, et de la muse de Pétrarque; j'aime aussi peu celui-ci que ceux-là; je hais le mensonge chrétien dans la poésie tout autant que dans la vie.
Adieu ; viens en aide à ton ami !
ttt ojEuvasa db hbn&i hbins
GLXVI h Avo. iiiwA.i>a
LyoD, le 21 novembre 1836.
JTattends avec la plus vive impatience <ies noitvelles du pays ; je vous en prie, écriveï-moi bientôt, d* autant plus que je ne sais pas combien de temps je resterai à Paris. Je crains presqiw de devoir y séjourner jusqu'au printemps, parce que Mathilde se désole, et que, par faiblesse, je me laisse volontiers endoctriner. Mais l'Espagne ne me sort pas de la tête, et quelque chose m'attire irrésistiblement vers Madrid. Il faut que je lise un jour Don Quîek(^te dans la Manche. D'ailleurs, j'espère m'y perfectionner dans la construction des assonances.
Quand vous verres le baron Cotta, rappelez-moi très^affiectueusement à son souvenir; j'ai en lui la plus grande confiance, et j'estime que c'est un grand bonheur pour nous tous qu'il continue si dignement son père. Je compte, d'ailleurs, lui écrire bientôt de Paris, dans le cas pu je me déciderais à y rester. Ce n'est pas ma faute, mais celle de malheureuses cir-
coastaacQs politiques et dram&iiqiies, si jft: ae Tai pan fait dans ces derniei^s temps.
CLXYH
AU MÊME
Paris» h id décembre i83^
Matbildd vous salue da tout son eceur. P^idfiâl mon absence, aile a passé son tiemps de vwjt^tgt chez sa mère* J'ai appris comme on Ta calommée en Allemagne ; la manière dont an s^y est peisr pour cela fait le plus grand honneur au peui^a allemand. Je n'ai jamais désespéré de ma patrie. No^s som*^ mes un grand peuple; nous ne criblons pas nos ennemis d'épigrammès mordantes, nous leop )€K' tons k la tète les saletés les plu3 allemand^.
CIiXVIII
A X. CAMPE
Paris, le 20 décembre 1830^
Ce n'est vraiment pas ma faïUe, très-cher Giaqit» si je mets, cette année, votre patience & uma ]!itdt épreuve. Vous ne recevrez que dans huit jours la
t%i OEUVRES DE HENRI HEINE
grande préface complétant le volume. Je suis arrivé malade de Lyon; les plus pénibles affaires m'ont tout de suite accaparé, et puis, dans la situation que vous m'avez faite, écrire est pour moi un infernal tourment. Je dis vou8^ car, tandis qu'on m'assure de toute part que l'irritation des gouvernements s'est calmée, et qu'on imprime de nouveau en Allemagne des choses assez fortes, vous avez trouvé bon de soumettre à la censure même ce que j'écris de plus innocent... Mon Dieul je ne sais pas pourquoi c'est moi précisément que vous avez choisi pour bouc émissaire, et que vous sacrifiez à la colère des dieux assis sur les trônes d'Allemagne. De tous côtés, des hommes même les plus haut placés, m' arrive l'assurance que c'est plutôt pour les péchés de la librairie Campe que pour les miens que je dois pâtir; — et, en effet, je frémis chaque fois que je songe dans quelle société je suis parmi les auteurs de vos publications! Je ne nomme personne, parce que je ne veux pas que cette canaille puisse croire un instant que je prends garde à elle. Quand on m'a dit le nom de votre dernier auteur, je me suis voilé la face.
Vous ne savez pas, très-cher Campe, tout ce que
j*éppouVe d'amertume en me voyant obligé de soumettre dans ma tête, à une censure préventive, toutes les pensées qui me viennent, — d'écrire, tandis que le glaive de la censure est suspendu sur ma tête à un cheveu près : c'est à en devenir fou I J'attends impatiemment les épreuves du manuscrit que je vous ai envoyé d'Aix. — Souvent, la nuit, je ne puis dormir en songeant comme VÉcole romantique et le second volume AnSaUm ont été massacrés, et comment j'en suis réduit à balbutier ma pensée, moi qui ai toujours parlé comme un homme. J'ai perdu dans les derniers temps, par malheur, des mille et mille francs; — mais cela ne ma pas chagriné si fort que ces infortunes littéraires. — Ma mère écrit que je vais publiei* un livre avec une épigraphe blessante pour Salomon Heine. Qui peut donc inventer de pareils mensonges ? Je suis déjà assez mal avec mon oncle, qui me laisse embourbé jusqu'au cou dans des difficultés d'argent; mais je ne suis pas homme à me venger, même par une seule ligne, de semblables misères. Grâce à Dieu, quand j'écrivis mes Mémoires, où il est souvent question de Salomon Heine, j'étais encore avec lui en excellents termes, et je l'ai vraiment dessiné con amore.
996 (KUVAES DB UBNAl H&IJ9B
... Vos détails sur Héligoland m'ont foit plaisir; coinl>ien j'aurais voulu y être, heureux et tranquille! Pendant ce temps, je me traînais mélancoliquement en Provence. Et précisément, cette année où j'agis tant besoin de lorces, je n'ai pu prendre les bains de mer à cause de ma maladie.
Je vous souhaite le plus gai NoëL
Votre ami très*tourmenté.
ATT BIÉHB
Paris, le 23 janvier 1837.
TrèsHîher Campe,
J'allais vous écrire une longue letti'e, mais wob nouvelle de mort qui m'arrive à l'instent (celt» de ma tante) me préoccupe trop pour que je poisser aujourd'hui vous démontrer jusqu'à l'évidence oomiMen vos dernières lignes étaient erronées. Dans qtielques semaines, je serai peut-être en état de voua prouver combien je suis peu enclin à i»*éter l'a-* reille, poœr ce qui vous concerne, à des insinua*tions étrangàres, et avec quel plaisir je continuerais avec vous des relations amicales. Si nous ne vieil-
lissons pas ea^embl^t oa ne mra pas ma ftiute. U n'y a que peu de choses qui m» mette de mau^ vaise humeuf coatFe vqu&, et méxm^ quand j'y songe, me cause de ramartume. L^ine est le reiuronhe mé* rite de livrer mes ouvrages aux plus cnieliea mv^ tilations d'une main étrangère, tandis que vous pu*bliez les plus grandes hardiesses d'autres éorivainS). et, dans ce moment même, le quinxième volume d# M. Boerne (nous savons tout).,. De désespoir, j'ai dû me résoudre à éerira des ebcses qu'il me faudm garder plusieurs années dans mon bureau; et c'est ainsi qu'au milieu des plus pressants besoins d'ar<» gent, je ne puis recueUlii? le {mit de mon travail. Dans la mauvaise, fortune, on donne plus vdoatiera la faute à d'autces qu'à soi^inâme, et c'est ainsi qu» lorsque ma détresse ânaœièro est aa eomble, j^ai coutume d'accuser trà&-viveain3t Julius Campe. A la suite de câroonstances incroyables, je me troof» écrasé sous un favdeau de dettes qui se monteiit i vingt mille francs, et» aussi vrai que Dieu me soit eft idde, j'éteindrai ces dettes m trèa^peu de t«ips« Si, au lieu de h Campe* CoUa était mon éditeuv, je ta ferais très-vite avec ma plume. Mais vous, Campe, avec vos chicheries. voua m'avez plutât retanu que
pressé d'écrire, et vous avez cru faire merveille en me faisant accepter des honoraires tels qu'aujourd'hui on les offrirait à peine à ceux qui voient en moi leur maître, et ne jouissent pas du dixième de ma popularité. Voilà le second point; et, dans les chagrins d'un ordre plus relevé qui m'affligent aujourd'hui, j'ai pu l'exprimer avec plus de calme qu'en d'autres temps.
Ci-jointe, la préface de la troisième partie du Salon *. Quand vous l'aurez lue attentivement, vous comprendrez que de peine il m'a fallu pour écrire de si délicates choses de façon à désarmer le mauvais vouloir des gouvernements... En Prusse, les hommes les plus considérables s'intéressent maintenant à mon retour dans mon pays; je n'y songe guère, il est vrai, mais leur intervention me met à l'abri pour l'avenir des vexations littéraires. En Autriche, le prince de Metternich me veut du bien, et désapprouve l'injustice qui m'a été faite. Sans être servile, je gagne la confiance des hommes d'État, qui s'aperçoivent bien que mon esprit révolutionnaire n'a pas pour visée l'action grossière des mas-
i. Lé Dénonciateur, — attaque très virulente contre W. Menzel.
ses, mais la conversion des hommes les plus haut placés. Le désintéressement que j'ai montré depuis six ans, à l'occasion des offres les plus séduisantes, parle mieux en ma faveur que tout le servilisme de nos teutomanes. Bien cher Campe, quand vous aurez lu la préface, vous verrez qu'il s'agit des intérêts les plus personnels, et que pas un iota ne doit être supprimé. J'y compte entièrement, et j'ai à peine besoin de dire que le maintien de nos relations est tout entier à ce prix. Je Vous propose en même temps de faire tirer la préface à part, et de la mettre en vente à un prix dérisoire. Vous devez cela à la jeune littérature, qui veut faire un éclatant exemple dans la personne de son dénonciateur. Vous me comprenez. Je vous donne encore ici un gage de mon entière confiance. Si je n'avais pas surtout à. cœur vos intérêts pour ce troisième volume du Salon^ j'aurais publié moi-même à part cette préface chez le premier libraire venu, ce qui m'eût valu un bénéfice considérable. Mais j'ajoute ce morceau au volume, et je ne vous demande rien pour le tirage spécial. — Je prends seulement la précaution de garder par devers moi une copie du manuscrit, et, si un seul mot manque dans le livre, la préface pa-
raïtra iiâmédiatement à part, aveo IfexpUcation i^ cessaire. «^ N'est-il pas i^seac pénible de devoir pé*pondre aux calomnies sans mesura de Menzel de la façon la plus mesurée? J'espère qu'il comprendra^ cette fiots^ ce qui vaut le mieux pour lui, la^làoheté ou le courage, et qu'il me sera possible de ramener sur le terrain. Il doit y être poussé de tous eAtés; pour moi, je me battrai avec le plus grand plaisir; ne s- agitai pas de punir un traître, au moins en hii faisant peur ? -**' Je vous en ccmjure, ne laissez vmr ces feuilles à personne^ afin que Hemel n'apprume le danger que lors de la publloatôon du lirm, quand le grand public commencera à Caire entendre sa voix, -* et qu'il ne puisse pas d'avance se m^tpe mi garde. Ame au monde ne connait ces feuilles^ et Menzd ns pourrait en apprendre prématurément quelque diose que par quelque imprévoyant de votre part. Répondea-moi tout de^ suite, et envoyesHRMi aussi les épreuves du manuscrit que je vous ai adressé d'Aix; je les attends tous les jours. Ne mesacrifiez pas; bien plus, venez*moi en aide diuis ces jours mauvais.
Si vous êtes en fonds, n'attendez pas que je tire sur vous, mais envoyez-moi de Fargent de votre
chef; car, dans ce moment, je suis du matin au soir dans de continuels souds d'argent, et ce n*est que la nuit, en rêve, que je pense à mes autres tribulations. Le fait seul que je vous prie de m'envoyer des fonds vous prouve à quel point vous vous êtes tr(»npé dans votre dernière lettre, et combien, peu je désire voir nos relations se rompre« ** Adieu; gardez pour moi un eoauv d'amL Je prie instamment le bon Dieu de ¥ous donner longue vie^ santé, générosité et ridiesse; je le prie aussi de renouveler votre os^ ractère, non pi» votre caractère personnel, dont ^ n'ai jamais douté, mais votre caractère d'é^teur* Quel courageux jeune homme vous étim autrefois^ quand vous jetiez un regard intrépide dans les noires cavcames où des manants de la presse danaun mouvement d'effroi... Et maintenaat je ferai âûre votre portraii avee un bennet de nuit, en épreuves d'imprimerie, ok tous les mots hardis soa^ rayés au crayon rouge I —Votre ami.
A AUG. LEWALD
Paris, le 25 janvier 1837.
Quand on a trop à écrire aux gens, on ne leur écrit pas du tout ; mais la nécessité me met la plume à la main. — Il faut que je paye à votre style le plus grand tribut d'éloges. Je suis compétent en fait de style. Seulement, de par le ciel, ne vous négligez pas, et continuez à étudier les tournures de langage et le lexique de Lessing, Luther, Gœthe, Yarnhagen et Henri Heine; que Dieu conserve ce dernier classique t
Vous aurez reçu par M.*** le beau tapis que Mathilde a brodé pour vous. Ce long et pénible travail m'a montré que, pendant mon absence, elle avait été très-diligente, et, par conséquent, fidèle. Dans l'intervalle, elle n'aura certainement pas plus manqué de poursuivants que feu Pénélope, qui a dû remettre à son époux rentrant au logis un témoignage beaucoup plus équivoque de sa fidélité. Ou bien croyezvous réellement que cette madame Ulysse défaisait, la nuit, le tissu qu'elle avait ourdi le jour? Elle a
sans doute fait croire cela à son vieux, quand celuici s'étonna de ne trouver aucun ouvrage de sa main ; la drôlesse passait jours et nuits avec ses soupirants, et n'ourdissait autre chose que des intrigues. — Vous croirez à peine avec quelle activité Mathilde a travaillé à ce tapis quand elle a su que je vous le destinais. Nous sommes très-heureux, c'està-dire que, ni jour ni nuit, je n'ai un instant de repos... J'ai toujours été d'avis qu'il fallait posséder en amour, et j'ai fait une opposition constante à la poésie du renoncement ; mais Tamour platonique a du bon, il n'empêche personne de rêver le jour et de dormir la nuit, et, en tout cas, il n'est pas coûteux. Je vous remercie de votre intérêt amical, et de la peine que vous vous donnez pour mes intérêts. Le projet de gagner, dans ce moment diflScile, une somme considérable, en publiant une édition complète de mes écrits, est à coup sûr assez important, et il faut absolument que je Texécute; jusqu'ici, j'avais moins besoin d'argent, et j'ajournais la chose; mais maintenant j'ai le plus pressant besoin d'une forte somme, si je ne veux pas renoncer à un plan dont je vous parierai plus tard, et qui vaut bien la peine que je hasarde quelques milliers de florins.
t34 (VIJVllBS i>E H«NftI KKINB
Il y ft cko» mots, la librairie *"* m'écrivit à ee sojei; }à ne rë^ofidis. paA> croyant que c'était l'ancienne librairie cte œ nom. Arrive maintenant M'*% qni m'apporte une lettre de recommandation de votre part, et m'esplique qne e'eat une maison tout à fttit nouvelle. Votre seconde lettre est parvenue un peu tard^
Avant^ier, di&c ami^ je reçus donc une leUre de laJibrairie***9 qui me pressait de lui £ftire savoijr mes conditions les plus précises, pour la publication de mes 0Bu^^:es complètes, me promettant que, si ces oondiUims n'étaient pas exorbitantes et qu'elles fijis<r ^ont acceptées, une grande partie des honoraires me s^aît payée à l'avance.
Et maintenant, adieu^ mon ami, et répoadez*moi bieaitoL Si vous pouvez, pour cette publication, me tcansmettne des offres positives, cela me serait fort agréable; car, je vous Tai dit, j'ai de grands et coûtsux pK>jets de voyage, et il me faut beaucoup d'ar» gent. De jour en jour, je suis en termes plus padôques avec les gouvocnements allemands, et, en Prusse même, les hommes d'État les plus hituts placés, les plus influents même, se sont prononcés pour moi« J'apprencb qu'en Autriche, le prince die
MoUeraictt s'emplaie pouc moi, et me montre une faveur particulière. Sans que j'aie eu besoin de dire UQ mot contre mes convictions, les gens reviennent de leur mauvais vouloir. «• ûitesrmoi ce qu'il y a de nouveau en littérature; je n'entends rien, •— et, quand j'ouvre les yeux, je ne vois que des Français, et, quand je les ferme, je ne vois plus rien«
GLXXI
AU MÉVR
Paris, le 11 février 1837.
S VOUS n'avea pas la grippe, je vous conseille d'en remercier les dieux. Je me sens atteint aussi de ce mal sans caractère,* vraie maladie juste milieu, que Louis-Philippe semble avoir inventée, où l'on ne peut ni vivre ni mourir, sorte de choléra sans danger ni poésie. Dans cette période maussade, la part que vous avez prise à mes intérêts les plus importants m'a été doublement précieuse. J'écrirai avimt tout à Hambourg, à mon ami Campe, une lettre pleine d^ tendresse, où je l'informerai le plus délicatement pes^le de l'état des choses, afin qu'il ne se tourne pas complètement contre moi; ce qui.
dans le moment actuel, ne me serait pas fort agréable. — Vous connaissez Thomme et vous me comprenez. Je n'ai avec lui aucun engagement; peutêtre lui dois-je quelques centaines de francs. Il est pour moi de la plus haute importance que F affaire soit conclue aussi vite que possible, aRn que je puisse exécuter sans retard mes grands projets de voyage... La lettre loyale, honorable, précise, de*** m'a beaucoup plu, et j'espère terminer bientôt l'affaire avec lui, à notre satisfaction réciproque. Jusque-là, je lé prie de n'en pas parler, afin que la modération, qu'on ne manquera pas de remarquer dans tout ce que j'écris maintenant, ne puisse être
mal comprise.
A HVAS *
Paris, le 24 férrier 1837.
Très-digne monsieur Hvas,
J'espère que ces lignes vous trouveront tout à fait rétabli, et je regrette fort que vous ne m'ayez pas dit, dans votre dernière lettre, l'effet produit par le voyage dans votr^ état de maladie. Voiià un mois