‹ Correspondance inédite de Henri Heine: avec une préface et des notes explicatives-- (volume 2)Chapitre 23 sur 52 · CLXXVIII · texte numérisé non relu

CLXXVIII

A J. CAMPE

Paris, le iO mai 1837.

Très-cher Campe,

Je vous écris dans une humeur très-sombre. Des contrariétés sans fin me gâtent tellement à cette heure mon beau Paris, que je suis heureux de pouvoir le quitter au plus prochain jour. Je serais déjà parti si je n'attendais d'heure en heure le résultat de ma préface; mais, jusqu'ici, vous ne m'écrivez pas un traître mot à ce sujet, et vous sentez bien que votre silence ne diminue pas mon malaise. Je compte être à Paris jusqu'à mardi, et recevoir d'ici là une de vos lettres. Je vais passer quelque temps, non pas en Normandie cette fois, mais en Bretagne, et, si je trouve là quelque endroit habitable au bord de la

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mer, j'y prendrai les bains et y resterai jusqu'à Thiver. J'ai besoin de solitude pour mes travaux; une foule d'aventures désagréables ne m'ont pas permis, pendant ces quatre dernières «semaines, d'écrire une ligne raisonnable^ et j'ai hâte de finir ma vie, je veux dire ma biographie.

Je suis en fort mauvais termes avec mon oncle Salomon Heine; l'année dernière, il m'a fait une sanglante injure, un de ces outrages plus diflSciles à supporter dans l'âge mûr que dans la légère jeunesse. C'est chose vraiment triste que cet homme qui fonde, à ce que j'apprends, des établissements philanthropiques pour remettre sur leurs jambes des trafiquants juifs ruinés, laisse languir dans la détresse la plus^imméritée son neveu, avec femme et enfant. — Je dis femme et enfant, mais j'entends par ce premier mot quelque chose de plus noble qu'une épouse légitime que vous ont procuré des courtiers et des prêtres.

JMa prochaine lettre vous arrivera sans doute du bord de la mer. — Vous savez que je suis absolument sans nouvelles littéraires; vous m'intéresserez donc beaucoup en m' écrivant souvent et longuement. — Je vous prie de démentir partout le bruit

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dé mon établissement à Stuttgart; cela m'importe; Gotia; lui-même semble y croire, ainsi que'je le \<iiw parune lettre qui vient de m' arriver. —-Adieu ;• je vous sui» dévoué de toute mon âme.

Pan%l6:i7]iuiii687.

Et toujours, cher fiampe^, pas une ligne sur là^ préfiice âfxSfdon; jè'meursr d^impatience) — Cîjointe, celle du Livre dés chanti; je vous prie de* veiller scrupuleusement à rimpresâon; — J'écrirai' prochainement; au bord de Ik mer, la préftice âer rédition complète, et j'espère qu'elle^ vous ferff plaisir. Je ne puis, cette année, sortir dtes préftices;

Ces jburs-<5i, décidéhient, jem^arrache dfe Paris r toutefois, il est possible que je retourne encore' â: Boulogne; c'est là que' j*ai mon ancienne* chambre de travail; bien tï'anquille. -— Votre ami.

C0RRESPO.Nl>;/^NaV Cl!fBn»Tlt9 Wk

GLXXX

A AUG. LELWALOl

Granyille,. le 2 jaki 1837.L

&' était pour mon aamit uH' poiâst éiKumie ctei penser que voits pourries vous mëprcmiire* surmon» silenee. Noii^ il ne se passe' pa» de' joup qu» nous ne' pensions à vous' avee^ afifecUom Je dninxms.^ ¥(»«» m- avec montré, dsois les* dfomieis temp^^ vûaw amitié' ttfop' axitive' pour que^ je^puisse i^w^^uMfer. Je vous aurais écrit depuis longtemp» 91 jr n'snfaiS' voulu V0V» diite où' votre réponse* ne»»'tl*ottveip»it'; mais je remettais de jour en jour mon départ, et ce n*est qu'aujourd'hui que je puis vous donner mon adresse, poste restante^ à GranviUe^ département de la Manche. Depuis un mois, j'ai quitté Paris, et vagabondé en Bretagne, soil pour pêcher, soit pour apprendre à connaître les ctftes, qui' sont intéres- . saniis^ aa point <fe vu» (te rhistoio^ povtieulièrement pour' lea guœres deiki Y^enAée;. iéiwMei vokmtiéRi Uhisioire sur place.. -^ Halfailde ai néusiÉ^ cette: années à faire le. voyaiga amc moi,, auwlieui dei

passer la belle saison au village, près de sa mère, lifais cette compagnie a ses diflScultés à cause de la fougue de cette chère personne, qui me met dans de continuelles alarmes.

J'écris dans ce moment une série de lettres, adressées à Auguste Lewald, où je parle avec humeur des causes fondamentales de la différence entre les théâtres français et allemands.

Je n'entends et ne vois rien d'Allemagne. Je ne lis pas un journal, cela va de soi, et ne reçois aucune nouvelle littéraire. Mon troisième volume du Salon^ avec la préface^ a-t-il paru ? Que dit-on de cette dernière? — Je vous en prie, écrivez-moi bientôt et longuement ! Vous me comprenez.

GLXXXI

A J. CAMPE

Paris, le 18 juillet 1837.

Trèsrcher Campe,

Je suis rentré ce matin à Paris, gai et bien portant, après deux mois passés en Bretagne. Je comptais trouver ici une lettre de vous au sujet de mon livre, et ne puis vous dire combien je suis affecté

de n'en avoir aucune nouvelle. Votre dernière lettre m'est arrivée il y a six semaines à la hauteur du mont Saint-Michel, et j'ai renvoyé ma réponse à mon retour ici, qui attardé assez longtemps. La Bretagne est un très-remarquable pays, et je ne regrette pas le temps que j'y ai passé à observer la nature, les hommes et les antiquités. Malheureusement, cette année, je n'ai pu prendre les bains de mer à Granville et à Saint-Malo, à cause d'une indisposition légère, et il faudra que je retourne encore au bord de la mer, cette année. J'ai continué à écrire ma biographie. J'apprends, par une lettre qui m'attendait ici, que Lewald annonce, pour sa JRevue théâtrale^ un article de moi sous un titre des plus drolatiques; dans le fait, peu avant mon départ, j'ai écrit pour lui un grand travail (plus de douze feuilles, format des Reisebilder)^ mais qui doit paraître sous ce titre : le Théâtre français^et ne forme qu'une petite partie d'un plus grand ouvrage. Je suis aussi vexé des faux titres que d'une fausse ponctuation. Ahl très-cher Campe, j'ai repris à Rennes le premier volume des JReisebilder^ afin de préparer pour vous la troisième édition, et je vous envoie,

ci-jointe, une liste à'errata qui vous montrera que,

2f6î OEUVRES D^ HÏTSTRI HFIT<(B

âèpmis^ mon di^art' d'Allemagne, off imprime mes Bvrea^avec'unB panetuatîon aussi élmgnéé que* possible dte ToriginaT; je*n'arpu reteverqueiie^plus'pB* dt lïombre^ dés fautes ; mais, je vous en prié, veffle® & ce que ma ponctuation ne soit pas arbittairenfent chaengée par- les imprimeurs; —Peut-être ferar-je une petitie pointe surLondf cs^ si je vais à Bdujbgne cette amiée; — Par vop^ trois jours' et dfeuT nuits; j'ai là tête brisée, vous vous en apercevrez à- cette lettre'. Pourtant j'ai voulu vous écrire- tout dé suite, et vous envoyer la liste incluse... Ea fatigue- m*empêch^ de vous en dire davantage. — Votrej^ami.

cixxxn

Le. HflBcre^ la liâeplfimbm i^SS^

Très-cher Campe^

Votre dernière lettre a beaucoiç^^ voyagé^ avant dé m'atteindi*e ici. Cette circonstance- et Pajoumeraent dé mon départ sont cause que je*ne vous écris qtf aujourd'hui. Demain, de bonne, heure, je répara décidëinent pour Paris, et je vous dirai bientôîfla nom du libraire^ français que vous pourrez- faire

imprimer sur l&til*re deraesoiurcages, poiu^ être; k l'abri de Eau coatrefoçon.. Je verrai Dtibochet' (Ua»* sœié de Pauliii, sous laimsoâ^Dabocâiet'et'eoiiipa^ gnie, l'éditeur des classiques français! ittUfilrés^ édition de luxe); -—je pniB rne fier à lui. — Vous avez tort de croire que Heideloff ait fait une contrefaçon de la Littérature; il a simplement imprimé un nouveatt titre pour les deux petits volumes^ et l'a mis en tète des anciens exemplaÎBeisu.

Depuis, quelques jours, j(B souffre cruellement des yeu&y e( J0 ne puis. écrire sans la plust extrême fatigue. Mais,.aussitût qjueje serai arrivé àParis, vous re* cevrez une plus longue lettre. J'espère toujours que Menzel se battra; itfaut Ty exciter de' toute façon.

On m'écrit du midi de: T Allemagne, que J!g Dén&n*' dateur produit le plus grand" effet. — Depuis trois semaine», j&n^ai presque- mcit) émt% — Ro^ma^ est

i. bo«i9Boern0>(LoebBariiieti^ né à^fi^aocfon^en 178^ mon à Patii, en ied<7,. rasteoff tréstsptiâtBel et uôsomardaat des FwaUê dramaiurgiques,, ei. d6« beaueonp' de. morceaux littémires,, réeits' d» ▼ogngea^ . tableaax de Paiis, . fmgynent» de. jpur* nal, nowrettss^.oàf il y ai pea < d^iave&iioo,. mai» où éclate ua intansnbie' faonieun: Il yeagea la Franoe des attaques- haineiofies de MenzeL dans ua écrit qui eut un iounense suecôs en AUema*gae : Mênz^^ U. man^iur d« Franfoiê. Préoccupé toute, sa^ ria de politique, et youé^ depuis i 83 0, au libéralisiBfi. le~iyius.af anoé^

264 GEUYRES DB HEiNRl HEINB

fort apprécié comme homme depuis sa mort. L'Allemagne perd incontestablement en lui son plus grand patriote; la littérature perd peu de chose. — Votre ami.

GLXXXIII

AU MEME

Paris^ le i5 septembre i837.

Trè^cher Campe,

Depuis huit jours, j'ai quitté le Havre, tourmenté par un mal d'yeux qui augmentait presque »d'heure en heure. Arrivé ici, je ne pouvais presque rien

il vint, comme Heine, se fixer vers ce .temps à Paris^ et c*est là qu'il écrivit son principal ouvrage, les Lettres parisiennes. Lié d'abord avec Heine, dont il admirait beaucoup le génie, des dissentiments politiques les séparèrent bientôt : le républicain morose, l'ami de la Mennais, ne pouvait se faire à ce qu'il y avait d'irrémédiablement indisciptinable dans la nature de Heine, e^ rincompatibilité de ces deux esprits devait amener une ruplure ouverte. Heine eut le malbeur d'attaquer Boerne après sa mort, dans un écrit dont ses lettres parleront bientôt; il se laissa entraîner par ce démon familier de la raillerie dont il semblait n'être plus le maître, jusqu'à travestir la vie privée de Boerne, et ses relations d'amitié avec la famille Strauss^ de Francfort, qui était venue se fixer pour lui à Paris, et dans laquelle Boerne, célibataire et maladif, avait trouvé un asile. Il fallait indiquer ces détails pour expliquer à l'avance les incidents qui se produisirent plus tard, et qui tiennent une grande place dans la suite de cette correspondance.

OERESPONDANCE INEDITE 265

voir avec l'œil droit, et peu de chose avec le gauche. Le meilleur oculiste d'ici, Sichel, m'a suffisamment rétabli pour que je puisse aujourd'hui sortir en voiture et écrire. Mais je ne vois pas encore exactement les lettres; je suis faible comme une mouche; on m'a saigné tous les jours, et, jusqu'à ce matin, je n'ai rien mangé. — Je suis allé aujourd'hui chez Renduel : il pense que, si vous mettiez son nom sur le titre de mes livres, aucun imprimeur d'ici n'oserait les contrefaire, et qu'en tout cas, il ferait saisir immédiatement l'édition. Il fera énergiquement tout ce qu'il est possible de faire en cas pareil.

Vous pouvez tout à fait vous fier à Renduel. Son caractère (le côté de la lumière comme celui de l'ombre) ressemble beaucoup au vôtre, et je l'appelle à bon droit mon Campe français. — Faites donc imprimer, sur le titre du Livre des chants et des Reisebilder^ et en général sur tous mes livres, au-dessous de votre nom, celui d'Eugène Renduel^ rue Christine^ 3, à Paris.

Pensez à mon effroi en me sentant devenir aveugle I au milieu de mes plus grands travaux !

Donnez connaissance à mon frère de cet événement et de ma guérison; autrement, je lui écrirais.

266 OI50TRES DB' HBWRT HBI^N'E

Que cela lui mDntrB-commentrtduytes malheurs, en ce moment, fondtent surmoi.— Voferefidëlëaffli.

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