‹ Correspondance inédite de Henri Heine: avec une préface et des notes explicatives-- (volume 2)Chapitre 9 sur 52 · A LA MÊME · texte numérisé non relu

A LA MÊME

Très-belle amie,

J*ai soif d'une goutte de lettre de vous. Vous n'avez rien à faire, vous écrivez sans peine, et, dans le tumulte de Berlin, il y a chaque jour quelque cho^e de nouveau. Moi, en revanche, j'ai suffisamment à faire, et je n'ai rien à dire (si ce n'est que je vous aime) ; car je vis ici comme Robinson dans son île, mon décrotteur est mon Vendredi, les servantes de la maison sont nfies lamas, etc.

11 faut que Robert presse très-vivement madame de Varnhagen de presser Robert de dire à Varnhagen que, s'il n'écrit pas la chose en question, je m'insurge de nouveau contre Gœthe, et m'embarque immédiatement pour l'Amérique. J'ai maintenant Gœthe en mains, — car je lis son Wilhelm Meister. — Je souffre aujourd'hui plus encore qu'autrefois, et les Varnhagen, qui m'ont retenu dimanche à dîner, sont cauise que j'ai manqué l'heure où je voulais parler avec Casper.

H CKUVRES DE HENRI HEINB

Je me trouve mal à tous égards. Suîs-je malade? bête? amoureux? Qui pourrait s'y reconnaître? Adieu, et saluez touVle monde pour moi.

Votre fidèle ami.

Potsdam, le. .. de Tan 1829.

GÏV

A Ik ttÉMfi

Potsdam, mai 1829.

Belle, généreuse Frédérique,

, Quand on est courbé depuis cinq heures du matin sur sa table de travail, et qu'on a écrit plus d'une feuille d'impression, on a le droit d'être bête et fatigué à midi, surtout quand on a mai à la tête. Pourtant je ne puis tarder davantage*à vous remercier de votre dernière lettre, cette admirable lettre de printemps, qui, de joie, m'a fait sortir de chez moi pour aller courir au dehors ; — il est vrai que mon ancienne tristesse, avec ses béquilles de fer, est bientôt arrivée, boitant après moi. — Vous et moi sommes bien les deux premières femmes de lettres d'Allemagne ! Nous savons remuer les cœurs jusqu'au fond.

GOUEBSPPNDANOE INÉDITE 3fi

Puisque vous connaissez mes pensées, vous devinez facilement ce que je veux dire. L'orgueil me fait perdre la tête. — Je ne puis aller à vous, au moins ces premiers jours, pour deux motife : le premier, je l'ignore; le second^ c'est que je dois être prêt, en juillet, avec tous mes travaux, — et alors, en route, loin, bien loin)

Je ne suis plus ici un Robinson tout à fait soli* taire. Quelques officiers ont débarqué près de moi, des anthropophages) Hier au soir, au Jardin-Neuf, je suis même tombé au milieu d'un groupe de dames, et j'étais assis, au milieu de deux groupes de Potsdamiennes, comme Apollon parmi les vaches d'Admète.

Avant-hier, j'étais à Sans-Souci, où tout verdit et fleurit; mais comment, bon Dieu? Tout cela n'est qu'un hiver réchauffé et passé en vert, et, sur les terrasses, on voit de petits sapins qui se sont masqués en orangers. Je me suis promené ça et là, et dans ma tête je chantais :

Du moment qu*on aime, L'on devient si doux, . Et je gui» moi-môme Plus tremblant que vous !

C'est ce que chante le monstre dans Zémire et Azor. Et moi, pauvre monstre, pauvre prince maudit, j'ai le cœur si tendre et si triste, que je voudrais mourir. Hélas ! et celui qui voudrait être mort l'est déjà à demi. J'ai mis de côté mon grand ouvrage humoristique, et repris le Voyage d'Italie^ qui doit remplir le troisième volume des Reisebtlder^ et où je veux régler mes comptes avec tous mes ennemis. Afin de n'oublier personne, et vu ma disposition actuelle à la mollesse et au pardon, j'ai dressé une liste de tous, ceux qui ont voulu me blesser. Ah 1 pauvre malheureux que je suis ! comme par dérision de moi-même, je décris aujourd'hui le temps le plus brillant de ma vie, quand, enivré d'orgueil et d'amour, je poussais des cris de joie sur les hauteurs des Apennins, rêvant d'actions grandes et hardies qui répandraient ma gloire sur la terre jusqu'aux îles les plus reculées, où, le soir, près de son foyer, le pêcheur parlerait de moi! Et maintenant, depuis la mort de mon père, comme je suis devenu maniable ! Oui, maintenant, je voudrais n'être autre chose, dans une de ces îles lointaines, que le petit chat qui se couche au chaud près du foyer, quand on fait des récits d'actions glorieuses.

Je suis si abattu, si comprimé, si à l'étroit! Ah! je voudrais être un petit chat ! Saluez pour moi Mimi. — Je salue aussi de tout cœur votre matou, et tous lés chats du voisinage. Les Varnhagen aussi. Adieu; portez- vous bien, et n'oubliez pas votre petite amie.

Potsdam, ... 1829.

cv '

A U. UOSER

Potsdam, le 30 mai 1829.

Cher Moser,

Si tu ne m'envoies pas immédiatement quarante

thalers, il faudra que je meure ici de faim à tes

frais; mets-les donc sans retard à la poste^ ou plutôt

apporte-les toi-même demain (dimanche); c'est ce

qui me fera le plus de plaisir, car je ne crois pas

que j'aille de sitôt à Berlin. Je suis trop enfoncé

dans le travail et le chagrin. J'ai reçu les livres et

je te remercie, surlout de la grammaire. — Si tu

amènes Veit, ce sera charmant! —Je ne donnerai

très-certainement rien à son Almanach, parce que je

n'ai rien, et que je ne puis rien faire en poésie qui

vaille mieux que ce que j'ai déjà livré. Je saurai ir. 3

toujours m'aprêtep à temps, quand je ne pourrai produire dans un genre rien de meilleur que ce que que j'ai foit. ->-* Je me suis mis à écrire le Voyage (fJioHe^ qui formera le troisième volume des Mme" bildev^. Tu verras que je ne suis pas l'ancienne ornière, mais que j'écris dans une forme nouvelle et libre.

Je t'embrasse. Ton ami.

\U MÊME

Potsdàm, le K juin 1839.

Cher'Moser,

Grand merci pour Targent } -— Le temps est redevenu si mauvais, qu'il faut renoncer à l'espoir de te voir demain, --r. Je me suis trouvé tout à fait mal depuis dimanche; j'ai dû recourir au médecin et à la pharmacie. Maintenant, cela va mieux. — Mon éditeur Campe m'a fait visite ces jours-ci. — Je ne puis écrire que peu. — Je te prie de demander à Lehmann les trois livraisons des Annales politiques; je les reprendrai quand j'irai te voir. — Outre les romans français, je recommence à m'occuper de

l'histoire d'Angleterre. Je t'en prie, laisse un mo» ment le sanscrit, et apprends le chinois, et traduismoi un roman chinois : c'est ce qu'il y a de mieux à faire et à lire. Depuis que j'ai fait connaissance avec les Deux Cousines, mon âme est à Péking, Nanking, To-tzong, et autres lieux dont je ne puis prononcer le nom.

Je t'embrasse; adieu. Ton ami,

GVII

AU MÊME

Héligoland \ H G août 1829.

Cher Moser,

Un vaisseau va partir pour Hambourg ; je yeux qu'il te porte sur le continent quelques mots d'amitié. Après une petite lempête, je suis bien arrivé ici, et je me trouve heureux et gai sur les rochers rouges d'Héligoland. Oui, je suis satisfait et bien portant. Entre la mer et moi, il y a des affinités secrètes; son seul aspect m'est déjà salutaire. J'ai été,

i. Petite île de fa mer du Nord, appartenant à TAngleterre, et (fu'ont rendue célèbre en AUemagne les poètes et les peintres de ce siècle. Çon nçm veut dire Vtle des Saints, et revient souvent dans les vieilles légendes saxonnes.

et je ne le sens qu'aujourd'hui, indiciblement malheureux pendant mon séjour à Berlin: tu as dû certainement en souffrir. Un ami mélancolique est un fléau de Dieu. J'espère que ces lignes te trouveront en parfaite santé. Écris-moi ici, chez Brother Nikkels^ à Héligoland, dans la mer du Nord.

Toutes les océanides te saluent. Je voudrais que tu visses une fois la mer; peut-être comprendrais-tu la volupté que chaque vague m'inspire. Je suis un poisson à sang chaud et à bouche babillarde; à terre, je me trouve comme un poisson hors de l'eau. Les chiens de mer te saluent aussi. Une mouette blanche, dont j'ai fait la connaissance hier, s'informe si Gans a terminé son livre. Adieu; il y a peu de papier à Héligoland.

GVIir

Hambourg, le 13 octobre 1829,

Très-cher Moser ,

J'espère que ces lignes te trouveront en parfait bien-être, et je te les adresse pour accompagner la lettre incluse de mon frère, que j'ai là depuis dix

jours. Donc, on a déjà reçu de ses nouvelles de Turquie, où il se trouve bien.

J'ai passé deux mois à Héligoland, et, depuis une quinzaine de jours, je suis ici occupé d'amour, de politique et de chagrins.

Comment te plaisent les vers ci-joints *, que j'ai faits sur VAlmanach des Muses^ plus par nonchalant persiflage de moi-même que pour piquer nos petits amis? Mais ne va pas croire que je n'aie rien dans la tête de plus sérieux que de semblables bagatelles. — Mon rhume te fait saluer. — Adieu ; ne tarde pas trop à donner signe de vie, et aime-moi toujours. Ton ami fidèle.

GIX -

A CHARLES IMMERMANN

Hambourg, lo 17 novembre i829.

Bonjour, cher Immermann !

Je n'ai rien à vous dire que ce que tout le monde sait, c'est-à-dire que, hier au soir, votre tragédie *

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