Almamor et Ratdiff, (Voir Di^ames et FaïUaisin
beau diamant dans sa resplendissante pureté ne peut-être comparé à la pierre noire, d'une forme étrange, dont le marteau du temps fait sortir de sauvages étincelles. Mais que nous font les sots? Vous m'entendrez toujours confesser à haute voix combien je suis indigne d'être nommé à côté de vous. Le professeur Gubitz, m'a prié dès longtemps, de vous enrôler pour* le Gesellschafter; mais je ne puis vous eooseiller de vous disperser ainsi dans les jouraaux, biefi que j'admire votre activité littéraire. La aature, avec le don de poésie, doit vous avoir fait encore le don précieux d'une bonne santé. Vous pouvez faire beaucoup de bien, infiniment de bien.. . Guerre à rinjustice séculaire, au règne de la sottise, et au mal ! Voulez-vous être mon frère d'armes dans cette lutte sainte? Alors, je vous tends joyeusement la main. La poésie, en fin de compte, n'est qu'un bel accessoire.
A FERDINAND DUMMLER, A BERLIN
Monsieur,
Des personnes de notre coftnaissance à tous deux m'ont vanté votre activité et votre loyauté. Comme ce sont là, depuis que j'ai été déniaisé par l'expérience, les qualités que j'estime le plus chez un libraire, et que je place au-dessus de tout, je viens vous proposer la publication d'un livre dont je suis l'auteur. Il renferme : 1° une petite tragédie (trois feuilles et demie d'impression, à peu près), dont l'idée fondamentale doit être un équivalent du fatum ordinaire, et qui donnera sans nul doute beaucoup à faire au monde des lecteurs; 2° un poëme dramatique plus étendu, intitulé Almansor, d'un fonds religieux et polémique qui se rattache aux intérêts des temps actuels, et qui peut avoir plus de six feuilles; 3** enfin, un cycle de trois à quatre feuilles de Lieder humoristiques dans le ton populaire, dont les journaux ont publié des frag-
CORRESPONDANCE INEDITE tly
ments qui, par leur originalité, ont provoqué beaucoup d'intérêt, de louanges, et de censures sévères. Du moment que vous serez disposé à accepter mon offre, je vous indiquerai le titre ou je vous ferai part de la petite tragédie, que je destine au théâtre, et qui sera certainement représentée une fois ou l'autre; je désire donc qu'elle ne soit point connue à Berlin avant que l'impression ait conimencé, et je ne l'ai communiquée ici qu'à deux personnes, le professeur Gubitz,et le conseiller délégation Varnhagen d'Ense.
Assurément, je ne puis porter moi-même un jugement sur ma valeur comme poëtè. Je remarque seulement que mes poéteries ont éveillé dans toute l'Allemagne une attention inaccoutumée, et 'que même la vivacité hostile qui les a accueillies çà et là ne peut être de mauvais augure...
Je ne crois pas être très-connu ici, à Berlin ; je le suis d'autant plus dans mon pays, sur le Rhin et en Westphalie, où, comme je l'apprends de tous côtés, on est très-impatient de la publication de mon volume poétique, longtemps attendu, et qui trouvera certainement là' le plus grand nombre de lecteurs.
J'aurai au premier jour le plaisir de vous voir et
de m'entendre avec vous sur les détails, honoraires, etc.
Je suis avec considération et dévouement, etc^.
Berlin, le o janvier 1823.
A CHARLES IMMERMANN
Berlin, le 14 janvier 1823.
Je veux vous donner bonne opinon de ma ponctualité à écrire, informer, donner des éclaircissements, etc. Aussi je ne tarde pas à répondre à votre chère lettre du 34 . — Mes amis, sur ce point, ne me prodiguent pas précisément les louanges ; le bon Sethe •— dites-lui que je lui écrirai par le prochain courrier — n*entonnera certes pas un cantique en l'honneur de mon exactitude épistolaire ; mais tout cela n'est que préjugés.
Bien que votre amicale lettre nous ait rapprochés l'un de l'autre d'au moins vingt stations de poste (quelque chose comme de Munster à Potsdam), notre éloignement Tun de l'autre est encore trop considérable, et un quintal de ports de lettres trop eher,
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et la correspondance trop fatigante, et ma paresse
trop grande, pour que je puisse vous dire, avec les détails nécessaires, combien votre lettre a ému et réjoui, et consolé, et fortifié, et stimulé mon âme.
Je m'en tiendrai donc plutôt aux affaires^ et vous dirai ma manière de voir sur l'article des publia cations.
Parrintermédiaire du professeur Gubitz, la librairie M. a consenti k publier mes poésies, dont je n'ai pas reçu un sou vaillant, à l'exception de quarante exemplaires gratuits (une dizaine de ces exemplaires, par une rare recherche de ladrerie, ne m'ont pas été remis encore) . Je vous dis ceci sue rasa pour votre consolation, car je doute que les honoraires de votre premier ouvrage aient été bien brillants. La librairie M. Cson chef se nomme V.) m'est devenue
tellement odieuse, grâce à ses viles échappatoires et à ses sales et blessantes manières d'agir, que je lui ai fait connaître ces jours-ci, de la façon la plus nette, mon souverain mécontentement, et que mon second livre n'y paraîtra certainement pas; déjà cette semaine je vais me mettre en quête d'un autre éditeur : avec ma maladresse innée pour tout ce
qui touche aux affaires, cela ne me sera pas trèsfacile.
Je vous donne ce détail pour que vous sachiez que je oe puis dans ce moment offrir à M. votre tragédie, ou le recueil périodique que vous projetez; dites-moi si le professeur Gubitz doit faire cette offre en votre nom... A part M., je ne connais ici aucun libraire; mais cela n'est point nécessaire lorsqu'on cherche un éditeur. L'usage ici est que les écrivains fassent une proposition par écrit à un libraire. Si vous voulez que je m'adresse ainsi en votre nom à quelques-uns des nôtres, donnez-moi des instructions précises. Mais je vous conseille plutôt de leur écrire vous-même de Munster, en disant que vous m'avez chargé de m' entendre de plus près avec eux sur vos offres. — J'espère, malgré la confusion de ces lignes, que vous m'avez compris. Chercher un éditeur est le premier commencement du martyre littéraire. Après les dédains des libraires et les crachats reçus en plein visage, vient la flagellation des thés esthétiques où l'on vous invite, le couronnement d'épines des fades louanges, le crucifiement dans les journaux littéraires entré deux pauvres diables d'écrivains. Vraiment, ce serait à
n'y pas tenir si Ton ne pensait à l'ascension finale.
J'espère que le conseiller de légation Varnhagen d'Ense vous sera utile dans cette pénurie d'éditeurs, si vous voulez l'employer, lui aussi, comme négociateur subsidiaire avec eux. C'est un homme dont la position extérieure, le caractère, le jugement et la loyauté méritent la plus entière confiance, dont je dois l'afiection à la belle médiatrice qui s'appelle Poésie, et qui, d'ailleurs, est le seul sur qui je puisse compter dans ce nid de fausseté. L'intérêt affectueux qu'il vous porte est la meilleure et la plus belle chose que mon entremise puiSse vous procurer ici. Pour le consulter dans l'aff'aire des éditeurs, je lui ai communiqué votre lettre, ainsi que la Pustkuchiana, et, pour vous faire un plaisir et. en même temps n'avoir pas besoin de vous dire moi-même ma pensée sur ces deux brochures, je vous envoie le billet que madame Varnhagen m'a écrit là-dessus avant hier. Pour l'intelligence de ce billet, je remarque seulement que les lettres, si hautement appré-, ciés par Gœthe, qui ont paru dans le Gesellschafter sur les Années d'apprentissage de Wilhelm Meister^
et qui étaient signées Frédérique^ sont de la plume
de madame Yarnhagen, et que, dans l'une d'elles, la première, se trouvent quelques expressions presque identiques aux vôtres. D'ailleurs, c'est la plus spirituelle femme que j'aie jamais connue, et je désire que vous me renvoyiez ce billet à l'occasiofi. Il va de soi que le contenu' en est comme pris au vif dans ma propre âme... — J'ai lu avec joie vos chères paroles sur mes poéteries; votre noble franchise me prouve que vous me voulez du bien.
Saluez Sethe très-amicalement ; dites-lui qu'il me manque beaucoup.