‹ Correspondance inédite de Henri Heine: avec une préface et des notes explicatives--Chapitre 12 sur 51 · VII · texte numérisé non relu

VII

AU MÊME

Berlin, le 21 janvier 1S23.

Varnhagen et Gubitz sont jusqu'ici les seuls que j'aie mis au courant de votre recherche d'un éditeur. Maintenant, je suis entré en relations avec Diimmler, pour mes propres écrits ; mais, tant que vous n'en exprimerez pas le désir, je ne lui parlerai pas de votre Périandre : sa librairie est de peu d'importance. Pour moi, il s'agit d'imprimer

promp^ment. Je me réjouis comme un enfant de la publication de mon livre, — précisément parce que tant d'infâmes canailles sont à mes trousses. .• Attendez- vous seulement, vous aussi, à ce que ces faux enfants de la Muse tombent sur vous. On me dit qu'on attaque outrageusement votre Erwm; quant à votre Pétrarque^ il doit être au-dessous de toute critique. J'ai adopté le principe d'ignorer toutes les injures dont je suis et je serais l'objet. Je sais qu'il s'est formé une société systématiquement organisée pour me mettre hors de moi par des bruits outrageants, et en me couvrant publiquement de boue. Ci-inclus, un petit échantillon, pris dans le Franc Parleur, Gela me paraît venir d'un pauvre gentilhomme, du nom de U., qui s'est figuré n'avoir qu'à paraître pour être adoré comme l'unique étoile dramatique de notre temps, et qui ne peut me pardonner la méchancheté intime d'avoir divulgué dans son cercle de société l'existence d'un Immermann. Avec votre bonne santé, je pense que vous ne manquerez pas de rire de tant de misères et de manque d'esprit.

J'ai lu encore une fois votre écrit sur Gœthe et Pustkuchen, et ne puis assez l'admirer. Vous méri-

tez les plus plus grands éloges. Un écrivain qui pense comme moi parlera bientôt de votre ouvrage dans le Morgenblatt. — Adieu, pensez à moi avec bon vouloir. Si quelques passages, quelques griefs de mes lettres, vous donnent de moi l'idée d'un esprit vétilleux, je vous avouerai volontiers que je le SUIS. Peut-être cela tient-il à mon état de santé ou bien... à ce que je suis encore à moitié enfant. C'est une ruse de ma part, de me conserver enfant aussi longtemps que possible, précisément parce que, dans l'enfant, tout se réfléchit comme dans un miroir : la virilité, la vieillesse, la divinité, et même la scélératesse et la convenance.

Page 1