En français, dans l'original
2. Michel Béer, frère du célèbre Meyerbeer, élait né à Berlin en 1800. Le temps lui manqua pour mûrir un latent dramatique dont U Paria reste l'œuvre principale. Son Slruensée ne fut représenté qu'après sa mort, en 1833.
3. Doiia Clara, Voyez dans le volume des Poèmes et Légendes, la pièce qui porte ce titre {NoclurneSy page 171, édit. Michel Lévy : « Dans le jardin de son père, aux lueurs du soir, la ûUe de l'alcade se promène, etc. •
conde montre le héros raillé par son propre enfant qui ne le connaît point, tandis que la troisième fait voir cet enfant devenu dominicain et faisant mettre à la torture, jusqu'à la mort, ses frères juifs. Le refrain de ces deux pièces corresjpond à celui de la première; — mais de longtemps, peut-être, je ne les écrirai pas. En tout cas, j'insérerai cette romance dans mon plus prochain volume dé poésies. Mais j'ai de très-sérieux motifs pour désirer que, jusque-là, elle ne tombe pas en mains chrétiennes; aussi je te recommande toute la prudence possible si tu là communiques à quelqu'un. — Salue Robert, je fais grand cas de lui. — Quant à mon frère, écris-moi donc bientôt; c'est vraiment mal que je n'aie pas encore une réponse à son sujet. Tu peux dire à M. J....n qu'il m'obligera grandement en employant mon frère dans ses propriétés, en quelque qualité que ce soit, pourvu seulement (Ju'il soit occupé. — Adieu. N'oublie pas ce que je t'ai dit au sujet du Monde élégant.
Maintenant, j'ai encore quelque chose à té dire : sois-moi aussi bon que cela t'est possible» et» quand
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CORRESPONDANCE INÉDITE IIO
A LOUIS ROUËRt 1
Lunebourg, le 27 novembre 1823*
« La Némésis parmi les animaux, » tournant la tête tout autour d'elle, et prêtant attentivement Toreille» » .
Mais il n'y a rien de nouveau à entendre, cher Robert, si ce n'est que je vis £t vous aime encore. L'un durera autant que l'autre dont la durée est très-incertaine. Quant au delà de la vie, je ne prorhets rien. Avec le dernier souffle, tout est fini, joie^ amour, chagrin, lyrisme, macaronis, théâtre, les Tilleuls de Berlin, les bonbons aux framboises,
1. Louis Hobert, dcrivain qtii a joue uifl bôrtain râle dans lé monde littéraire allemand, de 1820 à 1830, auteur d'un drànte intitulé la Puissance de$ sitiiations. Robert était le frère de prédilection de madame de Varnhàgeh. — Sa femme, FrOdéHcjue Robert (la belle Souabe), était d'une beauté idéale^ et son portrait rappelle Tune des plus splendides figures du Tilien. Heine, qui l'a peut-être aimée, liii a dédié, comme on le verra plus tard, toute une « guirlande » de sonnets. — Louis Robert et sa feinme, fuyant Berlin à cause du choléra, moururent tous deux, à quelques jours de distance, d'utie fièvre cérébrale, à Oadën- BaJen, en 1832. Louis Hohert fit partie, pendant les premières
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la Puissance des situations^ applaudissements, aboiements de chiens, Champagne — : et, du puissant Talbot qui a rempli de sa gloire les théâtres d'Allemagne, il ne reste rien qu'une poignée de maculature, Lœtema nox de la boutique de l'épicier engloutit la Fille de Jephté en même temps que le pauvret il/wzansor sifflé. Voilà deux mois que je végète, dans une sombre mélancolie; je ne vois rien que sépulcres ouverts, imbéciles, et grands livres de commerce cheminant dans les rues. Il est rare .qu'un rayon de soleil tombe sur mon cœur, un rayon de soleil comme le salut amical de la belle Souabe que Moser m'a très- gracieusement transmis, et comme la nouvelle que Louis Robert, lui aussi, ne m'a pas oublié. J'ai, en outre, à remercier encore celui-ci de ses bienveillantes paroles dans le Morgenblatt. Ces paroles m'ont été doublement agréables, puisque je me suis aperçu, en les lisant, que je m'étais mépris sur vous, et que vous n'êtes pas mesquin comme les autres. N'être pas mesquin, c'est quelque chose qui me plaît par-dessus toutes les autres qualités de l'âme que recommandent si fort nos compendia de morale. Mais ne croyez pas, vous aussi, que je le sois, bien que parfois je le puisse pa-
CORRESPONDANCE INÉDITE Mi
raître. Peut-être lirez-vous encore un jour mes Confessions; vous verrez alors comment j*ai envisagé mon temps et mes contemporains, et combien ma triste vie, si pleine de tourments, s'est consumée dars les préoccupations les plus désintéressées, dans ridée pure. Je tiens beaucoup^ oui, singulièrement, à être reconnu pour ce que je suis par les masses, et pourtant il n'y a personne qui méprise comme moi le suffrage populaire, et dérobe plus volontiers sa. personne à ses applaudissements.
Je n'avais nullement oublié ma promesse relativement aux Fleurs du Rhin. Aujourd'hui, il m'est très-agréable que vous souhaitiez avoir pour ce recueil la poésie que Moser vous a communiquée. Je la destine donc aux Fleurs du Rhin^ et je désire qu'elle soit signée du simple chiffre : — E, él intitulée la Fille de V alcade. Peut-être sera-t-il bon que îe passe encore ce morceau à la lime, car je l'ai écrit vite, et Tai envoyé sans le relire. Je suis charmé qu'il ne vous ait pas déplu; car j'avais des doutes sur sa valeur. Ce petit poëme,en effet, n'exprime pas bien ce que je voulais proprement dire, et peut-être même dit quelque chose d'autre. Véritablement, il ne devait point exciter le rire, moins encore dénoter une ten-
dance moqueuse. Je voulais simplement, sans but arrêté, avec une impartialité épique, rendre dans ce poëme une circonstance individuelle, et en même temps quelque chose de général et d'universel, un - moment de l'histoire du monde qui se réfléchissait distinctement en moi ; et j'en avais conçu l'ensemble dans un sentiment î^ui n'était rien moins que riant, mais sérieux et douloureux, si bien qu'il devait former la première partie d'une trilogie tragique. Je parle déjà trop longuement de cette petite poésie; mais il m'arrive comme à votre sœur Varnhagen, qui est toujours obligée, me disait-elle, d'écrire de longues lettres quand elle a la moindre des choses à dire. Saluez maintes fois pour moi cette chère bonne petite personne, avec une grande âme. Dites-^lui que c'est un cas rare quand je ne pense pas à elle. Toute la semaine dernière, c'est d'elle que je je me suis occupé. Je lisais, en effet, la Corinne de madame de Staël. Je n'aurais certainement pu comprendre ce livre avant cette grande époque de ma vie où j'appris à connaître votre sœur. Et vous pourrez à peine croire, cher Robert, à quel point
jo cherche maintenant k plaire h nriaclunte 40 Van>
que je n'aie lu tout Gœthe ! Je ne suis plus maintenant un païen aveugle, mais je vois î Gœthe me plaît beaucoup. J'écrirais volontiers à madame de Varnhagen, mais cela me serait trop douloureux : je ne pourrais pas sans fausseté passer M. de Varnhagen sous silence. Cet homme m'a donné bien des marques de bonté et ^'affectîbn, plus que je ne pourrai jamais l'en remercier, et ma reconnaissance pour* lui durera certainement autant que ma vie; maïs un chagrin, au prix duquel le mal de dents (savez-vous ce que c'est?) dont je souffre en ce moment est quelque chose de délicieux, me déchire l'âme quand je pense à Varnhagen. Lui-même n'en est guère coupable; il lui est seulement venu un jour la fantaisie de jouer avec moi le rôle d'Antonio. Je puis supporter beaucoup, et j'aut*ais encore pris mon parti de cela comme de tant d'autres choses; mais cela arriva juste dans un moment où je ne pouvais rien endurer, et où la moindre dureté^ un mot, un regard, un mouvement, devait produire en moi une incurable blessure. Vous connaissez la • vie, cher Robert» et vous save^ qu'il y a des heures
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^%i ŒUVRES DE HENRI HEINE
en nous peu à peu un sentiment ineffaçable, pour lequel notre langue n'a pas de mot, un sentiment où Fancien attachement vit encore, mais mélangé d'absinthe, décolère et de mort. Je ne sais comment exprimer tout cela, et, de désespoir, mon mal de dents a disparu.
Adieu; ne m'oubliez pas. Saluez pour moi votre charmante femme, dites-lui que j'ai lu les Fleurs du Rhin de 1824, — je n'en dis rien, autrement cela me prendrait trop de papier, — et soyez bien sûr que je vous aime.
p.-S, — Depuis mon départ de Hambourg, je n'ai pas eu l'occasion de voir un journal et je n'ai pas lu encore votre intermède dramatique pour la fête de Gœthe, dont on me dit beaucoup de biem Le M&rgenblatt est un excellent recueil, et je suis résolu d'y faire paraître plus tard quelques petites poésies. Je voudrais bien savoir, de vous, si je dois offrir mes services, comme collaborateur, à la rédaction, avant d'envoyer quelque chose.
J'ai lu le petit livre de Hitzig sur Werner : de la boue., rien que de la boue t J'ai lu aussi les balivernes posthumes d'Hoffmann, par le même, et peu s'en
est fallu que je n*en aie pris le mal de mer. De plus, j'ai lu le Périandre d'Immermann ; c'est le plus mauvais chef-d'œuvre que je connaisse. J'ai aperçu aussi le Recueil de Varnhagen sur Gœthe; c'est un arc de triomphe littéraire... J'ai encore feuilleté l'épais volume du professeur Schiitz sur Gœthe et Pustkuchen ; j'ai dû ouvrir la fenêtre tout de suite à cause de la fatale odeur. Je viens de recevoir l'écrit d'Eckermann. Ah 1 comme je serais heureux de faire contre Gœthe, en tirailleur volontaire, la campagne de l'indépendance. Mais je suis enfoncé jusqu'au cou dans le bourbier des lois romaines. Je suis sans fortune, et il faut que je pense à mon pain de chaque jour, et puis je suis si hautain, comme vous l'aura dit le bon, le savant Moserî
^ A M. MOSER
Lunebourg, le 28 noyembre 1823.
Très-cher Moser,
Il commence déjà à faire très-froid,'et tu ne m'as jamais dit si tu avais reçu ton manteau. Avant de
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partir pour Hambourg, je Tavais remis à la poste. Et, cette nuit, il m* est tombé dans Tesprit que peutêtre, avec ta maudite délicatesse, tu n'avais pas le manteau, et ne. disais mot.
J'ai reçu ta lettre du 8 octobre. Ma lettre s'est croisée ^vec la tienne. C'est une expression mercantile dont je me souviens depuis les jours où je voulais partout être un négociant. Oh ! oh ! je connais encore beaucoup de semblables expressions, et je pourrais écrire un livre d'édification israëlite.
Tu ne m'écris pas I Ce n'est pas mercantile I Envoie au diable Nalus et Hegel, et tiens-t'en à l'examen de ce problème :
Si l'aune d'indienne coûte 6 gros, combien vaut Almansor? Et si Almansor vaut 3 gros et 4 deniers, combien vaut Fauteur lui-même?
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facit : 2 gros 3 deniers.
Voilà ce que je vaux, et cette lettre te coûtera davantage; — tu es un mauvais négociant. Mais,
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grâce à Dieu, je vaux pourtant quelque chose, si peu que ce soit. Fais, je te prie, le compte en marcs banco de Hambourg *, et envoie-le à Gohn.
Mais il faut que tu m'écrives à un cheveu près ce que je vaux à Hambourg, et à quel cours j'y suis cdlé.
Je suis charmé que la romance t'ait plù; je le suis moins que tu en aies ri. Mais c'est souvent ainsi, je ne puis raconter mes propres chagrins sans que là chose devienne comique. Je ne te blâme pas d'avoir communiqué la romance à des gens comme les Robert. Je permets très-cordialement que tu en donnes une copie à une dame qui, dis-tu, la laissera voir seulement à qui de droit... D'ailleurs, j'ai écrit hier soir à Louis Robert, et l'ai chargé dé faire imprimer la romance (sans mon nom) dans les Fleui's du Rhin, Gomme j'ignore son adresse, je te prie de lui remettre ou de lui envoyer tout de suite l'incluse. J'aime beaucoup Robert : il ne s'est pas montré vétilleux avec moi, et c'est beaucoup dans ce monde égoïste et mesquin. J'aime aussi beaucoup sa sœur, — et Varnhagen lui-môme m'est