I. En français, dans ToriginaU
Le coup de trompette, dans la Gazette de Hamhovrg^ sur mes Tragédies m'a fait rire. Qu'en a-t-on dit? Si mes Tragédies restaient ignorées, cela ne me serait point indifférent, mon excellentissimeî Les louanges des journaux m'amusent tout au plus un instant, mais ne nje réconfortent et ne me raniment guère, et pourtant elles sont pour moi de la plus grande importance. Mais ne crains rien, on ne manquera pas de parler beaucoup de mes Tragédies dans les journaux; si d'autres ne le font pas, je m'en chargerai moi-même. Immermann m'écrit qu'il fera un vigoureux article sur Almansor et Ratcliff^ et qu'il y dira maintes choses blessantes. Sa lettre, à cause de cela, ne contenait que des généralités louangeuses sur mes pièces, et deux ou trois choses dont la plus essentielle est sa joie de me voir à Munster, et l'invitation d'y loger chez lui. La lettre que tu m'as dernièrement envoyée était de Blomberg,et toute remplie de raisonnements esthétiques. De Rousseau, je n'ai rien reçu encore, et, d'un côté, ce que tu me dis du Journal de la Conversation^ dont le passage hostile aux juifs m'a beaucoup frappé; de l'autre, maintes circonstances me donnent des indices sûrs que, dans les provinces du Rhin, on est très-irrité
du côté catholique à propos d'Almansor; qu'on voudrait l'ignorer et que pourtant on en parle partout, et que Ton a réussi à tourner Rousseau contre moi. Je méprise trop de telles sottises pour m'en irriter; j'ai pressenti dès longtemps qu'un enthousiasme trop ardent pour ma personne devait finir par s'éteindre, et, quand la pluie tombe sur des charbons, il en résulté un limon noir. Je m'attends à tout cela et je yerfai sans amertume les mêmes gens qui m'ont élevé jusqu'aux nues me couvrir maintenant de boue. — J'ai écrit dernièrement une annonce des poésies de Rousseau, que je fais imprimer telle quelle dans le Gesellschafter, — Je n'ai pas encore reçu la grande malle et les livres.
Fouqué m'a écrit récemment une lettre très-cordiale, et m'a dédié une fort belle poésie ; je te la ferai voir à l'occasion. Celui-là aussi, quand il aura fouillé plus exactement mon arbre généalogique, souhaitera de n'avoir pas écrit ces vers. Veille bien à ce qu'aucune de mes lettres ne s'égare par la faute de quelque imbécile de facteur de la poste, et écrismoi tout de suite quand tu trouveras dans quelque journal une allusion au susdit arbre généalogique. — A mon retour de Hambourg, j'aurai beaucoup à
t'écrire. Salue pour moi Gans et Zunz, ainsi qife sa femme. Dis-leur que je pense beaucoup^à eux, ce qui est bien naturel puisque je vis ici tout à fait isolé et que les dernières impressions de Berlin n'ont pu s'effacer encore. Quant à toi, cher Moser, je te vois partout, et c'est peut-être quelque chose de plus qu'une sensibilité maladive quand je me sens dominé de la manière la plus douloureuse par le désir de vivre de nouveau avec toi. Fassent les dieux que ce vœu puisse s'accomplir t Hambourg? Y trouverai-je autant de jouissances que j'y ai déjà ressenti de chagrins? C'est bien impossible. . . Heureusement, voilà mon frère qui m'appelle pour me mettre à table, et, au lieu d'une sentimentalité, je finis ici ma lettre avec l'avant-goût d'un bon dîner.
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AU MÊME
Lnneboarg, le 24 juin 1823.
Cher Moser,
Le 22, j'ai assisté en famille, au Zollenspieker, au mariage de ma sœur. Ce fut un beau jour de fête et de concorde. Le repas était bon, le cou-
cher .mauvais, et mon oncle Solomon s'est fort diverti. Je crois que je serai avec lui, dans la suite, sur un assez bon pied; extérieurement, nous sommes au mieux ensemble, il me cajole même publiquement. Je suis aussi entré en bonnes relations avec mon oncle Henri Heine. Je partirai dans huit ou dix jours pour Hambourg, et j'y resteraiune semaine, tu n'as plus besoin d'en faire mystère. La poste va partir. Je n'ai pas encore expédié ton manteau, mais cela se fera incessamment. Que dis-tu de cette paresse? J'ai maintenant reçu les livres et la malle. J'ai lu la recension du Franc-Parleur !t! Il y en a une autre dans le Journal de la Conversation^ que j'ai entrevue par hasard. J'entends dire que mes Poésies ont été de nouveau jugées dans une feuille littéraire. Je voudrais bien lire l'article, et, pour des motifs à moi connus, tu me feras un extrême plaisir de le copier et de me l'envoyer, mais bientôt. En général, écris-moi tout de suite quand tu lis quelque chose sur moi. La poste part. Adieu I A bientôt davantage.
AU DOCKEOR LÉOPOLD ZUNZ 1
Lunebourg, le 27 juin 1823.
J'ai reçu de Moser la Revue^ et je l'ai coupée tout de suite, et feuilletée, et lue en partie avec dépit. Je ne mets pas en doute que les choses ne soient bonnes, mais je dois l'avouer franchement — et il faut que le rédacteur 2 lui- môme le sache : — la plus grande partie, oui, les trois quarts de la troisième livraison sont d'une lecture insupportable à cause de la négligence de la forme. Je ne demande pas une langue gœthienne, mais intelligible, et je suis fermement persuadé que ce que je ne comprends pas n'est pas compris non plus de David Lévy, d'ïsraèl Moser, de Nathan Hitzig, peut-être pas même d'Auerbach IL J'ai étudié toute sorte d'allemands : l'allemand de Saxe, de Souabe, de Franconie, — mais c'est l'allemand de notre Revue qui me donne le plus de mal... Ce' n'est que de la page 523 à la page 539 que la Revue m'a fait plaisir. Je sais très-bien que je ne
i . Le profe^eur Zunz, de Berlin, sayant hébraïsant. . 9. Le rédacteur était Zunz lui-même.
devrais pas vous faire ces plaintes sans indiquer en môme temps le moyen d'avoir de meilleurs articles. Je sais très-bien aussi que, moi qui n'ai rien fourni encore et n'ai rien de prêt, je devrais me taire. Je sais, en outre, que vous lirez tout ceci avec le calme le plus indifférent, — mais il faut que vous le lisiez. Insistez donc auprès des collaborateurs de la Revue sur la culture du style. Sans celle-ci, l'autre ne pourra progresser. Toutefois, je voudrais appliquer à peu près, ici, ce que vous disiez lors de la publication des premiers volumes de Jost *, que vous vous abstiendriez de tout jugement parce qu'il était possible que ces volumes eussent éti5 à dessein si mal écrits, afin que les suivants parussent d'autant plus brillants; je puis supposer de même que les articles de la Revue sont disposés par vous de telle façon que, plus tard, en parcourant une série d'années, on puisse exactement s'apercevoir combien le style allemand des ju^fs de science s'est peu à peu formé.
Ne m'en voulez pas, cher Zunz, pour ce qui précède : d'abord, je suis un abonné de la Revue^ en-
i. J.-M. Jost. Histoire des Israélites, 9 yol 1820-1829.
suite je vous aime. Vous pouvez croire que ce n'est pas là une simple phrase, je le sais.