XX
A M. MOSER
Hambourg, le 11 juillet 1823.
Cher Moser,
Je suis^dans la plus grande inquiétude, mon temps est compté, je n'ai point aujourd'^hui de commission pour toi, et pourtant je t'écris. D'ailleurs, extérieurement, il ne s'est rien passé pour moi, mais, les dieux le savent! d'autant plus au dedans.
La vieille passion éclate encore une fois dans sa violence. Je n'aurais jamais dû venir à Hambourg; au moins il faut que j'en parte aussi vite que possible. De mauvaises pensées me viennent, je commence à croire que je suis autrement organisé que les autres hommes, qu'il y a en moi plus de profondeur. Une sombre colère, comme une couche de métal brûlant, s'étend sur mon âme. J'ai soif de la nuit éternelle. — J'ai peu vu encore Wohlw^ill. Avant-hier après minuit, comme je parcourais avec
mes infernales songeries les rues fangeuses, trop bien connues, quelqu'un me frappe sur Tépaule : c'était lui. Je lui ai bravement fait croire que cette belle nuit d'été m'avait convié à une promenade au frais dans les rues. Charmant I
J'ai été très-bien reçu dans ma famille. Mon oncle Salomon Heine m'a promis monts et merveilles; malheureusement, il est parti hier matin à six heures, moitié pour affaires, moitié en vacances. J'ai résolu d'arriver « à tout prix » à ne plus avoir besoin de lui, puisque cela est si fort au-dessous de ma dignité, et que...
Mais mes douleurs de tête sont horribles et il faut que je fasse tout au monde pour m'en débarrasser. — Cohn, dont j'ai fait la connaissance, est un excellent homme.
AU MÊME t
Ritzebuttel, le 23 août i823.
Cher Moser, Félicite-toi de ce que je suis resté si longtemps sans t'écrire. Je n'avais rien de bien agréable à