‹ Correspondance inédite de Henri Heine: avec une préface et des notesChapitre 17 sur 49 · Monnaie de compte qui vaut, au pair, fr · texte numérisé non relu

Monnaie de compte qui vaut, au pair, fr

\t% OEUVRES DE HENRI HEI|<(É

toujours cher, bien qu'une heure néfaste nous ait séparés pour toujours. Lors de notre entrevue à Hambourg, il a eu quelque chose de blessant pour moi, et tu sais combien alors j'étais irritable. N'estce pas que Frédérique Robert est belle ? Est-ce que je t'en avais trop dit ? Elle réunit en elle Jocaste et Juliette, tout ce qu'il y a de plus grec et de plus moderne.

Je travaille beaucoup, je deviens tout à fait savant; mais, pour des travaux poétiques, ma tête est trop faible et trop palpitante de douleurs. — Comme tu es injuste quand tu me dis que je me moque de Marcus I Mon Dieu, je suis pourtant meilleur que tu ne crois. J'ai écrit aujourd'hui au pauvre petit homme une cordiale lettre que tu lui remettras, ou lui expédieras, franco^ s'il est parti. — J'ai vu Fannonce du livre de Gans. Folie t C'est le mot le plus indulgent.. Le titre spécial du livre est maladroit. Quant au livre même, j'en attends beaucoup, et je suis cordialement satisfait qu'on lui rende justice. Salue pour moi ce bon, ce cher Gans. Dis-lui que je suis encore très-malade, que chaque ligne me fait souffrir, et que c'est pourquoi je ne lui écris pas. Je suis un pâle feu follet; mais Gans est une

CORRESPONDANCE INEDITE ItO

lumière, une lumière de l'exii. Salue aussi le brave Zunz,

Parle-moi donc de la Société. Michel Béer a-t-il répondu? J'^i reçu une lettre de mon oncle de Geldern ; il m'écrit que, tout le long du Rhin, je suis maintenant aussi détesté qu*on m'y aimait naguère, parce qu'on dit que je m'intéresse aux juifs. Vraiment, j'ai rit Oh ! comme je méprise la canaille humaine, circoncis et incirconcis! Mon oncle me charge de demander pour lui trois exemplaires du second volume (lisez de la seconde livraison) de la Revue^ qui doit incessamment (? ?) paraître. Il en enverra le montant. — La réponse de J....n m'a fait rire aussi. Si j'étais à Berlin, je proposerais à la Société dénommer le docteur J....n président de la section d'agriculture. Vraiment, je veux me garder d'être jamais dans le cas de devoir réclamer pour moi-même les services de quelque riche israêlite.

Rien n'est changé dans mes plans pour l'avenir. Je m'en tiens à Gœttingue. Il est incertain qjie j'aille pour quelques jours à Berlin ; cela me coûterait trop d'argent, et je n'ai pas un denier à perdre, tu le sais. Et faire des'dettes n'est pas mon habitude, tu le sais aussi lî?? — »-? Adieu, aime-moi

toujours, et sois sûr que je t'aime. — Au nom du ciel, est-ce sérieux de ta part, quand tu me dis (ju'on va représenter Baicliff? Quelle fortune pour moi si ma pièce allait réussir !

p.-S . —, N'écris pas en Poméranie pour mon frère : ce serait un port de lettre perdu. Il a trouvé à gagner provisoirement sa vie dans le Holstein, avec un peu d'argent par-dessus le marche. — Informe*toi exactement de ce qui en est de Ratcltff. On ne lui a vraiment pas rendu justice. Si je n'étais pas si vexé et outré, j'écrirais quelque chose dans ce sens. Les journaux ne sont, il est vrai, que les vespasiennes de la littérature; mais c'est là précisément que toutes les annonces sont affichées. Il n'est donc plus question de moi nulle part? Bôhringer ! Bohringer 1 laisse-moi changer avec toi ! — Je croîs que Diimmler n'a pas exécuté mon ordre d'envoyer des exemplaires aux principales rédactions de journaux. Demafnde-le-lui donc* N'oublie pas! — Si tu veux t' accorder un plaisir, lis la Corinne de madame de Staël ; cela te plaira. Fais donc (jue Garis tienne sa promesse et m'envoie le Droit de succession.

CÔ.RjlESPONbANCE I.NÉDITE ^31

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Luneboui-g, le i*' décenibre i823.

C'est impardonnable ! déjà deux lettres de moi sans lirie ligne de répotise. Et, depuis quinze jours, je me ridiculise au bureau de la poste en faisant demândeî* quotidiennement s'il n'y a pas de lettres de Berlin. Tu n'as pas besoin de m' écrire d'amples lettres à l'allemande, des in-folio : quelques lignes sufiisent. Dis-moi seulement que tu vis encore. Vois donc, aujourd'hui, par exemple, je ne puis pas jurer que tu ne sois pas mort; — ce qui, pour moi, accoutumé que je suis aux plus rudes coups de là destinée, ne serait pas une perte aussi grande que pour le reste de l'humanité. Écris-moi tout de suite si tu vis; — mais attends, je sais un moyen de te faire répondre immédiatement : il faut seulement te demander un service ; et je veux aujourd'hui te donner une comrhission des plus importantes pour moi, et des plus pressantes. Écoute-donc : je ne vais pas à Berlin, je dois n^énager mon argent. Mais les

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premiers jours de janvier, je partirai pour Gœttingue. Auparavant, il faut que je me fasse exmatriculer à Berlin, et que j'obtienne de TUniversité un certificat d'études. Aie la bonté de te procurer tout cela pour moi; Gans te dira ce qu'il y a à faire.

Je n'ai pas voulu demander d'attestation de présence pour les pnhlica * que j'ai suivis, et n'ai pu en obtenir pour les cours privés que je n'ai fréquentés qu'irrégulièrement : de la sorte, je n'ai à produire que trois certificats, à savoir, un de Hegel (I!!), un dit de Basse et une carte de Schmaltz... Je joins ici ma matricule pour plus de sûreté, et te prie de me la renvoyer, avec les certificats de présence, aussitôt que possible. Le bedeau peut tout faire à ta place. Tu auras, je pense, un thaler à débourser. — Je me fie à toi. Sache bien qu'il m'est impossible de partir avant d'avoir reçu ces certificats, sans lesquels aucun étudiant ne peut paraître à Gœttingue. — Je t'écris dims la plus grande hâte et la tête rompue de douleurs. Adieu; aime toujours ton ami fidèle.

jP.-S. — N'oublie pas de me répondre au sujet

4. Les cours ouve/ts gratuitement à tous, tandis que les étudiants n*onl accès aux autres que moyennant finance. .

des journaux westphalieiis. Salue tout le monde, et Gans par-dessus le marché.

AU MÉMK

Encore de Lunebourg, le 9 janvier 1824.

Cher Moser,

J'ai reçu tes lettres du 20 décembre et du 3 janvier. Quelque besoin que j'éprouve de t' écrire longuement aujourd'hui, je ne puis t'envoyer que quelques lignes bien rapides. Je suis trop abattu, et ma tête bourdonne. Je partirai d'aujourd'hui en huit pour Gœttingue, et j'espère que le voyage (que je ne compte pas faire trop rapidement) me distraira, et qu'un genre de Vie différent me fera du bien. Aujourd'hui,, je veux seulement te remercier pour le certificat. Avec les livres ci-joints tu trouveras un louis et demi, dont tu garderas quatre thalers et vingt gros pour couvrir tes derniers déboursés; tu remettras le reste au caissier de la Société. Je ne sais réellement pas ce que je puis devoir ; un semestre au

irioins n'a pas été payé (je n'ai jamais reçu de toi I 8

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une réponse là-dessus). S'il mancjue une bagatelle, fais-moi le plaisir de m'en faire l'avance. Tu es vraiment le marquiâ de Posa et le créditeur de tes amis 1 Mon découvert chez toi doit être considérable, je t'ai déjà interrogé à ce sujet et je ne sais rien, et franchement je n'y veux pas songer; car, avec la quantité de dépenses que je dois fatalement faire aujourd'hui, le payement de cette dette m'embarrasserait; mais tu ne perdras rien pour attendre, bien qu'autrefois tu eusses coutume de dire avec une expression très-particulièrement comique: «Les étudiants ne rendent jamais rien. » Je ris encore de bon cœur quand je pense à l'accent de ces paroles. Et véritablement tu as raison. Je perds beaucoup de cette mànière-Ià. Quand un étudiant veut me soutirer ainsi un thaler % je lui donne plutôt vingt-trois gros, et j*ai gagné un gros de profit net. Mais n^est^ce pas une sottise à moi de te dire ces choses, à toi, mon créancier?

J'ai été très-vexé de ce quQ tu aies commenté, en homme piqué et de mauvaise humeur, et d'une façon qui n'en est pas une, nia demande de rerevoir de

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