‹ Correspondance inédite de Henri Heine: avec une préface et des notesChapitre 18 sur 49 · Le ihaler valait alors vingt-quatre gros · texte numérisé non relu

Le ihaler valait alors vingt-quatre gros

toi de courtes lettres. Pour F amour du ciel, un homme qui lit et comprend Hegel et Yalmiki dans l'original, né sait pas comprendre une de mes ellipses les plus ordinaires! Mon Dieu, comme les autres hommes doivent se méprendre sur moi, puisque Moser, un élève de Friedlânder et un contemporain de Gans, Moser, Jfosès Mojer, mon archiami, la portion philosophique de mon moi^ l'édition de luxe revue et corrigée d'un homme véritable, a l'homme de la liberté et de la vertu, le secrétaire perpétuel de la Société, » l'épilogue de Nathan le Sage, le critique de Bernays, la caisse de fer de Cohn, l'humaniste normal... — oùm'arrêterai-je?— Je veux dire seulement : combien je suis à plaindre si Moser lui-même ne me comprend pas t Quoi t même les épithètes bon savant te déplaisent I Plût à Dieu que Je pusse me les appliquer à moi-même dans un sens aussi étendu t Je faime de toute mon âme et je ne suis pas un homme de rien. — Si tu retiens bien cette formule dans ta tête, mes paroles ne te déplairont jamais, même celles ci-dessus. Je veux pluti^t des lettres courtes que de longues mais rares lettres. Je veux en recevoir souvent^ même quand tu n'as que peu de chose^ à me dire, bien que je pré-

fère assurément quQ tu m'écrives souvent et beaucoup.

Tu me parles ppu de la Société. Penses-tu, par hasard, que la cause de nos frères ne me tienne plus au cœur? Tu te trompes alors énormément. Bien que mes maux de tête m'accablent, je n'ai pourtant pas cessé d'agir. « Que ma droite se dessèche, si je t'oublie, Jeruscholayim 1 » c'est à peu près les paroles du Psalmiste, et ce sont toujours les miennes. Je voudrais pouvoir causer une heure seulement avec toi de toutes les pensées qui me sont venues sur Israël, à propos surtout de ma propre situation et tu verrais — comment 'l'éducation des âmes fleurit toujours au Steinweg, et comment Heine est, et restera toujours Heine. Je suis curieux de lire ton article dans la quatrième livraison * ; envoie-lamoi à Gœttingue dès qu'elle aura paru-. Je t'écrirai d'abord après mon arrivée et t'enverrai mon adresse. Si cela m'est possible, je donnerai certainement un bon travail à la Revue, Tout au moins, pour peu que cela en vaille la peine, je ferai bientôt un extrait de l'article du Lexique de Gœttingue

1. Cette quatrième livraison de la Revue scienli/ique du /udaïsme n'a jamais paru.

relatif aux écrits publiés sur les Juifs. Salue beaucoup Zunz ; je me suis cordialement réjoui de sa promotion. Excuse-moi de ne lui avoir pas écrit encore; je le ferai bientôt, de Gœttingue. Dis-lui bien que ce n'est pas la paresse qui m'empêche d'écrire, mais que c'est ma pauvre tête. Je souffre même en écrivant ces lignes. Je suis contraint de négliger tous mes amis et toutes mes relations. C'est pourquoi je n'ai pas. écrit au conseiller criminel Hitzig, comme je l'avais dès longtemps résolu. Gans a des motifs de gronder contre moi. A Hambourg, Wohlwill m'en veut réellement, et interprète mal mon silence. Tu as vu sans doute madame de Hobenhousen: que dit-elle de moi ? C'est honteux à moi dt< i«*avi>ir pas écrit quelques lignes à cette bonne personne. A propos! Comment le Paria a t-il été accueilli ? Bien, certainement, car il n*est pas plus mauvais que les tragédies de presque tous les autres poètes du jour, et l'axiome qu'une tragédie écrite par un juif doit être nécessairement mauvaise, cet axiome ne peut plus être mis sur le tapis, et Michel Béer ne saurait m'en être trop reconnaissant. Mais, si le pauvre a Paria^ repoussé de tous, a été repoussé ai: «si par les brumines à Imieltes et |çs schoutrasà ép:iulette^

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du parterre, console-le en lui rappelant le destin de Ben-AbduUah *, et donne au pauvre rejeté le conseil d'oublier l'oppression de l'esprit de caste dans les bras d'une bayadère, au moyen du mariage gandorva (voir Gans, Droit de succession^ I).

...Je suis, grâce à Dieu, guéri d'une ébullition maligne qu' avak provoquée la traduction du Coran, de Boyisen. // m'a fallu croire à ce Mahomet... — Jq suis assez bien avec Hambourg. — Adieu, et reste bon pour moi. Ne m'épargne jamais; de mon côté, j'en ferai autant.

Hanovre, le 21 janvier i824.

Que les dieux protègent ta tête 1

Tu vois par cette apostrophe que je crois encore aux dieux et ne suis pas aussi impie qu'on le di^, — et, par la date ci-dessus, que je suis mainf enant dans cette ville où l'on n'a a})oli que récemment la torture. Je suis arrivé hier au soir, et sujs resté la jpur-

!• Almatisor,

neé ici, car je me sentais trop épuisé par une nuit passée en voiture, avec un très-mauvais temps, et une société plus mauvaise encore. Je serai après demain à Goettingue et saluerai le vénérable Carcer^^ les piteux lions de la Wenderthor, et le buisson de roses sur la tombe de la belle Cécile. Je ne trouverai peut-être pas une seule de mes anciennes con- Dajssances à Gœttingue : c'est un peu mélancolique. Je crois que, dans les premiers temps, je serai trèssombre; puis je m'habituerai à ma situation, je me réconcilierai peu à peu avec l'inévitable, et à la fin le lieu me deviendra suffisamment cher, et je souffrirai quand il faudra le quitter. Ainsi m'est-il toujours advenu, et même à peu près à Lunebourg :- « Lorsque mon départ de cette ville s'approchait, les hommes et les femmes et principalement les belles femmes s'empressaient de me plaire et de me faire regretter mon séjour de Lunebourg. Voilà la perfidie des hommes ; ils nous font des peines même quand ils semblent nous cajoler. ^. »

Ma lumière va s'éteindre, il est tard, et je suis

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