‹ Correspondance inédite de Henri Heine: avec une préface et des notesChapitre 19 sur 49 · La prison de l'Université · texte numérisé non relu

La prison de l'Université

2. Ce passage entre guiliemels, comme quelques autres placés demémd, est en'françaii dans rorigbat.

trop endormi pour écrire en allemand. A vrai dire, d'ailleurs, je ne suis point Allemand comme bien tu sais (Voyez Rùhs, Fries, passîm)^ et, si je Tétais, je ne m'en ferais pas gloire. « Oh ! ce sont des barbares I » Il n'y a que trois peuples civilisés : les Français, les Chinois et les Persans. Et je suis fier d'être Persan I Si je fais des vers allemands, cela tient à une circonstance particulière. La belle Gulnare a appris, d'un grand benêt de savant, que l'allemand a des analogies aves sa langue maternelle, le persan ! et, aujourd'hui, l'aimable fille d'Ispahan étudie la langue allemande, et, pour s'exercer dans la grammaire, elle traduit dans sa langue suave et lumineuse (la langue de bulbul et des roses) des passages de mes poésies que j'ai su introduire en contrebande dans son harem. Ahl comme je languis après Ispahan ! Ah ! pauvre que je suis, loin de ses minarets aimés et de ses jardins odorants I Ah! c'est un sort affreux pour un poëte persan d'être condamné à votre allemand abject et raboteux, d'être torturé jusqu'à la mort par vos voitures de poste aussi cahotantes que votre langue, par votre mauvais climat, vos sots visages de tabagie, et V08 Pandectes, et votre jargon philosoplû*

que, et toutes vos autres misères. Firdusi! ô Ischami 1 ô Saadi ! que votre frère est malheureux ! Ah ! comme je soupire après les roses de Schiras ! L'Allemagne peut avoir du bon, je ne veux pas en médire davantage. Elle a aussi ses poètes : Karl Mùchler, Glauren, Gubitz, Michel Béer, Auffenberg, Théodore Hell, Laun, Gehe, Houwald, Rûckert, Mûller, Immermann, U hland, -Gœthe. Mais qu'estce que toute leur gloire au prix d'Hafis et de Nisami 1 Et pourtant, bien que je sois un Persan, je confesse que le plus grand des poëtes est encore toi, ô grand prophète de la Mecque, et ton Coran, bien que je ne le connaisse que par la traduction de Boyisen, ne me sortira pas de sitôt de la bouche.

Que le Paria de Michel Béer ait si fort réussi à Berlin, c'est ce que j'ai appris hier matin à Celle, et, ce qui est assez singulier, d'un vieux juif chez lequel je changeais quelques ducats. Celui-ci tenait le fait d'un pédicure qui venait directement de Berlin, et avait pu s'y convaincre que le Paria était au pair avec les œuvres de Schiller et de Gœthe. Je suis à demi curieux, cher Moser, de connaître ton jugement sur cette pièce, à laquelle tu as eu certai-

nement un6 grande part, puisque Michel Béer est, aussi bien que Frânkel, de tes représentants. Pour moi, je le connais depuis longtemps, car l'auteur lui-même me }'a lue. Elle m'avait plu et m'aurait plu davantage encore si déjà je n'avais connu de trop près l'Inde et l'esprit hindou. L'idée principale du'poëme, c'est-à-dire que le Paria est un juif déguisé, m'a souverainement choqué. Il ne vien^

dra à l'esprit de personne que ce dernier ressemble

au Paria hindou, et c'est sottise de s'extasier sur cette ressemblance. Mais la chose la plus sotte, la plus dommageable et la plus digne du bâton, c'est ridée saugrenue du Paria qui présume que ses ancêtres par quelque méfait sanglant ont mérité leur triste condition. Cette allusion à Christ doit bien plaire à certaines gens, surtout venant d'un juif, d'un poëte aquatique. (Tu n'oses pas mal interpréter cette expression ^ : un juif, un poëte aquatique, that WHl not say a jew who is a wateopoetj but a jew who is not y et baptised^ a waterproof-jew f) Je voudrais que Michel Béer fût baptisé, ef s'exprimât aussi vertement qu'Almansor, sur le christianisme

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