I. En français, dani ToriglnaK
dORRESPONDANCE ÏNËDlTË U3
au lieu d'en parler avec des ménagements timides, et même, comme on vient de le voir, de lui faire les yeux doux.
J'ai plus parlé de Tllomme et de son poëtiie (j[iic cela ne me sîéd, mais c'est surtout S causé de Tàllusion cî-dessùs, laquelle constitue un fait qui ne peut nous être indifférent. — J'attends Wenfôi de tes lettres à feoettingue. Écris-moi sous l'adressé qui suit : « H. H. de D., studiosus juris ; s'informer chez le bedeau de l'Université, i Adieu, écris-moi beaucoup^ et àime-moi toujours. Sàliie Zunz, Gans, Léhmann et autres.
AU MÊME
De Gœttin^ae, hélas! le i février 18â4.
Cher Moser,
Me voici à Gœttingue depuis neuf jours, c est-àdire que je suis déjà rongé d'ennui. Mais je l'ai voulu, et c'est bien ; silence I je ne veux plus mé plaindre. Je lisais hier au soir les lettres de Rousseau, et je Remarquais combien c'est chose fasti-
dieuse de se plaindre perpétuellement. Mais je ne me plains qu'à cause de ma santé, et tu me rendras cette justice que lés gredins qui, par leurs machinations cherchent à empoisonner ma vie, na'ont rarement arraché une plainte. Je me sens assez grand pour cela. Je vis maintenant tout entier dans ma jurisprudence. Si tu crois que je ne deviendrai pas un bon juriste, tu es dans Terreur. Tu peur, à ton *aise, me récuser comme avocat; mais tu ne dois en souffler mot à personne, autrement je n'aurais plus qu'à mourir dé faim. Il faut que mon dîner me soit servi sur un des plateaux de la balance de Thémis ; je ne veux plus vivre dés miettes de la table de mon oncle. Les incidents de l'été dernier ont fait sur moi une impression diabolique. Je ne suis pas assez grand pour supporter Thumiliation. En fin de compte, il y a peut-être en moi plus de mal que de bien; en tout cas, l'un et l'autre en proportions colossales. J'aime cependant le bien, et, à cause de cela, je t'aime aussi, bon Moser.
Écris-moi beaucoup. Autour de moi, il ne se passe rien, tout est silencieux, et essentiellement différent da chez vous. Dans tout le monde, comme tu sais, les hommes passent leur vie à s'occuper les uns des
autres, à observer, traverser, ou favoriser (dans leuç propre intérêt, cela va sans dire) ce que les autres font ou ne font pas, leurs projets et leurs actions, ce qu'ils vçulent et ce qu'ils peuvent. A Berlin, on se préoccupe plus des vivants; ici, àGœttingue, davantage des morts. Pour parler avec mon ami Rousseau^: t A Berlin, on est plus curieux des sottises qui se font dans ce monde ; ici, oh est plus curieux de celles qu'on imprime dans les livres. > Je cite Jean-Jacques, et non pas mon ami Jean- Baptiste de Cologne, qui, vraisemblablement, n'est plus mon ami. Depuis onze niois, je ne sais rien de lui. Il doit être rédacteur d'un journal à Cologne. Jusqu'ici, il ne m'est pas tombé sous les yeux un seul journal du Rhin ou de ,Westphalie. J'ai eu l'occasion de fureter dans quelques autres journaux surtout littéraires, du reste de l'Allemagne, et, à mon grand dépit, je me suis convaincu que ce maudit Diimmler n'avait pas fait annoncer mes Tragédies dans un seul, sauf la Gazette de Berlin. Mais ne sois pas cause qu'il commette une sottise plus sotte encore, c'est-à-dire qu'il fasse réimprimer une seconde fois l'ancienne annonce. Tâche seulement d'obtenir
qu'il s'occupe à répandre un peu mieux le volume. 1 ^ 9
iiÙ OËUVftKS t)£ ilBNRl H£liN£
Donne-lui aussi mon adresse pour le cas où il aurait quelque article à m'envoyer. Ci-joint un louis avec lequel tu m'achèteras chez Dummler cinq ou six exeffif^latres de mes Tragédies, que tu m'enverras par le premier courrier.
Que dois-|e faire? J'ai promis à quelques belleâ fertimes (non pas ici) les Tragédies^ et il faut que Je m'exécute, car ma galanterie est toujours plus grande que ma pauvreté. Ici, quelques amis Ont aUssi cherché inutilement le livre chez les libraires; j'ai ptoJnis de le faire venir, et ce trafic mè coûtera itioû ar^nt. £n échahge, je trouve les publications dé BrdckUaùs dans toua les cabinets de lecture: — Donne-moi une déâriition des boutiques d'épiciers. — A Liinebôurg,* oti me lit et oh lù'eîtalte avec frénésie. — Âdieti; salue Gans^ Zùnz, etc*
AIT MEME
GœttiDgtte, le 25 février 18i4.
Cher Moser,
Je riè sais comment iïi'èxpliqûer ton silèncè. Pluâ j*y songe, plus je nie se/is inquiet. Est-èé l'artii qui
eà Ifibft, bit r^initlé? Je né àkis,' clè§ deiiÀ; èè (ttii rii'&iïîîgeïâit Ife pitié. Mort; tti nô Tés ëertdriëmèttt pàâ; ti( es trô]) résigné et trop pdtîéiit flo'iii^ t'èti^é laissé riïOiirîr. Mais tôii atnîtig pbiir tfiôi? Oli ! ce sferàlt tibp tôt SI eilé fleiait déjà être riibrtéf Tdùtes mes âiiitëi Stttitié^ bflt vécti plus Ibhglëibjps, et, si riïne h'àtalt paâ été frappée d'apopleiië, Fautre eïttpdsdiltiée par ia calomnie, èonstiinéé par le tiiirkébié de la ilédèui*, OU i'àfiée ^iar (jtielqiiè sLùfrè duâéi ëllèà: ^^àiènt eficôtè touteâ èù vie.
lis sdtit d iiôttiîff ètix, èèiix <iiiè jé {)iif^ àpIpëlèV /"efe frtéi d/^is, t{ue' î'âî Éilèn lè droit de parfe^ dë§ délices de i*àfriîtîé *. — Comment tè porteâ-td'? i
Toutefois, je ne veux feJré to'H ni à tïïôï iii â d'autres, lè me àùîs cdiivaîiicu -^ et à^efe chagrin — ijtfë tofdé lès séfltîmèiïts qui bni une fois grandi iàM ïûbti Cteur f dèmetir'èrcWt entiers et indestrUc* tifiié^; iifesf l(]liigtèiïi][)é t[dé le cteur liii-mémè, et tdttt ce qttî s't Wétlt, dèifiëtirèrà dâhé éoû intégf lié* Et, pour ce qui concerne les autres, il est possible
i. ^ Ich iîành mit feecfit vôn der Setigiceit dkit Frèundschaft sprecken^denn ào mâûche seligè FteuÀdscbaft hi mit |:ebiiëbeti. » — H y a là un jieu de mots intraduisible^ et que je n'ai pu
que leurs sentiments ne soient pas d'une étoffe aussi indestructible que les miens; pourtant je remarque que je fais souvent tort à ces gens-là, en croyant que leurs sentiments sont faits d'une substance trop légère, comme peut être du papier de poste, delà charpie, de la gelée aux framboises, etc. Oh! j'ai rencontré tant d'hommes dont les sentiments étaient solidea comme du bois et indéchirables comme du cuirl Et pourtant ces sentiments de bois et de cuir ont « dû céder à la loi du temps. » 11 n'y a pas jusqu'au pauvre Rousseau à qui je n'aie fait tort; j'ai reçu de lui, ces jours-ci, une touchante lettre où il se plaint que je l'oublie complètement, lui qui m'est resté si attaché.
Je lui ai répondu que c'était moi qui étais resté longtemps sans lettres de lui, moi qui me sentais blessé par ses reproches, etc. Je lui ai laissé voir que^ je ne le croyais pas franc de toute duplicité; toutefois, je lui ai annoncé la seconde édition de mon amitié.
Je vis très-retiré. Le Corpus juris est mon oreiller. Je m'occupe pourtant de mainte autre chose : -par exemple, la lecture des Chroniques, et la consommation de la bière. La Bibliothèque, et la cave du
Rathhmts me ruinent. L'amour me tourmente aussi. Ce n'est plus, comme autrefois, Tamour exclusif pour une seule : je ne suis plus monothéiste en amour; mais, de même que je penche vers la bière double, je penche aussi vers un double amour. J'aime la Vénus de Médicis, qui est ici, à la Bibliothèque, et la belle cuisinière du conseiller aulique Bauer. Hélas! et toutes deux sans espoir!...
Très-heureusement, on me dérange en ce moment. N'est-ce pas que j'ai dessein de te révolter, et d'éteindre pac un afflux de bile la dernière étincelle d'amitié qui pourrait encore briller faiblement pour moi dans ton âme? Mais véritablement « je suis très-enrhumé \ » ou, pour parler allemand, j'ai un tpès-fort catharre. Et, en outre, je suis de trèsmauvaise humeur, et, plus encore que je ne suis de mauvaise humeur, je suis ton ami.
P. -S. — Ne salue personne, pas même Gans. Il ne m'a pas envoyé son Droit de succession. Mais, s'il se ravise, je lui dirai en confidence ce qu'en pense Hugo 2. —Combien de temps les Robert resteront-ils