CORRESPONDANCE INÉDITS
me fasse plaisir. — J'ai perdu ces jours-ci ma sœur ^ . Adieu, écris-moi bientôt.
AU MEME
Hambourg, le 28 du mois de Gans (avril) 1826.
Cette nuit, j'ai pensé plusieurs heures à toi, et j'ai fait, entre autres, cette remarque perspicace que tu as plus de perspicacité que moi. — Si tu es de mon avis, tu avoueras que je possède moi-même quelque perspicacité; et, si tu penses le contraire, tu conviendras eo ipso que je n'en suis pas absolument dépourvu.
Que dois-je faire? Tout ce que j'ai dans l'âme, tous les sentiments de mon cœur ne valent plus rien auprès de toi, et, si je veux me remettre en crédit i tes yeux, il faut que je revendique une certaine dose de pauvre bon sens, puisque tu as coutume de donner quelque chose en échange de cette valeur.
Que faut-il faire ? Dois-je m'exposer au soupçon
1 . On comprend ce que signifient ces mots : il s'agit d'une brûuillerie qui ne fut que passagère. — Madame d'E. vit encore.
de n'avoir du bon sens que pour regagner ton amitié? Quoi ! je devrais mettre en gage chez un juif les sabots d'or de mon Pégase pour emprunter un peu de bon^sens ! donner de Torpour des gros sous! — Mais assez de non-sens à propos de bon sens. Je voulais seulement me donner l'air de penser réellement à quelque chose en écrivant tout cela.
Ah! c'était le bon temps lorsque Jfîa^c//yf et Almansor paraissaient chez Dûmmler, quand tu admirais, cher Moser, les beaux passages de ces pièces, et, drapé dans ton manteau, déclamais pathétiquement comme le marquis de Posa, tandis que nous... C'était l'hiver alors, et le thermomètre était tombé jusqu'à Auerbach, et Dithmar grelottait malgré ses pantalons de nankin; et pourtant il me semble qu'il faisait alors plus chaud qu'aujourd'hui 2^ avril, que les Hambourgeois courent déjà la ville et les promenades avec des sentiments printaniers et des bouquets de violettes, etc. etc. Oui, il faisait alors beaucoup plus chaud. Si je ne me trompe, Gans n'était point encore baptise; il écrivait de longs discours pour la Société^ et avait pour devisé : Vietrix causa Diis placuit^ sed vicia Catoni,
Je me souviens que le psaume (( Nous étions
assis près des fleuves de Babel )> était alors ton triomphe, et que tu le récitais d'une manière si belle, si splendide, si touchante, que j'en pleurerais encore aujourd'hui, et pas seulement sur le psaume.
Tu avais aussi alors quelques pensées excellentes sur le judaïsme, la bassesse du prosélytisme chrétien, la bassesse des juifs qui, en se faisant baptiser, ne veulent pas seulement se tirer de quelque embarras, mais encore obtenir ou escamoter quelque chose, et autres bonnes idées que tu devrais écrire une fois. Tu es assez indépendant pour ne pas craindre de le faire à cause de Gans, et, pour ce qui est de moi, je t'assure que tu n'as nullement à te gêner.
Solon disait qu'on ne peut estimer personne heureux avant sa mort; on peut dire aussi que personne, avant sa mort, ne peut être nommé un honnête homme. — Je suis charmé que Friedlânder l'aîné et Bendavid soient vieux et doivent bientôt mourir ; ceux-là, du moins, nous les tiendrons, et l'on ne pourra pas reprocher à nos temps de n'avoir pas un seul juste à exhiber.
Pardonne ma mauvaise humeur, c'est surtout.de moi-même que je suis mécontent. Je me lève souvent la nuit et me mets devant mon miroir, et je me
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dis des injures. Peut-être que je prends maintenant rame démon ami pour un semblable miroir; mais il me paraît qu'il n*est plus aussi clair qu'autrefois.
Ne sois pas grondeur parce que je le suis. Je veux te donner raison en tout. Dis que je suis injuste, je dirai que tu es juste. Oui, ce qui est encore pire qu'injuste, je suis même subjectif. Et, avec cette subjectivité injuste, je peste contre le beau temps, contre Gans. — Maintenant, si je donne au mois d'avril son surnom ordinaire *, tu ne m'en voudras pourtant pas. Mais, ô inconstant avril, le plus inconséquent de tous les mois, pardonne-moi si je te fais tort en accolant ton nom à celui de Gans. Tu ne méritais pas cela (je parle du mois); car tu es un mois viril, conséquent, un mois comme il faut, etc., etc.
Salue notre extraordinaire ami, et di^lui que je l'aime. Et ceci est le plus profond sérieux de mon âme. Gans est toujours pour moi une figure que j'aime, bien que ée ne soit pas une figure de saint, et beaucoup moins encore une vénérable figure de
I.' tfi 1)0191 4q Ganrmonat (le mois de Gans), Gant veut dire oie.
thaumaturge. Je pense souvent à lui parce que je ne veux pas penser à moi. Ainsi je me disais cette nuit : « Quelle figure ferait Gans en paraissant devant Moïse, si celui-ci tout à coujS revenait sur la terre? » Et Moïse est pourtant le plus grand juriste qui ait jamais été, car sa législation dure encore aujourd'hui.
J'ai rêvé aussi que Gans et Mardochée Noah * se rencontraient à Strahlau, et que Gans, ô prodige î était muet comme un poisson. Zunz, avec son sourire sarcastique, était là, et disait à sa femme : € Vois-tu, petite souris? » Je crois que Lehmann prononça d'une voix retentissante un long discours, farci des mots de lumières^ changement des conditions sociales^ progrés de V esprit humain^ un long discours auquel je ne m'endormis pas, car, au contraire, je m'éveillai. Et, ne dormant, plus je fis, comme jç l'ai dit, la remarque sagace que tu avais plus de sagacité que moi : — quod erat demonstrandum.
1. Voir la note de \^ lettre à^Mosee Moser, sans (}ate (commencement de novembre 1825), page 248.
A VARNHAGEN
Hambourg, le 14 mai 1826.
Et maintenant, après avoir si longtemps retardé, il faut que je vous écrive tout à coup, et très en hâté. Pourtant ceci n'est aucunement une lettre, c*est simplement la demande de remettre en mon nom le volume ci-joint à notre chère, bonne, noble Frédérique \ et de lui dire à cette occasion beaucoup de belles choses. La lettre proprement dite que j*ai à vous écrire suivra bientôt, et je vous y raconterai au long comment je me trouve, quelle est ma vie actuelle, ce que j'écris et ce que je n'écris pas. Aujourd'hui, deux mots seulement : ma santé s'améliore toujours, et l'air d'ici me convient tout particulièrement. Ma situation extérieure est la même ; je n'ai pas encore réussi à faire mon nid quelque part, et ce talent que les insectes et quelques doctores juris de Hambourg possèdent à un
1. \\ s'agit de Frédérique Yarnhagen (Rafiel), et non pas de Frédi'rique Robert, sa belle-sœur.
haut degré, me manque absolument. C'est pourquoi j'ai dû renoncer à mon plan de me faire avocat ici. Ne croyez pourtant pas que je parte si vite de Hambourg; je m'y trouve exceptionnellement bien ; c'est ici la terre classique de mon amour, tout m'y apparaît comme dans un enchantement, une longue vie endormie se réveille dans mon sein, le printemps refleurit dans mon cœur; et, si mes maux de tête invétérés me quittent entièrement, vous pourrez enéore attendre de moi beaucoup de bons ouvrages. — Si mes circonstances extérieures sont pénibles, la gloire me protège pourtant contre toute attaque. Malheureusement, et je me Tavoue à moi-même, cette gloire ne gagnera que peu de chose à la publication du premier volume des Reisebilder. Mais comment faire? Il fallait absolument publier quelque chose, et j^ me dis alors que, si ce livre ne pouvait exciter un intérêt universel, et n'était point une œuvre considérable, il ne renfermait en tout cas rien qu'on pût dire mauvais. Ensuite, le Voyage du Hartz^ tel que l'a publié le Gesellschafter^ me déplaisait si fort, que j'avais hâte de le refondre, et de le faire paraître sous une forme plus séante. Je l'ai complètement retravaillé. — Donnez-moi, je
VOUS prie, l'adresse dçs Robert à Paris, afiQ que je les sollicite avec instance de faire quelque chose pour mon livre. J'ai perdu, tantôt par ma faute, tantôt innocemment, quantité d'amis secourabIes« et j'ai gagné en échange énormément d'ennemis. £t, d'ailleurs, je l'ai dit, je n'ai point relativement à ce livre une bonne conscience, et pourtant j'ai plus besoin de gloire qu'autrefois. La semaine prochaine,' quand le livre sera publié ici (je vous prie de ne laisser voir à personne, avant ce moment-là, le volume ci-joint), je vous en enverrai quelques exemplaires, afin que vous en disposiez pour le mieux, dans l'intérêt de l'ouvrage, comme vous l'avez fait des Tragédies. Je ne suis pas sans inquiétude pour celui-ci, non pas tant à cause du misérable état de notre littérature où l'on est si fatalement débordé dans le jugement public par des productions insignifiantes, que par suite de la résolution que j'ai prise de parler sans ménagements de toutes ces misères dans le second volume des Reisebilder^et d'agiter mon fouet de façon à me brouiller pour toujours avec les chefs de file de la publicité. Une exécution de ce genre est nécessaire; peu d'hommes ont le courage de Coût dire; je n'ai plus rien à ris-
COURtttPONOAXUlS INifcllITE tST
quer, et vous verrez merveille». Les Annalê$ dé Vienne^ à ce point de vue^ m'ont rendu service.
C'est avec un plaisir infini, monsieur de Varnhagen, que j'ai vu, dans le Geselhchafier, combien vous appréciez leflardenio dlmmermann, et je souscris volontiers à votre jugement qu'Immermann dépasse de loin tous ses émules draniatiques. Cette pièce est maintenant ma lecture favorite. C'est pour moi comme si je l!avais faite moi-même.
Je voulais vous adresser seulement deux lignes; mais il est écrit que, madame de Varnhagen et moi, nous ne pourrons jamais écrire de petites lettres; -— cette chère amie saura ainsi pourquoi je ne lui écris pas du. tout. — Je songeais d'abord à faire imprimer, en tête du volume des RêisebiUer^ une lettre de dédicace à son adresse; mais cette lettre se trouva trop chaleureuse et trop longue, une seconde trop courte et trop froide, et ce n'est qu'après un triple remaniement que paraît enfin le présent chef-d'œuvre d'éloquence dédicatoire. Cijointes les feaiiies non-réussies et réprouvées.
Une autre et bien plus grande inquiétude était la pensée angoissante que le livre était, au fond, trop mauvais pour être dédié à la«plus spirituelle des
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femmes. — Mais je me rassure en pensant que madame de Varnhagen, quoique je puisse écrire, bon ou mauvais, ne se méprendra pas sur moi. Quant à vous, Varnhagen, c'est un peu différent. Pour vous, il ne suffit pas que je montre combien j'ai de tons sur ma lyre; vous voulez encore que tous ces tons s'harmonisent en un grand concert, — et ce sera le Faust que j'écris pour vous. Car qui aurait de plus grands droits sur mes productions poétiques que celui qui a réglé toutes mes opérations et toutes mes inspirations de poëte, et les a dirigées pour le mieux! — Parfois, dans ces derniers temps, e me suis brouillé avec vous, surtout il y a six mois ; vous ne .vous- en êtes pas aperçu, parce que je ne vous^ai pas écrit. Mais le dernier nuage s'est dissipé pour toujours dans mon âme en apprenant, il y a trois semaines, par la mère de mademoiselle Bauer, Tactrice, que vous avez été si malade cet hiver. C'est dans ces occasions que nous sentons combien les gens nous sont réellement chers. Et, chaque fois que j'étais brouillé avec vous, je l'étais aussi avec moi-même. Lichtenberg dit avec beaucoup de justesse que nous pouvons non-seulement nous aimer, mais encore nous haïr nous-mêmes
dans les autres. C'est ainsi que je me suis brouillé dernièrement avec notre ami Gans. Si vous le voyez, racontez-le-lui, et saluez-le pour moi très-amicalement.^ Je Taime beaucoup, et je pensais à lui lorsque j'écrivis, dans les Reisebilder^ le commencement goettinguien du Voyage du Hartz, — Saluez aussi Chamisso. Quand il est passé à Gœttingue, nous n'avons pu nous rencontrer, par suite sans doute du même schlemihlisme S commun à tous deux; j'appris
i. Allusion au héros da conte auquel Giiamisso a dû surtout sa gloire littéraire* et qui a été publié en français par Ghana isso lui-même (Paris, 1822). Il était, en effet, d'origine française, étant né en Champagne, au château de Boncôurt, quelques années avant la Révolution. L'émigration Tamena très-jeune en Prusse, où il entra dans Tarmée. Il fut un des membres de celte pléiade de poêles^ VÈtoile du Nord, branche distincte du romantisme allemand, pendant les années de. l'Empire (les deux autres sont l'école rhénane,'^ Brentano, Arnim, Bettina, — et l'école souahe, — Uhland, etc.), et dont Yarnliagen et la Motte-Fouqué, tous deux amis intimes de Cbamisso, sont restés avec lui les membres les plus connus. Les poésies de sa jeunesse sont oubliées; celles de son âge mûr ont conservé leur popularité. Pierre Schlemihl, l'histoire de ce malheureux qui a abandonné son ombre au diable et auquel l'absence de cet appendice fait fermer toutes les portes, est écrite avec un humour naturel et simple. — Ghamisso fut^en 1810 et 1811, un dés familiers du salon de madame de Staël, dont il a laissé dans ses lettres une vivante peinture. Plus tard, il se livra à l'étude de la botanique, et fit partie d'une expédition scientifique autour du monde, préparée par le gouvernement russe. Il e8t 9iort à Berlin, en J 830, laissant un nom pur et respecté.
t^Ù OEUVRES DE HENRI HEINE
seulement à son hôtel qu'il était parti pour Glausthal dans une voiture à un cheval. Et pourtant, il y est arrivé à pied! — Je vis ici en très-âgréables relalions avec votre famille, qui se trouve très-bien. Innocent comme je suis, je crois même que je suis fort loin de déplaire à votre sœur. — Je vois peu de monde ici. Mon oncle, Zimmermann, le syndic Sieveking, quelques écrivains obscurs, deux où trois banquiers, voilà tout. J'ai dû renoncer complète- • ment à voir ma sœur, parce que j'avais trop peu de goût pour son mari". L'été dernier, j'ai été à Norderney. Une autre fois, je vous raconterai comment, après avoir fait la connaissance de la princesse de Soims-Lych, j'ai été rappelé à votre souvenir d'une façon 4out à fait remarquable *. Mais la poste part, et je suis votre absolument dévoué.
4. Varnliagen, au troisième volume des TagehuclieSi a rapporté les détails de la .visite qiji'il fit à la princesse de Solcris, en 1845 - (il ne l'avait pas vue depuis trente ans). • Elle me raconta, dit-iï, qu'elle avait fait, bi«n des années auparavant, la connaissance de Heine, à Norderney. A un mot dit par lui, elle s'écria : Mais c'est tout comme Varnhagen! Heine « étonné, lui dit: « Vous le connaissez donc? C'est mon meilieu,r ami. » — Dès lors, les relations étaient devenues plus cordiales entre eux. — Elle tenait Heiue pour bon et sincère; un esprit de cette trempe ne peut vouloir que le^bien. • Quant à ses défauts, • nj ou tait-elle, je neveux pas les défendre; mais chacun a les ' siens. » - ,s .'
COmiESPOXDANGE INÉDITE 29 1
AU DOCTEUR L. ZUNZ
Hambourg^ dans la sainte lune de mai 1826.
Au docteur Zunz^ juge désigné sur Israël^ vice- président de la Société ^our l'avancement de la culture et de la science parmi les juifs, président de VInstiiut scientifique^ rédacteur de la Revue scientifique du Judaïsme, membre de la Commission agricole^ bibliothécaire. .*.
C*est à ce dernier titre que je m'en tiens, en vous envoyant ci-joint, pour la bibliothèque delà Société^ un exemplaire de mon dernier livre, avec la prière, si cette bibliothèque était déjà transportée à Ararat \ de bieiT vouloir offrir l'exemplaire susdit à madame la doctoresse Zunz, pour l'usage de sa cui* sine.
La plus grande partie de ce livre constitue des sources^ et, par conséquent, est indispensable pour l'histoire de nos Juifs. Pour .moi, je suis, avec toute affection, votre ami.
I. Voir la lettre à Moser (ju comnieucoment de novembre 1 825, page 844. '
292 OEUVRES DE HENRI IhElNE
P.-5. — Dans le volume suivant des Reisebilder^ paraîtra le Rabbin^ très-circoncis, il est vrai ; pourtant il y aura, dans cette seconde partie, bien des curiosa,
A CH. SIMROCK
Hambourg, le 26 mai 1826.
Cher Simrock,
Fais-moi grâce de toute excuse pour une réponse si tardive à ta chère lettre. Je te remercie de la mélodie charmante que tu m*as envoyée, et de ton intérêt pour moi. Je t'aurais écrit plus tôt, si je n'avais voulu t'envoyer en même temps quelque chose d'imprimé; il y a eu des retard j jusqu'à aujourd'hui, et tu reçois ci-joint mon dernier livre, sortant tout frais de la presse. Son contenu te montrera tout de suite qu'il n'a pas été calculé en vue de la curiosité, et que ce n'est pas l'intérêt du moment que je voudrais seul exciter. Aussi en ai-je banni toute polémique, bien que j'aie une terrible démangeaison de dire ma manière de voir, surtout en littérature. Je pense faire, en prose, dans les volumes suivants des Reisebildei\ ce que vous cherchez à ob-
tenir avec vos Xénies en hexamètres. Mais je suis une espèce d*original, vivant à part, et c'est tout à fait seul que je dois tenter Tentreprise. Garde-moi seulement ton amitié, et ton aide au besoin. II me serait tout particulièrement agréable que tu voulusses dire au public quelque chose du premier volume des Beisehilder; car je te crois capable d'avoir sur moi un jugement sérieux, et mieux que d'autres tu comprends ma manière. En dépit de tes protestations, je ne puis m'empêcher de penser que tu me ressembles, même dans le mal ; et il faut, tout en riaiit, que je te rende attentif à ceci, c'est que, si tu me jugeais avec trop de dureté, tu te condamnerais toi-même.
Tu ne te méprendras pas, cher Simrock, et tu le ferais moins encore si tu pouvais voir dans ce moment combien je ris de bon cœur. Si je me soumets à ton jugement, j'attends qu'il soit sévère...
Je' ne sais quelle association d'idées m'amène dans ce moment à Rousseau. Voilà bien longtemps que je ne sais rien de lui, je n'ai aucun désir non plus de lui écrire, et tu pourrais me dire peut-être s'il est encore de ce monde. Oh! dis-moi, vit-on encore au bord du Rhin?
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Dans mon prochain volume des Reisehilder^ tu verras couler le Rhin. Tu seras content, j'espère, de ce que j'aie refondu le Voyctpe du Hartz^ et que je le fasse reparaître sous une forme plus décente. Il avait, dans le Gesellschafter^ un si lamentable aspect, que j'ai considéré comme une question d'honneur de le présenter au public dans un meilleur appareil. Ce bon public prendrait-il goût aux Tableaux deia mer du Nord'^. C'est très-douteux, Le balancement inaccoutumé du rhythme est déjà capable de donner le mal de mer à nos lecteurs ordinaires, hal^ituës à Peau sucrée. Ce rhythme ne sort pourtant pas de la vieille ornière de l'honnête grand'route. Tu peux à peine te figurer, cher Simrock, combien j'airp'e la mer ; je compte la revoir bientôt, et il pourra se passer quelque temps encore avant que je retourne à Berlin. Mais pas trop longtemps. Tes lettres m' arriveront toujours sous l'adresse d'Hotfmann et Campe. '
Quant à ma santé, cela ne va pas encore bien brillamment, mieux pourtant qu'autrefois. Adieu; reste mon ami, et raconte-moi ce que tu fais
Salue tous les amis.
COaRFSPONDAXinE lîî^DïTE 895