La ijcUe Hunovrienne, qui elaif. de Celle
CORRESPONDAXCE INÉDITE 311 .
abattu comme auparavant. Mais ce fut pourtant une étoile ! Je te remercie de l'Homère que tu m'as envoyé; je le lis en errant seul sur le rivage, et alors toute sorte de pensées me viennent. En général, je vais souvent me promener sur la grève, la nuit surtout, au clair de lune. Je vis très-isolé, et ne fais plus, comme l'an dernier, la cour aux belles dames. Je crois que cette tristesse est une fatale réaction ; elle passera.
Je resterai encore ici de dix à quinze jours, et j'irai ensuite en Hollande. J'attends d'ici là un subside de douze louis, car une mortalité maudite à sévi parmi mes pistoles. Mais, de par tous les dieux, ne me fais pas de reproche pour le jeu; ce n'est pas là ce q^ui m'a mis dans l'embarras, c'est la bonhomie que j'ai eue de prêter de l'argent à un compatriote. D'ailleurs, je ne joue plus depuis avanthier, parce que j'étais dépité de perdre, t^ijours ; aussi j'ai donné à quelqu'un ma parole d'honneur de ne plus jouer.
Ce que tu m'apprends de mademoiselle M!., m'a surpris, bien que je m'attendisse à de pareilles extravagances de cette petite centauresse. Ton réerf de la.bclle personne qui s'informe de moi m'intrigue
beaucoup. N'est-ce pas une de tes mystifications? — Un prince russe, K. *, qui a été partout en ambassade, me raconte une foule de choses intéressantes. « Nous sommes inséparables. » II éveille en moi le goût du high life. J'apprends à nager. — Mon frère m'écrit qu'on lit et critique toujours à Berlin les Reisebilder; somme toute, je suis mis en croix. Tu commences à lire Kleist : cela me fait plaisir. Il possède à un haut degré ce qui te plait en moi. II est tout à fait romantique, ne veut donner que du romantique, mais il le présente dans. des figures uniquement plastiques.
Lnneboiirg, le 6 octobre 1826.
Cher ami,
Voilà Ipngtemps que je ne t*ai écrit; mais j'ai d'autant plus souvent pensé à toi. La fièvre maligne m'a fait peur, et j'ai renoncé au voyage de Frise et de Hollande. J'irai directement une fois de Hambourg à Amsterdam, par le paquebot à vapeur.
i. Le prince Koslowski.
Pourtant, je veux décrire' mon dernier voyage. Au fond, peu importe l'objet que je décris; partout est le monde du bon Dieu, et tout est digne d'observation ; et ce que je ne vois pas dans les choses, je le leur donne.
Malheureusement, je suis toujours tourmenté par mes maux de tête, quoique les bains m'aient fait étonnamment de bien. — J'ai déjà écrit ici huit grandes Poésies de la mer^ des plus originales possibles, ne valant peut-être pas grand'chose, mais pourtant remarquables, et qui, j'en réponds, seront remarquées. Pour peu que ma santé s'améliore, la seconde partie des Reisehilder sera le livre le plus^étrange et le plus intéressant qui ait paru de nos jours. Je ne me presse pas du tout. Lunebourg n'a pas été bâtie en un jour, et Lunebourg n'est pas Rome. Je suis mal portant et plein de poésie.
Un voyageur qui vient de parcourir toute l'Allemagne, a partout entendu parler des Reisebilder. Mon Dieu! le second volume sera infiniment meilleur, à coup sûr. Sur quel misérable papier est imprimée la Guerre des Cévennes de Tieck ! Campe *
i. L'éditeur hambourgeois de Heine, depuis 1886 jusqu'à sa mort.
Mi ŒUVRES DE liENRl IlElNE
a le plus charmaAt style épistolaire du monde. Il pourrait vraiment écrire lui-même ses Reisebilder : qu'on se garde de le lui dire; autrement, il se passerait de moi. — Sais-tu si le courtier mulâtre * a colporté encore beaucoup de mensonges sur moi ? Je voudrais bien savoir avec certitude devant qui il a fait la menace de me donner des coups de bâton. . C'est très-important pour moi ; pour la suite peuses-y, — N. B. Je souligne rarement.
Et maintenant, adieu; aime-moi toujours et sois convaincu que mon cœur use de représailles envers toi.
A M. MOSBR I
Lunebourg, le i4 octobre i826. I
Cher Moser, mon bon Moser f
Un profond découragement m'a empêché de terminer une lettre pour toi à Norderney. A quoi bon l'écrire de> jérémiades? Aujourd'hui, bien des choses ont disparu, et je puis te dire avec certitude que