‹ Correspondance inédite de Henri Heine: avec une préface et des notesChapitre 6 sur 49 · La reioe Caroline · texte numérisé non relu

La reioe Caroline

GORHESPONDANGE INEDITE 43

trop le recoiïîmander à de jeunes poètes. Le Gœthe persan, le splendide Saadi le dit si bien :

Sois rigide à toi-même t retranche les pampres luxuriants. Et tu verras, un jour, le raisin plus joyeusement mûrir.

Mais la sévérité réfléchie en soi-même est tout autre chose que l'auto-da-fé poétique d'un écervelé probablement ivre. Et pourtant, je connais trop bienle cœur du poëte pour ne pas savoir qu'il se coupera plutôt le nez que de brûler ses poésies. Brûler ses vers n*est qu'une expression reçue pour dire les mettre de côté. Il n'y a qu'une Médée qui puisse égorger ses enfants...

Comment t'a plu le morceau du poëte sur les Nibelungen? Je l'ai reçu l'autre jour imprimé, et ne puis assez m'en délecter. Je l'ai lu vingt fois au moins à haute voix, et j'en ai développé les beautés avec l'air imposant d'un critique... Je parle trèssouvent de toi avec ton ami **% dont j'ai eu un trèsgrand plaisir à faire la connaissance. C'est un jeune homme cordialement bon. 11 est vrai, dans ses vers, les vieux dieux païens jouent encore le principal rôle, et la belle Daphnis est son héroïne; mais

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pourtant ses poésies ont quelque chose de clair, de pur^ de précis, de serein. Il a lu son Gœtbe avec un visible profit, et sait assez bien ce qui est beau.

Raconte-n>oi donc franchement quds étudiants, à Bonn, sont devenus catholiques ^ Maintenant, il faut enfin que je morde dans une pomme aigre, et te dise où j*en suis avec mes poésies. Tu me fais tort en croyant que le retard de la publication est de ma faute. Broclhaus me les a renvoyées avec la réponse la plus élégante et la plus polie du monde, c'est-à-dire que, dans ce moment, sa librairie est surchargée d'ouvrages en voie de publication. Je vais voir à les loger quelque part ailleurs. Il en est advenu de même au grand Gœthe avec son premier écrit. Demande donc au poète s'il sait quelque expédient. Quant à ma tragédie, malgré ses déftiuts. je la ferai imprimer. Adieu.

P.'S, — Je partirai probablement après-demain. Non pas pour Berlin. Je veux faire un voyage à pied dans le Hartz. Toi et le poète ne m'écrivez donc pas

i. Les frères Gossler, donl Tun est aujourd'hui religieux fran- «•etin à Paderborn.

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av«^ d^avoir reçu de mes lettres, c'e^-à-dire dans (pntre semaines.

A FRÉDÉRIC RASSHANX

Vous recevrez ci-joint, monsieur, une petite contribution poétique pour VAlmanack des Muses rkéne^ westphalien.

Les quelques mots que j'ai écrits sur ÏAbnaniÊek dw[ïs\eGesellsckafter, vous auront montré, monsieur, eombien cette œuvre excellente me tient au cœur. Je vous l'aurais prouvé en vous faisant aujourd'hui un envoi important, si tous mes meilleurs moroeaux ne se trouvaient précisément dans un recueil à part qui est sous presse, et paraîtra le mois prochain, à la librairie Maurer, sous ce titre : Poésies de H. Heine. Je craignais même que VAlmanack ne parût encore une fois tardivement, et c'est pourquoi je n'ai pas cru à propos d'envoyer quelque chose d'emprunté à ce recueil.

Il y a quatre mois, mon ami Rousseau m'écrivait que vous lui aviez demandé sur moi quelques notes iiiographiques pour la Galerie des poètes. Je lui dé-

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fendis très-expressément de les fournir, par ce simple motif que je ne suis point digne encore d'être nommé comme poète, qu'il me reste à montrer par des œuvres que la poésie est chose tout particulièrement sérieuse pour moi ; je doute, d'ailleurs, que Rousseau connaisse mes circonstances extérieures. Si donc la notice sur moi n'est pas imprimée, je vous prie, monsieur, de la supprimer. Autrement, j'ose vous en demander la copie. Rousseau m'a écrit, depuis lors, que mon interdiction était arrivée trop tard.

Si vous désirez, monsieur, ajouter quelques détails sur ma personne à la liste des auteurs de votre recueil, je vous prie de faire simplement usage de la note suivante : *

« H. Heine, âgé de vingt-quatre ans, né à Dusseldorf, où il a fait, au Gymnase, son éducation scolaire, a étudié la jurisprudence à Gœttingue, à Bonn et à Berlin, où il vit aujourd'hui *. »

i. L'Almanach en question, pour 1822, contient la note suivante :

t Harri Heine, né' à Dusseldorf, en 1797, a étudié le droit à Bonn, à Gœttingae et à Berlin, où il vit maintenant. Un recueil de ses poésies, dont le GeselUehafter contient plusieurs fragments, paraîtra très-prochainement chez Maurer. >

Quant à la fausse date de 1797, donnée par Heine comme

Quant à mes productions littéraires, il est difficile d'en dire quelque chose.

Je me recommande cordialement à votre bienveillance, et je suis, monsieur, avec une considération distinguée, votre très-dévoué.

Behrenstrasse, 71, 3* étage.

Berlin, le 20 octobre 4821. '

A CHARLES IMMERMANN <

Berlin, le 24 décembre 1822.

Il y a longtemps que vous auriez dû recevoir une lettre de moi. Quand je lus les affectueuses et clé-

Tannée de sa naissance, il s'en est expliqué dans une lettre écrite le 3 novembre 1851 à M. Saint-René Taillandier, et que Ton trouvera dans la suite de ce recueil. Heine disait volontiers qu'étant venu au monde le 1^^' janvier 1800, il avait le droit d*ôtre appelé Tun des premiers hommes du xix* Siècle. Le fait est qu'il était plutôt l'un desjderniers venus du xviiis étant né le 12 ou le 13 décembre 1799. Cette date est la seule exacte.

1. Né en 1796, mort en 1840. — Voir, sur le génie brillant mais incomplet d'Immermann, ^'introduction de Drames et Faniaitiet de H. Heine. Voir aussi un curieux volume de biographie littéraire : la Comtesse Ahlefeldt, par mademoiselle Ludmilla Assing.

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m^dtes paroles, que vous avez pubiiées^l' été d^r&ier, dans l'Indicateur sur mes poésies, je résolos de vous écrire. Peu après, le docteur Schulz, qui est de iieire connaissance à tous deux, m'envoya vos tragédie; et-, plutôt que de vous adresser d'étogieuses el vidis paroles, je voulus tout d'abord vous rendre le bon office que j'avais reçu de vous, et, dans le temple de la littérature, dans Berlin, la capitale de la critique, servir de parrain à l'enfant de votre esprit, lui donner le vrai nom qu'il mérite, et le recommander surtout au patronage et à la sollicitude des femmes. Bientôt après, — mais le mot temple n'est pas juste ; il faudrait dire : douane, bourse, entrepôt, filature, salle de bal, et Dieu sait quoi encore, maïs je n'aime pas à raturer, — bientôt après, j^entreprîs un grand voyage *, et, bien cftie j'eusse pris avec moi vos Tragédies et votre Fenêtre d'un ermite^ bien que mon esprit ait été occupé de vous pendant toute la roule, ei soit entré ainsi dans votre intimité, pourtant je n'écrivis pas. De retour à Beriîn, je voulais le faire immédiatement, vous raconter majoîe d'avoir retrouvé, partout où j'avais répandu la semence de

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