‹ Correspondance inédite de Henri Heine: avec une préface et des notesChapitre 7 sur 49 · En Pologne, ou dans la Prusse polonaise · texte numérisé non relu

En Pologne, ou dans la Prusse polonaise

y caiiEES»e:«i>ANGE inédite 49

votre gloire, de lourds épis ondoyant par milliers devant moi ; mais la maladie et le découragement m'en ont empêciié. Il y a six scHnaines, mon meftleur ami, le référendaire Chrêtian Setlie ^, est parti pour MoBster. où peut-être les détours du voyage ne lui ont permis d'arriver que maintenant, et je voûtais qu-ii vous portât une lettre. Mais je n'ai pas son «iresse, et je ne veux pas tarder plus kVngtemps à vous écrire, surtout depuis que j'ai appris intt, par hasard, que vous viendriez bientôt à Berlin. A vrai dire, jen'y crois pas enc(»^, puisque janai&riflfli n'arrive de ce que je désire le phuk Pourtant îe ne m'explique pas comment ce qui devrait prëciséaKot me faire prolonger moa silence n>*exeite k plus à vous écrire tout de suite. C'est pevl-êtee la crainte, à v<)4re arrivée ici, de n'oser vous regarder en face après avoir tardé si l<mgtemps à vous assurer de ma très-haute estime et de ma pfa» cordiale afifectioa. Oui, c'est débouche que je voudrais mus dire tout cela, et, si vous ne venez pas ici, c'est moi-même qui irai à vous le printemps prochain, à

i. C'est à lui que Heine a adressé, dan» sa jeanesse, use série 4e sonneto (Frako-Soneite) qui terminent la première partie du Livre des chants, (Voir Poèmes et Légendes),

Munster. Si cette lettre vous y trouve encore et que mon ami Sethe y soit, je voudrais que vous fissiez sa connaissance; vous lui êtes déjà connu, et il pourra vous dire que je suis homme à faire un long voyage pour une chose que d'autres appelleraient un pur caprice.

yosPoésiesne m'ontpas satisfait, parce que j*avais lu auparavant vos tragédies. Une autre fois, j'en dirai davantage sur ce point, où je semble plus dur que je ne le suis réellement. Il en est arrivé de même à bien d'autres, et je vous le dis à cœur ouvert, parce que je vous tiens pour un homme à qui Ton peut dire sa pensée sans phrase. Mais comment pourrais-je écrire sur ce petit carré de papier toute la louange grand in-folio de vos tragédies î Je dois me réserver cette tâche enviable pour un temps meilleur : aujourd'hui, je suis trop malade et abattu. Recevez préalablement l'assurance sacrée que je vous envisage, avecOehlenschlâger*, comme le meilleur poëte dramatique vivant (Goethe est mort) ^. Je n'oublierai

1. Mort en 1850. M. X. Marinier a traduit en français son drame, la Mort du Corrége.

2. On comprend comment il était mort pour Heine. Il vécut encore près de dix ans.

CORRESPONDANCE INÉDITE ,2t

jamais le beau jour où je reçus et lus vos tragédies, et, à demi-fou de joie, ne parlais d'autre chose à tous mes amis. La tiède annonce de Varnhagen d'Ense, dans le Gesellschafter, m'a déplu ; je m'attendais à mieux. — J'ai à vous transmettre un bonjour de Tune de vos admiratrices, madame de Hohenhausen *, à qui j'ai offert, « en votre nom », un exemplaire des tragédies. J'espère que vous ne blâmerez pas cet acte de mon autorité privée ; la bonne dame a tenu loyalement sa parole de travailler à faire connaître vos tragédies, bien que ce qu'elle a écrit ià-dessus dans plusieurs journaux, et surtout dans la Feuille de la Conversation de Leipzig, soit loyalement plat... Ma lettre serait trop longue si je voulais vous raconter en détail combien vos tragédies plaisent ici, comme elles sont louées, critiquées, et censurées — par les poëtereaux. Ces derniers sont les ennemis naturels des bons poètes, et cette engeance ne manquera pas de mordre à votre beau laurier. Vous avez eu jusqu'ici ce bonheur rare que votre personne, dans l'obscur Munster, est restée ca-

1. La belle baronne de Hohenbausen, connue par des tradiicti<»s de Byron en allemand. ^ Le suicide de son fils unique, âgé de dix ans, a fait beaucoup de bruit en Allemagne.

chée à la piapart des hommes. Mais où qii« sok ie Trai poète, U est haï et attaïqué; les hommes d'argent œittî pardoaDeni pas de voutoir être quelque cbose de plus qu'eux, et le pJus haut sommet ou il puisse atteindre n'esi, atprès tout, que celui du martyre. Le jugement pleûa de hautes pensées qi£B tous avez porté dans flndioÊimr^ sur mes poésies, m'a parofond^eul ému ; vous avez été^ je l'aTOue, le s^ jttsqpild q^i ait pressftsti la cause de mes sombf«es trislesi^es. l'espère hientôt être compiétemeait ooniftu de TOUS : peutnêtre suis-je parreau à exposer éua mon prochain recueil de poésies^ la def qui Toas ouvrira mou âme malade. Je ferai h«entôt in^oimer ce petit voluki^, et ce sera l'une de mes ptas grandes joies lorsque je pourrai tious le soumettue. Ce livre eontieadra mes petites poésies •malideitses' s^itia^entales, un drame romantique plein des images du Midi, et uiie très^ourte et sombre tragédie septentrionale \ Parce que nous appartenons tous deux k la Westpi^lie (ear on Ymx» a pris jusqu'ici pour UR Westphalien), des sots pensent que je devrais rivaliser avec vous : ils ne savent pas qu'un

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