Le baron de Sorsum, secrétaire du cabinet du roi
2. Le chevalier Siméon, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire près S. M. le roi de Saxe, à Dresde.
pas, vraisemblablement , traité aussi avantageusement qu’elle il vaudrait mieux rejeter toute la chose, d’autant que ces 4,000 bestiaux seront pris sur le nécessaire et non sur le superflu. Tu me feras connaître là-dessus ce que tu jugeras à propos de faire.
Catherine au roi Jérôme.
Napoleonshôhe, 23 juillet 1812.
Je t’envoie, mon bien bon, les deux décrets concernant l’autorisation pour l’intendant général de négocier pour 600,000 francs de traites et biens sur le Trésor, payables en septembre et octobre, et ce qui concerne pour lui l’article 3 du décret du 28 juin dernier.
Je n’ai pu me dispenser de les signer : primo, parce qu’ils ne doivent pas être insérés au bulletin des lois et parce que M. Siméon m’a représenté que les affaires en souffriraient s’il fallait maintenant attendre ta réponse, à la distance où tu es. Ils sont la suite du conseil des ministres, dans lequel on a proposé la question : Savoir, s’il fallait réduire les pensions ou non. Les ministres ne sont en général pas d’avis de le faire, puisqu’il faut en ce moment éviter autant que possible de faire des mécontents. M. Pichon a demandé si les revenus du prince de Hesse 1 doivent être considérés comme apanage ou comme pension ; qu’il lui semblait aussi que, soit que tu l’envisages sous
1. S. A. Monseigneur le grand commandeur prince de Hesse- Philippsthal, grand chambellan du roi, s'était jeté franchement dans le parti de Jérôme, qui lui avait assuré le revenu d’une portion de ses biens considérables en Westphalie.
l'un ou l’autre point de vue, il fallait soumettre à la sagesse si les circonstances permettaient que l’on mécontente dans ce moment un prince de cette maison, qui, sans te rendre des services bien importants, cependant s’est dévoué pour toi. Et dans tous les cas dans laquelle de ces deux catégories on devait ranger ce que tu lui as accordé. Si c’est comme pension, elle se trouverait dans le cas de la réduction comme toutes les autres, si tu trouvais qu’il fût nécessaire de prendre cette mesure.
A S. M. le roi de Wurtemberg .
Napoleonshôhe, 8 août 1812.
Mon très cher père,
J’espère que vous ne douterez jamais de mon attachement et de mon exactitude à vous informer de tout ce qui peut m’arriver d’important; j’ai été surprise cette nuit par l’arrivée du comte d’Oberg, l’un de nos chambellans, que le roi m’a envoyé pour m’annoncer tout à la fois sa maladie et son retour pour le 18 de ce mois.
Depuis dix-sept jours, je n’en avais pas eu de nouvelles directes, parce qu’il cherchait à me cacher les suites qu’ont eues pour lui les temps affreux que nous avons eus et qui se sont fait sentir avec bien plus de violence là-bas. Aussi, j’ai éprouvé, pendant ce silence, de si vives inquiétudes que ma santé en est affectée. Veuillez, mon cher père, me donner de vos nouvelles et de celles de mon frère; il ne m’écrit plus du tout, et ce n’est que par les gazettes que je me rassure sur son existence. Cependant, qu’y a-t-il de plus précieux que la vie et la santé des nôtres ?
CATHERINE DE WESTPIIALIE
Conservez-moi vos bontés, mon cher père, elles me sont plus nécessaires que jamais, après les violentes inquiétudes que je viens d’éprouver, et croyez au tendre et respectueux attachement que je vous ai voué.
A S. M. le roi de Wurtemberg .
Napoleonshôlie, 22 août 1812.
Mon très cher père,
J’ai reçu la dernière lettre que vous avez daigné m’écrire la veille de mon départ, c’est pourquoi je me suis vue obligée de remettre à aujourd’hui le plaisir de vous répondre. Le roi a voulu faire une petite course sur une de nos montagnes, le Meissner, qui a duré deux jours. J’ai éprouvé beaucoup de plaisir à voir cette belle contrée, elle est réellement superbe, et on est bien dédommagé de la peine de monter par le coup d’œil dont on jouit au haut de cette montagne; nous n’en sommes revenus qu’hier au soir.
Je n’aurais pas débuté par vous parler de notre course si je n’étais maintenant plus tranquille sur le compte de mon frère; je désire, cependant, plus que jamais, recevoir directement de ses nouvelles. Je présume que mes lettres précédentes ne lui sont pas parvenues car il ne m’a pas répondu ; c’est pourquoi, mon cher père, je prends le parti de vous envoyer ma lettre, vous priant d’avoir la bonté de la lui faire parvenir.
Je suis bien contente des heureuses couches de Louise, je vais lui en faire mon compliment ainsi, qu’au prince; elle est bien heureuse d’avoir eu un enfant de suite, et pardessus le marché un garçon.
Il n’y a dans ce monde qu’heur et malheur, et il ne reste qu’à se soumettre, lorsque la destinée vous prive de cette félicité.
Le roi me charge, mon cher père, de vous remercier de votre souvenir; je suis bien sensible à tout ce que vous me dites sur son retour; croyez que je sens bien vivement le prix de vos bontés et de l’attachement que vous voulez bien me témoigner. J’y réponds par les sentiments les plus tendres.
A S. M. le roi de Wurtemberg .
Napoleonshôhe, 1er septembre 1812.
Mon très cher père,
Maman m’ayant écrit que vous aviez un petit ressentiment de votre érysipèle, je ne puis me résoudre à entreprendre mon petit voyage sans vous témoigner combien je m’afflige chaque fois que je vous sais une nouvelle rechute, et sans vous avoir instamment prié de me donner vous-même de vos nouvelles, aussitôt que cela vous sera possible. Je voudrais bien savoir aussi si vos médecins ne pourraient pas empêcher votre érysipèle aussi fréquemment; il me semble qu’il doit y avoir des moyens pour cela.
Je pars demain pour une petite course dans nos contrées, je ne serai pas plus de quatre jours absente; ce n’est à bien dire qu’une promenade, ces courses font du bien à la santé du roi, auquel une vie active convient à merveille; il me charge de le rappeler à votre souvenir.
Je vous remercie, mon cher père, de me faire donner par maman des nouvelles rassurantes de mon frère; je
vous prie bien instamment de continuer à me les faire partager, car je n’en reçois pas du tout de directes ; celles de l’armée parlent de nos brillants succès, nous n’avons pas encore de détails sur les affaires du 14 et du 16 ; mais il paraît qu’elles ont été entièrement à notre avantage et que l’empereur est entré à Smolensk. Fasse le ciel que ces événements nous amènent bientôt la paix ; l’humanité souffrante a bien besoin de quelques moments de répit.
A S. M. le roi de Wurtemberg .
Cassel, 27 janvier 1813.
Mon très cher père,
Permettez que je vous félicite sur la naissance d’un second petit-fils h Tout ce qui peut contribuer à votre satisfaction m’est absolument personnel, d’ailleurs je me réjouis aussi de ce que Charlotte s’est heureusement tirée de cette nouvelle couche.
J’accepte avec plaisir le titre de marraine du nouveauné, que vous avez la bonté de me proposer, et je viens de l’écrire à mon frère en le félicitant de l’heureuse délivrance de sa femme. Si sa sœur marche sur ses traces, la maison de Nassau ne doit pas craindre de s’éteindre.
Veuillez, mon cher père, me dire si vous savez quelque chose de la mort du prince d’Oldenbourg, mari de la grande-duchesse. Le bruit court ici qu’il a succombé à une maladie. Sans le connaître, cela me ferait bien de la peine pour ma tante, ma cousine et aussi pour son père,
1. Le prince Auguste de Wurtemberg, né le 24 janvier 1813, mort le 24 janvier 1885.
qui est si respectable. Il semble qu’il y ait dans ce monde une série de malheurs qu'il faille parcourir, cela est bien triste.
Le roi me charge de vous faire tous ses compliments ; puissiez-vous, mon très cher père, trouver quelques douceurs dans la certitude de nos sentiments.
A S. M. le roi de Wurtemberg .
Cassel, 1er février 1813.
Mon très cher père,
Je commence par ce qui me touche le plus,, par vous exprimer toute ma reconnaissance pour la bonté que vous avez eue de me donner de vos nouvelles ; c’est une bien vive satisfaction pour moi d’avoir par là l’assurance que vous rendez justice aux sentiments si tendres que mon cœur vous conserve et dont on ne sent jamais mieux toute l’étendue qu’à la suite de craintes et d’inquiétudes comme celles que je viens d’éprouver. Ce qui me rassure aujourd’hui, mon cher père, est la certitude que l’horreur que cet attentat a causé parmi vos sujets, aussi bien que leur amour, vous préserveront de nouveaux dangers. Je voudrais comme eux pouvoir vous servir de bouclier.
Ce que vous me mandez de la lettre que vous avez reçue ouverte ne m’étonne pas, apparemment qu’on suppose une correspondance digne d’être connue du public ou renfermant peut-être quelques aventures faites pour piquer la curiosité ; le fait est qu’il m’arrive très souvent de recevoir des lettres, même de l’impératrice de France, tout ouvertes et sans qu’on ait pris la moindre précaution pour le dissimuler; la même chose est arrivée au roi, qui
CATHERINE DE WESTPIIALIE
s’en est plaint à l’empereur, qui lui a répondu que ce n’était pas sa faute ; qu’il n’avait point donné d’ordres à cet égard et qu’il fallait s’en plaindre au grand-duc de Francfort, puisque c’était là vraisemblablement qu’on ouvrait les lettres.
Je ne puis., mon cher père, vous offrir de consolations sur les grandes pertes que vous avez essuyées, car c’en est une bien triste à vous offrir que le tableau de celles que nous éprouvons.
Sur 28,000 hommes, il reste au roi à peine 2,000, et sur 1,200 officiers, il lui en reste 300, encore a-t-il eu le malheur de perdre les plus distingués et ceux auxquels il était personnellement attaché . Quant au matériel, il n’en est plus question ; les soldats sont revenus dépouillés ou revêtus d’habits de femme ; de 50 pièces de canon, il n’en est pas revenu une seule. Vous voyez, mon cher père, que nous avons tous à gémir de cette malheureuse catastrophe ; la seule chose qui pourrait effacer de si cruels revers serait la paix; Dieu nous la donne !
Enfin, mon très cher père, j’ai le plaisir de vous offrir aujourd’hui la bourse dont je m’occupe depuis près de deux mois, d’abord j’ai mis six semaines consécutives à terminer ce petit ouvrage, qui est bien plus long qu’il n’en a l’air ; en second lieu, il a fallu attendre les glands de Paris, et l’on n’obtient jamais les choses ici quand on les veut ni comme on les veut; enfin, si elle vous plaît, je me trouverai dédommagée de toutes les petites calamités qu’elle m’a occasionnées.
Recevez, mon cher père, les compliments du roi.
Catherine à Napoléon.
Compiègne, le 17 mars 1813.
Sire,
J’ai chargé le comte de Busch.mon chevalier d’honneur, d’annoncer à Votre Majesté mon arrivée à Compiègne. C’est à Péronne que M. de Canouville m’a annoncé verbalement l’intention de Votre Majesté que je m’y rendisse directement. Je ne parlerai pas de mes vifs regrets de n’avoir pu sur-le-champ exprimer à Votre Majesté les sentiments d’attachement et de dévouement dont le roi et moi ne cesserons d’être pénétrés pour Elle. Les sacrifices de tous genres que mon mari ne cesse de porter en sont une garantie suffisante ; mais j’éprouve un bien vif chagrin de ne pouvoir confier de vive voix à Votre Majesté tout ce que le roi m’avait chargé de lui dire et les motifs qui ont nécessité mon voyage. D’après une de vos lettres, Sire, je dois quitter Cassel au moment où les Russes devaient entrer à Dresde ou à Berlin. Ils sont dans cette dernière ville du 4 de ce mois et ce n’est que le 10 que j’ai pu me déterminer (moins pour ma sûreté personnelle que pour laisser au roi la disposition de toutes ses troupes, dont il eût fallu laisser une partie à Cassel pour ma garde) à la quitter dans un moment aussi pénible. Je ne puis cacher à Votre Majesté que, quoique le royaume soit tranquille, on y a répandu des libelles propres à soulever les esprits dans un moment où ils se croiront appuyés par l’approche des Russes.
J’ai donc cru devoir sacrifier mon désir de vivre et de mourir près du roi, à sa tranquillité personnelle, aux intentions de Votre Majesté qui avait déterminé d’une
CATHERINE DE WESTPIIALIE
manière précise le moment où je devais quitter Cassel. Accablée d’inquiétude pour un être qui m’est aussi cher que le roi, c’est dans les bras de la famille de Votre Majesté Elle-même, que j’honore comme un père, que je suis venue me jeter avec une pleine confiance, espérant y trouver une ample consolation. J'ai tâché de rendre ce voyage en quelque sorte utile au roi en amenant avec moi des personnes des plus illustres familles de la Westphalie et du Hanovre, qui sont autant de garantie de la bonne volonté qui les anime encore. Et maintenant, Sire, il ne me reste plus d’appui, plus de ressource, de consolation contre la chance des événements que l’attachement et la tendresse de la famille du roi, celle que j’ose attendre de Votre Majesté Elle-même, à laquelle je suis tellement dévouée que je l’ai préférée et préférerai toujours dans les moments les plus difficiles à ceux qui me tiennent par les liens du sang ; je la prie donc de considérer que je ne puis attendre de consolation que de la certitude de pouvoir bientôt lui offrir de vive voix les expressions de mon sincère et respectueux attachement.
Catherine à Napoléon.
Meudon, le 29 mars 1813.
Sire,
La bonté avec laquelle Votre Majesté à daigné m’écouter m’enhardit à lui représenter ma position plus en détail ; vous avez eu celle de m’y encourager vous-même, Sire, en me demandant, lorsque je suis arrivée, de quoi je comptais vivre ici. Il m’est aussi impossible de le déterminer que de prévoir les événements. Tout ce que je
puis savoir maintenant est qu’il est impossible au roi de m’envoyer des fonds ; les rentrées ne se font plus, vu le nombre de troupes qui occupent notre territoire. Le peu de ressources pécuniaires qui restent au roi est employé à solder les troupes qu’il a mises à la disposition de Votre Majesté; ni lui ni moi ne voulons faire des dettes ; il ne me reste donc qu’à attendre, Sire, ce que vous voudrez bien faire pour un frère et une sœur qui vous ont prouvé et leur entier dévouement et leur parfaite confiance. Le motif qui vous porte à accorder les apanages de prince français au roi d’Espagne existe pour moi dans toute sa rigueur ; j’ose en ajouter d’autres qui me sont personnels. Votre Majesté n’ignore pas que, loin d’avoir amené une grande suite, je n’ai autour de moi qu’un petit nombre de personnes que j'ai dû prendre avec moi parles raisons que je lui ai expliquées dans ma première lettre. Ma dépense n’est conséquemment pas excessive, cependant le séjour de Meudon (que des vues politiques ont sans doute nécessité) va l’augmenter encore de beaucoup et telle bornée qu’elle soit, je me vois aujourd’hui dans l’impossibilité d’y faire face. J’ose espérer être suffisamment connue de Votre Majesté pour qu’elle doive concevoir combien il en coûte à mon caractère de solliciter des bontés de ce genre ; il ne peut y avoir dans le monde qu’une confiance illimitée;, l’espoir du succès, qui aient pu m’y déterminer.
Si Votre Majesté nous accorde, pendant la durée de mon séjour en France, les apanages de prince français, que le roi considère toujours comme son premier titre, vous justifierez par là, Sire, la pensée consolante de retrouver un père en Votre Majesté et vous mettrez aussi le roi plus à même d’employer les moyens qui lui restent à son service et pour la défense de sa cause.
Cath. de Westph.
CATHERINE DE NVESTPHALIE
A S. M. le roi de Wurtemberg.
Meudon, 3 avril 1813.
Mon très cher père.
J’ai reçu avant-hier la lettre du 26 mars que vous avez bien voulu m’écrire; je commence par cette phrase banale parce qu’il est toujours bon dans ce monde de savoir qu’elles sont arrivées sûrement.
Vous aurez peut-être déjà appris par votre ministre que l'impératrice a prêté son serment pour la régence et que le conseil est nommé; il est composé de MM. Talleyrand, Fouché, Cambacérès, Régnault de Saint-J ean-d’Angély et d’un cinquième dont je ne me rappelle plus le nom, cela présage le prompt départ de l’empereur. Dieu nous le conserve et l’aide dans toutes ses entreprises.
Je fais de temps à autre des petites courses à Paris. Il y a peu de jours j’ai été déjeuner chez le cardinal Fesch; je voudrais, mon père, vous faire une description exacte de la beauté de son palais, parce que je crois que cela vous ferait plaisir, mais il me serait assez difficile de vous en donner une idée exacte. Je crois qu’il vaut mieux vous rappeler quelques voyages d’Italie qui décrivent ces beaux palais de Rome ou de Florence et dont les possesseurs, comme du temps des Médicis,ont protégé et fait fleurir les arts ; l’extérieur du palais du cardinal Fesch est étranglé au coin de deux rues et ressemble à une borne qui termine l’un et l’autre; mais l’intérieur étonne et frappe d’autant plus qu’on ne s’attend à rien de pareil, il a été totalement arrangé par le cardinal ; le grand escalier est éclairé par une coupole, il est pavé en mosaïque et
orné au frontispice de frises antiques qui ont été trouvées dans des temples antiques à Rome. Les meubles des appartements sont écrasés par l’immense quantité de tableaux des meilleurs maîtres de toutes les écoles ; ce muséum peut être comparé aux collections publiques les plus riches et n’a sûrement point d’égal parmi les galeries qui appartiennent à des particuliers ; enfin, mon très cher père, j’ai vivement désiré que vous ayez pu jouir avec moi de la vue de tant de beautés, j’en aurais éprouvé un plus grand plaisir.
J’ai vu dans les journaux, il y a quelques jours, un événement qui m’a d’autant plus frappée que quoiqu’il nous touche de près, je ne puis ici ni en parler, ni en paraître affectée, je veux parler de la mort de ma grand’mère la duchesse de Brunswick ; quoique je ne l’aie jamais connue, il n’en existe pas moins un certain sentiment filial qu’il m’est pénible de ne pouvoir manifester.
Veuillez, mon cher père, me dire ce que vous pensez de l’héritage de ma grand'mère la duchesse de Brunswick, il me semble qu’aucune circonstance ne peut nous priver, mes frères et moi, de ce qui, légitimement, serait revenu à ma mère, ferez-vous en leur nom quelque réclamation? Si cela est, veuillez me le mander.
A S. M. le roi de Wurtemberg .
Meudon, 4 mai 1813.
Mon très cher père,
Lecomte de Wintzingerode m’ayant dit hier que M. de Schwartz allait retourner à Stuttgart, je m’empresse de profiter de cette occasion pour répondre à la dernière lettre
que vous avez bien voulu m’écrire et que M. de Wintzingerode m’a également remise hier.
J’ai lieu d’espérer maintenant que vous pourrez jouir de la belle saison à Louisbourg; il paraît que tout se tranquillise et que le génie de l’empereur nous sauvera encore une fois. Le roi est toujours à Cassel, j’en ai fréquemment des nouvelles ; tout est encore et se maintiendra vraisemblablement tranquille chez lui. La douceur et la fermeté qu’il a apportées jusqu’à présent dans le gouvernement de ses États ont empêché la sédition et la discorde de s’introduire jusque chez lui, et l’on ne saurait assez s’étonner ici qu’au milieu de la pénurie au dedans, de la malveillance au dehors, il ait su cependant préserver son pays de toute espèce de secousses. Dieu veuille, maintenant, éloigner de nous tout à fait le théâtre de la guerre, ce moment de crise aura alors pour le roi l’avantage de lui avoir fait connaître le dévouement et l’attachement de beaucoup de Westphaliens.
On s’est beaucoup occupé ici de l’affaire de la princesse de Galles; mais j’ose le dire, avec un sentiment d’indignation contre ceux qui ont donné une telle publicité à des erreurs soit réelles, soit imaginaires; il en est certainement résulté beaucoup d’écrits de part et d’autre,, entr’autres les mémoires de la princesse Caroline ellemême à sa fille Charlotte. Je les lis dans ce moment avec l’intérêt que vous pouvez me supposer pour d’aussi proches parents ; j’aurais voulu vous envoyer ces brochures, mais je n’ai pas osé, cependant je les adresse à ma tante Louis, qui pourra vous les communiquer si vous le désirez ; je m’étonne qu’on ait osé les publier ; au surplus ils ont été défendus longtemps par le gouvernement qui, venant d’en permettre la publication, a du moins empêché qu’on y mît les noms propres. Cependant
quelques personnes prétendent qu’il en paraîtra sous peu une édition qui nommera chaque personne par son nom; si vous les lisez, mon cher père, et si vous trouvez une occasion sûre, veuillez me dire ce que vous en pensez.
A S. M. le roi de Wurtemberg .
Meudon, 12 mai 1813.
Mon très cher père,
Je viens d’apprendre à l’instant qu’un aide de camp allait vous rejoindre, si je l’avais su plutôt, j’aurais pu vous écrire longuement, mais n’ayant qu’un moment, je veux du moins en profiter pour vous donner de mes nouvelles, et vous assurer que je continue à jouir d’une bonne santé.
La victoire de l’empereur aura sans doute calmé toutes vos inquiétudes ; il est bien à désirer que ses succès continuent et nous assurent bientôt la paixet la tranquillité ; le monde entier la désire et il n’existe pas un seul individu dans le monde qui ne souhaite le repos avec ardeur.
Je viens d’achever de lire cette mauvaise rapsodie publiée sous le nom de « Mémoires de la princesse Caroline à la princesse Charlotte »; j’avoue que je me suis laissé entraîner à le^ lire à cause de l’intérêt dont ils devaient être pour toutes les personnes qui lui appartiennent, et je n’ai trouvé qu’un recueil informe d’absurdités sans aucune vraisemblance, c’est un malheureux mourant de faim qui a eu l’idée de spéculer sur la crédulité publique sous l’égide de noms respectables ; enfin, ce mauvais ouvrage, après avoir été acheté et lu de tout Paris, est retombé dans le mépris dont il n’aurait jamais dû sortir.
J’espère, mon cher père, que vous êtes maintenant plus tranquille, vous savez bien que mon bonheur tient au vôtre.
A S. M. le roi de Wurtemberg .
Meudon, 22 mai 1813.
Mon très cher père,
Je n’ai pas voulu commencer mes courses sans vous avoir préalablement donné de mes nouvelles et instruit de ma marche. Je compte partir d’ici le 26 pour Pont, c’est la terre de Madame mère à trente lieues de Paris; j’y passerai une huitaine de jours, après lesquels je reviendrai ici pour deux jours seulement, et j’en repartirai pour Morfontaine, chez la reine d’Espagne, où j'ai promis de m’arrêter à peu près pendant quinze jours. L’impératrice a promis également d’y venir. Je connais déjà ce séjour pour y avoir été lors de mon mariage ; il est fort agréable ; à mon retour de Pont, je pourrai vous dire aussi comment je l’ai trouvé. En attendant, je quitte Meudon sans regret, dans ce moment-ci il y fait un temps si détestable que c’est un séjour désagréable ; veuillez, pour que mes lettres ne s’égarent pas pendant mes courses, les adresser par l’intermédiaire de M. de Wintzingerode.
Je viens de lire dans les gazettes la mort du prince Ferdinand; il était bien âgé et je ne crois pas que dans les circonstances actuelles, avec ses années, il ait eu lieu de regretter la vie, enfin indépendamment de la guerre, il me semble qu’il meurt dans ce moment bien plus de personnages marquants que dans d’autres temps, et voici le troisième depuis peu de temps de ceux qui touchent de près notre famille; les deux derniers cependant n’ont heureusement succombé que de vieillesse.
Je ne vous parlerai pas nouvelles, mon cher père, ne voulant point empiéter sur les gazettes. J’aime mieux
vous parler de mon bien tendre attachement; il occupe ma vie entière, et il ne se passe aucun événement qu’une de mes premières pensées ne soit la part plus ou moins grande que vous y prendrez.
A S . AI. le roi de Wurtemberg.
Meudon, 1er juillet 1813.
Mon très cher père,
J étais on ne peut plus inquiète de ne pas recevoir de vos nouvelles quand j'ai reçu votre lettre qui m’a heureusement rassurée sur cet accident.
J’ai raccourci mon voyage à Morfontaine parce que la reine d’Espagne est partie pour les eaux de Vichy ; dans ce moment, je prends, à Meudon, celles de Forges qui, si elles ne font pas de bien par elles-mêmes, contribueront du moins à mon bien-être par le mouvement qu’elles nécessitent.
Je ne puis encore rien vous apprendre, mon cher père, touchant mon retour à Cassel, le roi n’a pu m’y rappeler, ayant l’intention de voir l’empereur auparavant; il est maintenant à Dresde. Je pense que c’est là que doit se décider notre destinée. Si nousavonsla paix, je retournerai incessamment; mais si l’on prévoit de nouveau des hostilités, alors je ne sais trop si je le pourrai sans risques. Quoi qu’il en soit, aussitôt que je verrai un peu plus clair dans les affaires, je vous en instruirai de suite.
On ne dit rien ici de nouveau, et l’on y est dans l’attente des événements.
Conservez-moi votre tendresse, mon cher père, elle m’est nécessaire et précieuse dans tous les instants de ma vie;
croyez que la mienne pour vous fait partie de mon existence.
Je n’ai pas de nouvelles de ma tante, est-elle déjà partie pour les eaux et qui est-ce qui l’accompagne?
A S. M. le roi de Wurtemberg .
Morfontaine, 30 août 1813.
Mon très cher père,
Avant de quitter Morfontaine, je veux encore une fois m’entretenir d’ici avec vous, c’est une des plus grandes consolations que je puisse avoir au milieu des troubles et des anxiétés du moment. Vous sentirez facilement que je ne puis vous donner aucune nouvelle et que vous êtes plus à même que moi de savoir où en sont les choses ; mais comme il n'est pas toujours possible de s’entretenir sur de pareils sujets, du moins pourrez-vous me donner des nouvelles qui nous soient particulières.
Je vous prie donc d’avoir la bonté de me parler des enfants de Paul et de lui-même et de sa femme, si vous pouvez apprendre ce qu’ils sont devenus après leur équipée; vous n’aviez pas besoin, mon cher père, dans ce moment, de ce surcroît d’inquiétude.
Je retournerai à Meudondans ma triste solitude devenue plus triste par le temps froid et pluvieux qu’il y fait ; je n’avais d’ailleurs pas besoin de cela pour regretter ce séjour où l’on me témoigne tant d’amitié que j’y suis avec plaisir.
J’ai reçu hier une lettre de ma tante Emmy qui m’a fait grand bien ; son silence prolongé m’avait fait bien de la peine, et sa lettre si bonne, si aimable m’a rendue aussi heureuse que je puis l’être maintenant.
Croyez, mon très cher père, que je ne puis former pour votre bonheur plus de vœux que pour le mien propre, mais je mets à la tête de tous celui de conserver votre tendresse et de vous convaincre de toute la mienne.
A S. M. le roi de Wurtemberg .
Meudon, 13 septembre 1813.
Mon très cher père,
Je viens d’apprendre par les papiers publics que vous êtes parti pour Friederichshafen, ce qui m’explique pourquoi je n’ai pas eu, depuis quelque temps, de vos nouvelles.
J'imagine que les circonstances qui vous y amènent ne vous empêcheront pas de vous distraire par la beauté de la position de ce pays-là ; veuillez donc me dire si vous comptez y passer quelque temps. Pour moi, je ne sais pas encore quand je pourrai quitter ce séjour-ci, mais je sais fort bien qu’il devient aussi froid qu’il a toujours été monotone, il n’ofïre pas à beaucoup près les sites dont vous jouissez actuellement.
J’ai reçu des nouvelles de maman depuis peu de jours, elle a eu la bonté de me tranquilliser sur votre santé, ce qui excite véritablement toute ma reconnaissance, tant je suis inquiète, lorsque je suis pendant quelque temps sans en recevoir. Plus on avance dans la vie et plus on est attaché à ceux que l’on aime, et que l’on doit chérir, c’est du moins l’expérience journalière que je fais.
Veuillez donc croire à mon plus tendre attachement comme à mon plus profond respect.
CATHERINE DE WESTPIIALIE
Catherine à Napoléon.
Meudon, le 22 octobre 1813.
Sire, j’ose espérer que Votre Majesté daignera sceller de son consentement une grâce que le roi vient de m’accorder. Depuis longtemps je désirais posséder en France un petit pied-à-terre, qui pût être le prétexte de quelques visites dans ce pays, et dont le bonheur de voir Votre Majesté et l’impératrice est le véritable motif. Le roi vient d’accéder à ce désir en m’accordant quelques fonds pour acheter une maison dans les environs de Saint-Denis, située à Stains et appartenant à MM. de Catelan. Quelle que soit la proximité de ce séjour de Paris, il ne suffirait pas au désir que j’ai de voir souvent l’impératrice, dont les bontés sont maintenant ma seule consolation. J’ose donc la supplier de me désigner une maison à Paris dont le séjour m’est ordonné par les médecins.
Le froid qu’il fait à Meudon, et en général à la campagne, m’est très .contraire et ajoute aux souffrances qui d’ordinaire font que les hivers me sont pénibles à supporter, et j’aurais de plus, pendant celui-ci, à souffrir de peines morales que l’éloignement de toutes les personnes qui me sont chères augmenterait encore.
C’est donc avec une confiance vraiment filiale que je suis venue en France demander un asile à Votre Majesté, et j’attends de ses bontés qu’elle voudra bien m’accorder une preuve de plus, qui, sans augmenter les sentiments de dévouement que je ressens pour elle, ajouterait encore à ma reconnaissance.
A S. M. le roi de Wurtemberg.
Meudon, 5 novembre 1813.
Mon très cher père,
Je profite de la dernière occasion qui se présentera peut-être de longtemps, non seulement pour vous donner de mes nouvelles, mais encore pour vous envoyer un souvenir qui vous sera vraisemblablement plus agréable dans cette circonstance que dans d’autres où nous serons peut-être séparés par un temps infini et que toute la prévoyance humaine ne pourrait déterminer. Je désire que mon portrait vous paraisse ressemblant, et qu’il vous rappelle journellement celle qui vous chérit si tendrement. Je célébrerai dans mon cœur la journée du 6 et j’espère que vous avez pensé ce jour-là que je me joignais d’intention à tous ceux qui ont le bonheur de vous entourer. Puisse cette année être la dernière où il se mêle des sentiments si douloureux aux époques qui n’en devraient appeler que d’heureux !
Vous savez sans doute que le roi est à Cologne, l’empereur lui ayant fait dire de faire sa retraite. Je n’ai pas
I besoin devous peindre la triste position dans laquelle je me trouve par la triste perspective qui s’offre à moi. Ce n’est pas pour moi que je m’afflige, mais bien pour mon mari, car il est bien difficile à un jeune souverain actif de s’accoutumer à l’oisiveté d’une voie retirée. Mon mari n’a pu, comme les princes de la confédération, faire ce que le sang, l’honneur et la reconnaissance lui interdisaient également ; il a donc fallu qu’il fît le sacrifice de son existence publique, mais il serait bien dur de penser qu'il
92 CATHERINE DE WESTPIIALIE [1813J
en sera la seule victime lorsque la paix générale aura rendu à chacun la tranquillité, et au moins une partie de son ancienne existence. En vérité cette idée me désespérerait si je ne savais pas que le ciel m’adonné un père qui veille à mon bonheur et que vous serez peut-être à même de faire valoir les conditions sous lesquelles vous avez accédé à mon mariage, qui étaient que le prince Jérôme aurait un État indépendant; et maintenant, mon cher père, j’ignore ce que nous deviendrons, tout ce que je sais est que ma confiance en vos bontés paternelles est aussi grande que mon tendre attachement pour vous, et que privée du bonheur de vous l’exprimer, il n’en est peut-être que mieux senti.
A S. M. le roi de Wurtemberg .
Meudon, 13 novembre 1813.
Mon très cher père,
J’ai reçu avec bien du plaisir la lettre pleine de bonté que vous avez eu la bonté de m’écrire directement. Votre tendresse, mon cher père, dans ces moments critiques, est bien propre à m’adoucir les inquiétudes qu’ils me donnent ; je vous supplie donc de me donner fréquemment de vos nouvelles afin que je sois au moins tranquille sur un des points les plus essentiels à mon existence.
Le roi a dû partir le 11 de Coblentz pour retourner à Cassel, où il peut arriver aujourd’hui. La disposition des esprits dans ce pays-là me fait trembler pour lui ; ce n’est pas, mon cher père, qu’il n’ait pas reçu de preuves d’attachement de la part de tous ceux qui pensent bien, mais la situation des choses me fait craindre qu’il ne
s’expose à de nouveaux dangers, inutilement peut-être ; d’ailleurs sa santé personnelle est pour moi tout ce qu’il y a de plus précieux.
Le général Czernis s’est très bien conduit à Cassel ; je vous donnerai tous ces détails par la première occasion sûre qui se présentera.
Croyez, mon cher père, que quels que soient les sentiments de reconnaissance qui m’animent en ce moment-ci, ils ne sauraient rien ajouter à mon tendre attachement.
A S. M. le roi de Wurtemberg .
Meudon, 14 novembre 1813.
Mon très cher père,
Je viens d’apprendre queM. deCetto1 n’était pas encore parti; de sorte que je trouve heureusement une occasion sûre pour vous donner de mes nouvelles et vous parler de ma position à cœur ouvert.
Lorsque l’empereur est arrivé à Saint-Cloud, je m’y suis présentée sur-le-champ. Sa première parole a été de me parler du parti que les circonstances vous ont forcé de prendre, et cela d’une manière à me faire voir sa disposition d’humeur sur tout ce qui se passe. Le lendemain il s’est radouci et m’a parlé de vous avec beaucoup d’éloges. Ayant appris qu’il ne voulait pas absolument que le roi revînt ici, mais qu’il voulait absolument qu’il restât dans les départements qui bordent le Rhin, j’ai pris mon courage à deux mains et je lui ai demandé une entrevue que l’im-