Louisbourg, résidence d’été du roi de Wurtemberg
M . Siméon que je ne pouvais accorder personnellement une chose pareille sans avoir ton agrément préalablement ; je crains bien que l’empereur ne m’en veuille ; mais je préfère tous les inconvénients au malheur de te déplaire ; je me suis trouvée assez malheureuse depuis hier.
A S. M. le roi de Wurtemberg.
Dresde, 31 mai 1812, minuit.
Vous aurez déjà appris, mon très cher père, le départ de l’empereur pour Posen. Son départ, ses adieux, nous ont fait bien de la peine, en mon particulier j’en ai pleuré, enfin il est à craindre que tout espoir d’accommodement ne soit évanoui et qu’il n’y ait plus aujourd’hui qu’à attendre les événements.
L’impératrice reste encore ici jusqu’à jeudi, d’où elle partira pour Prague à 5 heures du matin ; je quitterai Dresde en même temps qu’elle et je serai rendue samedi à Napoleonshôhe où je vais, comme vous le sentez bien, passer de tristes jours par l’impatience de recevoir des nouvelles et l’inquiétude qui s’en suivra nécessairement.
J’ai reçu une fois seulement des nouvelles de mon frère depuis que je suis ici, et maintenant il m’écrit trop rarement pour que je puisse être sûre du lieu où il se trouve. Mais comme vous en êtes, mon cher père, plus sûrement instruit, je vous prierai de m’en donner fréquemment des nouvelles, lorsque je serai de retour chez moi.
S’il était avec mon mari, je serais bien assurée d’en avoir souvent, car il m’écrit presque journellement, mais lui-même est en course et sera maintenant plus que jamais tantôt ici, tantôt là.
Je ne puis vous dire rien d'ici, malgré la réunion de tant de souverains, car ils ont gardé pour eux le résultat de leurs délibérations, il n’y a plus actuellement ici que l’impératrice, toutes les autres cours en sont parties, le roi de Prusse l'est d’hier.
Veuillez, mon cher père, dans ces temps-ci, me conserver vos bontés paternelles, elles sont plus que jamais nécessaires à mon esprit agité ; mais quelle que soit sa disposition, croyez, mon très cher père, que celle qui dominera toujours en moi est le tendre et respectueux attachement que mon cœur vous a voué.
A S. M. le roi de Wurtemberg .
Napoleonshôhe, 7 juin 1812.
Je suis arrivée ici,, mon très cher père, hier au matin, assez fatiguée du voyage, car les chemins de Cassel à Eisenach sont affreux. J’avais d’ailleurs passé deux nuits en route. Je n’ai fait que traverser la ville et je me suis rendue ici de suite, où j'ai à peine pris le temps de me reposer, les ministres s’étant présentés, et comme les affaires marchent avant tout, il faut leur sacrifier jusqu’à son repos. Je tâche de m’occuper d’affaires le plus possible, pour me distraire des violents chagrins du momentactuel. Non seulement je me trouve seule, isolée, mais dans des circonstances critiques et dans un moment où je ne puis prévoir l’instant de ma réunion avec le roi. Le seul adoucissement que j’éprouve à ces peines réunies est l’exactitude avec laquelle il me donne de ses nouvelles : j’en reçois tous les jours des courriers ordinaires, indépendamment des courriers extraordinaires, des lettres de 4, 5 et 6 pages. Sa santé se soutient au milieu des fatigues
que ses courses continuelles lui occasionnent. Il m’écrit du 31 mai de Pultusk et ne comptait être de retour de Varsovie que le 20 juin. J’ai reçu cette lettre à Dresde le jour de mon départ, c’était aussi celui de l’impératrice, qui est partie pour Prague. J’ai eu beaucoup de regret de me séparer d’elle, car elle m’a traitéeaveclaplus grande amitié.
Je ne puis, mon cher père, vous donner de nouvelles, malgré le voyage que je viens de faire, d’abord parce qu’il n’y a encore rien de sûr, et que tout se passe en on dit, et ensuite parce que, dans le siècle où nous sommes, il est dangereux de s'occuper même de ceux-là, mais je suis bien impatiente de sortir de ce moment d’incertitude.
J’ai reçu hier une lettre de mon frère, datée de Thann, il n’avait pas encore vu mon mari ; j’en ai aussi reçu une de maman 1 et je lui répondrai au premier moment.
Catherine au roi Jérôme.
Napoleonshôhe, le 8 juin 1812.
Tu verras, par la lettre de M. Siméon, qu’il t’envoie un duplicata des rapports qu’il me fait des conseils des ministres et d’État : Or, comme tu m’adresses toujours les dépêches ouvertes pour les ministres, afin que je les lise, ne serait-il pas suffisant qu’il me remît de même les rapports afin que je les expédie, car il me semble que je ne puis être à même de te rendre un compte exact de toute chose si les ministres peuvent t’envoyer des rapports différents de ceux qu'ils me remettent.
1. Charlottc-Auguste-Matbilde, princesse royale d'Angleterre née en 1766, reine de Wurtemberg, depuis son mariage en 1797 avec le roi Frédéric, veuf en 1783 de la princesse de Brunswiek- Wolfenbüttel.
Tu verras aussi que j’ai éprouvé quelques difficultés pour t’expédier moi-même le dernier, mais la lettre adressée à M. de Sorsum 1 2 t’expliquera pourquoi je voulais qu’il vîntici,non pourPexpédierd’ici, mais pour que Boucheporn pût lui remettre cette lettre en main propre, et tu vois qu’on y trouvait de l’opposition. En général, j’en trouve dans les plus petites choses. Au reste, je ne te rends compte de cet incident que pour te dire tout ce que je fais, ainsi que les motifs qui me font agir, car je voudrais, s’il était possible, te détailler mes pensées. Je t’ai déjà demandé plusieurs fois ce qu’il était permis ou défendu d’insérer dans le Moniteur ; les esprits sont ici très inquiets de n’y rien trouver qui te concerne ; tu devrais, mon cher ami, faire faire un petit bulletin dans ton cabinet sur ce qui te concerne, ta santé, ton séjour, etc., etc..., et l’envoyer ici pour le faire insérer. Depuis le départ de Bercagny, c’est le comte de Hœne qui en a la direction, mais il me semble que le Moniteur entre bien plutôt dans les attributions du ministre qui a le portefeuille des étrangers que du ministre de la guerre.
M. Siméon m’a dit aussi qu’après avoir pris les informations nécessaires, les ministres avaient trouvé qu’il n’y avait pas dans le royaume de bestiaux superflus ; cependant, qu’à la rigueur, on pourrait permettre une exportation de 4,000 pièces de bétail, mais qu’il serait essentiel, pour éviter les frais de transport, de conclure un traité semblable à celui que la France a fait avec la Saxe, et M. Siméon a demandé le modèle à son fils \ à Dresde. Mais les ministres pensent que, puisque nous ne serons