La femme de son frère
Catherine à la reine mère de Wurtemberg.
Haimburg, 17 novembre 1816.
Ma très chère mère,
Je ne trouve pas d’expressions pour vous dépeindre le sentiment que j’éprouve en vous approchant aujourd’hui. La perte cruelle que nous venons de faire est irréparable et je ne saurais, ma chère mère, vous donner de consolation, n’en trouvant pas moi-mémo. Voici des moments où la religion seule soutient, et vous qui êtes douée d’une force d’âme peu commune, trouverez cette résignation qui est l’apanage de la vertu et du courage.
Mon état exigeait des ménagements, je n’ai appris notre malheur qu'aujourd’hui. Vous qui connaissez mon cœur, ma chère mère, il vous sera facile de juger de l’affliction profonde que j’éprouve, et je ne puis m’accoutumer à l’idée de ne plus revoir ce bon père. Vous, mieux qu’un autre, savez ce que j’ai éprouvé lors de ma dernière séparation avec lui. Je sais qu’il a daigné se rappeler de moi dans ses derniers moments et vous aussi, ma chère mère, vous vous êtes souvenue de moi dans ces instants affreux. Que ne puis-je me transporter auprès de vous, nos larmes se confondraient et j’oserais espérer qu’en trouvant un cœur qui partagerait aussi vivement votre douleur, elle y trouverait quelque adoucissement.
Veuillez me faire donner de vos nouvelles, ma chère mère, et soigner votre santé pour vos enfants.
CATHERINE DE WESTPIIALIE
Catherine à sa sœur.
Haiinburg, 18 novembre 1816.
Ma chère sœur,
C’est avec l’expression cle la plus vive douleur, que je vous trace ces lignes. Vous concevrez aisément l’état dans lequel m’a plongée la nouvelle de la mort du roi ’. Mes regrets sont aussi vifs que mon affection pour lui, et je suis sûre, ma chère sœur, que vous partagez notre douleur.
La tendresse que mon frère m’a prouvée dans cette triste circonstance m’est un nouveau garant bien précieux de ses sentiments pour moi. Puissiez-vous toujours être aussi heureuse que je désire et goûter sur le trône tout le bonheur que vous répandez autour de vous, dans un moment où la naissance de votre fille resserre encore les liens qui vous attachent à mon frère.
Adieu, ma chère sœur, pardonnez au désordre de cette lettre ; mais l’état de faiblesse et d’affliction dans lequel je me trouve doit me servir d’excuse.
Je suis avec les sentiments les plus tendres, votre affectionnée sœur.
Catherine à la reine mère de Wurtemberg.
Haimbourg, 21 novembre 1816.
Ma très chère mère,
M. de Pfuhl se rendant auprès de la personne du roi, mon frère, pour lui offrir nos compliments de condoléances,
1. Son père, qui avait été si mal pour elle depuis la chute de Napoléon Ier.
je ne veux pas le laisser partir sans le charger de vous exprimer encore les sentiments douloureux que j’éprouve à l’occasion de la perte que nous venons de faire. Il est si cruel pour moi de devoir vous entretenir d’un pareil sujet et cependant je sens qu’aucun autre ne peut avoir d’intérêt pour vous, comme aucun autre aussi ne saurait m’occuper.
Serait-ce trop me prévaloir de vos bontés que d'espérer que vous voudrez bien recevoir le porteur de la présente pour qu’il puisse me donner de vos nouvelles ? J’attache beaucoup de prix à cette condescendance de votre
part.
Le sentiment tendre et filial que j’avais pour mon père je les reporte tous sur vous, ma chère mère, qui de tout temps avez bien voulu me combler de vos bontés.
Veuillez m’en donner une nouvelle preuve en vous souvenant quelquefois d’une fille qui mettra tout son bonheur à vous prouver sa profonde vénération.
Catherine à la reine de Wurtemberg .
Haimburg, 18 décembre 1816.
Ma chère sœur,
La lettre que vous avez bien voulu m’écrire par M. de Pfuhlm’a fait un sensible plaisir, ainsi que la manière aimable avec laquelle vous l’avez reçu. Chaque nouvelle preuve de votre amitié, ma chère sœur, est un baume pour mon cœur, et votre affection, ainsi que toute la conduite délicate et généreuse de mon frère, remet le calme dans mon âme longtemps ulcérée par des malheurs de tous genres.
CATHERINE DE WESTPIIALI E
M. de Pfuhl m’a dit que vous aviez eu la bonté de lui permettre de voir ma nièce, il m’assure qu’elle a beaucoup des traits du roi; cette ressemblance nous rendra à toutes deux cette enfant encore plus chère et je vous prie de lui donner un petit baiser de ma part.
J’espère, ma chère sœur, que vous avez de bonnes nouvelles de l’impératrice mère. Si j’avais osé suivre l’impulsion de mon cœur, je lui aurais exprimé d’abord ce que j’ai éprouvé pour elle à l’occasion de la perte que nous venons de faire et qui lui aura été sans doute bien sensible ; mais une sorte de crainte m’a retenue, et je vous prie de vouloir bien suppléer à ce que je n’ai pu dire moi-mème.
Adieu, ma chère sœur, mon mari me charge de vous remercier de votre souvenir, et vous prie d’être bien convaincue des sentiments qu’il vous porte. J’espère que vous voudrez bien recevoir l’assurance des miens, et me croire pour la vie.
A S. A. I. Madame Mère à Rome.
Haimburg, G février 1817.
Ma chère mère.
Je crois voir cl’ici votre étonnement en ne recevant point de nos lettres par M. d’Hautmesnil, mais vous nous excuserez lorsque vous apprendrez que nous n’avons appris son départ que le jour où nous sommes partis nousmêmes pour une course que nous avons été obligés de faire pour l’achat d’une terre. Je suis d’autant plus fâchée de n’avoir pu profiter de l’occasion qui se présentait que j’aurais désiré vous répondre en détail à votre lettre du 22 décembre que j’ai reçue le 11 janvier. Les expressions de tendresse dont vous voulez bien vous servir pour nous assurer de la continuation de vos sentiments nous rendent bien heureux ; je pense comme vous, ma chère mère, que l'éloignement dans lequel nous nous trouvons doit nécessairement donner lieu à des malentendus qui peuvent devenir d’autant plus désagréables que beaucoup de gens se trouvent en tiers dans notre correspondance et que d’autres sont peut-être bien aises de souffler la discorde entre nous, calculant qu’on ne peut s’expliquer à 200 lieues aussi franchement qu’on le voudrait sans divulguer toutes Cath. de Westph.
194 CATHERINE DE WESTPIIALJE [1817]
les raisons qui vous forcent quelquefois à agir, et il serait bien impossible dans notre situation de le faire par écrit, à moins de prendre le parti de se brouiller définitivement et de faire par là un éclat dans toute l’Europe. Le silence que nous avons gardé sur l’affaire en question a donc pu vous faire soupçonner un moment que Jérôme n’avait pas eu pour vous tous les égards qu’il vous devait. Si cependant vous aviez voulu, ma chère mère, vous rappeler combien son caractère est éloigné de manquer de délicatesse vis-à-vis personne, mais surtout de respect envers sa mère, vous vous seriez facilement convaincue qu’il devait exister une erreur qui aurait été facile à éclaircir si peutêtre, je vous le répète, d’autres personnes n’avaient été bien aises de la laisser subsister. Je ne puis m’expliquer par la voie des postes plus clairement, je pense que vous me comprendrez suffisamment et qu’une autre fois vous rendrez plus de justice à nos coeurs et à notre tendresse pour vous. — Nous sommes décidés pour le moment de rester en Autriche, nous cherchons à cet effet à faire l’acquisition d’une terre aux environs de Vienne. Notre fortune ayant considérablement diminué, nous restant à peine dans ce moment-ci 80 à 90,000 livres de rente placés, nous devons mettre la plus grande économie dans notre manière d’exister, et même Jérôme ne pourrait faire l’achat d’une terre quelconque, si Élisa n’avait eu la bonté de lui prêter 200,000 fr. qu’elle avait placés à Livourne: vous savez, ma chère mère, que malheureusement nous nous trouvons dans cette triste position par la conduite que feu mon père a tenue envers nous, ayant voulu s’emparer de tous nos fonds et nous réduire à une rente viagère, pour nous tenir entièrement dans sa dépendance ; le seul espoir que j’avais que peut-être à sa mort il réparerait le tort qu'il nous avait fait s’est évanoui. Ce n’est certes pas
pour m’en plaindre que je vous en entretiens, mais j’ai cru nécessaire de vous mettre au fait de nos affaires et de vous prouver que ceux de vos enfants qui ont été peut-être les plus éprouvés du sort sont ceux qui vous en parlent le moins.
Nous avons ignoré les desseins de Pauline; elle avait même ordonné nommément de nous en faire un secret, nous ne savons à quoi attribuer ce manque de confiance de sa part, ne lui ayant toujours témoigné qu’amitié et tendresse; ces mêmes sentiments nous portent à désirer pour elle qu’elle ne se repente jamais de la résolution qu’elle prend.
J’envoie cette lettre à Louis qui vous la remettra. Je vous prie, ma chère mère, de ne la communiquer qu’à lui et au Cardinal. Je crois cette voie plus sûre, car je commence à soupçonner que notre correspondance souffre quelques entraves, ne concevant pas comment vous vous plaignez de notre silence.
Mon fils se porte à merveille, et a très bien supporté le petit voyage que nous avons fait. Que je serais donc heureuse, ma chère mère, si un jour je pouvais vous le présenter: j’espère que par ses gentillesses, il saurait gagner vos bonnes grâces.
Tout le monde ici se porte bien, M. de R... est établi auprès de Caroline. Nous voyons tout, mais il y a des circonstances où le meilleur parti est de se taire, surtout là où l’on ne peut remédier.
CATHERINE DE NVESTPIIALIE
A S. il 1. le roi de Wurtemberg.
Haimburg, 5 mars 1817.
Mon cher frère,
Je saisis l’occasion qui se présente pour vous dire un petit mot, étant toujours heureuse de pouvoir me rappeler à votre souvenir. Je pense que vous vous figurez la contrariété que j’éprouve de la maladie de M. de Pfuhl, il eût été si essentiel pour moi de connaître l’impression que ma lettre vous aura causée, et ce n’est pas sans quelque inquiétude que j’attends l’issue de cette négociation et l’assurance que vous n’aurez point trouvé ma demande indiscrète. Je pense que vous-même qui mettez une si tendre sollicitude à tout ce qui me concerne, vous ne pouvez qu’approuver mon empressement à terminer nos affaires et à pouvoir enfin baser notre avenir sur quelque chose de certain. Vous êtes sans doute instruit par votre ministre de la demande qu’il a faite en notre nom au Gouvernement autrichien de pouvoir nous établir à Presbourg, nous ne l’avons faite que parce que nous n’avons pas encore pu trouver une terre à quelques lieues de Vienne. W... ni G... n’étaient pas habitables, et le prince ni moi nous ne voulons sous aucun prétexte nous enterrer vivants au milieu des bois et aggraver par là le malheur de notre position.
Autant je suis pénétrée de l'idée que dans notre situation, nous devons encore de quelques années choisir la retraite, la dignité de notre caractère nous en faisant laloi, autant je trouve qu’il serait ridicule de nous ôter le peu de jouissances qui peuvent nous rester encore, en nous condam-
nant nous-mêmes à un exil forcé. C’est pourquoi nous avons choisi Presbourg de préférence à toute autre ville, puisqu’il n’y a ni gouverneur civil ni militaire dont le contact pourrait nous occasionner des désagréments. Ce qui nous a le plus engagés à cette démarche, c’est la nécessité absolue où nous nous trouverons de quitter bientôt Haimburg.
A S. M. le roi de Wurtemberg.
Erlau, 1er mai 1817.
Mon cher frère,
Je prie le comte de Wintzingerode de vous faire parvenir cette lettre par courrier, pour vous annoncer que nous venons de faire l’acquisition de la seigneurie d’Erlau, possession charmante à deux lieues de Vienne, qui réunit l’utile à l’agréable. Nous nous y trouvons fixés depuis deux jours. Cet achat a dû se faire brusquement et très secrètement, puisque nous nous sommes vus dans la nécessité de quitter Haimburg les premiers jours de ce mois, ma belle-sœur s’établissant près de Neustadt. Le secret a été commandé pour éviter d’être trompés, comme elle l’a été. Mon mari et moi avons renoncé à habiter Presbourg, n’ayant trouvé aucune maison à moins d’un prix exorbitant, et l’on a osé nous demander jusqu’à 12.000 florins bon argent pour en louer. Aussitôt que le contrat d’Erlau fut signé, mon épouxen fit prévenir le prince de Metternich par un officier de sa maison. Le prince de Metternich ne
[lui fit aucune observation contraire.
Nous étions donc heureux, mon cher frère, d’avoir à la fin trouvé un domicile convenable et je me réjouissais de
pouvoir vous donner tous les détails de notre jolie habitation, lorsque nous avons été péniblement affectés parle rapport que M. Abbatucci nous a fait d’une conférence que le comte de Wintzingerode a eue avec le prince de Mctternich au sujet de cette acquisition dont il paraît que le Gouvernement autrichien se trouverait gêné. On met en avant mille considérations politiques trop longues à vous détailler et dont il eût été difficile de nous douter, mon époux ayant dans le temps reçu officiellement du prince de Metternich la lettre dont je joins la copie. La seule raison qui pourrait frapper, pour qui ne connaît pas le terrain, c’est le voisinage de trois châteaux impériaux; mais Erlau est tellement écarté des routes qui y conduisent, qu’il faut vouloir venir nous y chercher, pour pouvoir nous rencontrer. Au surplus, il me semble que cette proximité même offre au Gouvernement un moyen de plus de surveillance, si toutefois il la juge nécessaire. Si nous nous étions imaginés que cette acquisition pût contrarier le Gouvernement autrichien, nous nous serions gardés de la conclure, mais elle est faite,, nous y sommes établis, et mon époux n’a agi qu’en conséquence d’une lettre officielle. A l’heure qu’il est, que pourrions-nous donc faire, si l'on ne voulait pas nous y laisser? Car indépendamment de 100,000 florins du prix d’achat, dont certes nous ne retirerions pas la moitié, si nous étions obligés de revendre, indépendamment encore des frais énormes de déplacement, nous ne saurions effectivement où aller, et si contre toute probabilité, nous pouvions trouver une habitation, seraitil possible d’en profiter encore dans un pays où un pareil désagrément nous serait arrivé!
Ce n’est donc qu’à vous, mon cher frère, à vous qui êtes le seul être qui s’intéresse à notre sort, que je m’adresse avec toute la plénitude de la confiance. Je ne
crois pas me tromper en assurant qu’un témoignage d’intérêt de votre part nous épargnerait la plus pénible contrariété. Notre fortuné en souffrirait encore, mais bien plus la dignité de notre existence.
Tous les obstacles, quelle que soit leur source, disparaîtraient, à ce que je crois, dès l’instant que vous ordonnerez à votre ministre d’intervenir dans cette affaire.
Je serais malheureuse aujourd’hui, mon cher frère, si je ne connaissais assez votre cœur pour être persuadée que vous voudrez concourir à m’épargner un chagrin qui, vu les circonstances, ne serait pas un des moins sensibles de ma vie.
A S. M. le roi de Wurtemberg .
Erlau, 4 mai 1817.
Mon cher frère ,
Je me hâte de vous rendre compte que, d’après une conversation que M. Abbatucci a eue avec le prince de Metternich, il paraît impossible de surmonter les obstacles qui se présentent à la continuation de notre résidence à Erlau, je me sers donc d’une voie extraordinaire pour vous envoyer cette lettre, afin d’éviter une démarche que votre bonté pour nous vous ferait peut-être faire et qui probablement ne serait suivie d’aucun résultat satisfaisant. Tout ce qui nous resterait à désirer pour sortir de cette position vraiment accablante de toutes les manières, ce serait de pouvoir continuer notre premier projet d’aller nous établir à Trieste, où nous avons une partie de notre fortune; cette démarche nous paraîtrait conséquente et justifierait aux yeux du public notre départ d’Erlau.
J’espère, mon cher frère, que vous plaindrez le sort impitoyable qui ne cesse de nous persécuter, et que ce ne sera pas en vain que je réclamerai en ce jour la continuation de votre amitié, dont vous nous avez donné tant de preuves, et que vous nous rendez assez justice pour savoir qu’elle fait une partie inhérente de notre bonheur.
A la princesse Pauline.
Erlau, 6 mai 1817.
Votre lettre, ma chère Pauline, ainsi que le joli cadeau que vous avez bien voulu m’envoyer, m’ont fait d’autant plus de plaisir que Jérôme et moi avions craint d’être effacés de votre souvenir, n’ayant reçu depuis tous nos malheurs aucun signe de votre amitié (si ce n’est quelques lignes pour la nouvelle année et dans un moment où l’on nous assurait que vous deviez arriver à chaque instant). Cette pensée, vous pouvez le croire, nous affligeait vivement; mais ne connaissant pas les motifs qui vous faisaient agir ainsi, nous avons préféré laisser au temps le soin de vous faire revenir des impressions fâcheuses que vous paraissiez avoir contre nous ; rendez-nous au moins assez de justice pour être bien convaincue que nos sentiments n’ont point changé et que vous les retrouverez en nous dans chaque circonstance de notre vie.
Nous sommes fâchés de devoir renoncer au plaisir de vous posséder cette année dans nos contrées; mais n’étant pas égoïstes, nous vous en félicitons, puisque votre bienêtre en serait compromis; l’on nous en veut beaucoup de ce que votre voyage soit remis et l’on prétend que c’est
nous qui vous en avons dissuadée. Vous, mieux qu’une autre, pouvez, ma chère Pauline, démentir cette supposition ; j’avoue que je n’ai jamais conçu l’idée que vous aviez eue d’échanger le climat, le beau ciel d’Italie et votre indépendance contre une sujétion qui tient d’abord à la localité du pays et puis dans la dépendance dans laquelle vous voulez vous mettre; mais comme chacun doit savoir ce qui lui convient le mieux, nous nous sommes abstenus de vous en parler ; cependant nous avons cru satisfaire un devoir sacré que d’en écrire à maman et de soumettre à ses lumières les graves inconvénients qui pouvaienten résulter pour vous dans la suite par une démarche irréfléchie. Si nous avons eu tort de le faire, pardonnez-nous en faveur des motifs qui nous ont guidés, car nous n’avons eu d’autre but que votre bonheur. Les raisons qui vous ont fait agir partent d’un cœur si généreux qu’on ne peut que vous en chérir davantage; mais aussi ne faut-il pas permettre que vous en soyez la victime, et malheureusement notre propre expérience ne nous apprend que trop que vous n’auriez eu que peu de jours tranquilles dans cette nouvelle position.
Nous n’avons pu voir M. d’Hautmesnil. Caroline ne veut pas lui permettre de venir chez nous; je ne sais pourquoi elle nous refuse le plaisir de pouvoir connaître par lui votre position et celle des personnes que nous aimons.
Adieu, ma chère Pauline, ma franchise, je l’espère, ne vous déplaira pas, surtout si vous considérez qu’elle ne part que d’un cœur qui vous est tendrement attaché.
Jérôme vous embrasse, et son fils baise les mains de sa jolie tante.
A S. M. le roi de Wurtemberg .
Erlau, 18 mai 1817.
Mon cher frère,
Mon courrier m’a remis avant-hier vos lettres du 9 et du 12 courant. La franchise avec laquelle vous me répondez, autorise la mienne et je désire pouvoir vous convaincre que vous n’êtes pas entièrement informé sur la conduite que nous avons tenue depuis notre arrivée dans ce pays : c’est avec peine que je crois m’en apercevoir par différentes phrases de vos lettres. Rien ne nous paraîtrait plus triste que la crainte que quelque fâcheuse impression vous fasse douter de la prudence et de la circonspection que nous apportons dans chacune de nos démarches. Trop jalouse de votre estime, je crois me devoir à moi-même la satisfaction de vous présenter les choses sous leur vrai point de vue, car la moindre désapprobation de votre part serait pour moi un surcroît de malheur.
Lors de notre arrivée à Haimburg, nous étions résolus de nous rendre à Grâtz. Ma belle-sœur qui se trouvait seule, pria mon mari de se fixer auprès d’elle; nous en reçûmes l’autorisation du Gouvernement, en même temps nous fîmes la demande de pouvoir faire des acquisitions en fonds de terre, et la réponse du prince de Metternich a ce sujet vous est connue.
Depuis ce moment ,on nous proposa différentes terres, mais dont le prix ou la position ne pouvaient nous convenir. Mon mari acheta W . , puisqu’on lui assurait
qu’il plaçait son argent à 6 pour cent. L’affaire à laquelle on donna le plus de suite fut celle de G . ; nous y
allâmes et fûmes frappés cle trouver au lieu du plus beau château de l’Autriche, comme on nous l’avait assuré, un château antique et vaste qui demanderait des sommes énormes pour être rendu habitable, et sans grande route pour y arriver. Ceci changeait entièrement nos plans et nous décidâmes que l’achat de G... serait subordonné à une acquisition d’agrément aux environs de Vienne, projet auquel on ne faisait aucune objection. Cependant les gens d’affaires que nous employâmes cherchèrent en vain, mais revenaient toujours à nous presser sur l’affaire de G..., nous répétant que si nous nous y fixions pendant six mois, on trouverait en attendant quelque chose à notre convenance. Cette ténacité à nous pousser à cet achat nous donna l’idée qu’il pouvait y avoir plusieurs raisons qui les faisaient agir et nous cherchâmes alors à nous établir à Presbourg, comme je vous l’ai écrit dans le temps. Le prix exorbitant qu’on nous a demandé pour la vente ou la location des maisons nous força à y renoncer.
Nous voulûmes acquérir Haimburg qui était en vente publique, mais le prix que nous en pouvions donner raisonnablement fut rejeté par les créanciers. Le moment approchait où il fallait prendre une décision, le bail de Haimburg cessant.
Nous fûmes voir alors plusieurs terres dans les environs de Bauden et de Neustadt, entre autres Inzcrsdorf situé à une demi-lieue de Vienne, sur la route de Laxenbourg. Nous le trouvâmes charmant, mais mon mari craignit la proximité de la capitale et du château impérial : de sorte qu’il ne voulut faire aucune démarche sans être assuré que le Gouvernement n’y mettrait aucun obstacle. On nous fit savoir que nous n'éprouverions pas de difficultés à ce sujet, et l’affaire ne manqua qu’à cause du prix.
A la veille de ne savoir où aller, on nous proposa Erlau directement et sans que les gens d'affaires que nous avions employés jusque-là y soient mêlés. La situation d’Erlau plus éloigné de Vienne qu’Inzersdorf, sa position écartée de toute grande route nous décida à terminer de suite cette négociation en secret, pour éviter que la publicité n’en augmentât le prix, comme cela nous était toujours arrivé. Le contrat signé, vous connaissez ce qui s’en est suivi, mais je crois ne pas me tromper, mon cher frère, lorsque je vous assure que nulle raison politique n’a eu d’influence sur notre éloignement d’Erlau et je vais vous en donner une preuve en vous faisant part de ce qui vient de nous arriver.
Votre ministre vous aura sans doute instruit de la lettre que M. Odelga nous a écrite de la part du ministre de la police, pour nous faire savoir que nous devions quitter Erlau dans les vingt-quatre heures. Nous envoyâmes de suite cette lettre au comte de Wintzingerode qui fit toutes les démarches nécessaires pour nous faire obtenir un délai de six jours. Le retour de mon courrier eut lieu sur ces entrefaites et je fis demander au comte de Wintzingerode de vouloir bien nous donner connaissance du projet dont il devait vous avoir parlé. Il nous en fit part, mais devant encore aller aux recherches, cela aurait entraîné des longueurs qui ne s’accordaient pas avec l’urgence de notre position, n’ayant que quatre jours pour prendre un parti.
Avant-hier, à l’instant où nous voulions demander des passeports pour Grâtz, espérant enfin y trouver un domicile et donner par là une preuve irrécusable au Gouvernement que nous ne voulions nullement le gêner par notre présence, on vint nous dire que M. de Braun avait obtenu à notre insu la permission de l’empereur d’Autriche
Catherine de westphalie
d’acheter la seigneurie de Schônau et de nous y établir. Nous fûmes fort surpris de cette proposition, le prix surtout étant exorbitant. Tout Vienne en fut instruit avant nous, et le comte de Wintzingerode en parla au grand maître, ce qui engagea mon mari à lui faire écrire qu’il n’avait aucune connaissance de cette affaire, n’ayant donné aucune commission à ce sujet.
Hier le baron vint à Erlau et désira parler à mon mari ; il s’excusa de la démarche qu’il avait faite vis-à-vis de l’empereur en disant que M. Pablé, notre homme d’affaires, l’avait assuré positivement quec’étaitl'intention de mon mari d’acheter Schônau avec l’agrément du Gouvernement. En même temps il montra la, lettre officielle que le prince de Metternich lui avait écrite comme une autorisation formelle. Là-dessus mon mari entra en pourparler, et M. de Braun ayant beaucoup baissé du premier prix, et prenant Erlau pourlasommequ’il avait coûtée, conclutle marché, sauf cependant la confirmation de lâlettre du prince de Metternich. Ce narré succinct vous prouvera, je l'espère, que notre conduite ne peut être taxée d’inconséquence, surtout si vous voulez prendre en considération que l’affaire d’Inzersdorf devait nous paraître une garantie pour celle d’Erlau, et que maintenant la permission de nous établir à Schônau, à laquelle nous n’avions pas même pensé, et accordée à la seule sollicitation de M. de Braun, nous prouve que la politique et les vues qu’on prêtait à mon mari n’entrent pour rien dans les désagréments que nous avons éprouvés.
Il n’est que trop malheureux, mon cher frère, que dans la position où nous nous trouvons, chacune de nos démarches peut être interprétée d’une manière défavorable et que la réussite ou non-réussite décide de l’opinion qu’on
en prend.
206 CATHERINE DE WESTPIIALIE [1817]
J’espère que voici la dernière fois que j’aurai à vous entretenir d’objets aussi peu agréables et que je n’aurai plus qu’à me louer du charmant séjour que je vais habiter ; mais croyez, mon cher frère, que le premier besoin de mon cœur sera la continuation de l’intérêt que vous m’avez toujours témoigné et les preuves d’une amitié que je partage si vivement.
A S. M. la reine douairière de Wurtemberg.
Erlau, 18 mai 1817.
Ma très chère mère,
Vous ne sauriez vous faire une idée des sentiments que j’ai éprouvés en lisant votre lettre du 12. L’affection que vous voulez bien me témoigner excite vivement ma reconnaissance, et s’il étaitpossible que mon dévouement et mon attachement puissent augmenter en raison de ma gratitude, c’eût été, ma chère mère, dans cette circonstance.
La bonté avec laquelle vous me demandez de vouloir bien vous instruire de ma position m’enhardit à vous en entretenir, je l’aurais sans doute fait plus tôt, mais j’ai craint de vous paraître importune ; elle a d’ailleurs offert tant de contrariétés et de chagrins réels que je redoutais d’en parler. Je suis donc charmée de pouvoir enfin vous annoncer que mon mari a fait l’acquisition de Schônau, possession charmante qui a appartenu au baron de Braun et dont peut-être déjà aurez-vous entendu parler, comme un des beaux parcs de l’Autriche. Les désagréments que nous avons éprouvés se seront donc mieux terminés que nous l’avions espéré et dans peu de jours je serai établie et fixée chez moi .
CATHERINE DE WESTPIIALIE
Je crois, ma chère mère, qu’il n’est pas nécessaire de vous dire que je me trouverais heureuse de pouvoir vous rejoindre, mais, hélas ! les circonstances auxquelles nous sommes subordonnés ne me permettent pas de l’espérer.
Nous sentons bien, mon mari et moi, que nous ne pourrions être mieux que là où vous et mon frère nous donnez tant de marques d’intérêt et à quel point je sentirais le bonheur de vous consacrer des soins dont je regrette de ne pouvoir vous entourer.
Ma première idée dans les nouveaux désagréments dont vous êtes sans doute informée par mon frère a été de demander à me rendre dans ses États, mais la réflexion que peut- être cette démarche pourrait l’embarrasser m’a décidée à m’en abstenir, supposant que s’il avait cru la chose faisable, il nous l’aurait proposée lui-même.
La place que vous avez bien voulu désigner à mon fils et à moi dans votre cabinet me touche infiniment et je n’ai qu’un regret qui est celui que nous ne soyons là qu’en peinture.
La mort de la pauvre Rôder me fait une peine sensible, mais pour elle je regarde comme un bonheur qu’elle ait cessé d’exister; depuis la perte de son mari; elle ne faisait que végéter.
Tout ce que vous ms dites sur Paul me fait une peine extrême, et je ne conçois pas sa conduite ni ses folies. Je plains sa femme et ses enfants, et je crains comme vous, ma chère mère, que leur éducation en souffre beaucoup.
J’ai su par les gazettes le mariage de ma cousine Amélie; je désire qu’elle soit heureuse, je comprends la douleur de la duchesse Louis en se séparant de sa fille.
J’espère que les eaux de Teinach vous feront du bien, et je fais des vœux sincères pour le rétablissement d’une santé aussi précieuse.
J’oserai vous prier de faire mes compliments à la bonne Mimi, et de lui dire que je lui écrirai dans quelques jours.
Adieu, ma chère mère, dès que je serai établie dans mon nouveau domicile, j’aurai l’honneur de vous écrire plus longuement.
A S. M. le roi de Wurtemberg.
Schônau, 13 juin 1817.
Mon cher frère,
La lettre que je vous ai écrite d’Erlau vous parviendra avec celle-ci, le comte de Wintzingerode n’ayant pas trouvé d’occasion sûre pour l’envoyer plus tôt.
Elle doit vous expliquer bien des choses que vous n’aurez pas comprises et qu’il m’importait de vous faire connaître, car ce qui me paraît le plus essentiel dans notre position, c’est que vous soyez bien convaincu que notre éloignement d’Erlau n’a pas été dicté parla politique, mais simplement par des vues personnelles, et la preuve en est la facilité avec laquelle l’empereur a permis l’achat de Schônau pour favoriser M. de Braun, qui, sans cette affaire, était ruiné. Schônau a été négligé pendant les dernières années, mais bien administré, il suffira à la consommation de notre maison.
Je vois avec peine les désagréments que vous occasionnent les États, j’admire votre fermeté et vous plains en môme temps de voir vos intentions généreuses aussi mal récompensées. Vous étiez fondé à attendre une réussite plus proportionnée à tout ce que vous faisiez pour le bienêtre de vos sujets, mais malheureusement on ne peut se dissimuler que l’esprit du peuple est monté à un point
d’exaltation qu’il sera difficile d’apaiser. Je sens pour vous tout ce que la conduite de Paul a d’affreux et ne peux concevoir son but dans tout ce qu’il fait. Il me semble que l’expérience devrait lui avoir appris que ses extravagances ne font de tort qu’à lui -même. Est-il vrai qu’il va s’établir à Paris?
Mon mari me charge de vous faire agréer ses compliments.
Adieu, mon cher frère, je vous embrasse comme je vous aime.
Schônau, 26 juin 1817.
Mon cher frère,
C’est dans l’effusion de la plus tendre gratitude que je vous prie de recevoir mes remerciements pour l’aimable attention que vous avez eue d’envoyer votre ordre à mon fils; rien ne pouvait me faire plus plaisir et je suis fâchée que son âge ne lui permette pas encore de vous en exprimer lui-même sa reconnaissance. Soyez au moins persuadé que je sens tout le prix de cette preuve de votre imitié et que je saurai graver dans le cœur de mon fils es sentiments que je vous porte.
Vous verrez par mes lettres précédentes que je suis le votre avis sur ce qui concerne notre position.
Par le retour de M. de Pfuhl nous avons appris que s Ministre de Russie avait reçu l’ordre de sa cour 'appuyer la demande que nous avions faite d’aller nous xer à Rome et que nous aurions réitérée si on nous avait istruits de cette circonstance qui nous aurait évité bien Cath. de Westph.
du chagrin, mais M. de Pfuhlajugéà propos de ne point en rendre compte.
Je sens avec vous les contrariétés que vous éprouvez par votre situation politique. La conduite de notre frère me peine sensiblement, vos procédés amicaux envers lui étaient faits pour le ramener, mais je vois avec chagrin qu’il y a peu d’espoir à conserver de ce côté. Je ne sais ce que je donnerais pour le voir rendu à ce qu’il doit à vous, à sa famille et à son nom.
Je désire que les eaux de Baden ainsi que la distraction que vous y trouverez vous fassent du bien. Soignez votre santé et dites-vous qu’elle est nécessaire au bonheur de tout ce qui vous aime et particulièrement au mien.
Mes tendres compliments à la reine ; apprenez-moi donc bientôt que vous donnerez un frère à votre petite Marie qui, dit-on, est un amour.
A M. de Schwartz , chargé d’affaires de Wurtemberg à Paris.
Schônau, 9 juillet 1817.
M. le baron de Schwartz,
Je vous autorise par la présente à faire en mon nom toutes les démarches nécessaires, soit vis-à-vis des tribunaux, soit vis-à-vis de toute autre autorité, pour m’assurer la rentrée des quatre-vingt mille francs en or qui m’ont été volés par le sieur Maubreuil, ainsi que le dédommagement auquel j’ai droit pour les dommages que mes bijoux ont éprouvés lorsqu’ils ont été jetés dans la Seine. J’approuverai tout ce que vous jugerez con-
venable de faire dans cette circonstance, persuadée que je ne puis mettre mes intérêts en de meilleures mains.
Approuvé la présente autorisation donnée par mon épouse à M. le baron de Schwartz-
Signé : Jérome.
Au roi Joseph, aux États-Unis.
Schônau, 7 août 1817.
Mon cher frère,
Nous trouvons enfin après deux ans de recherches inutiles, une occasion sûre pour vous demander de vos nouvelles et vous en donner des nôtres. Nous comptons assez sur votre amitié pour être certains que pendant ce long espace, vous vous serez rappelé de temps en temps d’un frère et d’une sœur qui ne cessent de vous chérir et de se souvenir du temps heureux qu’ils ont passé avec vous; quoique ces temps-là aient bien changé, ils n’ont pu diminuer en rien nos sentiments pour vous, au contraire le malheur semble rapprocher ceux qui s’aiment; je pense donc que ce ne sera pas sans quelque intérêt que vous lirez les détails que je vais vous donner sur les événements qui se sont passés depuis votre départ de Rochefort.
Vous n’ignorez pas sans doute que mon père fit toutesles iémarches auprès des souverains alliés pour obtenir que mon mari vînt dans le Wurtemberg et n’aille point en 3russe comme cela paraissait résolu. Toute cette négociaion.se tramait à mon insu et je ne l’appris que lorsque out était conclu, et mon mari déjà à la frontière. Le séjour ue j’avais fait depuis six mois à Gôppingen me faisait 'révoir le sort qui l’attendait ; mais toutes mes supplications ne purent détourner le coup qu’on lui préparait ; aussi
fut-il arrêté à l’entrée du royaume, malgré un traité signé qui lui assurait la liberté et les mêmes égards qu’à un prince de la maison.
Permettez que je glisse rapidement sur les moments affreux que nous y avons passés et dont le souvenir déchire encore mon âme. Mon père n’est plus, tout ce qu’il m’a fait souffrir doit donc être à jamais enseveli dans sa tombe ; qu’il vous suffise de savoir qu’après une captivité qui dura un an et la perte de la plus grande partie de notre fortune, mon frère aîné obtint après bien des délibérations notre sortie du royaume; nous demandâmes à aller à Rome, en Amérique ou en Autriche. Ce dernier seul nous fut accordé, et nous allâmes à Haimburg voir Caroline où nous restions neuf mois à chercher une terre qui ne nous éloignerait pas trop de Vienne, ne voulant point, en allant nous fixer en province, nous exposer à des contacts, toujours désagréables dans notre position, avec les autorités. Je ne vous ennuierai pas de toutes les tracasseries et contrariétés que nous avons éprouvées jusqu’à ce que nous ayons trouvé le lieu que nous habitons maintenant, qui est Schônau, situé à deux postes de Vienne, dans une contrée charmante, et possédant un des plus beaux parcs de l’Autriche.
Nous avons appris par les gazettes la belle habitation que vous vous êtes choisie, et les membres de la famille à Rome ne cessent de nous répéter que vous vous trouvez bien du parti que vous avez pris. Nous voudrions pouvoir vous rejoindre, mais des difficultés insurmontables pour le moment présent nous en empêchent, Lucien même n’ayan pu l’obtenir. Est-il vrai que vous formez un établissemen avec les Français qui vous ont suivi? Ceux qui sont réfugié; en Autriche sont tous dispersés et nous n’avons pa: comme vous la satisfaction d’être entourés dans le malheu
de ceux qui ont partagé notre prospérité et dont nous voudrions adoucir le sort actuel.
Vous apprendrez par le porteur de cette lettre que Caroline a aussi fait l’acquisition d’une terre qui n’est qu’à quatre lieues de la nôtre, et nous nous réunissons de temps en temps.
M. de Langlade, recommandable par les services qu'il a rendus au feu roi de Naples, et les malheurs qui en ont été la suite, mérite votre intérêt. Veuillez donc ne pas le lui refuser, c’est le seul espoir qui lui reste dans la situation déplorable où il se trouve avec une femme malade et trois enfants en bas âge.
Il y a bien longtemps que n’avons reçu directement des nouvelles de Julie. Nous savons seulement qu’elle est toujours très souffrante. Vos filles, à ce qu’on nous assure, sont toujours aussi jolies et spirituelles qu’elles promettaient de le devenir, et je conçois qu’il doit vous en coûter beaucoup de vous en voir séparé. Cependant la santé de Julie, au dire de tous les médecins, ne supporterait pas la traversée .
Louis nous a mandé vos projets de mariage; sont-ils réels? Je crains qu’ils ne soient retardés par les circonstances actuelles. Maintenant, mon cher frère, que je vous ai mis au fait de tout ce qui nous concerne, j’espère que votre amitié cherchera les moyens de nous donner des détails sur votre position qu’il nous tient si fort à cœur de connaître. Mon mari se joint à moi pour vous faire la même prière en vous assurant de toute son amitié.
Mon fils qui va bientôt atteindre sa troisième année fait toute notre joie ; il est très avancé pour son âge tant au physique qu’au moral, et j’espère qu’il se rendra digne un jour de vos bontés et du nom qu’il porte ; en attendant, veuillez bien lui donner une place dans votre bienveillance.
Schônau, 1" octobre 1817.
Mon cher frère,
Je m’attendais depuis longtemps à la nouvelle que vous venez de m’annoncer de la mort du duc Louis, notre oncle, cependant j’en ai été peinée, ayant toujours eu pour moi de l’amitié. Au reste, je suis comme vous de l’avis qu’il est plus heureux pour la duchesse et pour l’établissement de ses filles qu’il ait cessé d’exister. Quoique leur union ait souffert quelque altération dans les dernières années, les premiers sentiments se réveillent toujours au moment d’une éternelle séparation, de sorte que sa douleur n’en sera pas moins profonde ; il n’y a que vos procédés pleins d’amitié qui pourront y apporter quelque consolation.
Je vous prierai, mon cher frère, de faire remettre l’incluse à ma tante , désiraht lui prouver dans cette occasion que l’attachement que je lui porte ne saurait varier surtout dans une circonstance aussi triste pour elle. J’ai su que mon frère Paul était allé à Paris, toute sa conduite me navre le cœur ; je désire que ses folies ne lui attirent pas de désagréments, cependant je le crains, apprenant que ses opinions ne sont pas bien vues dans ce pays.
M. de Gayl est toujours encore retenu à Vienne.
Nous avons fait pendant six jours une petite course à Maria-Zells, l’exercice et la distraction m’ont fait du bien, surtout ayant joui pendant cette excursion du repos moral dont je suis si avide. On aime quelquefois à se
croire seul dans l’univers avec les objets de ses affections et à oublier tout le reste ; la beauté de la contrée est faite pour ces sortes d’illusions, et en vous disant que j’ai pensé à tout ce que je chéris, c’est vous dire assez que vous avez été présent à mon cœur et à mon imagination. Mille amitiés à la reine, elle m’excusera de ne pas lui écrire aujourd’hui : un baiser à la charmante Marie.
P. -S. — Mon mari vous prie d’agréer ses compliments.
A S. M. le roi de Wurtemberg .
Schônau, 30 décembre 1817.
Mon cher frère,
Votre ministre vous aura rendu compte du but du voyage de M. Abbatucci à Stuttgart et de là à Paris. La dernière lettre de M. Schwartz, au sujet de nos affaires avec le sieur Hainguerlot, nécessite de notre part cette démarche, et ce n’est qu’après en avoir conféré avec le prince de Metternich par l’intermédiaire de M. Abbatucci que nous avons été bien convaincus qu’il n’y avait que ce seul moyen qui pût nous faire rentrer dans nos droits.
Je pense, mon cher frère, que vous voudrez bien lui faciliter tous les moyens de pouvoir poursuivre sa route et l’assister de toute votre puissance, pour que nous rentrions dans la possession de biens qui nous ont été aussi indignement volés. M. Abbatucci a ordre cependant de ne rien faire que ce que vous jugerez à propos, ayant une entière confiance dans vos lumières ; si vous daignez le recevoir, il sera à même de vous donner toutes les
nouvelles qui pourraient vous intéresser à notre sujet; j'ose vous le recommander particulièrement comme un homme qui nous est tout dévoué et qui dans toute occasion nous a donné des marques d’un attachement à toute épreuve.
Votre secrétaire de légation Schaal vient de m’envoyer votre lettre du 22 courant. Nous connaissions la sévère surveillance qu’on exerce autour de nous,, et connaissons aussi tous vos ennemis dans ce pays ; soyez bien assuré de la discrétion que je mettrai dans mes lettres, mais je serais vraiment désolée, si la vôtre allait au point de me priver entièrement de votre correspondance; ce serait un nouveau surcroît à ma peine et notre situation actuelle nous en fournit journellement de nouvelles, mais il faut bien prendre son mal en patience.
A S. M. le roi de Wurtemberg .
Schônau, 27 janvier 1818.
Mon cher frère,
La goutte dont M. Abbatucci 1 vient d’être frappé, apporte un si grand retard à son voyage que je crains que vous ne me taxiez de négligence, et c’est un tort que je ne voudrais pas avoir à vos yeux, même en apparence. Je vous trace donc encore ce peu de lignes pour vous bien convaincre que votre vieille amie ne se trouve pas en défaut, mais qu’elle est bien contrariée par cette maladie, qui de toutes manières est venue bien mal à propos ; c’est un de ces contretemps qui n’appartient qu’au malheureux sort qui nous poursuit, ayant peur qu’elle n’entraîne après elle les suites fâcheuses que nous avions cru empêcher par l’apparition subite de M. Abbatucci qui ne pouvait
qu’intimider le sieur H . , qui probablement instruit
maintenant de sa venue à Paris, emploiera tous les moyens
l.M. Abbatucci, alors homme de confiance du roi Jérôme, dévoué aux Bonaparte et par la suite un des ministres de Napoléon III.
Son fils cadet quelque temps officier d’ordonnance de Jérôme, gouverneur des Invalides, est mort général de division. C’était un vigoureux et brillant officier.
pour se mettre en mesure. Il est si rusé, si retors dans tous les détours de la chicane, qu’il nous sera bien difficile de rentrer dans nos propriétés, et nous désespérerions entièrement de la réussite de ce procès si nous n’osions nous flatter que vous voudrez bien seconder nos démarches par votre protection. Cette affaire est si essentielle pour nous que je ne saurais assez vous la recommander, mon cher frère, et si vous accordez la faveur à M. Abbatucci de vous entretenir, il vous démontrera aisément combien nous serions à plaindre si nous devions perdre ce procès. Mon mari, par des motifs que vous devinerez et que vous voudrez peut-être bien apprécier, se prive du plaisir de vous écrire, mais en même temps il me charge de vous dire que les sentiments d’attachement qu’il vous porte sont à l’abri de tous les événements, et comme dans un bon ménage tout est en commun, c’est à qui de nous deux vous aimera, vous chérira le plus.
Adieu, mon cher frère, souvenez-vous de temps en temps des solitaires de Schônau. Mille amitiés à la reine.
A S. M. le roi de Wurtemberg .
Schônau, 9 février 1818.
Mon cher frère,
Apprenant qu’un courrier part demain pour Stuttgart, je le charge de ces lignes; je suis bien aise qu’il me procure l’occasion de vous parler confidentiellement d’une affaire qui me tient fort à cœur et que je désire traiter avec vous à l’insu de mon mari, ignorant si vous pourrez m’accorder la demande que je vais vous faire. Si elle réussit au gré de mes désirs.'jelalui communiquerai, sinon, l’affaire lui
restera inconnue et cela sera facile, personne n’en ayant connaissance que vous etmoi, mais je vais entrer en matière, sans un plus long préambule.
Depuis à peu près deux mois, mon mari comptait sur deux rentrées de 100,000 francs chacune qui viennent de lui manquer, et les bijoutiers d’ici s’entendent pour n’acheter les diamants qui lui restent qu’à vil prix. Il vient donc de se décider aies garder encore, jusqu’à une meilleure occasion, une partie de mes perles ont été vendues pour faire face aux engagements qu’il avait contractés sur la terre de Schônau. D’autres effets de valeur ont été de même proposés à tous prix, mais jusqu’à présent, malgré tous les moyens qu’on a employés, je n’ai pu réussir à m’en défaire. J’ai donc recours à vous, mon cher frère, dans la cruelle position où nous nous trouvons, et j'oserais vous prier de me prêter 200,000 florins qui seront placés en première hypothèque sur Schônau à raison de 5 °/0 d’intérêt par an et remboursables dans cinq ans. Je n’ai pas besoin, je pense, de vous dire que si vous pouvez accéder à ma demande, je vous en porterai une bien grande reconnaissance; mes sentiments doivent vous être assez connus pour en être bien convaincu, d’autant plus que je suis heureuse de me trouver à même de rendre service à mon mari. Votre cœur est fait pour comprendre le motif qui me guide dans cette circonstance. J’espère donc, mon cher frère, que ma prière ne vous paraîtra pas indiscrète, mais comme lerésultat de la confiance sans bornes que j’ai dans votre amitié.
Adieu, mon cher frère, quelle que soit votre réponse, croyez d’avance à mon inaltérable attachement.
A S. M. le roi de Wurtemberg.
Schônau, 20 mars 1818.
Mon cher frère,
Ce n’est qu’aujourd’hui que j’ai reçu votre lettre du 4 de ce mois, apportée par le comte de Gollowkin; je l’ai lue avec émotion et ne puis vous cacher que de me voir déçue dans mon espoir m’a affligée. Croyez cependant que je n’accuse que le sort impitoyable qui me poursuit de ce nouveau surcroît de peine : tout ce dont je vous prie, c’est de me garder le secret. Voyant l’impossibilité dans laquelle vous vous trouvez de soulager ma fatale position, je dois chercher d’autres moyens pour l’alléger, et me vois dans la nécessité absoluede vous en entretenir encore. C’est le cœur navré que je dois reporter vos regards sur notre captivité d’Ellwangen. Que ne m’est-il permis de jeter à jamais un voile impénétrable sur la cruelle influence qu’a eue sur toute notre existence cet affreux séjour ; vous mieux que personne êtes à même de vous convaincre de la vérité de cette assertion : ce n’est qu’aux violences arbitraires qu’on a fait éprouver à mon époux qu’il doit la perte de sa fortune, puisqu’il a été forcé de la confier clandestinement et presque sans titres à des personnes qui refusent maintenant de la lui rendre; notre position est telle que dans peu de temps il ne nous restera rien! D’autant plus qu'on ne peut se dissimuler qu’il y ait un système organisé de spoliation pour tout ce qui regarde les membres de la famille de mon époux. Se peut-il, mon cher frère, qu’après avoir occupé un trône et être née ce que je suis, l’on m’ôte jusqu’aux moyens d’exister!
Le traité de Fontainebleau ne peut (sans la plus grande injustice) ne pas être exécuté pour ce qui me regarde personnellement, ne pouvant être responsable des démarches que mon époux a jugé à propos de faire. N’ai-je donc pas les mêmes droits que ceux de l’impératrice Marie-Louise, de la reine Hortense et du prince Eugène, pour lesquels ce traité a eu son entière exécution? Je ne crois pas m’abuser, mon cher frère, lorsque j’espère que vous et l’empereur de Russie voudrez bien appuyer la note que je vais présenter en mon nom à chacun des souverains alliés (et dont je vous soumettrai la minute). L’histoire aurait peine à croire que fille, femme, sœur de roi, parente à tous les souverains alliés, je suis réduite à mendier mon pain. Pour ce qui regarde mon mari, soyez bien convaincu qu’il ne veut entendre parler ni du traité de Fo'ntainebleau, ni de secours étranger; son âme se révolterait de devoir quelque chose à ses ennemis, mais il ne s’oppose plus à la démarche que je crois devoir faire pour moi, puisqu’il ne se trouve plus dans le cas de me soutenir convenablement. Lors même qu’on écarterait le traité de Fontainebleau, peut-on me contester que je ne me sois unie au frère du souverain qui gouvernait la France, et comme tel, mon contrat de mariage ne peut-il pas avoir son exécution et n’a-t-il pas prévu en cas de malheur, un sort fixe pour moi? Certes, ce ne sont pas des événements pareils à ceux qui nous sont arrivés que mon contrat pouvait prévoir, mais pour les résultats n’est-ce pas la même chose, puisque je me trouve vis-à-vis de rien? Vous me connaissez assez pour savoir, mon cher frère, combien mon âme répugne à la démarche publique que ma position exige que je fasse, mais mon existence et celle de mon fils bien plus précieuse encore m’en font impérieusement la loi. Je conçois que la répétition de mes
CATHERINE DE WESTPIIALIE
malheurs doit vous affliger; mais je me trouve forcée par ma situation de vous prier instamment de réfléchir sérieusement à mon sort et à celui de mon fils! A qui puis-je m’adresser si ce n’est à vous qui, dans le moment, me tenez lieu de père. Je ne puis penser que l’empereur de Russie veuille refuser à sa cousine l’appui qu’il a prêté à des étrangers. Je vous prie, mon cher frère, de ne point me savoir mauvais gré de la franchise avec laquelle je m’explique avec vous : vous êtes le seul, je vous le répète, à qui je puisse ouvrir mon âme tout entière. Je souffre cruellement! Qui aurait pu penser que je serai réduite un jour à vous demander de vous occuper de mon existence? Et comment pourrais-je me dissimuler que je suis la cause (bien innocente du reste) de la perte de la fortune de mon époux, perte qu’il ne regrette que par rapport à moi et à son fils! Mais il nous est réservé de boire le calice de l’adversité jusqu’à la lie.
Je termine ces lignes par faire des vœux, mon cher frère, pour que vous n’éprouviez jamais de semblables malheurs, et pour que votre amitié me soit conservée.
A S. M. le roi de Wurtemberg .
Schônau, 23 mars 1818.
Mon cher frère,
J’avais bien prévu que mon voyage aux eaux de Baden- Baden souffrirait quelques difficultés, car lorsqu’il s’agit de nous, les choses les plus simples deviennent importantes. Si j’obéissais avec moins de répugnance aux ordres des médecins, c’est que je songeais au bonheur de vous revoir, et je puis même ajouter au besoin que j’en
éprouve, mais puisque vous en jugez autrement, je vais envoyer auprès du docteur Franck (dont je vous envoie la consultation) pour savoir si l’on ne pourrait pas trouver dans ce pays quelques eaux qui puissent sinon remplacer, au moins suppléer à celles de Baden-Baden. Ma santé est vraiment très délabrée, malgré qu’il n’y paraisse pas; il y a des jours où je suis enflée et d’autres où je ne puis rien digérer. J’écrirai plus en détail sur cet article à ma sœur, entre femmes on se comprend mieux.
Je vous observerai seulement, mon cher frère, que c’est toujours la chose que nous demandons qui est celle qui rencontre des obstacles, quoiqu’on nous assure constamment que nous sommes libres de faire tout ce qui nous convient; par exemple les médecins m’avaient ordonné les pays chauds et les bords de la mer, le Gouvernement a répondu que la politique autrichienne s’y opposait pour le moment. Nous étions établis à Erlau^ vu que par cet achat, nous nous sommes trouvés sans le savoir, en concurrence avec l’empereur d’Autriche, on nous en a chassés d’une manière indigne et on nous a pour ainsi dire forcés de nous établir à Schônau pour enrichir un favori. Cependant Schônau est encore plus sur la grande route que ne l’est Erlau ; à défaut des pays chauds, les médecins m’ordonnent les eaux de Baden près d’ici, le Gouvernement s’y oppose encore, sous prétexte qu’il y avait des archiducs, comme si les archiducs ne passaient pas tous les jours devant notre porte, et comme si le prince impérial n'habitait pas plusieurs jours de la semaine Thurnau, qui est limitrophe à notre parc! Avouez, mon cher frère, que cela ressemble un peu à une mystification, puisqu’on est toujours prêt à tout nous accorder, à l’exception de tout ce dont nous avons besoin.
A la reine Julie.
Schônau, 2 avril 1818.
Ma chère Julie,
Je sais que ce n’est pas trop présumer de votre amitié que de croire que vous êtes tout aussi charmée que nous, lorsque les circonstances font naître le moyen d’épancher plus librement nos cœurs. La personne qui vous remettra ces lignes ne vous est pas étrangère et vous pouvez en toute sûreté lui remettre vos lettres. Mon mari est dans le cas de demander vos conseils sur la démarche qu’il compte faire, il charge donc M. Las Cases de vous communiquer tout ce qui lui est envoyé.
Le projet que j’avais eu de me rendre aux eaux de Baden paraît rencontrer des obstacles, malgré l’état de ma santé qui nécessite l’usage de ces eaux, mais la haute politique à laquelle tout est subordonné empêchera probablement l’exécution de ce voyage. Cela me contrarie d’autant plus que j’avais espéré de pouvoir dans ma petite sphère être de quelque utilité à l’empereur; jugez donc, ma chère Julie, de quel bonheur j’aurais joui si par ma pressante sollicitation j’avais pu obtenir quelques soulagements pour cet être respectable qui réclame tous mes soins! Mon caractère trop connu, trop prononcé, fait probablement qu’on se méfie de moi; cependant il ne s’agit ici que de sentiments d’affection et de reconnaissance, et nullement de politique.
Dites, je vous prie, de ma part à M. Las Cases que ce n’est donc- pas à lui seul qu’appartient cette pensée et qu’il verra par là que ce n’est pas seulement les beaux esprits
Catherine de westphalie
qui se rencontrent, mais bien les sentiments d'un dévouement à toute épreuve quand il s’agit d’être utile à celui quenouschérissons si tendrement, mais laProvidcnce a peut être réservé au martyr du plus sublime dévouement d’achever son ouvrage et de remporter la victoire comme un autre Blondel.
Le plan de Longwood nous a infiniment intéressés. Nousl’avons arroséde nos larmes, dites-vous bien que les seuls moments dans lesquels nous jouissons de la vie sont ceux où nous lisons vos lettres, le reste du temps nous végétons et ainsi se passe un jour après l’autre en implorant sans cesse le ciel de vouloir bien changer notre déplorable situation.
Adieu, ma chère Julie, j’achève ma lettre en vous priant d’être bien persuadée que nous vous aimons de toute notre âme; nous embrassons tous vos enfants, mon fils baise ses cousines et les mains de sa Julie.
A S. M. le roi de Wurtemberg .
Augsbourg, 25 mai 1818.
Mon cher frère,
Hier à mon arrivée ici, j’ai trouvé votre lettre du 20. Je n’ai pu être rendue plus tôt à Augsbourg, n’étant partie de Schonau que le 18, une grande inondation m’ayant empêchée de suivre mon plan de me mettre en voyage le 15, et les retards que j’ai éprouvés en route m’ont retenue en chemin jusqu’à hier. Je partirai d’ici le 27 et j’espère être rendue le 28 à Louisbourg.
J’ai été bien contrariée de n’avoir pu réaliser mon premier projet, celui de me trouver auprès de vous pour Cath. de VVestph.
le jour de naissance de la reine, veuillez bien, mon cher frère, être l’interprète de tous mes regrets auprès d’elle.
Le moment où je vous embrasserai tous les deux sera compté parmi les plus beaux de ma vie et en y pensant, mon cœur bat de joie et d’impatience.
A S. M. le roi de Wurtemberg .
Wildbad, 20 juin 1818.
Mon cher frère,
Au moment où j’allais vous écrire sur mes intérêts, suivant la permission que vous m’en avez donnée lorsque j’ai quitté Stuttgart, j’ai reçu par estafette une lettre de mon mari en date du 14 de ce mois. Je ne puis mieux faire que de vous l’envoyer ; vous verrez par là, mon cher frère, combien ma confiance en vous est sans bornes, car je vous fais lire dans nos plus secrètes pensées.
Permettez maintenant que j’entre avec vous dans quelques détails sur ma position. Mon frère pourrait-il croire que je l’exagère, lorsque je l’assure qu’elle est telle que je doive lui demander son aide. Ne pourrai-je parvenir à le convaincre, et ne connaît-il pas assez mon caractère pour savoir combien de pareils aveux doivent m’être pénibles?
Il est bien vrai qu’à notre départ de France en 1814 nous avions à peu près six millions de valeurs, en comptant nos diamants, notre argenterie, nos deux terres de France récemment achetées, quelques créances et nos meubles. Mais il faut bien songer que nous n’avions aucune espèce de capitaux placés et que nous avons dû par conséquent vivre depuis quatre ans sur nos fonds; il faut se rappeler toutes les dilapidations qui ont été exercées
envers nous, comme par exemple un vol de 1,200,000 fr. du sieur H., sans compter les terres d’Italie qu’il nous a données en échange de Stains et de Villandry, et dont nous n’avons jamais joui. Enfin des diamants et notre vermeil estimés plus de deux millions n’ont produit, vendus à Stuttgart, que 700,000 fr. ; joignez à cela des créances dont nous ne sommes pas payés, et vous aurez une idée des causes du renversement de notre fortune.
L’achat de Wald qui nous avait été présenté comme une affaire- très avantageuse a été au contraire tellement mauvaise que depuis deux ans nous n’en avons pas touché un denier. Je crois même vous avoir dit que nous avions vendu cette terre, mais que l’acquéreur n'a pu la conserver, n’ayant pu se faire inscrire à la Landschaft; en conséquence nous avons dû la reprendre. Vous savez les circonstances impérieuses qui nous ont poussés à l’achat de Schônau, ne sachant à la lettre, du jour au lendemain, où aller. Ajoutez à cela qu’un homme d’affaires que nous avions pris sur les meilleures recommandations, même sur celle de M. de Pfuhl, nous assurait que c’était une bonne acquisition; malheureusement il s’entendait avec le vendeur pour nous tromper. Il serait trop long ici de vous détailler toutes les escroqueries et tous les abus de confiance dont nous avons été les victimes.
Il est vrai que nous avons encore des diamants qui sont estimés à 372,000 fr., et mes perles dont la valeur est peu de chose, mais ces objets sont déposés pour répondre d’un partie des 220,000 florins que nous devons.
Jusqu’à présent Schônau ne nous a rien rapporté, mais mon mari ayant mis des fonds considérables pour rétablir cette terre, nous pouvons espérer qu’à compter de l’année prochaine elle pourra rendre de 25 à 30,000 fr.
Au reste, mon cher frère, cet exposé fidèle de notre for-
Catherine de westphalie
tune ne peut être nouveau pour vous. La mission de M. de Pfuhl, s'il l’a remplie correctement, et les lettres que je vous ai adressées depuis deux ans en font foi.
Je ne saurais donc trop appeler votre attention sur les réclamations que j’ai à faire et d’où dépend mon existence future, celle qui est fondée sur mon contrat de mariage me paraît bien légitime, et vous ave z vous-même paru en reconnaître la validité en m’assurant que vous vouliez bien l’appuyer lorsque je le ferai valoir près des souverains alliés. Je vous envoie le projet de note que j’ai rédigé à ce sujet; veuillez me dire si vous l’approuvez. Il me sera doux de vous devoir le succès de cette affaire, persuadée d’ailleurs que vous ferez pour améliorer mon sort tout ce qui dépendra de vous.
Ma confiance et ma tendresse pour vous, mon cher frère, n’ont jamais varié, vous êtes et serez toujours mon frère chéri. Mes malheurs ont pu donner une teinte sérieuse à mon caractère, mais ils n’ont pas changé mon cœur. Vous sentez que dans ma position il est des sujets bien délicats à traiter. Tourmentée par une position cruelle et par l’incertitude du sort de ceux qui me sont si chers, je ne puis y songer sans une profonde douleur. On peut envisager le malheur pour soi-même, mais jamais pour ceux qu’on aime véritablement. C’est donc aux vicissitudes de la fortune que vous devez attribuer l’espèce de contrainte et de tristesse que j’éprouve, même en présence d’un frère que j’aime tendrement; je vous le répète, mes sentiments pour vous n’ont jamais éprouvé d’altération.
M. de Planat à M. le comte de Malchus.
Wildbad, 20 juin 1818.
Monsieur le comte,
Vous connaissez sans doute maintenant la démarche que la princesse vient de faire auprès du roi son frère, en lui envoyant la lettre du prince, son époux. Néanmoins la princesse désire que je vous en entretienne particulièrement, ayant en vous une confiance entière. La lettre qu’elle écrit au roi contient un exposé des causes qui ont amené le renversement de la fortune du prince, au point de ne pouvoir compter clairement que sur le revenu prochain de la terre de Schônau, estimé à 25 ou 30,000 francs. Elle contient en outre le projet d’une note à présenter aux souverains alliés pour réclamer l’exécution de l’article 10 de son contrat de mariage, et enfin une profession de foi sincère de ses sentiments pour son frère et l’espoir qu’elle met en lui pour son sort futur.
Mais l’effet de toutes ces démarches est éloigné et nos besoins deviennent de jour en jour plus pressants. Je crois donc devoir. Monsieur le comte, revenir encore sur ce sujet et vous rappeler qu’au mois d’août prochain, le prince Jérôme a pour près de 220,000 florins d’engagements à remplir. Sa position gênée est connue, et il ne trouve que des gens disposés à en profiter pour achever sa ruine. Vous connaissez la fierté de son caractère et l’élévation de ses sentiments, et vous savez qu’il aimera mieux voir crouler entièrement sa fortune que d’y déroger. C’est donc à ceux qui lui sont véritablement attachés, tels que vous, Monsieur le comte, à mettre tout en œuvre pour prévenir une funeste catastrophe. Le premier
moyen que j’en visage^ est la vente des diamants qui lui restent ; ils sont estimés à environ 150,000 florins d’Augsbourg, et si le prince pouvait réaliser cette somme avant le mois d’août, il trouverait des facilités pour le reste de ce qu’il doit. Si le roi de Wurtemberg voulait faire l’acquisition conditionnelle de ces diamants, il rendrait un service des plus importants à son beau-frère, et par conséquent à la princesse sa sœur, car, je le répète, le salut de cette intéressante famille ne peut plus être opéré par des secours éloignés; c’est à l’heure même qu’il faut venir à leur secours. Encore un mois, et ils sont perdus sans retour. x
Voici donc comme je pense que la chose pourrait être mise à exécution. La banque de Stuttgart remettrait à MM. Arnstein et Eskeles une somme de 150,000 florins d’Augsbourg et recevrait en échange par le Ministre de Wurtemberg à Vienne, ou de toute autre personne, des diamants pour une valeur semblable suivant l’estimation faite par le sieur Fenzi. Ces diamants pourraient être achetés par le roi, sauf à refaire une estimation contradictoire, et si l’on ne tombait pas d’accord sur le prix, le prince le rembourserait au bout de six mois en reprenant ses diamants et en tenant compte de l’intérêt à un taux qui serait déterminé. Je ne vois que cet expédient pour prévenir sa ruine totale.
Ces six mois de répit le mettront dans le cas de travailler efficacement au rétablissement de sa fortune et dans cet espace de temps son sort futur sera nécessairement décidé. Veuillez donc,Monsieurlecomte, soumettreau roi cette proposition et l’appuyer de cette chaleur, de cette éloquence persuasive que vous savez mettre aux choses qui vous intéressent.
J’espère que vous voudrez bien considérer cette lettre
comme entièrement confidentielle. Je viens de la soumettre à la princesse qui l’approuve et qui vous prie d’en faire l’usage que vous croirez le plus favorable à ses intérêts, car, je vous le répète, Monsieur le comte, elle met toute sa confiance en vous.
Projet de Note relative à la lettre du 19 juin 1818.
La princesse Catherine Jérôme de Montfort, née princesse royale de Wurtemberg, a l’honneur de soumettre aux Hautes Puissances alliées, les droits qui résultent de son contrat de mariage et les justes prétentions qu’elle forme envers le Gouvernement français d’après l’art. 10 dudit contrat, dont la teneur suit :
a S. M. l’empereur des Français, roi d’Italie, assignera à S. A. I. la princesse Catherine, pour son douaire, une rente de 120,000 fr., avec une habitation convenable à son rang, etc., etc. ».
Tant que la princesse Catherine a pu espérer que la fortune particulière du prince son époux pourrait suffire à son existence, elle n’a pas voulu réclamer l’exécution de l’article susmentionné, mais aujourd’hui que des pertes considérables ont ébranlé et presque entièrement renversé la fortune de ce prince, il est de son devoir, et comme princesse et comme mère, de réunir tous les moyens qui lui restent pour assurer son existence et l’avenir de son fils, objet de toute sa sollicitude.
Le contrat dont il s’agit, est daté du mois de septembre 1806. La princesse Catherine épousa alors un prince français, frère du souverain qui régnait sur la France et qui, comme tel, prit l’engagement de lui assurer un douaire de 120,000 francs de rente annuelle et une
habitation convenable à son rang. Le chef actuel du Gouvernement français, en reprenant tous les droits de celui qui l’a précédé a pris aussi l’obligation de remplir tous ses engagements.
C’est d’après ce principe incontestable que la princesse Catherine Jérôme de Montfort réclame l’intervention des Hautes Puissances alliées près du Gouvernement français pour l’exécution de l’art. 10 de son contrat de mariage.
Elle espère de la générosité des monarques alliés et de leur amour pour la justice qu’ils accueilleront favorablement cette demande et qu'ils honoreront l’infortune non méritée d’une princesse qui s’est, vue fille, femme et sœur de rois.
A S. M. le roi de Wurtemberg.
Wildbad, 3 juillet 1818.
Mon cher frère,
J’ai lu avec la plus grande attention le rapport du comte de Zeppelin sur le projet de note que je vous ai soumis. Je vois d’après ce rapport :
1° Que j’ai peu de chose à espérer de la réclamation touchant mon contrat de mariage, le traité de Fontainebleau paraissantannuler les avantages quiy sontstipulés.
2° Mais que d’un autre côté il paraîtrait que j’aurais droit à réclamer l’exécution de ce dernier traité pour ce qui me concerne. Vous savez, mon cher frère, que cela a été de tout temps l’opinion de mon mari, ainsi que la mienne. Je ne doute pas qu’éclairé sur ce point, vous ne consentiez à faire pour moi ce que l’empereur d’Autriche et le roi de Bavière ont fait pour leurs filles.
Si la chose peut se traiter officiellement et si, comme je présume, on ne peut invoquer ouvertement le traité de Fontainebleau, j’ose espérer que vous voudrez bien recourir aux moyens que le comte de Zeppelin semble indiquer dans son rapport, lorsqu’il parle de traité subséquent.
J’ai cru, mon cher frère, que la manière la plus claire de bien s’entendre à ce sujet serait de diriger une note sous le titre d’observation, que je vous prie instamment de lire, cette forme permet aussi de faire discuter mes raisons par vos ministres.
J’attendrai votre réponse avec une vive impatience, mon séjour ici ne pouvant désormais se prolonger longtemps. Dès que je connaîtrai vos intentions, je ne perdrai pas un instant pour adresser une réclamation de concert avec vous aux empereurs de Russie et d’Autriche.
Veuillez faire mes amitiés à la reine.
A S. M. le roi de Wurtemberg .
Wildbad, 10 juillet 1818.
Mon cher frère,
D’après votre aimable invitation, je me rendrai le 15 à Stuttgart, j’y aurais été plus tôt si le séjour de la reine douairière au Teinach ne m’obligeait à lui rendre visite samedi et lundi prochains.
Je vous remercie en même temps pour les lettres de mon mari que vous avez eu la bonté de m’envoyer. Je me réjouis de pouvoir vous témoigner de vive voix toute ma reconnaissance pour l’intérêt que vous prenez à ce qui me touche et dont je me crois digne par l’attachement que je vous porte.
Wildbad, 11 juillet 1818.
Mon chère frère,
Je me vois encore obligée de vous importuner : un nouveau billet de M. Abbatucci que vous trouverez cijoint me force encore à retarder mon départ de quelques jours. Dans sa lettre à mon mari, il mande que c’est pour
mettre en ordre les titres de l’affaire du Sr G . qu’il a
besoin de me voir. Il lui a fait signifier le jugement et il fait rédiger un mémoire à consulter pour fixer la marche à suivre.
La reine douairière est venue me voir hier et m’a fait promettre de passer quelques jours chez elle. Je comptais y aller après demain et en partir le 15, mais ce projet est changé, et j’espère que vous ne trouverez pas mauvais que je passe au Teinach le temps qui précédera mon départ. Je viens d’écrire à M. Abbatucci pour lui fixer le 24 au plus tard, et si à cette époque il n’est pas venu, je partirai de suite pour retourner à Schônau, où il me tarde de rejoindre mon mari.
Voudriez-vous permettre que pendant mon séjour au Teinach, j’aille vous faire une visite de quelques heures seulement pour vous entretenir de mes affaires et principalement pour décider la forme de mes réclamations auprès des alliés, car je crains que tous ces retards n’entraînent une perte de temps irréparable.
Veuillez faire agréer mes regrets à la reine et lui faire mille compliments de ma part.
Le prince de Metternich à Catherine.
Franzensbrünn, le 11 août 1818.
Madame,
J’ai reçu la lettre dont Votre Altesse Royale m’a honoré en date du 20 juillet, ainsi que la copie de celle qu’Elle a adressée en même temps à l'empereur. Je m’empresserai de prendre les ordres de Sa Majesté sur l’objet de la demande de Votre Altesse Royale. Mais en attendant je ne puis Lui dissimuler qu’Elle présente des grandes difficultés, à une époque surtout où les souverains alliés ne peuvent plus disposer de rien, puisqu’ils sont liés euxmêmes par les traités qui ont déterminé l’état de possession actuel de tous les princes régnants et celui des charges qu’ils sont appelés à supporter. C’est par ces mêmes traités que le sort de S. M. Madame l’Archiduchesse Marie- Louise a été fixé; et quant à son Altesse Royale monseigneur le duc de Leuchtenberg , l’établissement qu’il a obtenu est également une suite des arrangements qui avaient été convenus antérieurement entre les alliés.
Il n’a rien été stipulé alors en faveur de Votre Altesse Royale, ce qui rend infiniment difficile de lui former aujourd’hui un établissement. Elle paraît croire qu’au moyen d’un traité simulé il serait possible de Lui assurer un revenu fixe; mais jamais les souverains alliés ne consentiront à adopter ce moyen, et en supposant même qu’il fût admissible, sur qui faire porter aujourd’hui cette charge que les alliés ne sont plus en droit d’imposer ni à la France ni à aucune autre puissance ?
Dans une affaire d’un aussi grand intérêt pour Votre Altesse Royale j’aurais cru manquer à la confiance dont
Elle m’a honoré en lui dissimulant les difficultés que doit naturellement rencontrer l’objet de sa demande.
Présentée par Sa Majesté le roi de Wurtemberg et appuyée par lui, peut-être cependant les souverains alliés ne se refuseront-ils pas à la prendre en considération. C’est du moins, d’après ma conviction, la seule voie qu’on puisse conseiller à Votre Altesse Royale et personnellement je fais des vœux sincères pour qu’elle lui soit favorable.
A S. M. le i'oi de Wurtemberg.
Schônau, 17 août 1818.
Mon cher frère,
De loin comme de près je me vois forcée de vous entretenir continuellement de nos intérêts, c’est pourquoi je m’empresse de vous informer que le cardinal Fesch vient de nous payer 150,000 fr. sur 214,000 fr. qu’ilnous devait. Cette somme réunie à la vente de nos diamants qui va se faire nous met à même de payer ce que nous devons.
Nous avons inutilement attendu l’arrivée de M. Kaula,
espérant que peut-être nous pourrions nous arranger avec lui d’une manière moins onéreuse, mais n’en entendant pas parler et le terme étant échu, nous nous trouvons dans la nécessité absolue de réaliser à tout prix cette somme pour ne pas manquer à nos engagements, et d’accepter les offres faites par les bijoutiers qui connaissant nos embarras, nous payent à peine la moitié de la valeur des objets.
Le moment du Congrès approchant, j’espère, mon cher frère, que vous ne perdrez pas de vue notre pénible position.
Je n’ai encore pu voir l’empereur d’Autriche, mais il m’a fait dire par M. Kutschera que je pouvais compter qu’il ferait ce qui dépendrait de lui pour m’être utile.
A Madame Mère.
Schônau, 23 septembre 1818.
Ma chère maman.
Je suis vraiment bien inquiète de n’avoir ancune nouvelle de vous. Je ne sais à quoi attribuer la rigueur avec laquelle vous nous traitez. 11 est vraiment affligeant pour nous de n’avoir pas de relations directes avec vous et que ce soit toujours par de tierces personnes que nous apprenons vos projets et de vos nouvelles. Les relations que nous avons avec Caroline sont purement amicales et non pas intimes, comme vous paraissez le croire : nous nous voyons, mais de loin en loin, par conséquent lorsque vous mandez quelque chose à Caroline qui pourrait nous intéresser, nous courons risque de n’en point être informés puisque nous nous voyons aussi rarement.
Dites-nous, je vous prie, ma chère mère, si vous avez donné suite au projet qu’on vous avait proposé de remettre une note au Congrès en faveur de l’empereur? Nous se- •ions bien fâchés si vous ne l’aviez pas adopté, cela ne oouvant faire qu’un très bon effet et les cris d’une mère ;ont trop respectables pour ne pas être écoutés. Vous aurez m le plaisir d’embrasser le petit Louis, car d’après les ournaux, il est avec son père.
La santé de Jérôme est meilleure quoiqu’une ébullition, uite des bains, le retienne à la maison; il me charge de
vous dire mille choses tendres de sa part et il vous prie ainsi que moi de nous donner bientôt de vos nouvelles.
Rappelez-nous, je vous prie, au souvenir du reste de la famille.
A Madame Mère.
Schônau, 30 octobre 1818.
Ma chère maman,
Nous apprenons par une voie indirecte que vous venez de faire des démarches au Congrès relativement à l’empereur, c’est une chose qui nous tient si fort à cœur que nous désirons en obtenir la confirmation par vous-même. Veuillez donc, chère maman, nous en dire un motet nous apprendre en même temps quel résultat aura eu cette démarche.
Nous osons vous prier de vouloir bien nous adresser directement votre réponse, vu que ce que vous écrivez à Caroline ne nous est pas communiqué, nos relations avec elle étant peu fréquentes. L’on nous assure aussi que le Ministre anglais a fait écrire au Cardinal pour l’autoriser à envoyer à l’empereur un prêtre et un médecin ; cette nouvelle est-elle fondée? Dans ce Cas, nous vous proposerions comme médecin, M. Fourcaud de Beauregard, qui avait suivi l’empereur à l’île d’Elbe et que vous connaissez. Il est attaché à notre service; connaissant parfaitement la constitution de l’empereur, il nous paraîtrait préférable à tout autre, et quelques besoins que nous puissions en avoir nous-mêmes, nous serions heureux de nous en priver pour le soulagement de l’empereur. Il consent avec plaisir à accomplir une si digne vocation. Dans la supposition où vous agréerez cette offre, vous voudrez
bien nous indiquer la marche que nous devons tenir pour la mettre à exécution. Que ne nous est-il permis à nousmêmes d'aller prodiguer nos soins à l’empereur et de partager ses fers.
Je ne vous parle pas de nos affaires particulières pour ne pas aggraver vos sujets d’affliction, car elles vont toujours au plus mal.
Adieu, ma chère maman, la santé de Jérôme va beaucoup mieu*, et lui et moi nous vous baisons les mains.
Nos compliments, je vous prie, à toute la famille.
A la reine Hortense.
Schônau, 6 novembre 1818.
Ma chère sœur,
Nous apprenons que maman vient de faire la démarche dont nous étions convenus. Il nous tarde d’en apprendre le résultat. D’un autre côté les journaux nous assurent que Marie-Louise appuyée par son père, en a fait une semblable, et que l’empereur de Russie a remis une note par laquelle il demande que l’empereur soit remis en liberté. Ces démarches réunies auront, il faut l’espérer, un heureux succès, et certes nous devrons bénir la main qui aura délivré l’empereur des tourments atroces dont il est la victime. Vous avez sans doute connaissance de la lettre du général Gourgaud qui se trouve dans le Vrai Libéral du 20 octobre? Elle nous a émus jusqu'aux larmes. Nous ignorons si elle a été remise à sa destination, mais nous sommes enchantés de voir que le général Gourgaud est resté fidèle à ses principes et que s’il a eu quelques différends avec les alentours de l’empereur, il n’en conserve
pas moins le dévouement et le sentiment de son devoir vis-à-vis de son bienfaiteur. M. Las Cases a de môme adressé une lettre à l’impératrice Marie-Louise, et il est douteux de la manière dont elle est entourée et surveillée qu’on lui en remette de pareilles. Je ne l’ai pas vue pendant son séjour à Baden, quoique ce ne soit qu’à deux pas de chez nous.
A Madame Mère.
Schônau, 10 novembre 1818.
Ma chère maman,
C’est avec peine que nous avons vu revenir M. d’Hautmesnil sans qu’il nous ait apporté de vos nouvelles, ni de celles d’aucun autre membre de la famille. Nous ne pouvons concevoir pourquoi vous et les autres nous traitent avec tant d’indifférence; il me semble aussi, ma chère maman, que vous auriez bien dû nous envoyer par lui la copie de la note que vous avez remise aux alliés au sujet de l’empereur. Vous ne pouvez, je pense, douter de l’intérêt que nous prenons à tout ce qui le concerne et que toute notre existence est abreuvée d’amertume de le voir aussi malheureux. On assure généralement que l’impératrice Marie- Louise, appuyée par son père et l’empereur Alexandre, ont fait une démarche semblable à la vôtre à Aix-la-Chapelle; espérons donc, ma chère maman, que tant de soins réunis atteindront le but de délivrer l’empereur de l’horrible captivité où il se trouve. Votre cœur maternel doit être satisfait de la lettre du général Gourgaud adressée à l’impératrice Marie-Louise. Une fois le sort de l’empereur adouci, nous supporterons avec plus de résignation
le nôtre qüi est bien aussi déplorable. Notre fortune qui est presque anéantie, m’a forcée de réclamer le secours des souverains alliés; j’ignore jusqu’à présent leurs résolutions, mais ayant de mon côté le bon droit et la justice, je ne puis douter qu'ils prendront égard à ma position.
Nous avons appris avec une satisfaction réelle que votre santé est bonne ainsi que celle de Pauline, veuillez lui faire nos compliments ainsi qu’à Lucien, Fesch et Louis.
P.-S. — Il y a quelques jours qu’on nous avaitassuré que le cardinal était mort: jugez de notre frayeur. Nous nous sommes de suite adressés au ministre pour savoir si la chose était vraie, il nous a heureusement assuré que la nouvelle était sans fondement.
A Madame Mère.
Schonau, 22 novembre 1818.
Ma chère maman.
Vous aurez vu par ma lettre du 30 octobre que nous avons eu la même idée que vous au sujet de M. Fourcaudde Beauregard et qu'il est prêt à se rendre à Sainte- Hélène lorsqu’on lui aura indiqué et assuré les moyens de son embarquement; veuillez donc nous mander les démarches qu’il sera dans le cas de faire.
Pour ce qui regarde M. de Planat, jamais nous n’avons mis aucune opposition à ce qu’il allât rejoindre le comte de Las Cases, nous avons simplement fait sentir à ce dernier que pour que M. de Planat devint réellement utile à l’empereur, il fallait qu’il fût soutenu par un Gouvernement. Le Congrès terminé, il s’adressera à l’Autriche, cemoment nous paraissant plus opportun qu’un autre pour une semblable démarche; ainsi si on lui accorde sa demande, il sera libre
Cath. uf. Westph.
CATHERINE DE WESTPIIAL1E
le 1er janvier de suivre sa nouvelle destination. Au reste je crains que sa santé n’apporte des obstacles insurmontables à son zèle et à son dévouement, étant presque aussi souffrant que le comte de Las Cases, et ne pouvant surtout s’appliquer à écrire longtemps de suite. Nous n’avons point entendu parler de la nouvelle que vous nous donnez de la translation de l’empereur à Malte. Ici on prétend que c’est à Casan qu’il sera transporté. Je ne vous parlerais pas de ces on dit, qui jusqu’à ce jour paraissent être sans fondement, si vous ne désiriez être instruite de tous les bruits qui courent à ce sujet; mais ce qui paraît certain c’est que son sort sera amélioré. Lorsque nous saurons quelque chose de plus positif à cet égard soyez assurée que nous nous empresserons de vous le mander.
Nous sommes surpris d’apprendre que Louis ait fait une démarche semblable à la vôtre auprès des souverains alliés. Tout en rendant justice au mouvement qui l’a guidé je vous observerai cependant, ma chère maman, que toute démarche faite individuellement dans une cause aussi sacrée devient un reproche pour les autres membres de la famille qui, par leur silence, semblent ne pas partager les mêmes sentiments. Pourquoi Louis n’en a-t-il pas écrit un mot à Jérôme? Il est tout simple que comme mère vous ayez pu agir seule, puisque naturellement vous nous représentez tous; mais, je le répète, il me semble qu’un autre n’aurait pas dû le faire individuellement.
Nos affaires vont toujours de même, c’est-à-dire mal; j’ai beau écrire à qui je veux, je n’obtiens pas de réponse, et par conséquent point de résultat. Caroline, ses filles et Lucien ont passé avec nous la journée du 15 de ce mois. La santé d’Achille1 est entièrement remise, à l’exception du