‹ Correspondance Inédite de la Reine Catherine de Westphalie, née Princesse de Wurtemberg Avec sa faChapitre 14 sur 20 · Achille Murat, fils aîné de Caroline · texte numérisé non relu

Achille Murat, fils aîné de Caroline

mouvement de ses mains qu’il ne retrouvera qu’à la belle saison.

Adieu, ma chère maman, Jérôme et moi nous vous emirassons bien tendrement. Notre fils est à vos pieds.

P. S. — Est-il vrai, comme le disent les journaux, lue le Cardinal ait vendu sa galerie de tableaux à lord Wellington?

A Madame Mère.

Schônau, 28 novembre 1818.

Ma chère maman,

Je suis vraiment étonnée du reproche que vous me u'tes, n’ayant mis aucune interruption dans ma corres-

Iondance que pendant mon absence de Schônau, et depuis ois mois que je suis de retour, voilà la sixième fois que vous écris. Quant aux nouvelles de Rome, nous n’en /ions pas reçu directement depuis plusieurs mois, lorsle votre lettre du 31 octobre m’est parvenue ainsi que ■lie que vous m’écrivez du 13 courant et que je reçois

! ijourd’hui. Nous n’avons été instruits du voyage de ouis à Florence que par les journaux; M. d Hautmesnil ue je n’ai vu qu’un moment chez Caroline, le 4 de ce pjois, jour de sa fête, ne m’a donné que très superfiellement des nouvelles de toute la famille. Comment tuiez-vous donc que nous ayons été instruits de votre (marche? Nous sommes peinés de voir que vous nous siusez de n’avoir pas voulu faire agir auprès des alliés ( faveur de l’empereur. Permettez-moi quelques réfxions à ce sujet. D’abord nous ignorions absolument

CATHERINE DE WESTPIIALIE

si vous consentiriez à en faire une semblable; si dans ce ca: vous la feriez seule, au nom de toute la famille, et si dan: le cas contraire, les autres membres de la famille réuni: ne devaient pas en faire une de leur côté. Au lieu de cela nous apprenons tout d’un coup que vous et Louis l’ave; faite séparément et cela au moment où le Congrès tire ; sa fin. Il me semble, je ne puis trop vous le répéter, mr chère maman, que la famille, sans aucune exception aurait dû s’entendre pour faire cette démarche.

Jérôme ne l’aurait d’abord jamais faite individuellemen sans consulter ses frères par la crainte de blesser l'un oi l’autre, en se séparant d’une cause qui doit leur êtr commune, et qu’il ne peut vouloir chercher, dans urr affaire aussi majeure, simplement l’éclat qui pourrait ei résulter. Vous êtes aussi dans l’erreur lorsque vous croye que nous serons plus tôt instruits que vous de la déter mination des alliés à cet égard, car nous vivons ici dan un isolement profond et nos nouvelles datant presqw toutes des gazettes. C’est d’elles aussi que nous apprenon les détails du soi-disant complot qu’on a découvert ; Sainte-Hélène, forgé sans doute pour ôter à l’empereu les appuis qu’on dit qu’il a trouvés dans les empereur d’Autriche et de Russie.

Soyez bien convaincue, ma chère maman, que je vou tiendrai au courant de tout ce qui peut vous intéresse sur le compte de l’empereur, et que j’ai trop à cœur c i qui le regarde pour ne pas vous en instruire de suite.

Je vous quitte, ma chère maman, pour écrire deux mot à Pauline, dont la santé nous inquiète. Mon fils aussi es malade depuis plusieurs jours d’une éruption accom pagnée de fièvre; j’espère cependant que cela n’aura pa ; de suite.

Jérôme me charge de vous dire mille choses tendres cl

;a part, il est ainsi que moi bien chagrin, bien triste de out ce qu’il voit, de tout ce qu’il entend, et sans l’espoir l’une Providence, on s’abandonnerait au découragement,

A la princesse Élisa.

Schônau, 3 décembre 1818.

Ma chère Élisa,

Jérôme a reçu votre lettre du 25 et me charge d’y réponre. Vous aurez vu, d’après ma dernière, que l’on n’a oint encore à Vienne la traduction française des Mémoires u comte de Las Cases. Dès qu’on pourra les avoir nous tcherons de vous les envoyer. Si vous ne connaissez pas ■s lettres qu’il a écrites à Lucien et à lord Bathurst, qui i trouvent insérées dans ce même ouvrage, il nous sera ,cile de satisfaire votre curiosité à cet égard.

Quant aux prétendus Mémoires de Louis, la première icasion qui se présentera vous les portera.

Je joins à ces lignes la lettre du général Gourgaud ; vous irez sans doute instruite de son départ de Londres; lisez ;ce sujet les Beobachter du 1er, du 2 et du 3; vous y trouvez aussi les détails du prétendu complot qu’on dit ; oir été découvert à Sainte-Hélène.

La manière même dont on le rapporte prouve évidemment la fausseté de cette nouvelle, et qu’elle n’a été forgée ( e pour ôter l’ intérêt que le public manifeste sur les mutés raffinées qu’on fait éprouver à l’empereur. Au rste, personne n’en est dupe, et de ce côté leur intention ; échoué.

A Madame Mère.

Schonau, 31 décembre 1818.

Ma chère maman ,

Je n’ai malheureusement que trop acquis la certitud qu’il n’est pas question que l’empereur change de domi cile; nous devons nous borner uniquement à espérer que s position dans l’île sera améliorée, et que sir Hudson Low lui-même demandera d’être remplacé dans ses fonctions Voilà, ma chère maman, les seules nouvelles consolante que je puisse vous donner au sujet de l’empereur; peui être trouverez-vous vous-même l’occasion dans cette anné d’invoquer plus particulièrement la justice de personne qui lui tiennent de près et que les représentations d’un mère feront plus d’effet que toute autre.

J’ai vu l’empereur de Russie pendant son séjour Vienne, qui m’a promis de s’intéresser à mes affaires pai ticulières. J’aurai soin, ma chère maman , de vous instruir du résultat.

A la princesse Élisa.

Schônau, 1er janvier 1819.

Ma chère Élisa,

Dans ma dernière, je me livrais à l’espoir de pouvoir moi-même vous exprimer de vive voix une félicitation pour le 3 de ce mois; j’avais d’autant plus lieu de l’espérer que le Congrès devait, il me semble, aplanir toutes les difficultés qui paraissent s’opposer à notre réunion, mais malheureusement jusqu’à présent, malgré toutes nos représentations, nous n’avons pu fléchir la prévention ( je me sers de ce terme puisqu’on ne peut alléguer de motifs plausibles) contre notre établissement dans ce pays. Cependant on sait que l’humidité de Schônau en hiver me tue, mais qu’est-ce que la vie d’un individu contre cette politique oppressive qui ne cesse de s’appesantir sur toute notre famille? Je me suis adressée à l’empereur Alexandre que j’ai vu deux fois lors de son séjour à Vienne, pour réclamer de sa justice le droit que me donne mon contrat de mariage et la partie du traité de Fontainebleau qui me regarde, me trouvant à cet égard le même droit que l’impératrice Marie-Louise et le vice -roi d’Italie. Il m’a fait espérer qu’il prendrait égard à ma posi-

lion, mais je suis si lasse d’espérances déçues que je ne veux m’y livrer que lorsque j’en verrai le résultat. Celle que nous avions conçue de la translation de l’empereur de Sainte-Hélène est évanouie. Tout ce qui nous reste à espérer, c’est que sa position physique sera plus supportable à l’avenir.

Le prince de Metternich à Catherine.

Vienne, le 11 janvier 1819.

Madame,

Votre Altesse Royale me rend justice lorsqu’elle est convaincue que je m’estimerai toujours heureux de pouvoir faire une chose qui lui soit agréable ; mais je la supplie de croire qu’il n’est pas toujours en mon pouvoir de me prêter aux désirs qui me sont exprimés en son nom. C’est précisément le cas pour la demande qu’elle m’a fait l’honneur de m’adresser en faveur de Mme ia comtesse de Kielmansegg; elle est malheureusement du nombre de celles qui ne peuvent être accordées.

Le Gouvernement a eu des raisons particulières pour ne pas permettre à cette dame de revenir en Autriche, les ordres relatifs à cette défense ont été donnés pendant mon absence, et je ne puis rien y changer. J’avais déjà eu l’honneur d’en faire prévenir verbalement M. le prince de Montfort par M. le chevalier d’Odelga pour éviter à Votre Altesse Royale une démarche inutile.

A la princesse Élisa.

Schônau, 4 février 1819.

Ma chère Élisa,

Vous auriez bien tort cle croire que nous vous envions votre bonheur intérieur; parmi nos nombreux soucis, c’est un point de consolation pour nous que celui de vous voir satisfaite de votre position, jouissez-en donc et ne cessez de nous la faire partager. Pour vous donner nne idée de la tristesse de notre vie journalière, je vais vous décrire une de nos journées, l’une ressemble à toutes.

Nous nous levons à huit heures; à dix heures et demie on déjeune, puis nous nous promenons, soit à pied, soit en voiture, lorsque le temps le permet ; de retour de cette promenade, chacun vaque à ses occupations: moi j’écris, je lis et travaille le plus souvent jusqu’à cinq heures et demie où la cloche annonce le dîner. Depuis ce moment jusqu’à dix heures où nous allons nous coucher, nous sommes établis autour d’une grande table ronde où nous autres dames nous travaillons : Jérôme et ces Messieurs font ordinairement une partie de billard, quelquefois je fais des patiences, auxquelles, vous pensez bien, j’attache une idée. Combien n’en ai-je pas fait pour savoir si nous irions à T rieste ?

FrohsdorfP qui aurait pu nous être d’un si grand agrément n’est pour nous qu’une source continuelle de tracasseries, car nous ne nous voyons pas une fois que nous n’en éprouvions, aussi avons-nous pris le parti de ne plus nous voir.

1. Caroline, veuve de Murat, était alors fixée à Frohsdorff près des Jérôme.

Nous devons croire que Caroline est bien aise qu’on se soit mis sur ce pied, puisque Jérôme étant malade elle n’est pas venue le voir, et quand dernièrement je l’ai été deux fois, elle n’a pas même fait demander de mes nouvelles. Malgré cela, nous avons envoyé notre fils le jour de l’an pour la féliciter, et moi, à peine convalescente, je lui ai fait ma visite.

Croyez-vous qu’après avoir eu la politesse de lui faire annoncer la mort de ma belle-sœur, elle ne soit pas venue me voir?

Achille, qui est entièrement rétabli et qui fait chaque jour des courses à pied à Neustadt, n’est pas seulement venu nous remercier des soins que nous lui avons donnés pendant sa longue et terrible maladie. Le pauvre enfant n’en peut rien, je dirai plus, c’est que Caroline n’est pas maîtresse de faire ce qu’elle veut... elle-même est subjuguée et dominée... mais il est triste de voir qu’elle se soit mise dans une pareille dépendance.

A la reine de Naples.

Schonau, 21 février 1819.

Je suis tout aussi chagrinée que vous, ma chère sœur, de ne pas avoir le plaisir de vous voir aujourd’hui. Recevez mes remerciements pour le charmant cadeau que vous avez bien voulu me faire; je le regarde comme une nouvelle preuve de votre amitié pour moi, et c’est comme tel qu’il me devient précieux.

Il ne me reste qu’à gémir, ma chère sœur, de voir les nuages continuels qui s’élèvent entre vous et mon mari.

CATHERINE DE WESTPHAUE

Tout ce que je puis vous dire, c’est qu’ayant une connaissance bien approfondie du caractère de Jérôme, luimême se trouve péniblement affecté de toutes ces tracasseries. — Notre position, les malheurs que nous éprouvons journellement ne sont-ils pas faits pour resserrer les liens de parenté et ne devraient-ils pas nous tenir à cœur mutuellement d’éviter que le public fût en tiers dans la froideur qui règne entre nous ?

Pardonnez-moi, ma chère sœur, ces réflexions, mais elles partent d’un cœur qui vous est sincèrement attaché et qui ne saurait mieux vous le prouver qu’en vous disant franchement ce qu’il pense.

Mon fils vous baise les mains.

Au roi Joseph en Amérique.

Baden, 9 mai 1819.

Mon cher frère

Ce sera notre bonne, notre excellente Julie qui vous remettra ces lignes et tout en concevantl’empressement que vous avez qu’elle vous rejoigne ainsi que vos aimables filles, nous n’en éprouvons pas moins les regrets les plus vifs de les voir s’éloigner de nous sans les avoir revues. Je crains que la traversée n’influe sur la santé de Julie qui est, dit-on, très chancelante, je n’ose m’appesantir sur une pareille idée... Pardonnez, mon cher frère, si je vous communique des pensées aussi tristes, mais l’attachement que je porte à Julie me les fait concevoir et je ne puis vraiment m’habituer à celle de me voir séparée, peut-être pour toujours, d’une sœur aussi chérie. J’attends de votre amitié, mon cher frère, que vous voudrez bien de temps en temps me donner de vos nouvelles ainsi que de celles

de Julie et de vos enfants; par ce moyen vous parviendrez à nous adoucir les rigueurs d’un aussi grand éloignement. J’ai reçu avec un plaisir infini votre lettre datée du 11 janvier, et je vois avec joie que vous ne regrettez pas le parti que vous avez pris de vous établir en Amérique; tous les détails que vous me donnez m’ont vivement intéressée, et d’après la description delaposition de votre campagne, vous me donneriez envie d’aller vous y trouver.

Je ne perds pas cependant tout à fait l’espoir de vous revoir en Europe et de nous retrouver peut-être encore un jour à Morfontaine, et dans ce cas, je pense que votre maison et votre, beau parc de Philadelphie seraient bientôt abandonnés.

Vous voyez, mon cher frère, que nous nous berçons d’illusions, mais que deviendrait l’homme sans la boîte de Pandore, la réalité n’étant faite que pour détruire le bonheur?...

Nous possédons depuis quinze jours Élisa ainsi que son mari et son fils, ils comptent passer avec nous deux ou trois mois ; cette réunion nous fait goûter quelques moments de bonheur. J’imagine celui que vous éprouverez en revoyant Julie et vos enfants après une aussi longue séparation.

L'empereur d' Autriche à la reine Catherine.

Vienne, 7 novembre 1819.

Madame ma nièce,

J’ai reçu la lettre de V. A. R. avec tout l’intérêt qu’elle est en droit de m’inspirer, et auquel la situation person-

CATHERINE DE WESTPIIALIE

nelle de V. A. R. ne peut qu’ajouter. C’est dans la sincérité de ces sentiments que j’ai mûrement considéré la demande que vous avez adressée de pouvoir vous établir avec votre famille dans les faubourgs de la ville de Vienne. Des considérations desquelles V. A. R. même doit me savoir gré, m’empêchent de consentir à sa demande. Ne résulterait-il pas de votre établissement dans ma résidence, quels que fussent le nom et la forme que l’on y donnât, un conflit inévitable qui, dans ses conséquences, vous deviendrait aussi pénible qu’à moi-même ? Je ne puis soumettre V. A. R. ni me soumettre moi-même à une épreuve qui ne serait d’ailleurs compensée par aucun avantage réel. Ayant donc reconnu l’impossibilité de résoudre la difficulté de la fausse position dans laquelle vous nous engageriez, je dois vous engager à renoncer à cette idée et à faire choix de toute autre ville de mes provinces allemandes dans laquelle vous n’ayez à éprouver des gênes que je ressentirais moi-même en devant vous les imposer.

V. A. R. m'annonce que dans le cas d’impossibilité d’un établissement à Vienne, elle aurait le désir d’en prendre un à Trieste. Pour lui prouver que je ne sais mettre à ma bonne volonté d’autres bornes que celles qui sont dans la nature des choses, je ne ferai pas difficulté de la prévenir que malgré les obstacles que les antécédents ont particulièrement mis au choix de cette ville maritime, je prendrai sur moi d’accéder à ce vœu de V. A. R., mais je ne puis lui cacher que ces mêmes antécédents entraîneraient pour Trieste la condition de mesures de surveillance dont il ne serait pas en mon pouvoir d’affranchir votre établissement dans cette ville. Elle serait environnée d’égards et de considération, et c’est ainsi que j’aime à voir V. A. R. placée. Je ne puis donc que vous inviter, madame ma nièce, à vous consulter dans cette alternative et

CATHERINE DE WESTPIIAL1E

à réfléchir sur les inconvénients qui s’attacheraient à votre séjour à Trieste, en vous trouvant comprise dans mes mesures de surveillance qu’il est de mon devoir d’y maintenir. Veuillez entrer dans ces considérations avec calme et sang-froid; donnez-moi connaissance du choix auquel vous vous serez arrêtée pour que je donne des ordres en conséquence.

J’aime à croire que V. A. R. se décidera pour le parti le plus sage et le plus conforme au sentiment de sa dignité.

En attendant sa réponse, je la prie d'agréer l’assurance de mes sentiments d’amitié.

Alexandre à Catherine.

Saint-Pétersbourg, le 28 février 1820.

Par sa lettre du 16 janvier, Votre Altesse Royale me témoigne le désir de voir la Prusse prendre part aux mesures arrêtées entre les autres cours relativement aux réclamations qu’elle forme à la charge du Gouvernement français. J’éprouve une satisfaction réelle à lui annoncer dès aujourd'hui que ses vœux à cet égard se trouvent déjà accomplis. Les communications reçues en dernier lieu de Berlin m’informent de l’entière adhésion du cabinet du roi aux principes proposés à ce sujet par l’Autriche et adoptés par ses alliés. Un même esprit de justice et de bienveillance va donc diriger les démarches que les quatre ministres résidant à Paris sont chargés de faire à l’effet d’obtenir le payement du douaire assuré à Votre Altesse Royale par son contrat de mariage.

Les vœux qui les accompagnent de ma part sont aussi sincères que les sentiments d’attachement que j’ai voué à Votre Altesse Royale et dont je la prie d’agréer ici l’expression réitérée.

CATHERINE DE WESTPIIAL1E

Catherine au roi Joseph en Amérique.

Trieste, 15 mars 1820.

Mon cher frère,

Ce n’est que depuis hier que je suis en possession de votre lettre du 1er octobre de l’année passée, elle court le monde depuis six mois et depuis le 11 janvier 1818, nous n’avions pas reçu de vos nouvelles. C’est donc nous qui sommes en droit de reprocher votre long silence, ayant plus de facilité de correspondance que nous dont la malheureuse position impose des gênes et des privations dont vous n’avez pas d’idée dans votre pays de liberté et d'indépendance. Que n’est-il plus rapproché de nous? Bien vite nous irions vous y rejoindre, mais quoiqu’il offre bien des charmes, cependant on y est séquestré des intérêts de l’Europe, et c’est, toujours elle qui donne la loi au monde, qui régit les intérêts universels. Lorsqu’on n’est donc pas entièrement revenu de toutes les idées qui nous y retiennent, on fait mieux, je crois, d’y rester. Vous êtes plus philosophe que nous, la vie de États-Unis vous convient donc mieux, mais nous qui sommes des gens qui ne voulons quitter la partie que lorsque nous la croirons irrévocablement perdue, nous devons supporter patiemment les désagréments, les tracasseries, auxquels nous sommes en butte en Europe.

Depuis le mois de mai de l’année passée, époque à laquelle je vous écrivis, pensant que Julie vous remettrait ma lettre, j’ai fait différents voyages. D’abord j’ai été avec Élisa, le prince et leur fils prendre les eaux de Carlsbadet d’Éger en Bohême; là, j’ai fait la connaissance de Christine, fille de Lucien.

CATHERINE DE WESTPIIALIE

Jérôme après six semaines d’absence est venu nous y rejoindre, ainsi que Louise, et nous y avons passé trois semaines ensemble. Après ce terme chacun de nous est allé retrouver ses pénates et sans un événement qui aurait pu nous devenir bien funeste, nous eussions sans doute encore passé tristement notre hiver à Schônau. Peu de semaines après notre retour des eaux, notre fils a été atteint tout à coup d’une fièvre nerveuse et pendant quinze jours entre la vie et la mort; nous nous sommes donc vus à la veille de perdre l’objet de notre plus tendre affection, mais la Providence n’a pas permis qu’un coup semblable vînt encore nous accabler, et à force de soins, il a été sauvé, mais sa convalescence a été longue et pénible et peut-être même sa constitution délicate aurait-elle empêché son rétablissement, si nous n’avions obtenu de pouvoir le faire changer de climat. L’urgence du moment a fait consentir après bien des peines le Gouvernement autrichien à nous laisser venir à Trieste où nous sommes établis depuis le 10 décembre. Jérôme y a fait l’acquisition d’une superbe maison : elle a la vue sur tout le golfe et est entourée de berceaux de vignes comme dans les belles plaines qui entourent Naples. Heureux de voir presque toujours le soleil et de vivre dans une atmosphère plus douce, nous ne formons qu’un vœu, celui de pouvoir nous y établir définitivement et de ne passer que quelques mois de l’été à Schônau. Déjà je ne pouvais me déplacer avant le printemps prochain, devant accoucher vers le milieu de mai et ne pouvant entreprendre de voyage ni pour l’instant, ni dans les premiers moment où l’enfant sera à la mamelle ; nos vœux d’établissements se portent donc sur l’année qui suivra celle-ci et quoique jusqu’à présent le Gouvernement nous fasse des difficultés, nous espérons qu’elles seront surmontées.

Cath. de Westph.

Nous ignorons également le projet de Julie d’aller à Rome, quoique quelques journaux en aient~parlé. Je lui en ai fait la question, mais elle ne m’a jamais répondu sur cet article de mes lettres. Est-il vrai que ce voyage aurait pour but le mariage de Zénaïde avec le fils aîné de Lucien ? On le dit d’une beauté remarquable et ayant beaucoup d’esprit.

Vous êtes sans doute instruit que Lucien a quitté Rome avec sa famille et qu’il est à Viterbe; qu’il cherche à vendre son palais et que l’on dit que c’est la nouvelle reine d’Angleterre qui veut en faire l’acquisition.

Les journaux nous assurent de même que votre jolie maison de campagne a été la proie des flammes, mais qu’heureusement vous avez sauvé tous vos objets d’art; cette nouvelle a-t-elle quelque fondement? Si comme je l’espère, nous restons ici, il nous sera plus facile de communiquer avec vous : le capitaine qui veut bien se charger de cette lettre fait deux traversées par an, son bâtiment est une chose charmante, je suis allée le voir. Ici l’on prétendait qu’il vous appartenait, non par d’autre raison que parce qu’il porte un nom français, celui de Garonne.

Jérôme vous avait écrit, mais la police en ayant eu connaissance, a fait venir le négociant à qui le bâtiment est adressé et a paru exiger de lui de lui faire part des lettres, puisque sans doute on s’imagine déjà qu’il y a quelque conspiration, quelques complots entre nous. Il est cependant bien simple de supposer que deux frères qui s’aiment puissent s’écrire des choses qui tiennent purement aux sentiments, mais dans notre siècle, mon cher frère, on ne comprend rien aux affections du cœur, rien n’est naturel, tout est subordonné à cette abominable politique du jour qui détruit les liens les plus sacrés.

Mais je termine enfin cette longue lettre et la livre volon-

tiers telle qu’elle est à la censure de nos nombreux confidents. Puissent-ils, ainsi que vous, se bien convaincre que mon attachement pour tout ce qui tient à la famille est inviolable et que j’espère toujours plus particulièrement en votre amitié !

Adieu, mon cher frère, lorsque vous recevrez ces lignes, j’aurai donné le jour à un fils ou à une fille, leurs parents réclamant de vos bontés de vouloir bien accepter une place de parrain, ce lien de plus ne pourra augmenter notre affection pour vous, mais la cimentera encore mieux et sous ce rapport, nous recherchons toujours avec empressement toutes les occasions qui pourront vous le prouver.

Post-scriptum du prince Jérôme.

Je profiterai de la première occasion, mon cher frère, pour vous écrire longuement ; en attendant soyez assez bon pour me dire comment je dois vous adresser mes lettres. Pour moi, il faut les mettre sous le couvert de M. François Falkner, négociant à Trieste, et les adresser au prince Jérôme de Montfort.

Catherine au roi Louis.

Trieste, 16 août 1820.

Mon cher frère,

Plus calme que la dernière fois que je vous écrivis, je

puis répondre à votre lettre du 2. Je ne m’étonne pas que vous n’ayez pas reçu vos passeports, la personne que vous aviez chargée d’en faire la demande ne s’étant pas acquittée de sa mission, ceci est une chose bien positive. Votre présence offusquait ici certains individus, et dès lors il fut décidé qu’on chercherait les moyens de vous tenir éloigné;

260 CATHERINE DE WESTPIIALIE [1820]

je pense que vous me comprendrez. Quelles raisons le Gouvernement aurait-il de vous empêcher de venir à Trieste? Ne nous sommes-nous pas vus l’année dernière? Il serait très long de vous détailler toutes les intrigues qu’on a employées pour nous désunir, et il a fallu toute la modération, toute la patience de Jérôme pour ne pas en venir à une brouillerie.

Jérôme lit votre nouvel ouvrage, il vous écrira sitôt qu’il l’aura fini : le duc d’Otrante qui peut passer pour une autorité, nous assure qu’il est parfait. Dès que j’en aurai fait lecture, je vous en dirai mon sentiment aussi franchement que me le permet notre amitié mutuelle.

Donnez-moi donc au plus tôt de vos nouvelles, mon cher frère, je crains l’effet qu’aura produit sur vous la mort d’Élisa. Sa perte m’est encore incompréhensible, ses enfants se portent bien, quant au prince, vous le connaissez.

Catherine a Madame Mère.

Trieste, 17 août 1820.

Ma chère maman,

Inquiète au dernier point de l’effet qu’aura produit sur vous la mort de notre pauvre Élisa, je vous conjure de nous faire donner le plus tôt possible de vos nouvelles. Je crains aussi beaucoup pour la santé de Pauline, qui déjà chancelante, aura éprouvé de nouvelles souffrances d’un événement aussi affreux qu’inattendu. Le prince, ainsi que les enfants, se portent bien, nous nous voyons peu, leurs alentours ne nous permettent pas d’aller les voir, il est triste de savoir Napoléon entre de pareilles mains, mais vous connaissez le prince, c’est assez vous en dire! Quant à la fortune qu’Élisa a laissée, elle est assez belle:

on lui connaît déjà trois cent mille livres de rente nette, Scfns ce qu’elle a laissé en bijoux, objets d’art et nippes. Le bonheur veut qu’on ne pourra toucher au capital, mais pour ce qui est du reste, je crois qu’il se trouvera des personnes qui ne se feront pas scrupule d’en soustraire une partie. Croyez, ma chère maman, que dans cette circonstance, comme dans toutes autres, Jérôme s’est montré non comme un frère tendre, mais vraiment comme un ange, et ce n’est pas faute d’avoir fait les plus vives représentations au prince, mais enfin Jérôme n’a que la voix représentative et son cœur répugnait d’avoir recours à d’autres moyens, quoiqu’il en aurait sans doute le droit, et que la conduite du prince est telle qu’elle Ty autorise; mais il faudrait pour cela faire une démarche qui, dans notre position, ferait rire le public à nos dépens, et il faut éviter tout ce qui peut porter ses regards sur nous et faire de l’éclat, au moins pour de semblables choses.

Je confie tout ceci à votre cœur maternel et vous prie, chère maman, de n’en pas parler, car cela nous compromettrait pour rien.

Jérôme, ma chère maman, vous dit mille choses tendres et préfère ne pas vous écrire dans ce moment, craignant de vous dire plus qu’il ne voudrait, et que se taire n’a jamais fait de mal, mais bien au contraire.

Catherine au cardinal Fesch.

Trieste, 8 septembre 1820.

Mon cher oncle,

J’allai répondre à votre lettre du 26, lorsqu’on m’a remis elle du 30. Je vais satisfaire à toutes vos questions sur le sort des enfants d’Élisa.

Jusqu’ici on n'a pas trouvé de testament (du moins à notre connaissance), quoique la princesse, sur la demande que Jérôme lui fit quelques heures avant sa mort, si elle ne désirait pas faire quelques dispositions, lui répondit:

« Toutes mes affaires sont en ordre, mais le pauvre » prince perdra la tête, aie bien soin de lui, il est bon, » mais il perdra la tête. »

La princesse était parfaitement à elle, lorsqu’elle fit cette réponse, comme pendant tout le cours de sa maladie : elle connaissait son état, n’ayant perdu connaissance qu’au moment où elle est expirée. Le roi étant venu ici pour quelques heures, la veille delà mort d’Élisa (la croyant mieux) et ayant appris par un exprès qu’elle était retombée plus malade, avait mis devant témoins les scellés à Campo- Marzio, précaution d’autant plus sage que les enfants se trouvaient seuls à Trieste. La première chose que fit le prince en y venant, fut de permettre qu’on les ôtât (ce qui convenait nécessairement à tous les alentours), puisque par ce moyen il n’y a eu; aucun inventaire, ni rien de fait légalement. Le roi récrivit au prince qu’il devait tenir un conseil de famille pour régler toutes les affaires de la succession, lui démontrant le danger et les conséquences qù’il pourrait y avoir pour lui dans la suite, si les choses étaient faites illégalement. Le prince parut goûter la justesse de ce conseil, promit de le suivre, mais changea d’avis d’après ceux de ses alentours qui n’ont vu de ressources pour eux qu’en éloignant le prince du roi, afin d’être. les maîtres en l’isolant entièrement des personnes de la famille. Ma nièce ne vient pas chez nous non plus que le prince, et cela parce que je ne veux ni ne puis recevoir sa maîtresse, une M11” Gadelia, dont la mère est gouvernante de Napoléon, c’est vous en dire assez ! Cette créature s’est entendue avec M. de Planat et tous deux mènent le prince

CATHERINE DE WESTPIIALIE

comme la princesse le menait, etc. Permettez, moucher oncle, que je finisse ici, vous pouvez aisément supposer le reste, je ne vois que maman ou vous, qui puissiez venir tirer cette jeune et intéressante princesse d’une position aussi abjecte et dont malheureusement le prince ne s’aperçoit nullement. Je dois ajouter que tout le monde dans la maison, excepté l’abbé et M. Menil, déteste ma nièce.

Quant à M. de Planat, il a la supériorité que donne l’esprit sur la faiblesse. Je le crois intègre, mais c’est le plus mauvais homme qui existe et qui du vivant d’Élisa, a cherché tous les moyens de désunir Jérôme et sa sœur. Son arrogance va si loin qu’il s’est même permis de manquer au roi devant le prince qui l'a souffert, ce qui du vivant de la princesse, ne serait certainement jamais arrivé, ayant toujours eu la délicatesse de l’éloigner de mon mari, ne pouvant se dissimuler la mauvaise conduite qu’il a eue envers lui. Je dois dire ici en passant que le duc d’Otrante se conduit en homme tout à fait dévoué à la famille et surtout comme un excellent et digne homme, qu’il a cherché tous les moyens conciliants pour remédier à une rupture, mais lui, il est aussi maltraité que nous.

C’est à vous à juger des moyens à prendre dans cette occurrence. La fortune des enfants est très belle, du moins la princesse a laissé plus de trois cent mille francs de rente bien net ( reste àsavoir à présent ce qu’on leur laissera).

Il est pénible pour moi, mon cher oncle, d’avoir été obligée de vous donner de pareils détails, m’étant, ainsi que mon mari, imposé le devoir de ne jamais parler du prince, ni de sa maison, jusqu’à ce qu’il vienne à des sentiments plus raisonnables.

Toujours je vous prie, mon cher oncle, d'engager maman à mettre toute la circonspection qu’une telle confidence

de ma part exige. Le prince est bon, mais il est faible et le premier intrigant le subjugue.

On dit qu'il a le projet de s’éloigner de Trieste et qu’il cherche à aller s’établir à Bologne. J’ignore si le Gouvernement le lui permettra.

Je vous remercie, mon cher oncle, de toutes les choses obligeantes que vous voulez bien me dire et vous prie de croire que j’attache un prix infini à votre amitié ainsi qu’à votre estime.

Votre langage ne m’a pas paru inconcevable, et quoique je ne puisse pas captiver mon esprit aux lumières de votre foi, cependant je me croirais bien heureuse si je pouvais, comme Élisa, être un jour assurée du bonheur éternel.

Le roi me charge de vous rappeler la demande qu’il vous a déjà faite d’un bref du pape pour que son aumônier puisse dire la messe et officier tous les jours sans excepter ceux des grandes fêtes, puisque sans cela, il continuerait de se trouver privé d’assister à la messe et à l’office divin dans les jours de grande solennité.

Le prince dont il est question dans cette lettre et dans la précédente est le mari d’Élisa, Félix Bacciocchi, dont elle eut deux enfants : Napoleone Elisa, comtesse Camerata, et le prince Jérôme-Charles.

Alexandre à Catherine.

Varsovie, le 14-26 septembre 1820.

Madame,

J’ai reçu la lettre que Votre Altesse Royale a bien voulu m’adresser le 14 août. Mes intentions lui sont connues.

Je fais des vœux pour que le Gouvernement français admette avec toutes leurs conséquences, les titres produits par Votre Altesse Royale.

Présentée par mon ministre et par ceux des souverains mes alliés, cette réclamation forme aujourd’hui l’objet d’une négociation, dont l’issue ne dépend pas de ma seule volonté. Mais le désir d’être utile à Votre Altesse Royale m’animera toujours, et toujours il me sera agréable de lui en donner des preuves.

Veuillez, Madame, recevoir mes respectueux hommages.

Catherine au roi Louis.

Trieste, 18 septembre 1820.

Mon cher frère,

C’est avec un sentiment pénible que je vous adresse ces lignes, la lecture des incluses vous instruira de ce qui le fait naître. Ne pouvant douter que ma dernière lettre n’y ait donné lieu, je vous dois donc à vous comme à moi de me disculper de l’apparence de calomnie, qu’on voudrait donner à l’inculpation que j’ai faite contre M. Jules de Planat.

Lorsque je vous parlais dans ma lettre du projet qu’il avait de vous quitter avant que vous eussiez conçu l’intention de le congédier, je ne le croyais déjà plus à votre service, je ne pouvais donc lui nuire en vous rapportant la démarche qu’il avait faite et j’aurais pu espérer de votre amitié dans le cas contraire que vous ne m’eussiez pas compromise vis-à-vis de lui. Mais aujourd’hui que M. Jules de Planat ainsi que son frère interpellent M. deGayl(qui pour éviter une scène tragique et d’après l’ordre de mon

mari n’a fait que la réponse ci-jointe, ne voulant pas être cause d’un malheur), je vous dois toute la vérité. Je vous dirai donc que M. de Planat avait ménagé pour son frère la place de premier commis dans la maison de M. Dessales (beau-frère de M. Lebon), banquier à Trieste, auquel feu la princesse avait fourni tous les fonds, mais la mort d’Élisa ayant détruit cette espérance, il est naturel qu’il cherche les moyens de se rapatrier avec vous. Je connais trop peu votre secrétaire pour pouvoir porter un jugement quelconque sur sa moralité ni sur son esprit, mais influencé par son frère, je crois qu’il peut avoir été entraîné dans quelque fausse démarche. Je ne vous dirai plus qu’une chose à ce sujet, mon cher frère, c’est que M. de Planat n’aura de repos que lorsqu’il nous aura brouillés avec toute la famille; il n’a pas tenu à lui que Jérôme et moi nous ne nous soyons séparés l’un de l’autre, et il n’y a sorte de moyens qu’il n’ait employés pour atteindre ce but. Il nous avait désunis avec Caroline; si Élisa avait suivi ses conseils, elle en aurait fait de même: c’est par ses avis qu’elle s’est reléguée dans sa campagne, ce qui aétéla cause de sa mort. Il a fallu une amitié de vingt-cinq ans, la bonté de cœur, la douceur d’ange et la ferme volonté de Jérôme pour ne pas faire un éclat. Depuis la mort d’Élisa, cet individu a pris un tel ascendant sur l’esprit du prince Félix que nous, ni nos enfants ne nous voyons plus ; il n’y a sorte de propos qu’il n’invente contre nous et son arrogance a été au point qu’il a manqué de respect au roi en présence même du prince Félix qui l’y encourageait. C’est un être immoral, fourbe et tartufe. Je désire pour vous et pour la famille que vous n’appreniez jamais à le connaître à vos dépens.

L’amitié que je vous porte, mon cher frère, ne m’a pas permis de déguiser la vérité ; j’espère au reste que par la

suite, je ne serai plus exposée à vous entretenir de pareilles tracasseries qui répugnent autant à mon caractère qu’à ma dignité. J’avoue que j’espérais qu’en écrivant à mon frère, je ne serais pas mise dans le cas de rendre compte à des subalternes du contenu de mes lettres, je les supprimerai à l’avenir, puisqu’elles peuvent compromettre la vie des personnes qui nous entourent.

Alexandre à Catherine.

Troppau, le 16/28 octobre 1820.

J’ai reçu, Madame, avec reconnaissance, les témoignages que Votre Altesse Royale a bien voulu consigner dans sa lettre du 3 octobre. Les intérêts qu’elle me recommande ne cesseront de former l’objet de mes soins constants. En vous réitérant aujourd’hui cette promesse, je ne saurais, m’empêcher, Madame, de relever l'assertion qui attribue gratuitement à ma politique la chute et les infortunes de la famille à laquelle des liens intimes vous ont unie.

A elle seule est due sa perte. Loin d’en être l’auteur et d’avoir jamais provoqué ses désastres, mes relations avec elle étaient sans arrière-pensée et ma conduite y répondait fidèlement. Ami confiant de la paix, j’ai vu, malgré mes dispositions sincères, commencer les hostilités, et violer inopinément des rapports paisibles, au mépris de la présence de l’ambassadeur de France à Saint-Pétersbourg, chargé de les cultiver et de les garantir. Je n’ai donc fait que combattre pour ma défense, et le sort de la guerre a fait le reste.

Je prie Votre Altesse Royale, d’accueillir cette explication

comme une preuve de sentiment d’estime et de respect dont je lui offre avec empressement les expressions renouvelées.

Venant de mon ministre à Paris, une dépêche qui concerne les intérêts de Votre Altesse, je m’empresse de la joindre à ma lettre, comme une preuve des soins assidus qui sont voués à cette affaire.

Catherine à S. M. l'empereur d' Autriche.

Trieste, 24 janvier 1821.

Sire,

C’est une nièce bien éprouvée par l’infortune qui s’adresse de nouveau en ce jour à Votre Majesté et qui espère ne pas réclamer en vain sa haute bienveillance dans un moment où réunie avec ses hauts alliés, elle peut fixer son sort et celui de ses enfants. Le silence que le Gouvernement français garde depuis deux ans ne laisse aucun espoir et équivaut à un refus. Daignez, Sire, vous occuper quelques instants de moi et excuser l’importunité que je vous occasionne, en pensant que c’est une mère désolée qui s’adresse à Votre Majesté et qui ne trouve pas dans sa famille les soulagements et la protect ion que ma belle-sœur et la princesse Auguste ont été assez heureuses de trouver dans les leurs. Ce que Votre Majesté et ses alliés ont fait en faveur du prince Gustave est une preuve éclatante de votre magnanimité et de l’intérêt que prend Votre Majesté à ce prince trahi par la fortune. Ma qualité de nièce de Votre Majesté et de parente de ses Augustes alliés ne sera pas, j’espère, un motif d’exclusion ! C’est en me confiant au témoignage d’intérêt que Votre Majesté et l’empe-

reur Alexandre ont daigné me prodiguer, que j’espère en éprouver les effets dans cette occasion solennelle ; c’est une épouse et une mère qui vous devra, Sire, sa tranquillité et son existence.

Catherine à S. M. V empereur de Russie.

Sire,

Trieste, 24 janvier 1821.

En adressant aujourd’hui ces lignes à Votre Majesté, deux sentiments me combattent, le premier est la crainte de lui paraître indiscrète en l’entretenant sans cesse de ma position et le second la nécessité dans laquelle je me trouve de lui en reparler encore. Ce dernier l’emporte, Sire, et si vous voulez bien vous convaincre que je n’ai que^vous et l’empereur d’Autriche, mon auguste oncle, qui vouliez vous intéresser à mon sort et à celui de mes enfants, je pense que Votre Majesté excusera l’importunité que lui occasionnent mes lettres dans un moment où des affaires de la plus haute importance réclament tous ses soins, tous ses instants.

Le silence obstiné de la France sur la note que Votre Majesté ainsi que ses alliés ont bien voulu faire remettre en ma faveur, équivaut à un refus ; elle ne veut pas heurter de front les sentiments magnanimes qu’ils ont manifestés, et cependant ne veut point accéder à vos vœux, peut-être même serait-elle bien aise de paralyser par son silence les intentions généreuses de Vos Majestés.

Victime constante de la politique, je me vois à la veille d’être réduite à l’indigence. Qu’il m’en coûte, Sire, de devoir vous entretenir d’objets aussi pénibles pour moi, mais quel moyen me reste-t-il dans la position affreuse

CATHERINE DE WESTPIIALIE

où je me trouve, si ce n’est de m’adresser à elle pour me sauver du désespoir et Vous conjurer, Sire, d’assurer mon existence? Votre Majesté qui, dans toutes les occasions, donne des preuves de sa générosité et de la bonté de son cœur ne voudra pas que seule je sois exceptée de ses impulsions bienfaisantes. Elle vient encore d’ajouter un nouveau titre à la reconnaissance des princes trahis par la fortune, en assurant un sort à son neveu le prince Gustave. N’y aura-t-il que moi, Sire, d’abandonnée, moi qui me trouve dans une position bien plus critique, n’ayant rien à espérer de ma famille pour l’intérêt de laquelle j’ai tout sacrifié, en contractant une alliance qui était loin alors de me laisser entrevoir mon bonheur intérieur?

Qu’il me soit permis, Sire, en terminant ces lignes, d’assurer Votre Majesté que rien ne peut égaler ma reconnaissance pour ses bontés , si ce n’est le respectueux attachement que je lui porte.

• Catherine à S. M. l'empereur de Russie.

Trieste, 14 février 1821.

Sire,

Je dois compter comme je le fais sur l’indulgence de Votre Majesté pour m’adresser encore à elle, mais l’espoir que j’avais de pouvoir l’entretenir ici paraissant s’éloigner, il ne me reste, Sire, qu’à vous prier de me permettre de me rendre à Laybach pour quelques heures. Je pourrai en dire plus à Votre Majesté dans un moment que dans dix lettres, et elle se persuadera aisément alors combien ma situation est désastreuse, et que vous, Sire, pouvez me sauver de la position désespérée dans laquelle je suis.

Alexandre à Catherine

Laybach, le 7/19 février 1821.

J’ai reçu la lettre que Votre Altesse Royale a bien voulu m'adresser le 14 de ce mois, et je m’empresse de la prévenir qu’il serait inutile qu’Elle se donnât la peine de faire le voyage de Laybach, car je me propose de me rendre incessamment à Trieste avec l’empereur d’Autriche. Un de mes premiers soins, à mon arrivée dans cette ville, sera de réitérer à Votre Altesse Royale l’expression de l’intérêt sincère que je lui ai voué et l’assurance des sentiments que je lui porte.

Catherine au roi Joseph.

Trieste, 25 mars 1821.

Mon cher frère.

C’est avec un véritable bonheur que je me vois en possession de votre bonne et aimable lettre du 1er décembre de l’année passée , malgré que nous gémissions de nous voir réduits à ne recevoir de vos nouvelles qu’une fois tous les ans. La lettre dont vous me parlez ne m’est pas parvenue; ignorant donc si celle que je vous ai adressée était entre vos mains, j’ai balancé à vous écrire avant d’en avoir l’assurance, mais désormais je vous écrirai par duplicata.

Je vais tâcher de reprendre le fil des événements qui nous sont personnels depuis l’époque à laquelle je vous écrivis pour la dernière fois. Le 27 mai, ma fille1 a vu le

Page 1