‹ Correspondance Inédite de la Reine Catherine de Westphalie, née Princesse de Wurtemberg Avec sa faChapitre 15 sur 20 · La princesse Mathilde, comtesse Demidofï · texte numérisé non relu

La princesse Mathilde, comtesse Demidofï

jour; bien portante et bien constituée, elle prospère à notre grande satisfaction, elle a dix mois, elle a quatre dents et prononce distinctement les mots papa et maman. Je forme comme vous le vœu de la savoir un jour plus heureuse que nous et espère qu’avec un sens droit et le sentiment de ce qu'elle se devra, elle saura remplir les devoirs qui lui seront imposés. L’éloge que vous voulez bien faire de moi à cette occasion me flatte infiniment, quoique ma manière d’agir n’ait rien que de très simple, aussi suis-je bien convaincue que vous jugez trop favorablement une conduite très naturelle.

Nous avions bien pensé que la mort d’Élisa vous affligerait ; elle a été pour nous, qui sommes sur les lieux, un coup de foudre, et à l’heure qu'il est, nous avons peine encore à nous persuader qu’elle n’existe plus. Ce qui augmente pour ainsi dire nos regrets, c’est de ne pouvoir nous dissimuler qu’elle-même enaété la principale cause, n’ayant jamais voulu se persuader que l'air marécageux de sa campagne dans les mois de juillet et d’août pourrait lui devenir funeste; toutes les représentations à cet égard ont été vaines, il semblait qu’une volonté indépendante de la sienne la guidât, tant il est vrai de dire qu’on ne peut se soustraire à sa destinée! Elle a rendu son dernier soupir dans les bras de Jérôme, qui, au péril de sa vie, l’a soignée nuit et jour pendant treize jours que sa maladie a duré. Elle a laissé une très belle fortune à ses enfants : il est à désirer qu’à leur majorité, elle se trouve aussi intacte qu’elle la leur a transmise.

Vous êtes sans doute instruit du décès du ducd’Otrante. Comme il a passé la dernière année de sa vie parmi nous, je veux vous en dire un mot :

Proscrit, par conséquent malheureux, nous l’avons accueilli et admis dans notre société habituelle; il nous a

Cath. de Westph.

CATHERINE DE WESTPIIAL1E

laissé des regrets : comme homme privé, il était impossible d’apporter plus d’amabilité et un commerce plus sûr dans les relations de société, aussi depuis la mort d’Élisa et celle du duc d’Otrante , sommes-nous retombés dans la solitude la plus complète et toutes nos jouissances sont concentrées dans nos murs.

Je n’ai pas d’idée comment Julie1 peut vous conseiller de quitter l’Amérique où vous jouissez de toute la tranquillité et liberté possibles, tandis qu’en Europe vous seriez toujours exposé comme nous à toute les chances de la politique et par conséquent comme nous à peu près prisonnier.

J’espère, mon cher frère, que cette fois-ci l’espace de temps où je vous dis adieu ne sera pas aussi long et que vous Aroudrez bien me donner plus souvent de vos nouvelles.

Le baron de Gayl au comte Capo d’Istria, ministre de Russie.

Trieste, 13 avril 1821.

Monsieur le comte,

Son Altesse Mma la princesse de Montfort a appris avec un extrême plaisir que Sa Majesté l’empereur de Russie la recevrait à Laybach. Son Altesse me charge en conséquence d’avoir l’honneur d’informer Votre Excellence qu’elle y arrivera le lundi 16 avril.

Mme }a Princesse sera accompagnée d’une Dame et d’un Monsieur. J’aurai l’avantage en précédant Son Altesse de quelques heures de me rendre auprès de Votre

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