Femme de Joseph, vivant alors à Bruxelles
Excellence et de la prier de vouloir bien me faire connaître l’heure que Sa Majesté l’empereur aura déterminée pour recevoir Son Altesse.
Le baron de Gayl au comte Capo d' 1 stria, ministre de Russie.
Trieste, 15 avril 1821.
Monsieur le Comte,
Son Altesse Mme la princesse de Montfort comptait partir demain matin pour arriver le soir à Laybach, mais les autorités de Trieste n’ayant pas encore reçu, à l’heure qu’il est, les ordres nécessaires pour délivrer les passeports, Son Altesse craint d’éprouver quelque retard et me charge d’avoir l’honneur d’en instruire Votre Excellence en la priant de vouloir bien faire connaître à Sa Majesté l’empereur de Russie le motif de ce délai, pour que Sa Majesté ne l’attribue pas à un manque d’empressement de la part de Madame la Princesse.
De toutes les manières, j’aurai l’honneur de précéder Son Altesse au moins de six heures, et je me hâterai d’arriver auprès de Votre Excellence pour la prévenir du moment de son arrivée à Laybach.
Catherine à S. M. le roi de Wurtemberg.
Laybach, 2 mai 1821.
Mon cher frère,
Ces lignes vous sont adressées de Laybach où l’empereur de Russie a bien voulu me permettre que je me
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rende, pour lui exposer ainsi qu’à l’empereur d’Autriche la position horrible dans laquelle je suis et qui vient d’être aggravée par le refus que vous venez de faire de donner votre garantie que demandait le sieur Dietrich pour l’avance de 81.000 florins payables aux comtes Canis le 1er mai et dont M. Abbatucci a dû vous entretenir à son passage à Stuttgart, et auquel vous aviez bien voulu faire concevoir l’espérance d’arranger cette affaire. Je ne puis vous cacher, mon cher frère, que par ce refus, vous me mettez dans un embarras inexprimable. Je touche peutêtre au moment de voir fixé mon sort et celui de mes enfants, par l’intérêt généreux que me témoigne l’empereur de Russie. Serait-ce donc en vain que j’implorerai l’amitié de mon frère pour me tirer de cette position accablante? Veuillez bien vous persuader que non seulement ce désagrément pèse sur mon mari, mais qu’il rejaillit également sur moi, ayant contracté les mêmes engagements, et que je cours le risque d’un procès d’expropriation et d’être à la veille de voir mon nom compromis, si vous refusez à mes tendres comme à mes pressantes conjurations d’assurer cette garantie.
Lorsque mes souvenirs me reportentaux temps heureux où je pouvais compter sur votre cœur, je ne puis croire que, quelle que soit la différence de nos positions, vous vouliez m’abandonner, et jusqu’ici j’aime à repousser la pensée désolante d’avoir perdu une partie de l’affection dont vous me donniez autrefois des témoignages, n’ayant aucun reproche à me faire pour l'avoir déméritée.
Puissé-je être assez heureuse un jour, mon cher frère, pour vous convaincre que mon amitié est à l’abri de tous les événements et que je ne cesserai de vous porter les sentiments les plus sincères d’attachement!
Catherine à S. M. l'empereur de Russie.
Sire,
Laybach, 10 mai 1821.
Le trouble qui agitait mou âme ce matin n’a pu échapper à Votre Majesté. Son prochain départ et l’incertitude qui couvre encore mon sort me livrent aux inquiétudes les plus cruelles. Veuillez, Sire, me permettre que je vous expose encore une fois l’horreur de ma position ; elle est telle, Sire, que si vous m’abandonnez, il ne me restera plus aucune ressource et que je me verrai plongée dans l’indigence. Délaissée par mon frère, j’ai dû depuis deux ans, pour assurer ma propre subsistance et celle de mes enfants, prendre des engagements pour lesquels répondent les deux établissements qui forment mon unique fortune.
Jusqu’ici j’avais osé me flatter que le projet généreux d’une libéralité commune conçu par Votre Majesté aurait pu être adopté. Dans la crainte maintenant de le voir échouer, il ne me reste de l’espoir que dans les bontés paternelles dont vous avez bien voulu me donner tant de témoignages. Ce sont elles, Sire, qui m’encouragent dans ce moment décisif de supplier Votre Majesté, si l’Autriche refuse à se prêtera tout arrangement à mon égard, de vouloir cependant encore venir à mon secours, et m’accorder une pension qui memetteau moins à l’abri du besoin. C’est là où se rattache ma dernière espérance.
Je crois être assez connue de Votre Majesté pour qu’elle soit persuadée que je suis loin d’exagérer une position bien affreuse sans doute, puisqu’elle me commande la démarche que je fais en ce moment. Daignez vous représenter, Sire, une princesse, votre proche parente qui, après avoir été
dans une situation si élevée, se trouve réduite au point de craindre pour son existence, et votre cœur magnanime ne repoussera pas sa prière.
C’est la confiance illimitée que je mets en Votre Majesté qui me fait verser dans son sein les angoisses d’une mère au désespoir. Puisse cette effusion de sentiments ne pas lui déplaire et me valoir une décision favorable!
Elle me rendra par là le bonheur et la tranquillité.
Le baron de Gayl au prince de Metternich.
Mon prince,
Laybach, 12 mai 1821.
M. le comte de Nesselrode qui quitte à l’instant S. A. Mme la princesse de Monfort lui a dit que le payement de la moitié de ses dettes dont se charge la Russie ne peut s’effectuer que d’après les instructions qui seront données à Saint-Pétersbourg au Ministre des finances. La perte de temps qui en résultera donne quelques inquiétudes à S. A. pour la somme de 81,000 fr. argent, dont le payement est dû aux comtes Canis depuis le 1er mai. Mme la Princesse, en se rapportant à l’obligeante promesse que Votre Altesse lui a faite hier, me charge de la prier d’avoir l’extrême bonté de faire tranquilliser les comtes Canis.
Mme ia Princesse serait aussi infiniment obligée à Votre Altesse de vouloir bien avoir la complaisance de lui adresser des copies des notes par lesquelles le cabinet de Vienne veut appuyer ses réclamations et demandes auprès des Gouvernements de France et de Wurtemberg. Les bons offices que Votre Altesse voudra bien lui rendre dans cette affaire seront de la plus haute importance pour
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Mme la Princesse et accroîtront de beaucoup, mon prince, vos titres à sa reconnaissance.
Son Altesse espère que, grâce à vos lumières et conformément aux intentions bienveillantes de S. M. l’empereur d’Autriche, Sa Majesté réussira à lui obtenir auprès des cours de France et de Wurtemberg un résultat qui puisse fixer son sort d’une manière définitive.
Catherine à S. M. le roi de Wurtemberg.
Trieste, 14 mai 1821.
Mon cher frère,
Revenue hier soir de Laybach, je ne tarde pas à vous informer du résultat démon voyage, il est tel que je suis loin de voir mon sort assuré, et malgré la généreuse sollicitude de l’empereur Alexandre et la bienveillance de l’empereur d’Autriche, tout ce qui a pu m’être accordé a été le payement de mes dettes et une pension de l’empereur de Russie de vingt-cinq mille roubles en papier! Les deux empereurs ont en outre appuyé avec plus de force et de sollicitude que jamais mes réclamations vis-à-vis du Gouvernement français, et ont donné à leurs ministres à Paris les ordres les plus positifs à cet égard ; tout en portant la plus profonde reconnaissance pour tout ce qui a été fait pour moi dans cette circonstance, la modicité de la pension me met à peu près vis-à-vis de rien, si vous, mon cher frère, ne venez à mon secours. C’est à votre cœur que je m’adresse dans la confiance que vous ne m'abandonnerez pas au sort cruel dont je suis menacée, et que vous aurez la générosité de m’accorder ainsi qu'à mes enfants une existence convenable qui nous mette à l’abri de toute in-
quiétude pour l’avenir; mais comme le règlement de pareils intérêts entraîne nécessairement des longueurs et que mes besoins sont pressants, je vous supplie, mon cher frère, de m’accorder en attendant l’avance d’une somme mensuelle qui me permette d’exister, m’empêche de retomber dans la cruelle nécessité de contracter de nouvelles dettes et me permette d’attendre le résultat des démarches qui se font eu ma faveur.
Veuillez, mon cher frère, vous mettre un instant dans la position d’une mère qui ne peut sans frémir envisager l’avenir qui attend tous les êtres qui lui sont chers, qui doit à ses enfants une éducation, une existence, et qui ne peut leur donner ni l’une ni l’autre; mes regards se tournent naturellement vers vous , comme mon seul appui, mon dernier refuge. Je ne vous rappellerai pas, mon cher frère, dans quels moments, dans quelles vues mon mariage a été contracté. J’en appelle dans ce moment seulement à votre tendresse fraternelle; vous êtes père aussi, Fritz; jugez donc de tout ce que je sens partout ce que vous éprouveriez vous-même, si vous aviez à trembler pour le sort et l’existence de vos enfants!
Tendez une main secourable à votre unique sœur, aune amie qui vous chérit avec tendresse et qui s’estimerait heureuse de pouvoir quelque chose pour votre bonheur. Hélas! mon cher frère, je ne puis désormais rien pour vous, tandis que vous pouvez tout pour moi. Je ne dois, je ne puis douter des sentiments qui vous animent pour moi, aussi combien il me sera donc doux de vous devoir cette tranquillité à laquelle tendent tous mes vœux!
Confiante dans cet espoir, il ne me reste plus, mon cher frère, qu’à vous répéter encore que mon attachement est aussi inviolable qu’il est à l’abri de tout changement.
Catherine au prince de Metternich.
Prince,
Trieste, 14 mai 1821.
Profitant de l’offre obligeante que Votre Altesse a bien voulu me faire de m’adresser à elle confidentiellement pour tout ce qui concerne mes affaires d’intérêt, je vous envoie la copie de la lettre que je viens d’expédier par estafette à mon frère, et vous prie, prince, d’appuyer son contenu et d’avoir l’extrême bonté d’activer le résultat des mesures bienveillantes que LL. MM. IL ont prises en ma faveur.
Il n’échappera pas à Votre Altesse que j’ai évité de paraître instruite de la démarche que l’Autriche se propose de faire pour moi auprès de mon frère, voulant laisser à son amitié tout le mérite du résultat.
Je dois aussi faire connaître à Votre Altesse que les comtes Canis au lieu d’entrer en arrangement, ont obtenu un jugement et ont mis à exécution des mesures bien pénibles pour nous. Il ne me restera donc d’autre moyen, s’ils y persistent, qu’à trouver une maison de commerce qui veuille se mettre en leur lieu et place en les satisfaisant ; mais cela ne pourra se faire sans de grands sacrifices de ma part, et ma position est bien loin de m'en permettre.
Veuillez, prince, vous occuper un moment de ma position et croire à toute ma reconnaissance, ainsi qu’à mes sentiments d’estime et de reconnaissance.
Catherine à S. M. l'empereur de Russie.
Sire,
Trieste, 16 juillet 1821.
C’est avec le plus vif intérêt que j’ai appris l’heureuse arrivée de Votre Majesté à Saint-Pétersbourg. Mes vœux et mes pensées l’ont suivie le long de la route et mes souvenirs se reportent avec complaisance sur mon séjour à Laybach et les moments que Votre Majesté a bien voulu m’y consacrer, moments précieux et qui vivront à jamais dans mon cœur, pour me rappeler les bontés soutenues et les preuves d’intérêt que Votre Majesté m’a prodiguées.
Je me plais à répéter ici ce que je n’ai pu que faiblement exprimer de vive voix : dans mes malheurs, je n’ai que Votre Majesté pour soutien, pour consolation, et la manière généreuse dont elle agit envers moi me prouve que j’ai eu raison de placer en elle ma dernière, ma seule espérance. Celle que m’avait donnée le prince de Metternich, que l'Autriche acquitterait la moitié de mes engagements, ne paraît pas devoir se réaliser. Le prince de Metternich donne à ce sujet des réponses qui ne font que trop pressentir que je n’ai rien à attendre de ce côté. Il en est de même sur la nature de mon séjour à Trieste, qui n’a éprouvé aucune amélioration.
La lecture des lettres ci-jointes que je prends la liberté de placer sous les yeux de Votre Majesté l’instruira du résultat de mes démarches envers mon frère. Les notes qui devaient lui être envoyées, ne lui étaient pas encore parvenues le 22 juin; de sorte que je me trouve absolument au même point qu’à mon arrivée à Laybach, excepté en ce que Votre Majesté a eu la générosité de stipuler pour moi.
Je me vois donc encore forcée de l’importuner pour la
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prier demettre le comble à ses bontés, en daignant revenir encore sur Laybach et d’appuyer de nouveau mes réclamations envers le Wurtemberg, puisqu’il paraît (d’après ce que le général Pozzo di Borgoa dit à M. Abbatucci le 28 juin) qu’il y a peu d’espoir du côté de la France. Je ne puis trop répéter à Votre Majesté que je n’ai rien à espérer que d’elle ou par elle, et l’idée que tout mon sort est entre ses mains n’est point sans quelque douceur pour moi, qui connaît et son cœur et la bienveillance dont elle m’a toujours honorée.
Espérant que Votre Majesté lirait peut-être avec quelque intérêt le récit de tout ce qui m’est arrivé depuis l’époque de mon mariage, j’ai extrait de mon journal un précis que je voulais joindre à cette lettre, mais retenue par la crainte d’abuser des moments de Votre Majesté au milieu des occupations importantes qui doivent l’absorber, j’attendrai qu’elle veuille bien m’y autoriser pour lui envoyer ce faible aperçu. Votre Majesté sera alors au fait et des inculpations dont je suis l’objet et des faits qui y répondent; elle connaîtra tout ce que j’ai souffert!
Il n’y a que pour elle au monde que j'aurais pu me décider à me retracer ce triste souvenir, mais j’ai été soutenue par la conviction que l’exposé simple de la vérité ne peut nuire à l’estime que Votre Majesté m’a témoignée et dont je sens trop bien le prix pour ne pas mettre tous les soins à la conserver.
Si Votre Majesté a la bonté de me répondre, je recevrai sa lettre à Schonau , où je serai rendue dans les premiers jours d’août pour y rester deux mois.
Je me flatte que Votre Majesté aura trouvé l’impératrice mère en parfaite santé. Puisse le ciel lui accorder encore de longs jours et heureux, ainsi qu’au fils qui fait sa gloire et son bonheur!
Catherine à Madame Mère.
Trieste, 17 juillet 1821.
Ma très chère maman ,
Comment trouver des expressions pour vous dépeindre à quel point je suis atterrée de l’horrible nouvelle1 que je viens d’apprendre? Il n’y a que le cœur d’une mère et encore celui d'une mère telle que vous qui puissiez comprendre ma douleur. Si vous avez perdu un fils, ma chère maman, je pleure un second père et de plus un bienfaiteur, et rien ne peut consoler de pareille perte; [mais je vous en conjure, ma bien-aimée maman, ménagez vos jours pour vos autres enfants qui réclament tous vos soins et votre protection.
Je ne puis vous en dire plus aujourd’hui, mes larmes effacent les caractères que je vous trace et ma main tremblante ne peut que vous prier d’agréer, etc., etc.
Le prince de Metternich à Catherine.
Vienne, le 21 juillet 1821.
Madame,
Je m’empresse d’avoir l’honneur de répondre à la lettre que Votre Altesse Royale m’a fait l’honneur de m’adresser le 15 de ce mois. C’est avec beaucoup de regrets que j’apprends que vos affaires sont loin de répondre à vos vœux. Je prie cependant Votre Altesse Royale dans son