‹ Correspondance Inédite de la Reine Catherine de Westphalie, née Princesse de Wurtemberg Avec sa faChapitre 7 sur 20 · VOYAGE DE LA REINE EN HOLLANDE · texte numérisé non relu

VOYAGE DE LA REINE EN HOLLANDE

La Reine à sa tante Emray. — Départ de Paris pour Laeken (28 avril 1810). — Les bords de l’Escaut. — La flotte. — L’empereur et le clergé belge. — Lancement du Friedland (2 mai). — Anvers. — Fête du Géant (3 mai). — Description de la fête.— Départ pour Bréda (6 mai). — Bois-le-Duc (7 mai). — De Bois-le-Duc à Berg-op-Zoom (8 mai). — Retour à Anvers (9 mai). — Middelboug (11 mai). — Flessingue. — Costumes. — L’ile de Valcheren. — L’île de Beveeland (13 mai). — L’empereur et le fermier hollandais. — Laeken (14 mai). — Description. — Bruxelles (16 mai). — La maison de Charles- Quint. — Gand (18 mai). — Bruges (20 mai). — Tombeau de Marie de Bourgogne et de Charles le Hardi. — Les Dunes. — Ostende. — Dunkerque (22 mai). — Route de Dunkerque à Lille (23 mai). — Calais (24 mai). — Boulogne (25 mai). — La hutte de l’empereur. — Le dîner. — La frégate anglaise. — Dieppe (27 mai).

A la fin d’avril 1810, l’empereur Napoléon Ier, sa nouvelle femme, l’impératrice Marie-Louise, le roi et la reine de Westphalie entreprirent un voyage en Hollande, pays qui devait être réuni à la France par suite de l’abdication et le départ du roi Louis.

Ce voyage dura jusqu’au 27 mai,, pendant un mois entier. La reine Catherine écrivit chaque jour à sa tante Emmy pour lui faire connaître les différentes phases de ce voyage, ses péripéties et lui donner la description des pays parcourus.

La princesse Emmy était la femme de son oncle Louisde Wurtemberg. Les deux princesses n’avaient entre elles qu’une différence d’âge de cinq ans et s’aimaient beaucoup.

Je ne sais quand ces lignes vous parviendront, mabienaimée Emmy. Mais le voyage que je fais dans ce moment est si intéressant, que je désirerais vous faire partager les différentes sensations qu’il me fait éprouver ; car je crains bien que ma faible plume ne parvienne jamais à vous décrire, aussi bien qu’elle le voudrait, tous les objets qui vont se présenter ; lisez-les du moins avec cette indulgente amitié qui vous caractérise, et puissent-elles au moins prouver à ma bien-aimée que, dans tous les moments de ma vie, elle fait ma plus douce occupation.

Nous partîmes de Paris, samedi 28 avril 1810, le roi et moi, dans une voiture, à cinq heures du matin. Jusqu’à Laeken (château de campagne près de Bruxelles), il ne nous est rien arrivé de fort marquant. Nous arrivâmes donc le dimanche 30 avril, peu de moments avant que l’empereur et l’impératrice ne s’embarquassent sur le yacht qui avait été arrangé sur le canal pour faire le trajet par eau de Laeken à Anvers. Nous ne pûmes rejoindre l’empereur plus tôt, ayant manqué de chevaux presque à toutes les postes. Après avoir parcouru les jardins (qui m’ont paru jolis autant qu’on peut en juger en courant),

nous nous embarquâmes, et il est impossible de rien voir de plus beau, ni de plus ravissant que les bords de l’Escaut, dont les deux rives sont bordées par les plus jolies maisons de campagne et les plus jolis jardins qu’on puisse voir. Ils appartiennent à de riches particuliers et à des marchands. Tout le pays est bien cultivé et a un air d’aisance qui charme. Nous fîmes la traversée en sept heures de temps ; je crois qu’on pourrait faire le trajet en moins de temps, mais les écluses arrêtent beaucoup. 11 faut au moins de 15 à 25 minutes avant que les eaux s’écoulent suffisamment. A la dernière écluse nous descendîmes du yacht pour nous mettre dans un petit canot qui avait été arrangé pour la circonstance, et qui était ramé par 20 matelots de la garde impériale. A cinq ou six lieues d’Anvers, nous vîmes les premiers vaisseaux de ligne, et tous les bateaux plats destinés pour l’expédition d’Angleterre. Nous montâmes sur un vaisseau qui a le nom de Charlemagne, et qui est commandé par l’amiral Missiessy ; après l’avoir bien examiné, nous nous remîmes dans le canot. Jamais spectacle plus imposant ni plus beau ne s’est offert à ma vue que le moment de notre arrivée à Anvers; imaginez-vous, ma chère Emmy, toute une escadre composée de dix vaisseaux de guerre, une multitude innombrable bordant le port, les cris d’allégresse et le canon se faisant entendre de toutes parts ; avec cela, le temps le plus beau qu’on puisse voir : on aurait presque été tenté de croire que le ciel lui-même prenait part à la fête, car cela tenait réellement de la magie, de l’enchantement. Anvers est une belle ville, il y a de très jolies maisons ; elle a 60,000 habitans, il y a beaucoup de commerce. L’empereur a fait faire des travaux immenses et, dans quelques années, Anvers sera un des premiers et des plus intéressants ports de la France par sa position.

CATHERINE DE WESTPIIALIE

Le 1er mai, nous avons été déjeuner à l’Amirauté ; après cela, nous avons été sur le vaisseau qui se nomme Vlnfernet. L’empereur a fait faire l’exercice à tous les matelots et a fait appareiller tous les vaisseaux qui se trouvaient dans la rade, et a fait manœuvrer les frégates ; il a paru satisfait ; le soir, il a reçu toutes les autorités et a donné une bonne semonce au clergé qui, depuis les différends avec le Pape, n’a plus voulu prier pour lui ; il leur a parlé avec feu, vérité, justesse et cette énergie qui le caractérise; ils ont paru pétrifiés.

2 mai. — Aujourd’hui, on a lancé le Friedland; c’est un très beau coup d’œil. On avait fait ériger une espèce de baldaquin en plein air pour l’empereur, l’impératrice et pour nous, ainsi que pour les personnes de la suite ; vis-à-vis, on avait fait dresser dix à douze estrades pour les plus jolies femmes de la ville, ce qui faisait un effet charmant ; après la cérémonie, l’impératrice et moi nous avons fait le tour des remparts et avons admiré le beau bassin que fait construire l’empereur pour les vaisseaux de guerre. L’empereur et le roi ont examiné, pendant ce temps, l’arsenal et le chantier ; on y construit dans ce moment neuf vaisseaux de guerre, qui seront tous achevés dans l’espace d’une année.

3 mai. — C’est un jour de grande fête à Anvers : c’est la fête du Géant. On le promène dans toutes les rues ; ce colosse a été fait en mémoire d’un géant appelé A ntigonus ou Denon, que l’histoire fabuleuse des premiers commencements de cette ville dit avoir sauvé deux fois, miraculeusement, de la peste et de la guerre. L’on prétend que la tête du Géant a été peinte par le fameux Rubens. Outre le Géant, il y a encore plusieurs pièces curieuses qui servent

dans les grandes réjouissances de cette ville, et comme la présence de l’empereur comble tous les habitants de joie, on les a promenés aujourd’hui. Voilà l’ordre du cortège ; une baleine de 28 pieds de longueur, qui fait des mouvements très naturels et jette de l’eau en abondance ; une frégate mâtée, voilée et avec tous les cordages au naturel (cette pièce est haute de 35 pieds et longue de 20) ; trois canots ; un Dauphin ; le char de Neptune ; le char de Vulcain ; un éléphant d’une grandeur épouvantable, qui fait des mouvements très naturels de la trompe, un char représentant Europe et ( illisible ) ; un char de Triomphe. Le Géant, quoique tout ceci n’ait l’air que d’une farce, je vous assure cependant, ma chère Ennny, que les grandes personnes, comme les enfants, s’en amusent.

4 mai. — Nous avons assisté ce soir à un grand bal que la ville a donné à l’empereur et à l’impératrice ; il était bien. Les femmes en général étaient bien mises et jolies ! le local prête à une fête. J’ai oublié jusqu’ici de vous faire la description de l’habillement des femmes du commun, qui cependant a quelque originalité. Elles portent toutes de grands morceaux de laine noire carrée sur la tête, ce qui cache presqu’entièrement leur taille et leur figure. Les plus huppées le portent en taffetas noir ; les personnes du commun ne parlent que flamand, idiome qui tient de l'allemand, du français et du hollandais; cette langue, ou plutôt ce jargon, est très désagréable à l’ouïe. Anvers ne peut être sain, car dans le moment de la marée il y a une odeur infecte dans plusieurs rues; elle se répand même dans plusieurs maisons.

5 mai. — J’apprends à l’instant que nous partons demain à cinq heures du matin pour Bréda, Bois-le-Duc,

et Berg-op-Zoom. C’est donc de là que je continuerai à vous donner de mes nouvelles.

6 mai. — Nous sommes partis d’Anvers à six heures et demie du matin ; le temps était froid et couvert, les chemins, jusqu’à Bréda, où nous déjeunâmes, sont sablonneux, les contrées arides; l’on ne voit que des bruyères et beaucoup de marais ; ce n’est qu’à une petite lieue avant Bréda que la contrée redevient assez jolie et bien cultivée. Bréda même est une jolie petite ville, bien bâtie ; les rues sont larges et régulières. De Bréda à Bois-le-Duc, les chemins et la contrée sont tout aussi horribles. Les villages, sur toute cette route, sont bien bâtis. Il y règne surtout un grand air de propreté; les paysans et paysannes sont tous bien vêtus; il n’y a pas eu d’enthousiasme en voyant passer l’empereur dans toutes ces contrées nouvellement cédées par la Hollande. Le peuple regrette son ancien maître, et avec raison. Bois-le-Duc me paraît une belle ville, autant qu’on peut en juger de nuit : il y a plusieurs jolies places; l’empereur occupe le palais que l’on venait d’achever pour le roi de Hollande. Bonsoir, ma bonne Emmy; il est minuit, je vais me coucher, malgré que ma femme de chambre ne soit pas encore arrivée et que je n’aie rien avec moi, que la chemise que j’ai sur le corps : c’est une véritable compagne.

7 mai. — Mes gens sont arrivés ce matin, j’ai donc par conséquent les moyens de me lever. Il n’est point encore décidé si nous passons la journée ici ou si nous continuons notre voyage. L’empereur et le roi sont allés visiter les fortifications, et moi je continue mon journal, quoique je ne vous ferai pas la description d’une place forte, par conséquent de Bois-le-Duc, car je suis, sur ce

sujet-là, d’une ignorance complète; je me contente de vous dire qu’elles sont, à ce qu’on m’a dit, parfaites et que Bois-le-Duc est une des meilleures forteresses de la cidevant Flandre Hollandaise. Elle a même subi avec succès plusieurs sièges dans les différentes guerres du Brabant, mais elle deviendra par la suite secondaire, Anvers étant le véritable rempart de toutes ces places fortes. Il vient d’être décidé que nous ne partirions que demain à huit heures du matin ; je vous quitte pour achever ma toilette.

8 mai. — A huit heures précises, nous nous sommes mis en route. La contrée est magnifique de Bois-le-Duc à Berg-op-Zoom. Tous les villages sont d’une propreté, extérieurement et intérieurement qui charme l’œil. On voit que tous ces paysans sont dans l’aisance la plus parfaite et qu’ils ne mangent que le quart de leurs revenus, au lieu qu’en France ils mangent toute leur fortune et quelquefois même le double. L’empereur est monté à cheval près de Gertruidenberg, ainsi que le roi; l'impératrice m’a fait monter dans sa voiture ; Gertruidenberg est encore une petite forteresse que l’empereur a examinée. Il nous a rejoint sur la route de Mardyck. Je suis restée dans sa voiture, où, après avoir épuisé tous les lieux communs et avoir parlé de la pluie et du beau temps, chacun s’est mis dans un petit coin et à dormir. Après que chacun eut fini son petit somme, on a pris un livre et on a lu. Près de Mardyck nous avons revu l’Escaut, qui est très large dans cet endroit et très considérable; nous sommes arrivés à neuf heures du soir à Berg-op-Zoom; nous espérions pouvoir y dormir tranquillement, après une journée très fatigante; mais l’empereur en a jugé différemment. Je suis invitée donc à poursuivre notre lecture.

9 mai. — J’ai été éveillée à cinq heures du matin par ordre suprême, et on m’a enjoint d’être prête à sept heures et de n’emporter qu’un petit paquet contenant une chemise, une paire de bas et une robe, et pour pouvoir m’embarquer plus facilement, le gros bagage devant retourner à Anvers par terre retournant le lendemain dans cette ville, et allant coucher cette nuit à Middelbourg, c’est-à-dire ceux qui auront de quoi.

C’est absolument un jardin anglais. Nous avons débarqué à Ramenker, petit fort qui est à une bonne lieue de Middelbourg. La situation en est charmante. C’est tout ce que je puis vous en dire pour aujourd’hui, ma bonne Emmy ; la plume me tombe des mains, je suis très fatiguée et vais me jeter toute habillée sur mon lit. Bonne nuit.

10 mai. — Le Reinhard (bâtiment sur lequel était embarquée la femme de chambre), arrive à l’instant; le désagrément presque continuel que j’ai de n’avoir presque jamais ma femme de chambre avec moi, dans ce voyage, est l’ombre au tableau : car il est du reste extrêmement agréable, et l’empereur et l’impératrice sont tous deux d’une amabilité charmante. Je vous quitte de nouveau pour faire ma toilette; après qu’elle sera achevée, je dois accompagner l’impératrice, qui va voir pour la première fois la mer; je ne puis presque réprimer ma curiosité de voir cet élément formidable, et c’est avec une impatience extrême que j’attends ce moment.

Enfin, je l’ai vue, ma chère Emmy, j’en reviens à l’instant, et jamais plus beau spectacle ne s’est offert à ma vue ; la mer était parfaitement calme : je n’ai pu me lasser de la regarder. J’ai ramassé quantité de petits coquillages sur le rivage; l’empereur a le projet de déjeuner à ce petit fort.

Catherine de westphalie

11 mai. — Le temps est mauvais. Je suis de ceux, ou de celles plutôt, à qui même le petit paquet manque, tout chétif qu’il est, le vent étant contraire; le paquebot où était ma femme de chambre n’a pu aborder; elle n’arrivera probablement que demain matin ; plaignez-moi donc un peu, ma bonne Emmy, de ce contretemps : je ne le suis (à plaindre) cependant pas trop, car je remplis ces heures de sommeil par une bien plus agréable occupation en m’entretenant avec vous, mon aimable amie.

Notre journée a été charmante. Nous nous sommes embarqués sur un yacht, à sept heures du matin, sur le grand Escaut (c’est ainsi qu’on l’appelle à Berg-op-Zoom). L’empereur s’étant trouvé un peu mal, par le mouvement du yacht, après un déjeuner très copieux qu’il avait fait, il a désiré descendre à terre; nous avons abordé à l’ile du Sud Beveeland, ou nous avons trouvé seize chars à bancs attelés chacun de deux haridelles qu’on avait fait venir de toutes les parties de l’Ile; vous ne vous faites pas d’idée combien nous avons ri de cette escapade. Nous étions toujours deux à deux, cela avait l’air d’un enlèvement; cependant, nos rires ont été suspendus par l’accident qui est arrivé au roi et à la duchesse de Montebello et à la comtesse Lôwenstein (dame du Palais). Tous trois étaient dans le même char à bancs : il a été cassé en mille morceaux et les a, par conséquent, versés; heureusement qu’ils en ont été quittes pour la peur, et qu’ils ne se sont fait aucun mal; à une lieue de Goës, nous avons trouvé des voitures et des chevaux de l’empereur; nous avons quitté nos chars à bancs, et sans peine, comme vous pouvez l’imaginer; nous nous sommes embarqués sur un canal, à peu de lieues de là; l’Ile du Sud Beveeland est tout ce qu’on peut voir de joli.

Notre beau projet d’aller déjeuner au bord de la mer

ne peut s’effectuer; ceci me rend toute chagrine. Nous passerons la journée ici. L’ile de Walcheren est magnifique : il n’est pas possible de voir un plus beau pays, ni plus riche, mais aussi plus malsain. On ne voit partout que des étangs ; l'eau en est saumâtre ; toute l’eau qu’on boit à Middelbourg vient de citernes : c’est ce qui donne les maladies terribles et qui a fait périr cette quantité d’Anglais, l’année dernière, qui y avaient débarqué. A Flessingue, l’air est encore plus mauvais; les médecins nous ont défendu d'v aller. Bonjour pour aujourd’hui, ma bonne Emmy, il faut que j’écrive quantité de lettres.

12 mai. — C'est encore de Middelbourg que je trace ces lignes. L’empereur travaille beaucoup ; il a de grands projets de défense; voilà ce qui prolonge notre séjour ici. Nous ne sommes éloignés des côtes de l’Angleterre que de dix-huit lieues. Avec un bon vent, l’empereur peut facilement faire débarquer 80,000 hommes, qui seront transportés sur les bateaux plats qu’il a fait construire; ces 80,000 hommes seront protégés par dix ou douze vaisseaux de guerre ; si cette expédition réussit, elle pourra faire un mal affreux à l’Angleterre 1 ; hier, l’empereur et le roi ont vu, en examinant les fortifications de Flessingue une frégate et trois bricks anglais. Il y a toujours des croisières ; l’on prétend qu’à Dunkerque et à Boulogne on les voit encore mieux: j’ai été fâchée de n’avoir pu jouir de ce spectacle ; je l’aurais désiré surtout à la distance de cinq lieues, où l’on ne pouvait leur faire aucun mal. L’habillement des femmes, dans l’île de Walcheren, est si extraordinaire, que je ne puis le passer sous silence : toutes les bourgeoises sont habillées de blanc, avec de petits

1. Ceci prouve qu’en 1810 Napoléon n’avait pas encore renoncé à ses projets de descente en Angleterre.

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bonnets blancs bien plissés et collés à leur visage ; leurs habits sont faits comme de grandes casaques. Quand elles sortent de leurs maisons, elles mettent un grand chapeau de taffetas noir, fait comme les chapeaux que l'on voit dans toutes les anciennes gravures anglaises. Elles en ont aussi toute la tournure et les manières ; elles sont toutes d’une extrême propreté : les paysannes portent toutes de grands chapeaux de paille, et sur leurs petits bonnets blancs des boutons en or des deux côtés des tempes et une agrafe en or sur le front : elles le mettent un peu de côté ; celles qui ne sont pas mariées le mettent du côté gauche, celles qui le sont, du côté droit. J'ai acheté, par curiosité, des boutons et une agrafe semblables : elles m'ont coûté 112 livres; elles sont faites d'or de ducat, par conséquent du meilleur; jugez par là combien elles doivent être riches. Tout le peuple, tous les bourgeois sont anglais dans l’âme.

Middelbourg est une ville très riche; il y a des fortunes immenses. Nous demeurons dans la maison du consul américain ; elle est meublée comme un palais, en damas, il y a de fort beaux tableaux. Il y a à Middelbourg un musée, mais on le dit épouvantable, cependant je n'en parle que par on dit. Adieu, mon amie, en voilà assez pour aujourd’hui.

13 mai. — Nous nous sommes embarqués à Banneki, par un temps affreux, le veut était si violent que les marins n’ont jamais voulu nous laisser partir, mais l'empereur l'ayant exigé, a ordonné impérieusement; ils ont été obligés de céder et nous nous sommes embarqués à la garde de Dieu sur un petit canot et nous avons abordé, sans aucune espèce d accident, à la troisième batterie dans l'ile du sud de Béveland où nous avons trouvé une très bonne

Cath. dk Westph.

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ferme, tout près de là, où nous avons déjeuné ; nous y avons trouvé de fort bonnes gens qui, ne connaissant pas l'empereur ni l’impératrice, n’avaient aucune espèce de gêne ni de contrainte ; aussi la première chose qu’a fait le bon fermier, c’est de s’asseoir dans un grand fauteuil, et de faire la conversation avec l’empereur qui s’y est prêté avec une amabilité et une bonhomie charmantes. L’empereur est entré dans les moindres détails de son ménage ; en outre il nous a raconté que sa ferme lui rapportait 3,000 florins de Hollande et qu’il avait pour 30,000 florins d’arpents de terres ; l’empereur lui a fait la proposition d’acheter pour la valeur de cent mille francs, argent comptant, ses terres et sa ferme ; le bonhomme a répondu : Ces terrres me viennent de mes pères et rien au monde ne me les fera vendre. J’ai trouvé cette réponse charmante ; vous sentez bien que toute cette conversation s’est faite par hachement, ces bonnes gens ne parlent qu'un mauvais hollandais. L’empereur, avant de quitter la ferme, s’est fait reconnaître, leur a fait faire de riches cadeaux, et de plus a doté leur fille aînée ; vous auriez dû voir leur étonnement, leur bonheur, leur franche gaieté ; jamais je n’ai vu de gens plus heureux; ce spectacle était ravissant : l’empereur était monté à cheval pour examiner toute l’île, et nous nous sommes mis en voiture et avons été droit au fort Bath, où nous nous sommes de nouveau embarqués sur un canot pour aller aborder au fort Lillo. Le fort Bath est le même qui a été si indignement rendu, l’année passée, aux Anglais par un général hollandais, sans coup férir. De là nous sommes allés par terre à Anvers, où nous coucherons.

14 mai. — Je n’ai que le temps de vous dire que nous partons à l’instant pour Laeken, près de Bruxelles, où

nous resterons, à ce qu’on dit, trois ou quatre jours, c’est de là que je vous donnerai de mes nouvelles.

15 mai. — Nous sommes arrivés très heureusement hier soir à neuf heures à Laeken ; C’est un endroit délicieux; je me suis promenée très longtemps ce matin dans le jardin. 11 est planté à l’anglaise, il y a des points de vue charmants, le château est élégant, et très bien meublé. Laeken appartenait autrefois à l’archiduchesse Christine, gouvernante des Pays-Bas. Elle l’a été pendant très longtemps; l’Autriche n’a définitivement cédé cette possession qu’à la paix de Campo-Formio. L’empereur a alors acheté cette propriété, avec toutes ses dépendances, à l’archiduc Charles, pour la somme de 20,000,000.

L’archiduchesse Christine la lui aurait léguée; nous allons ce soir au spectacle à Bruxelles ; après le spectacle il y aura cercle.

16 mai. — J’ai été ce matin avec le Roi à Bruxelles :

C’est une des belles villes que j’ai vues : elle a 100,000 habitants; le palais qui existait autrefois n'a pas été remeublé ni arrangé depuis la révolution. On y a mis le musée et la bibliothèque : il y a plusieurs beaux tableaux au musée. Le parc actuel, qui était autrefois le ci-devant jardin du palais, est très bien entretenu : il est planté à la française, comme jardin régulier, comme jardin public il est fort beau. J’ai vu toutes les manufactures de dentelles, elles méritent d’être examinées en détail; quelle peine, quelle patience, quelles gens ce genre d’ouvrage n’exiget-il pas ? Elles occupent au delà de dix mille personnes, seulement à Bruxelles, sans compter ceux de la campagne ; la manufacture la mieux arrangée, la mieux montée, est sans contredit celle de M .

La ville nous donne ce soir une grande fête; nous partons demain pour Gand, ce qui nous contrarie beaucoup. Quand on est dans un aussi joli séjour, il coûte de s’en séparer. Laeken est un des plus jolis endroits que j’aie vus. L’empereur n’a aucun jardin qui puisse lui être comparé; c’est même ce qui frappe tous les étrangers, mais surtout les Anglais et les Allemands, qui sont accoutumés de voir de si beaux châteaux sans jardin anglais. Ceux qui sont plantés à la française, je n’en parle pas, je les trouve horribles.

17 mai. — J’arrive à l’instant à Gand : cette ville a 60,000 habitants : elle a l’air un peu triste, elle est un peu déchue de son ancienne splendeur, et il serait difficile à l’empereur de répéter le propos que Charles-Quint tint un jour en disant : Je pourrais mettre Paris dans mon Gand. Cependant, il y a de fort beaux palais, et très bien meublés. Gand n’est remarquable de nos jours que parce qu’il a été le berceau de Charles-Quint, et pour le commerce considérable qu’il fait en batiste et en toile. Ce soir la ville nous donne une fête à laquelle nous assisterons.

18 mai. — J’aurais été très curieuse de savoir au juste la maison où Charles-Quint est né. Je me suis donné toute la peine du monde pour l’apprendre; mais personne n’a pu me l’indiquer. Il y a plusieurs variantes à ce sujet : les uns le font naître dans l’ancien château dont il n’existe plus que quelques ruines; d’autres à l’Hôtel de ville, et enfin l’on prétend que sa mère ayant été atteinte des maux dans une des rues de Gand, elle y est accouchée; ceci me paraît peu vraisemblable. L’Hôtel de ville de Gand est beau; c’est là où s’est donnée la fête. L’une des façades est très ancienne et a une architecture absolument

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gothique, mais très belle ; l’autre est tombée en ruine : on l’a rebâtie, mais entièrement à la moderne. Elle est très belle aussi, mais elle forme un contraste singulier; la ville de Gand est partagée dans sa largeur par un canal, et au milieu il y a un bassin pour les bâtiments marchands. Les Gantois font surtout un grand commerce de toiles et de batiste avec les Hollandais.

Il y a un quart d’heure que nous sommes arrivés à Bruges; la ville me paraît triste et mal bâtie : les rues sont étroites. L’empereur ni le roi ne sont encore arrivés, ils sont partis de Gand à quatre heures du matin, à cheval pour aller visiter les côtes vis-à-vis Flessingue ; ils font un détour de trente lieues. Voilà tout ce que je puis vous dire aujourd’hui, ma chère Emmy : il faut de nouveau que je fasse ma toilette, car encore ici il y a une fête, c’est tuant.

19 mai. — L’empereur et le roi sont revenus très tard hier, de leurs courses; j’en ai môme été inquiète un moment; ils ont manqué verser dans le canal; le roi heureusement s’en est aperçu. Il ne leur est rien arrivé de fâcheux. M’étant trouvée hier un peu souffrante, je me suis couchée. Nous restons aujourd’hui ici; la fête a été remise à ce soir. Ne me trouvant pas très bien encore, je ne sais si je pourrai y assister.

20 mai. — Je n’ai pas quitté mon lit, ayant été très souffrante : aujourd’hui je me trouve un peu mieux et me sens assez bien pour continuer le voyage. J’ai oublié de vous dire, en vous parlant de Bruges, qu’il existe à la Notre-Dame de cette ville deux tombeaux remarquables et beaux : celui de Marie de Bourgogne, et celui de Charles le Hardi. Nous avons fait le trajet de Bruges à Ostende par eau , sur le canal, dans un yacht; nous l’avons fait

dans l’espace de deux heures. A une demi-lieue d’Ostende on découvre les dunes. Ostende n’est rien moins que beau ; le port est affreux ; aussi l’empereur compte-t-il en faire construire un nouveau.

Ostende a 15,000 habitants; la mer, qui n’en est éloignée que d’une demi-lieue, n’offre pas un aussi bel aspect que des rives de la Zélande.

21 mai. — Dunkerque, où j’arrive à l’instant, me paraît être une belle ville. Le pays n’est pas beau entre Ostende et Dunkerque; il est aride et très marécageux. L’empereur vient de partir à cheval, ainsi que le roi, pour visiter toutes les fortifications. C’est à Dunkerque que le duc de York fut si terriblement battu en 1792.

22 mai. — Je vous écris encore de Dunkerque, car nous ne partons d’ici qu’à 11 heures du matin. Le port de Dunkerque est tout aussi mauvais que celui d’Ostende : il n’y a que les frégates qui puissent y entrer. Dunkerque a 22,000 habitants. Il existe un singulier usage : la première fois que les souveraines y viennent, toutes les marchandes de poisson vont en procession leur offrir un poisson en argent, une frégate. Elles sont tout habillées en rouge et il y en a une qui porte un drapeau à leur tête. Je n’ai pu aller à la fête que la ville a donnée hier soir, j’étais un peu souffrante.

23 mai. — Le chemin de Dunkerque à Lille est une des belles choses que j’aie jamais vues : c’est un jardin. Je ne puis mieux le comparer qu’en vous disant qu'il ressemble, qu’il est comme tous le pays de Wurtemberg: aussi ne sauriez-vous pas croire dans quel enchantement j’ai été; je croyais me retrouver dans ce délicieux pays.

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Que de souvenirs, que de sensations agréables il me faisait éprouver; on a bien raison de dire qu’on n’oublie jamais les lieux où l’on a passé sa première jeunesse, ses premiers beaux jours. De l’avant-dernière poste avant Lille, le chemin conduit sous une allée si touffue de tilleuls qu’elle forme presque un berceau et que dans toutes les heures de la journée, et même en canicule, on y serait à l’ombre. Lille est une des belles villes de la France, elle a 60,000 habitants. Vous ne sauriez croire combien l’empereur est aimé, chéri dans ce département; jamais je n’ai vu un enthousiasme pareil. Depuis Dunkerque jusqu’à Lille, le chemin était couvert de monde, pour le voir passer. Aussi l’empereur le leur rend-il bien, car il les affectionne singulièrement: C’est d’eux qu’il a dit, dans son dernier discours au Corps législatif : « que le département du Nord s’était acquis son amour et sa reconnaissance particulière ; » car à l’approche des Anglais, l’année dernière, ils mirent 19,000 hommes sur pied, sans aucun ordre quelconque, si ce n’est leur bonne volonté. Sur une population de huit cent mille habitants, vous m'avouerez que c’est montrer bien de l’énergie, bien de l’attachement. Nous restons aujourd’hui ici. Une fête que la ville nous donne nous retient: toute ces fêtes m’excèdent.

24 mai. — C’est de ce fameux Calais, que je vous adresse de mes nouvelles ma chère Emmy; à peine arrivés nous nous sommes embarqués sur un canot et avons été à une lieue en mer. Le temps était si calme que les marins nous ont assuré qu’on pourrait faire la traversée dans deux heures et demie au plus ; le temps un peu couvert nous a empêché de voir bien distinctement les côtes de l’Angleterre, ce qui nous a contrariés. Quand le

CATHERINE DE WESTPIIALI E

temps est bien clair, on m’a assuré pouvoir voir le château de Douvres ; j’avoue que j’aurais désiré jouir de ce spectacle et de voir au moins de loin cette fière Albion. En portant mes regards avec ravissement tout autour de moi, pour contempler le tableau magnifique qui se présentait à mes yeux, je médisais en moi : Mais que l’homme est donc fou ; qu’il est cruel de se détruire parce qu’il diffère d’opinion, et que ne peut-il jouir tranquillement, paisiblement du bien infini que la Providence lui a prodigué; que de maux, que de calamités cette malheureuse guerre n’a-t-elle pas faits? Comment supposera des peuples civilisés, comme le sont les Anglais, tant d’inhumanité, de cruauté? Mais ma plume s’égare, je philosophe au lieu de raconter; ainsi vous voyez qu’on peut philosopher sans être philosophe pour cela. Demain nous partons à trois heures du matin pour Boulogne.

25 mai. — Je rentre à l’instant bien fatiguée, mais je ne puis laisser passer cette journée sans vous dire un mot, ma bien-aimée, surtout après ce que j’ai vu. Il me semble que je goûte doublement tous les plaisirs, quand je puis vous en faire part. Nous sommes arrivés à neuf heures et demie du matin à Boulogne. Nous sommes descendus auprès de la petite cahute de l'empereur, qu’il avait fait construire, il y a cinq ans, lorsqu’il voulut faire l'expédition contre l’Angleterre, au moment où l’Autriche lui déclara la guerre; il l’a habitée pendant deux ans consécutivement. Elle est sur une hauteur qui domine la mer: nous avons vu tous les camps qui ont été faits pour 200,000 hommes; il n’y a que 12,000 hommes de campés dans ce moment: nous avons déjeuné dans la petite cahute de l’amiral Lacrosse, qui commande la flottille qui avait été mise en station à cause de l’arrivée de l’empereur.

Après le déjeuner, l’empereur a été faire la revue des troupes, et nous nous sommes amusées, l’impératrice et moi, à examiner par un télescope une frégate anglaise qui s’était montrée dès le matin ; elle n’était qu’à deux portées de canon, aussi pouvait-on la distinguer à merveille, et môme voir tous les mouvements de chaque matelot; il y a un quart d’heure qu’elle s’est avancée à portée de canon, mais elle a bien vite viré de bord après qu’on lui eût tiré 8 ou 9 coups de canon. Boulogne n’est pas une belle ville: il y a la haute et la basse ville, le port n’est ni bon ni beau, c’est l'embouchure d’une petite rivière qui le forme, et qui par conséquent se jette dans la mer. La mer y est si basse qu’aucun vaissèau ni frégate ne peuvent y entrer; nous avons été nous promener sur les côtes, en calèche, et de là nous avons visité tous les forts, tous les bâtiments de transport, toutes les canonnières, etc. Parmi ceux qui sont destinés pour l’expédition contre l’Angleterre, plusieurs des bâtiments de transport contiennent des écuries pour 50 chevaux. On a calculé qu’on pourrait en transporter 20,000. Nous nous sommes promenés très longtemps en canot dans le port, et un petit moment sur mer; la pêche du hareng rapporte annuellement à Boulogne huit à neuf cent mille francs de rente. Nous n’avons pas été plus heureux qu’hier, car à peine avonsnous pu distinguer les côtes d’Angleterre.

26 mai. — Notre journée d’aujourd’hui, de Boulogne à Dieppe, a été une des plus fatigantes que nous ayons encore faites. Nous avons fait 42 lieues depuis six heures du matin jusqu’à dix heures du soir; et quoique les chemins soient très bons, la poussière et la chaleur excessive que nous éprouvions nous ont presque excédés; nous nous sommes arrêtés pendant une heure à Valines, l’em-

pereur voulant faire construire un canal. Adieu, je vais bien vite me coucher.

27 mai. — Quoique nous n’ayons fait que 24 lieues aujourd’hui, le temps continuant à être très lourd, et la poussière très forte, nous sommes tout aussi fatigués qu’hier ; cependant je ne puis, d’après la promesse que je vous ai faite, laisser passer un jour sans vous donner de mes nouvelles. Le port de Dieppe n’a aucun avantage sur les autres: il est beaucoup trop étroit; l’impératrice ayant désiré un petit combat naval, l’empereur en a fait faire un.

Ici je termine la longue lettre, ou plutôt la série de lettres provenant du voyage de la reine Catherine, cette princesse étant rentrée le lendemain à Paris avec l’empereur.

Ce ne fut qu’en janvier 1811, que cette princesse se décida à écrire jour par jour une espèce de journal, quelquefois assez insignifiant, mais où l’on trouve souvent aussi des relations de faits, des aperçus, des réflexions philosophiques du plus haut intérêt. Il est probable que c’est la rédaction de son voyage qui lui donna la pensée d’écrire son journal. Nous en avons éloigné tout ce qui ne peut offrir aucune espèce d’intérêt.

On verra malheureusement que ces pages, écrites au jour le jour, sont quelquefois interrompues pendant des mois, presque des années entières.

Napoléon Ier a toujours tenu en grande estime la reine Catherine, sa belle-sœur.

Dès que le mariage de cette princesse avec Jérôme fut décidé, l’empereur adressa à Catherine, de Saint- Cloud, le 6 août 1807, une courte et aimable lettre qu’il lui fit porter par le maréchal Bessières, lettre publiée dans la correspondance éditée à Stuttgart, et qui fut suivie d’une autre du 28 décembre de la même année. Cette dernière est datée de Turin et inédite, la voici :

Madame ma sœur,

J’ai reçu la lettre de Votre Majesté du 14 octobre. Je la remercie de la communication qu’elle a bien voulu me faire de la lettre de l’impératrice mère. Elle sait tout l'intérêt qu’elle m’a inspiré, du premier moment que je l’ai vue; toutes ses bonnes qualités, depuis que je la connais, ont donné un nouveau prix à mes sentiments. Je désire apprendre qu’elle continue à être heureuse et contente. Sur ce, je prie Dieu qu’il vous ait, madame ma sœur, en sa sainte et digne garde.

Lorsque en 1809 la guerre contre l’Autriche fut décidée, Jérôme dut prendre le commandement d’un corps, désigné sous le numéro 10, de la grande armée de Napoléon, corps destiné à se porter en Saxe et sur Dresde pour faire diversion aux opérations de l’empereur sur le Danube. Catherine écrivit de Cassel à son père, le 30 mars, la lettre suivante :

Mon très cher père.

Le roi vous adresse aujourd’hui une prière bien essentielle à ma tranquillité et j ’ose espérer de l’attachement que vous m’avez toujours témoigné que vous daignerez ne pas me la refuser :

Il paraît certain, d’après les nouvelles, que la guerre est inévitable; dans ce cas vous pouvez juger, mon très cher père, que le roi se rendra à l’armée, il désire pendant ce temps me laisser un point de consolation et savoir mon oncle et ma tante Louis près de moi. Je sens bien que ce déplacement momentané pourra être onéreux à mon oncle et à ma tante, mais d’un autre côté ce ne sera que la dépense du voyage, car ils n’en auront pas le moindre à à faire ici où je vivrai en l’absence de mon mari plus retirée que jamais. Quant à l’éducation de leurs enfants, elle sera ici tout aussi suivie qu’à Stuttgart, puisqu’ils y

auront également Mlle des Ech . et de bons maîtres ;

enfin, mon cher père, je n’y vois que l’inconvénient d’un déplacement momentané et j’ose espérer ce sacrifice de vos bontés et de l’amitié de mon oncle et de ma tante. A coup sûr j’apporterai dans cette circonstance le courage nécessaire pour supporter une séparation qui peut contribuer à

la gloire et au bonheur du roi, mais je serai bien seule, bien isolée, éloignée de tout ce qui m’est cher. Veuillez considérer cette position et me l’adoucir autant qu'il sera en vous ; j’en éprouverai une reconnaissance aussi vive que les sentiments que mon cœur vous a voués.

La reine Catherine ayant, en l’absence de son mari, rejoint à Strasbourg l’impératrice Joséphine, et la nouvelle de la contusion reçue par Napoléon à la prise de Ratisbonne, le 23 avril, étant arrivée, elle écrivit le 28 avril à l’empereur :

Sire,

C’est hier au soir que je suis arrivée auprès de l’impératrice qui m’a reçue avec une amitié bien propre à me consoler des peines de ce moment-ci. J’ai appris avec étonnement, mais toujours avec une nouvelle satisfaction les nouveaux et rapides succès de Votre Majesté, mais ce qui la contrebalance est la nouvelle de l’accident qu’elle a éprouvé. Qu’il me soit permis, sire, de vous représenter, avec le sentiment que mon cœur vous a voué, que vous ne pouvez vous exposer, ne fût-ce qu’à des fatigues assez violentes pour altérer votre santé, sans nous livrer à des alarmes qu’aucune victoire ne saurait compenser.

Je ne vous dirai point que vous vous devez à une famille qui vous chérit en père ; vous vous devez, sire, au monde entier dont le bonheur et le repos reposent sur votre tête. Si ma prière, le vif intérêt que je prends à votre conservation, pouvaient, sire, être de quelque poids à vos yeux, je vous dirais que vous ne pouvez plus rien pour votre gloire, mais tout encore pour notre bonheur.

Napoléon répondit à Catherine, d’Ems le 6 mai 1809 :

Madame ma sœur,

J’ai reçu vos deux lettres des 26 et 30 avril. Je vois avec plaisir que vous étiez arrivée à Strasbourg. Ce qu’on dit de ma blessure est controuvé ; une balle m’a frappé, mais ne m’a point blessé. Le roi m’a écrit que tout allait mieux. Je réunis d’ailleurs 60,000 hommes à Hanau pour obvier à tout.

Le 19 mai, en apprenant, à Strasbourg, où elle se trouvait encore près de Joséphine, la capitulation de Vienne, Catherine écrivit de nouveau à Napoléon la jolie lettre ci-dessous :

Sire,

Si Votre Majesté veut agréer mes félicitations pour chacun de ses éclatants succès, elle me paraît menacée d’une fréquente correspondance et j’oserai à peine profiter de chaque victoire pour lui réitérer l’expression de mes sentiments.

J’ai été bien heureuse d’apprendre que la nouvelle de la blessure de votre majesté ait été controuvée ; mais elle a été frappée et le coup qui l’a frappée nous blesse tous.

Je la prie d’accueillir mon respectueux et sincère attachement.

L’empereur ayant fait savoir, par une lettre des plus affectueuses, à Catherine, la conclusion de la

paix avec l’Autriche, la reine s’empressa de lui mander de Cassel, le 21 octobre 1809.

Sire,

La nouvelle de la conclusion de la paix, que Votre Majesté a bien voulu communiquer au roi par l’officier qui est arrivé cette nuit, me cause une grande satisfaction, quoique je partage toujours bien vivement le succès qui couronne toutes vos entreprises. Peut-être, suis-je plus sensible à un événement qui vous met, Sire, à l’abri do tous les dangers. Puissent les loisirs de la paix vous permettre de fixer quelques fois avec bienveillance les deux cœurs unis par Votre Majesté et qui n’ont pour vous chérir qu’un seul et même sentiment.

Lors du mariage de Napoléon avec Marie-Louise, l’empereur fit part directement à Catherine de cet important événement et l’engagea, ainsi que son mari, à se rendre à Paris pour assister à la cérémonie par la lettre suivante :

Napoléon à Catherine.

Paris, le 26 février 1810.

Madame ma Sœur,

L’empereur d'Autriche ayant accédé à, la demande que je lui ai faite de la main de sa fille l’archiduchesse Marie- Louise, dont j’avais reconnu tout le mérite et les brillantes qualités, j’ai résolu de fixer la célébration de mon mariage à Paris, au 29 mars. J'ai envoyé le prince de Ncufchâtel pour assister comme témoin au mariage qui se fera le

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G mars, à Vienne, par procuration, de manière que l’impératrice pourra arriver le 23 à Compiègne, où je compte la recevoir. Dans cette imposante circonstance, j’ai résolu de réunir près de moi les princes et princesses de ma famille. Je vous en donne avis par cette lettre, désirant qu’aucun empêchement légitime ne s’oppose à ce que vous soyez à Paris pour le 20 mars.

Voici maintenant six lettres de la reine Catherine au roi de Wurtemberg. La première, relative à l’abdication de Louis de Hollande, a son importance historique. La troisième est écrite à l’occasion de la maladie du frère de la reine, le prince Paul mort à Paris en 1850, sous la présidence de Louis Napoléon.

Les quatre autres parlent d’affaires de famille et du séjour en Westphalie de Madame mère.

Catherine au roi de Wurtemberg .

Napoleonshôhe, 30 juillet 1810.

Mon très cher père,

Je reçois à l’instant votre lettre du 22 juillet et je m’empresse de vous en remercier. Soyez persuadé que je sais reconnaître comme je le dois les motifs qui vous portent à me donner cet avis ; mon mari, auquel j’en ferai part, lorsqu’il sera rentré, partagera sans doute ce sentiment, mais je puis heureusement vous rassurer sur ce point, le roi de Hollande a eu la délicatesse de ne pas venir trouver son frère, il l’a poussée au point de ne pas lui donner de ses nouvelles et c’est depuis peu de jours que nous avons la certitude qu’il est tranquillement â Tôplitz à prendre

les eaux; les bruits qui ont couru à Paris, et qui même ont paru dans le Moniteur, sont absolument faux, mais je n’en suis pas moins touchée de l’avis important que vous venez de nous donner, parce qu’il va mettre mon mari à même de les démentir totalement, ce que je regarde, ainsi que vous, mon père, comme d’une grande conséquence dans ce moment-ci, surtout vu le refus du roi d’Espagne de céder les trois provinces, ce qui va augmenter l’humeur de l’Empereur contre son frère.

Je me réjouis de la grossesse de l’impératrice, mais je m'afflige de ne pouvoir suivre un si bon exemple et de n’avoir pas encore exécuté vos ordres à cet égard.

Croyez, mon cher père, que mon cœur répond à vos sentiments pour moi et que les expressions me manquent pour vous dire combien ils sont tendres et sincères.

Il est évident que la reine répond à une crainte exprimée par son père qui redoute la colère de Napoléon, si le roi Jérôme parait protéger son frère Louis de Hollande. Le roi de Wurtemberg et son fils se sont toujours montrés d’une platitude extrême, tant que Napoléon a été puissant, d’une cruauté ignoble, une fois l’empereur dans le malheur.

Catherine au roi de Wurtemberg.

Napoleonshôhe, le 30 août 1810.

Mon très cher père.

Je vous remercie de la bonté que vous avez de me faire part d’une nouvelle qui m’est très agréable. Je suis

Catii. de Westph.

enchantée que Louise fasse un bon établissement, car je le regarde comme tel vu tout le bien que j’ai entendu dire de ce jeune prince. Je lui crois de la fortune, du moins je l’ai ouï dire, que du côté maternel ilavaitde grands biens à attendre et dans le siècle où nous sommes c’est un avantage qui ne se rencontre pas tous les jours. Je suis sûre aussi que Louise, qui n’avait pas mal envie de se marier, sera bien reconnaissante de la bonté que vous avez d’y consentir, et je suis persuadée que, sans les soins que vous lui avez donnés, l’intérêt que vous y avez pris, elle eût difficilement trouvé en Sicile à s'établir d’une manière convenable.

Je quitte, mon cher père, le chapitre noces pour passer à un autre tout opposé, ainsi va le monde. Avez-vous donc quelque certitude sur la mort du roi d’Angleterre? Dans cette incertitude je n’ose écrire à maman, j’aurais peur de lui laisser entrevoir dans ma lettre le soupçon que j’ai de cette nouvelle dont elle ne doit, mon cher père, recevoir la confirmation que par vous, afin de lui en adoucir le premier moment.

Madame mère est ici depuis le 27, j’espère qu'elle y passera un mois, elle me témoigne tant d’amitié que je serai bien aise qu’elle y reste le plus longtemps possible.

Les bruits publics semblent menacer notre tranquillité; mon cher père, en savez-vous quelque chose de positif? donnez-moi, je vous en supplie, à cet égard tous les détails que vous pourrez me donner.

Le roi me charge de le rappeler à votre souvenir.

Catherine au roi de Wurtemberg.

Napoleonshôhe, 3 septembre 1810.

Mon très cher père,

Je suppose que vous êtes dans les fêtes, l’époque où vous recevrez ma lettre est celle des deux jours de naissance de mon frère et de maman; cette dernière sera, je le crains, bien tristement célébrée, vu le chagrin dans lequel la reine doit être plongée à cause de l’état du roi.

Je suis bien aise de savoir Louise contente et heureuse et j’apprendrai avec plaisir que mon oncle et ma tante Eugène soient satisfaits de ce mariage, mais j’avoue que ce qui me fait plus de plaisir encore est que Marie soit devenue coadjutrice. Je présume que ma tante Louis aura reçu avec une grande reconnaissance cette nouvelle preuve de votre bonté pour elle.

Madame mère a cédé à nos sollicitations et nous accorde jusqu’à la fin du mois. L’empereur, dit-on (et l’impératrice me le mande également), doit faire un voyage en Hollande; on prétend qu’il visitera toutes les côtes et reviendra par ici ; cependant mon mari n’a, à cet égard, aucune nouvelle positive.

Le roi me charge, mon cher père, de le rappeler à votre souvenir. Puissé-je espérer que vous me conserverez une place dans le vôtre. Je le mérite un peu par le tendre attachement que mon cœur vous a voué.

Catherine de westphalie

Catherine au roi du Wurtemberg .

Napoleonshôhe, 2 octobre 1810.

Mon très cher père,

J’ai appris il y a peu de jours la maladie de mon frère . Paul et heureusement sa convalescence en même temps. Aujourd’hui je reçois une lettre de ma belle-sœur qui me confirme son mieux et aussi les soins paternels que vous j lui donnez et dont ils sont tous deux bien reconnaissants. Quant à moi qui n’ai pu les partager avec vous,- mon cher père, je partage du moins bien vivement les inquiétudes que vous avez dû ressentir, et quoique mon frère soit hors d’affaire, la seule idée de son danger m’afflige beaucoup.

J’ai écrit sur-le-champ à Charlotte et à mon frère, j’espère qu’il sera maintenant à même de me lire et qu’il ira bientôt assez bien pour me donner lui-même de ses nouvelles.

Veuillez aussi m’apprendre, mon cher père, que ces cruels moments n’ont point altéré votre santé.

Le roi me charge de le rappeler à votre souvenir, nous comptons rentrer en ville le 30, la campagne n’étant pas tenable par le temps qu’il fait.

Daignez, mon cher père, agréer mon très profond respect.

Catherine au roi de Wurtemberg .

Cassel, 25 novembre 1810.

Mon très cher père.

J’espère que ma lettre vous trouvera en courses et au milieu de vos chasses. C’est un plaisir que le roi se donne

parfois ici, mais comme ces chasses se trouvent aux environs de Cassel, j’ai le plaisir de l’y accompagner toujours et môme quelquefois d’essayer à tirer moi-même, ce qui, par le beau temps que nous avons, contribue au bien-être de ma santé.

J’attendais la réponse de Louise à son retour d’Arringen ; la réception qu’on lui a faite dans sa nouvelle famille a dû prendre tous ses moments; mais je serai cependant bien aise d’apprendre par elle-même combien elle se trouve heureuse dans sa nouvelle position et surtout combien elle doit être reconnaissante de toutes vos bontés pour elle.

Vous ne me parlez pas, mon cher père, de la princesse de Wied ; sa gaieté , son amabilité auront contribué, j’espère, à distraire la bonne Emmy, dont la santé, à ce que tout le monde m’assure, se raffermit tous les jours. Lundi prochain, je crois que nous retournerons en ville ; voilà, mon cher père, la seule nouvelle que je puisse vous donner de nos contrées. On ignore le retour de S.M. l’empereur.

Le roi me charge de le rappeler à votre souvenir. Conteervez-moi le vôtre, ainsi que vos bontés, et croyez à mon profond attachement.

Catherine au roi de Wurtemberg.

Cassel, 20 décembre 1810.

Mon très cher père,

Je ne vous exprimerai que faiblement tout le chagrin que ne fait éprouver la malheureuse affaire de mon oncle, |elui que vous en avez vous-même vient y ajouter encore, mais du moins je puis vous rassurer sur les suites que mus craignez relativement à la lettre à l’empereur. Je ne la

lui ai point envoyée, mais j’ai cru devoir l’adresser à ma tante Emmy, sa prudence, sa sagesse., la confiance qu’elle a en vous la mettant plus à même que personne de décider de ce qui peut à cet égard être convenable, et j’étais bien sûre qu’elle ne ferait rien sans prendre votre avis. Quant à ce que peut me dire le duc sur cette cruelle affaire, vous sentez bien, mon cher père, que je le considère comme la suite de sa manière d’envisager ses propres affaires; avec d’excellentes qualités, ce pauvre Louis s’est toujours aveuglé, ou a été trompé par des gens en qui il avait mis sa confiance par trop de bonté. Je crois donc qu’il faut entrer avec indulgence dans sa malheureuse position et le ramener par là à des idées plus justes. Au surplus, mon très cher père, vous m’avez fait à cet égard tout ce qu’il était possible de faire, et s’il m’était possible de redoubler' pour vous de tendresse et de reconnaissance, je le ferai dans ce moment où vous avez sauvé ma pauvre Emmy; je me joins à elle pour vous en remercier et pour vous conjurer de les lui continuer en usant envers mon oncle d’une extrême douceur et d’indulgence comme le moyen le plus propre de mettre fin à toutes ses mauvaises affaires, en vous accordant sa confiance. Le départ de mon frère est trop prochain et je ne jouirai plus longtemps du bonheur de le voir ici ; veuillez du moins, lorsque je serai éloignée de nouveau de toute ma famille, me donner bien souvent de vos nouvelles et me parler de ma pauvre tante.

Catherine au mi de Wurtemberg.

Cassel, 4 janvier 1811.

Mon très cher père.

Je ne puis assez vous remercier de la bonté que vous avez de permettre que mon frère prolonge son séjour ici; c’est une bien grande consolation, surtout en ce moment où l’affaire du duc Louis m’a réduite au désespoir. J’ai appris cette fâcheuse histoire par une estafette que le prince Adam m’a envoyée de Varsovie . Le duc m’écrit également et me fait la relation détaillée de son arrestation; je l’envoie à la duchesse qui sans doute vous en fera part. Je ne doute nullement, mon très cher père, que ma pauvre tante Emmy ne trouve en vous toutes les consolations de l’amitié.

Vous ne sauriez rien faire pour elle que vous ne le fassiez pour moi, dans le sens que mon cœur vous en remercie mille et mille fois et que je joins une reconnaissance de plus à toutes celles que je vous dois.

Que d’inquiétudes vous devez éprouver à la fois? A peine ce pauvre petit Fritz était-il rétabli que ce malheureux coup est venu vous accabler. Que je voudrais du moins vous faire comprendre, mon cher père, combien je sens toutes vos peines, mon cœur en est déchiré, il

voudrait vous offrir pour consolation toute la tendresse dont mon âme est susceptible.

Le roi a pris beaucoup de part à ce qui vous arrive et il est bien décidé à faire pour mon oncle tout ce qui pourrait lui être utile, surtout puisque mon oncle s’est adressé à lui ; mais il faut d’abord que nous sachions ce que l'on pourrait faire. Je crois, mon cher père, que vous ne laisserez ce soin à personne, et je ne doute pas que vous n’ayez déjà accordé à ma tante et à mon oncle tout ce qui a pu dépendre de vous. J’cn attends la nouvelle avec impatience.

Dès qu’elle connut la naissance du roi de Rome, Catherine écrivit à l’empereur.

Catherine à Napoléon.

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Cassel, le 23 mars 1811.

Sire,

J’espère que Votre Majesté daignera agréer avec bonté mes félicitations sur l’heureux accouchement de Sa Majesté l'impératrice et particulièrement de ce que le ciel a bien voulu lui accorder un fils ; cet heureux enfant a de grandes obligations à remplir envers la destinée; il les remplira toutes en marchant sur vos traces, et l’exemple de Votre Majesté en est un sûr garant. Puisse-t-il un jour mettre le comble à votre félicité, Sire, et puisse Votre Majesté fixer un moment d’attention sur les vœux d’un cœur qui lui est sincèrement dévoué !

Catherine au, roi de Wurtemberg.

Catherinenthal, 16 mai 1811.

Mon très cher père,

Je compte partir le 20 pour Ems; le roi, qui m’y accompagne, suivra cle là sa route pour Paris; lorsque j’y serai je vous manderai des nouvelles de mon établissement; il me serait bien plus intéressant encore de pouvoir vous dire bientôt que le voyage de mon mari a été plus heureux, et que l’empereur l’a reçu de manière à nous faire espérer une amélioration dans notre position, qui serait nécessaire.

Toutes les nouvelles que je reçois de Stuttgart me confirment, mon très cher père, que votre santé est infiniment meilleure; puissiez-vous m’en donner l’assurance bientôt vous-même.

Veuillez maintenant, m’adresser vos lettres à Ems.

Je vous prie aussi de me parler de maman, qui me paraît toujours hors d’état d’écrire, ne recevant 'plus de ses nouvelles. Sa maladie est bien longue.

Que fait donc ma pauvre tante; Arous ne sauriez croire, mon cher père, à quel point sa santé m’occupe, sa position me rend réellement malheureuse ; l’idée des consolations que vous lui offrez, des soins tendres et généreux que vous lui prodiguez est la seule chose qui me console et me tranquillise.

Vous ai-je dit, mon cher père, qu’ayant vendu mon jardin de ville, parce que son entretien me devenait beaucoup trop dispendieux, le roi a eu la bonté de m’en donner un autre plus petit, plus facile à entretenir et plus agréable encore par sa position étant au .pied du château

58 CATHERINE DE WESTPIIALIE [1811]

et sur les bords de la Fulde; de sorte que je n’ai qu’une petite partie de l’orangerie à traverser pour m’y rendre ; un petit salon, quelques allées à l’anglaise, beaucoup de fleurs et une vue délicieuse en font un séjour bien simple et bien agréable. J’ai pensé que ce petit détail vous ferait plaisir et je me complairai toujours à vous donner, de toutes les manières possibles, des preuves de mon tendre attachement.

Catherine au roi de Wurtemberg .

Ems, le 25 mai 1811.

Mon très cher père.

Si je ne vous ai pas écrit immédiatement après mon arrivée ici, c’est que j’ai voulu prendre un peu d’assiette, commencer mes eaux et pouvoir vous rendre compte de leur premier effet, ainsi que de mon petit établissement. Je crois que les bains me feront du bien, je ne me sens pas fatiguée le moins du monde, et les courses que je fais contribueront sans doute aussi à l’effet des eaux, si toutefois elles en produisent. La maison que j’habite est vaste et commode, il n’y a point de luxe, mais beaucoup de choses commodes, telles que d’avoir les bains au rez-de-chaussée.

Le roi est parti mercredi et doit être arrivé à Paris aujourd’hui, par conséquent je ne puis encore avoir de ses nouvelles; aussitôt que j’en aurai, je vous en ferai part, car il me tarde infiniment de connaître le résultat de sa réception.

J’ai reçu des nouvelles de maman, ce qui me fait grand plaisir, puisque je sais par là que sa santé va mieux.

A S. M. le roi de Wurtemberg.

Cassel, 8 janvier 1812.

Ce n’est qu’avant-hier, mon très cher père, que j’ai reçu votre lettre et l’annonce que vous daignez me faire des jolies porcelaines que vous voulez bien m’envoyer. Je les recevrai avec une véritable reconnaissance, et je suis bien sûre d’avance qu’elles sont fort jolies.

Ce n’est que d’avant-hier aussi que je suis revenue de Catherinenthal ; les huit jours que j’y ai passés m’ont fait réellement du bien, j’avais besoin de cette distraction, après tous les événements fâcheux qui ont terminé l’année dernière, et puis j’étais à la campagne avec la facilité de me promener de plain-pied dans mes appartements, ce qui a remis tout à fait ma santé.

Le projet du roi, mon cher père, n’est pas encore de rebâtir le château; il ignore même complètement quand la chose lui sera possible ; mais, dans aucun cas, il ne sera remis à la même place.

Le projet de ma tante Emmy m’a vivement affectée pour vous et pour elle ; je sens, mon cher père, tout le vide que doit vous faire éprouver la perte de sa société, et je crains pour elle les suites de son séjour à Kirchheim, votre amitié pour elle peut seule me rassurer; vous veillerez, j’en suis

GO

CATHERINE DE WESTPIIALIE

sûre, sur son bonheur comme un ange tutélaire, sa vie est si précieuse à scs amis, si nécessaire à ses enfants !

Le roi me charge, mon très cher père, de le rappeler à votre souvenir.

Au commencement de 1812, le roi Jérôme ayant été mandé seul à Paris, par l’empereur, pour conférer avec lui sur la guerre prête à être déclarée à la Russie, la reine Catherine envoya par son mari à l’impératrice Marie-Louise la lettre ci-dessous.

Catherine à Marie-Louise.

Cassel, le 26 mars 1812.

J’ai reçu, ma chère sœur, avant-hier seulement, le beau portrait de Madame, que je dois à vos bontés et à votre souvenir; il m’est sous tous les rapports infiniment précieux et je ne puis vous exprimer que bien faiblement combien je suis sensible à cette aimable attention de votre part.

Vous sentez bien, ma chère sœur, qu’il m’en a infiniment coûté de n’avoir pu accompagner le roi et de n’avoir pas eu le plaisir de vous revoir. Je désire depuis longtemps avoir cette douce satisfaction et ne puis me consoler de l’avoir manquée cette fois-ci que par l’espoir de m’en dédommager un jour, et dans une autre occasion.

Tout ce que le roi m’a dit du roi de Rome, de sa beauté, de sa force, de sa santé, m’a charmée; donnez-lui, je vous prie, un baiser de la part d’une tante qui déjcà le chérit sans le connaître, et veuillez parler de moi à l’empereur et me servir d’interprète pour le remercier du souvenir et des bontés qu’il me conserve, et dont le roi m’a fait part.

Croyez, ma chère sœur, qu’un des moments doux de ma vie sera celui où je pourrai vous renouveler de vive voix les expressions de la tendre amitié que vous conserve, etc...

A S. M. le roi de Wurtemberg.

Cassel, 26 mars 1812.

Mon très cher père,

Hier, au moment où je ne m’attendais à rien moins qu’à ce bonheur le roi est arrivé inopinément. Sa présence, la surprise que j’en ai éprouvée a été inexprimable ; mon plaisir a été d’autant plus grand que j’étais privée de ses nouvelles depuis quelques jours et que j’en étais aussi inquiète que je le pouvais être dans ma propre situation, ignorant absolument ce que je deviendrais dans les circonstances actuelles ; mon mari est extrêmement content de son voyage ; l’empereur et l’impératrice l’ont reçu à merveille, il m’a dit qu’on continuait de croire à la possibilité de la paix, néanmoins que tous les préparatifs de guerre se continuaient et que lui se trouvait dans le cas de se rendre sous peu de jours à son poste.

Quant à moi, mon cher père, je reste ici, c’est une chose absolument décidée; l’empereur et le roi le désirent et notre bien-être futur en dépend. Vous sentez bien, d’après cela, qu’il n’y a pas à hésiter et que toute considération secondaire et qui ne tendrait qu’à mon agrément particulier cesse dès le moment qu’il s’agit d’objets et de motifs majeurs.

Je n’ai pour aujourd’hui pas le temps de vous en dire davantage, mais je me suis empressée de vous instruire de tout ce qu’il y avait de plus intéressant et que vous seriez le plus aise d’apprendre.

Croyez, pour la vie, à mon bien tendre et respectueux attachement et veuillez me donner, dans ce moment surtout, le plus souvent possible de vos nouvelles.

Le roi me charge de le rappeler à votre souvenir.

A S. M. le roi de Wurtemberg.

Cassel, le 8 avril 1812.

Mon très cher père,

Le roi est parti hier au soir et m’a chargée de vous témoigner tous ses regrets de n’avoir pu vous écrire avant son départ; mais, ces derniers jours, il n’a pas eu un seul moment à lui.

Je ne saurais vous rendre combien je me sens triste, isolée; vous devez être bien persuadé, mon cher père, qu’il m’eût été bien doux de recevoir vos consolations dans ces cruels moments, mais je dois en faire le sacrifice à la tranquillité du royaume. Le roi m’a chargée de la direction supérieure des affaires, je ne saurais donc m’en éloigner pour le moment. Les précautions que le roi a prises pour la sûreté de ce pays, la certitude que j’y reste pour le surveiller ont produit le meilleur effet, en tranquillisant tout à fait les esprits, aussi j’espère, du moins sous ce rapport, n’avoir aucun souci. Vous savez mon cher père, combien de tout temps j’ai été éloignée de me mêler d’affaires, je n’ai donc nullement désiré cette preuve de confiance de l’empereur et du roi (car cela a été convenu dans son dernier voyage) j’ai même fait beaucoup d’objections, et je n’ai cédé que parce que c’était leur volonté réunie, et pour répondre, autant qu’il pourra être en moi, à leurs vues; le seul agrément que j’en tire personnellement, est d’avoir, par des occupations très multipliées, plus de

moyens de me distraire, car j’ai fort peu de temps de reste pour rêvercreuxou auxobjets qui peuvent m’être agréables.

Du reste, mon cher père, je ne sais rien de nouveau; tout est encore dans un silence parfait; mais il est à craindre que ce ne soit le calme qui précède l’orage ; veuillez me dire ce que, de votre côté, vous pourrez apprendre, me parler de votre santé surtout, et croire que votre bien-être est en première ligne chez moi, ainsi que les sentiments respectueux que mon cœur vous a voués.

A S. M. le roi de Wurtemberg .

Cassel, 12 avril 1812.

Mon très cher père.

C’est M. Blangini, directeur de la chapelle du roi, que je charge de cette lettre, mon mari lui ayant permis de faire un voyagea Munich et à Stuttgart, je serais charmée que vous voulussiez bien l’entendre ; il a un grand talent comme compositeur et l’excellence de sa méthode fait oublier combien peu la nature lui a donné de voix ; sachant combien vous aimez la bonne musique, je suis persuadée de tout le plaisir que vous auriez à l’entendre ; c’est d’ailleurs un homme fort estimable et dont nous faisons ici un grand cas.

Je n’ai encore reçu qu’une fois des nouvelles du roi ; il m’a écrit d’Erfurth et je n’espère plus en avoir que lorsqu’il sera arrivé à Varsovie (?)

On dit ici que l’empereur sera le 23 à Francfort, cependant je ne sais rien là-dessus d’officiel et j’attends moimême quelque chose de plus positif.

Au milieu de tous les soucis du moment, croyez, mon cher père, qu’un de mes premiers vœux est de vous savoir

tranquille et content; donnez-moi bien souvent de vos nouvelles ; j’en ai besoin et croyez bien que rien n’égale mon bien tendre attachement que mon profond respect.

Catherine au roi Jérôme.

Cassel, ce 14 avril 1812.

Tu trouveras ci-joint le projet de décret relatif à la révision des usages dans les forêts, adopté par le Conseil d’État dans la séance du 10. MM. Siméon et Bongars t’auront mandé tous deux la rixe qu’il y a eu au Conseil d’État entre le ministre des finances et M. de Reineck \ je ne t’en parle donc pas.

Quand tu liras le dernier paragraphe de M. Moulard % je te prie d’y voir que je n’ai cru devoir signer la décision qu’il m’a présentée que parce qu’il m’a représenté qu’elle était juste et qu'il m’a assurée en pouvoir trouver les fonds sans faire de dépenses extraordinaires.

1. Le baron de Reineck, préfet de la Fülde, conseiller d'État.

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