XXVIII INTRODUCTION
« peuvent que nous perdre, après s'être perdus eux- « mêmes; Car ils ne veulent pas écouter ceux qui « ont notre confiance, sous prétexte qu'ils n’ont pas « Ja leur. »
On retrouve partout son horreur pour la guerre civile, et son aversion pour l'intervention des Français émigrés dans les affaires du‘pays; elle veut qu'ils se tiennent tranquilles, elle se méfie surtout beaucoup des menées et des projets des frères du roi.
Lettre du 14 avril 1791. « Nous ne demandons, « nine demanderons à aucune puissance (à moins « d’un événement pressant) de faire entrer de leurs « troupes dans ce pays-ci.
« Nous désirons seulement, qu'au moment où « nous serions dans le cas de les réclamer, nous « puissions être assurés que les puissances voudront « bien avoir des troupes sur leurs frontières, bordant « la France, pour servir de soutien. »
Mais déjà depuis longtemps, elle ne se fait plus d'illusion, elle prévoit l’inutilité de ses démarches et le sort qui l'attend.
« Ils me tueront, ma chère Christine. »
Qu'y a-t-il de plus navrant, de plus déchirant, que cette lettre, ce cri de douleur, cet adieu à tous ses souvenirs d'ici-bas, adressé à sa sœur Christine :
« Ne me renvoyez pas mes diamants, qu’en ferais-
INTRODUCTION. xxx « je ici? Je ne me pare plus, ma vie est une exis- « tence toute nouvelle. Je souffre nuit et jour, je « change à vue d'œil ; mes beaux jours sont passés, et, « sans mes pauvres enfants, je voudrais être en paix « dans ma tombe. Ils me tueront, ma chère Christine. « Après ma mort, défendez-moi de tout votre cœur, x jai toujours mérité votre estime et celle des hon- « nêtes personnes de tous les pays. On m'accuse « d'horreurs. Je n'ai pas besoin de dire que j'en suis « innocente et que le roi, par bonheur, me juge en « honnète homme. 11 sait bien que je n'ai jamais « manqué à ce que je devais à lui et à moi-même.»
Et ailleurs : Jeudi 22. « Je vous avoue que, mal- « gré tout mon courage, je serais heureuse de suc- « comber, si je n'avais pas mes pauvres enfants et « mon mari, qui, au milieu de tout cela, a une sé- « rénité inouïe. » |
Nous bornerons là nos citations de cette correspondance si instructive et si touchante, certain que des hommes plus capables trouveront, dans ces documents, désormais acquis à l’histoire, des matériaux précieux, pour une nouvelle étude de notre révolution.
Quel que soit le jugement que l’on porte sur la conduite politique de Marie-Antoinette dans tous les graves événements où elle se trouva si malheureusement engagée, et qui eurent une si fatale issue pour elle, on ne pourra lui refuser les qualités qu'elle