e Q , monarque. — D'où il suit que si un méconten
DE MARIE ANTOINETTE. 195 tement quelconque capable de produire des changements utiles dans la constitution doit éclater, ce sera précisément lorsque le roy sera coalisé avec la majorité de l’ass : nationale, car alors les esprits bien intentionnés voyant dans cette réunion une barrière impénétrable contre le despotisme, croiront pouvoir sans péril façonner leur liberté, détruire l’anarchie, et corriger les abus des nouvelles loix. — Alors la confiance ayant repris son cours naturel, le retour de l'opinion tournera au profit d’une autorité qui aura cessé d’inspirer des craintes ; — c'est sous ce rapport que j'ai montré la nécessité d’un nouveau ministère qui püt être regardé comme l'ouvrage de la majorité de l’ass : et que cette même maJorité s’obstineroit à soutenir. Celui qu’on est sur le point de nommer ne sera tel, qu’autant que les choix de M" de la Fayette seront absolument écartés, car il est évident que le ministère de cet homme qui n’a plus qu'un petit nombre de sectateurs, qui plus que jamais s'affiche pour le club de 89, qui sacrifie tout au petit nornbre d'amis qui lui sont restés fidèles,
et que l’on sait ne vouloir former un ministère
provisoire, que pour attendre l'instant où ses amis pourront y prendre place, et réunir avec lui tous les pouvoirs du royaume, — jamais, dis-je, un ministère choisi par eet homme n'’auroit la majorité de l’ass : — c'est des Jacobins qu’il faut recevoir l'impulsion, non d’une manière ostensible. Je connois mieux ce que le roy doit à sa dignité, mais indirectement, et telle est la liste que j'ai donnée.
Il avoit donné une liste entière. On demandoit Rochambeau à la guerre, dans le seul but de mieux prouver son incapacité et de le perdre irrévocablement. On indique pour les affaires étrangères de Moustier, homme lourd, mais sage et sür, et un comité des finances. Son avis est que, si l’on fait tomber les choix sur les chefs jacobins, ils seroïent forcés de composer; et sils ne tenoient pas, ils seroient perdus, eux et leur parti. Il lui importoit surtout que pas un seul des choix de la Fa. ne füt accepté. Ce qu'il redoutoit le plus n'étoit pas qu’un ministère jacobin donnût la fièvre républicaine à tout le royaume si on mêloit cet élément avec une sec-
ion différente du parti populaire, sa raison
DE MARIE ANTOINETTE. 197 etoit que le démagogue le plus enragé, une fois au timon des affaires, verroit de plus près les maux de l’État et reconnoîtroit la nécessité de consolider le pouvoir royal.
Adieu, mon cher frère: je vous embrasse du
fond du cœur.
Ce 9 novembre (1790).
A LA PRINCESSE DE LAMBALLE
Je ne peux résister au plaisir de causer avec vous un instant, mon cher cœur; je n'ose pas vous écrire longuement, parce que le médecin m'a défendu toute application, mais je veux me forcer, car vous êtes ma consolation. Votre lettre m'a fait bien plaisir et peine à la fois, j'y ai vu combien vous m'aimez, mails vous ne voulez pas vous soigner, et cela me chagrine. Tenez, ma chère Lamballe, je me fâcherai tout de bon avec vous ; ma santé est assez bonne, celle de mes enfants est excellente, ils sont presque toujours avec moi et m'occupent beaucoup; le dauphin a l’humeur plus facile, il n’est plus si
colère. ma fille est très aimante, la pauvre petite
198 CORRESPONDANCE voudroit vous voir. M" de Penthièvre a été un peu malade, mais les dernières nouvelles étoient très bonnes. Je suis bien triste et affligée de l’état des affaires, quoiqu'elles paroissent prendre une meilleure tournure, mais on ne peut se flatter de rien, Car je ne vois dans nos amis mêines que des caractères sans solidité et qui ne savent tenir contre les moindres violences des méchants.
Adieu, mon cher cœur, vous savez si je vous
aime et si Jamais Je peux changer.
14 novembre 1>00.
A SON FRÈRE LÉOPOLD
Mon cher frère, voilà déjà dix jours que l’on me cache l’arrivée à Paris ou la prochaine arrivée de cette misérable femme Lamotte qui s'étoit réfugiée en Angleterre; un mémoire de Mir : m'en a instruite. Il est évident que cette femme ne peut avoir eu d’elle-même l’idée de reparoître, ç'auroit été courir un risque très
grave, puisqu'elle est sous le coup d’une con-
DE MARIE ANTOINETTE. 199 damnation infamante, si elle n’étoit pas appuyée par le parti des scélérats. — Qui croiroit à l’effronterie de M" de Lafayette, assez osé pour demander l’ordre d'arrêter cette créature comme s’il y avoit à délibérer là-dessus et à prendre des ordres quand il s’agit de faire exécuter la loy contre une condamnée qui s’y est soustraite. — Mir : a très bien parlé à ce sujet; il pense que c’est une intrigue dont le duc d'Orléans est l’auteur. — Je n’en sais rien, mais c’est bien possible, car c’est une âme inique qui est vouée à la F. Des ordres formels sont donnés, le garde des sceaux a donné sur le champ des instructions au Châtelet. — Je suis très satisfaite du zèle de Mir : — Il a écrit sur cette sale menée une seconde note encore plus forte que la première, où il discute le cas où mes ennemis voudroient remettre cette femme sur la scène comme un instrument de leur vengeance. La simple révision de son procès seroit déjà une injure sanglante. — Je vous envoie la copie du mémoire de Mir : on fait toutes les recherches, elles ont éte stériles jusqu’à ce moment; — on
pense qu’elle change très souvent de logement
200 CORRESPONDANCE pour dépister; — du reste, les mesures sont bien prises. — Mir : a demandé itérativement à me voir de nouveau. — Vu sa dernière conduite, j'y aurois été disposée, mais Je suis trop mal entourée, trop surveillée, et je crains trop une imprudence pour en braver les conséquences qui seroient si funestes. — Au milieu de toutes les commotions et des intrigues, nous nous portons assez bien, et mes enfants, qui sont très affectueux, sont ma consolation.— Adieu, mon cher frère, depuis 8 jours j'épie une occasion. —
Vous savez si Je vous aime avec tendresse.
Ce 27 décembre 1790.
À SON FRÈRE LÉOPOLD
Oui, mon cher frère, notre situation est affreuse, je le sens, je le vois, et votre lettre a tout deviné. La nature humaine est bien méchante et monstrueuse, et cependant cette nation, j'en ai eu des preuves singulières, n’est pas mauvaise au fond; son défaut est d'être trop mobile; elle
a des élans généreux qui ne se soutiennent pas,
DE MARIE ANTOINETTE. 201 elle se laisse enflammer comme un enfant et mener, et une fois égarée on lui feroit commettre tous les crimes, sauf à se repentir avec des larmes de sang ; il est bien temps quand le mal est fait! Vous me rappelez que j'avois considéré les États généraux comme un foyer de trouble et l'espoir des factieux. Ah! depuis ce temps-là nous avons fait bien du chemin. Je suis journellement abreuvée d'injures et de menaces. À la mort de mon pauvre cher dauphin, la nation n’a pas seulement eu l'air de s’en apercevoir. À partir de ce jour là le peuple est en délire, et je ne cesse de pleurer ou de dévorer des larmes. Quand on a subi les horreurs des 5 et 6 octobre, on peut s'attendre à tout. L'’assassinat est à nos portes ; je ne puïs paroître à une fenêtre, même avec mes enfants, sans être insultée par une populace ivre à qui je n’ai jamais fait le moindre mal, bien au contraire, et il se trouve assurément là des malheureux que j'aurai secourus de ma main. Je suis prête à tout
événement, et J'entends aujourd’hui de sang-
! Louis, dauphin, né en 1981, mort le 4 juin 1789.
202 CORRESPONDANCI:
froid demander ma tête. Mes chagrins s’augmentent, mon cher frère, de l’état de votre santé. Je ne saurois vous dire combien j'ai été touchée de la bonne longue lettre que vous m'avez écrite de votre lit de souffrance; je reconnois bien là votre cœur et je vous remercie de toutes mes forces, mais pardonnez moi, je vous en Conjure, si je continue à me refuser à votre conseil de quitter. Songez donc que je ne m'appartiens plus ; mon devoir est de rester où la Providence m’a pläcée, et d'opposer mon corps, s’il le faut, aux poignards des assassins qui voudroient arriver Jusqu'au roy. Je serois indigne du nom de notre mère, qui vous est aussi cher qu'à moy, si le danger me faisoit fuir loin du roy et de mes enfants.
Les travaux trop nombreux auxquels vous vous êtes livré vous ont épuisée, mon cher frère ; retrouvez vos forces dans le repos, je vous en supplie, et faites moy souvent donner de vos nouvelles, car je ne veux pas que vous vous donniez vous même cette fatigue. Comment vous ferai-je arriver cette lettre? Je l’ignore. Je me méfie de
tout ce qui m’entoure. J'espère avoir demain ou
après une occasion sûre. Je vous embrasse, mon
cher frère, avec bien de la tendresse.
Ce 14... (1790).
(AU COMTE DE MERCY
Je vois, monsieur le comte, qu’en répondant à 88; il faut accabler [ =. d'éloges, mais ne rien dire de bien positif, car 1l y a telle circonstance où nous pourrions être bien aises de retirer cette correspondance à nous même, et il ne fant pas” se lier d'avance les mains.
Vous serez peut étre étonné que je vous renvoye sitôt vos papiers, mails comme le commandeur part demain pour Brux, j'ai pensé que c’étoit une bonne occasion pour écrire plus tôt et plus sûrement. Je joins icy une note de Mir. pour vous faire voir ce qu'il y a à penser du douloureux effort que je me devois. Je n'ai pas besoin de vous recommander de ne vous faire
aider de personne pour lire la note de M. Adieu.
(1990 ) (AU COMTE DE MERCY
Je pense, monsieur le comte, que le courrier, tout nécessaire qu'il est à envoyer, peut très bien être differé jusqu'à lundi au soir, parce que lundi matin arrive la poste de Vienne, et dimanche celle d'Espagne, et que ces deux postes nous mettront peut être dans le cas d’envoyer à Turin, alors nous ferions d'une pierre deux coups. Si la poste n'apporte rien, vingtquatre heures de retard sur une pareille distance sont peu de chose.
Adieu, monsieur le comte, vous savez quelle
est pour vous mon estime.
(1790.) (AU COMTE DE MERCY
Voici la lettre au roy de Sardaigne, le roy ne l'a pas fermée pour que vous puissiez la lire. Je crois qu'elle rentre tout à fait dans le projet qui a été entendu. Mandez le moi; bonjour, mon-
sieur le comte.
Le 7 ..... (17990).