‹ Correspondance inédite de Marie Antoinette (volume 2)Chapitre 5 sur 34 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

La nouvelle édition que nous donnons de la Correspondance de la reine Marie-Antoinette se trouve enrichie de dix-neuf lettres autographes de cette princesse, qui toutes se rapportent aux époques les plus intéressantes de son existence, et viennent, sinon compléter, du moins augmenter considérablement l'intérêt qu'inspire tout ce qui émane de la reine, en mettant en évidence son noble caractère et ses grandes qualités.

On pourra mieux encore juger de sa prodigieuse activité, de la grâce de son esprit, du charme de ses rapports intimes. |

Ces 19 lettres nouvelles, qui, avec les 132 de la précédente édition, font un total de 1 51 lettres, toutes de la main de la reine, et presque toutes inédites, forment un recueil précieux, une histoire de la reine et

x1v INTRODUCTION.

de l'époque qu'elle a traversée ; elles rectifient plu- sieurs points restés obscurs de la révolution, et détrui. sent bien des préjugés que l’absence de documents certains avait laissés se propager sur son compte. ,

On a copié toutes ces lettres avec le même soin que les premières, et suivi le même ordre de classement, et, si, écoutant les conseils éclairés d’un critique éminent, on a cru devoir combler une lacune de la première édition, en faisant précéder celle-ci de quelques mots d'introduction, on s’est abstenu avec soin d'insérer de longues notes et remarques, qui ralentissent la lecture et détournent l'intérêt.

On s’est pénétré de l’idée que, dans une semblable publication, la reine seule est en scène, la reine seule a la parole. |

Puisse cette voix, sortie du fond de la tombe, apporter une réparation tardive à la mémoire decette auguste victime !… |

Aucune, en effet, parmi toutes celles de la révolution, n’a été plus cruellement éprouvée que cette malheureuse princesse, et n’a eu plus à souffrir de l'injustice et de la haine des partis.

À peine les premières années de son séjour en France écoulées , et jusqu’à la fatale époque où les fureurs populaires la conduisirent à l’échafaud, on la voit successivement en butte à la jalousie, aux injustes soupçons, aux calomnies, aux persécutions de tout genre.

INTRODUCTION. xv

On la voit espionnée, surveillée, inquiétée jusque dans la vie privée, jusque dans sa retraite de Trianon qu'elle s'était créée pour se soustraire à cette étiquette de la cour qui lui était si pesante.

Ses actions les plus simples étaient mal interprétées, et toutes ses paroles travesties. La cour ne lui épargnait pas ses critiques ni ses oppositions, et une circonstance très-frivole en elle-même vint dés le principe développer cette disposition hostile à son égard.

A l'occasion d'un bal paré donné pour les fêtes de son mariage et où Mademoiselle de Lorraine dansa un menuet immédiatement après les princes du sang, contrairement aux usages traditionnels, toute la noblesse de France se révolta contre cette infraction à un usage qu'elle prétendait son droit et son privilége exclusif, et en conçut un profond ressentiment contre la reine qu'elle accusait d’avoir, par son influence, obtenu. du roi Louis XV une dérogation si flagrante à ses privilèges !.

‘ On lit dans la Correspondance de Grimm :

« Peu de jours avant le mariage de M. le Dauphin, il se répandit « un bruit que Mademoiselle de Lorraine, fille du comte de Brionne « et sœur du prince de Limbesq, danserait son menuet au bal paré, « immédiatement après les princes et princesses du sang, et que.le « roi lui avait accordé cette distinction à la suite d'une audience que a M. le comte de Mercy avait eue avec Sa Majesté.

« La nouvelle du menuct de Mademoiselle de T arraine causa la

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