‹ Correspondance inédite de Marie Antoinette (volume 2)Chapitre 6 sur 34 · XV! INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XV! INTRODUCTION

Elevée dans cette douce et charmante simplicité des cours allemandes, où la grandeur n'exclut pas la bonhomie, ayant vécu de cette vie intime de famille, sans gêne et sans contrainte, avec ses frères et sœurs, réunis dans l’antique résidence impériale où ils admiraient la grandeur de leur mère, Marie-Thérèse, et recueillaient ses maximes ; elle se trouve jetée, à l'âge de quinze ans, à l’époque la plus brillante de sa jeunesse et de sa beauté, à la cour de France, où régnait encore, sous le vieux roi Louis XV, cette étiquette étroite et guindée de Louis XIV, qui, pour une nature vive et enjouée comme celle de Marie- Antoinette, était une gêne et un supplice continuels.

« plus grande fermentation, parmi les Ducs et Pairs, qui lièrent à « leur cause, en cette occasion, toute la haute noblesse du royaume.

« On s'assembla chez l’évêque de Noyon, on dressa un mémoire à « présenter au roi... |

« On disait que sila réponse du roi n'était pas favorable, toutes « les femmes de qualité se trouveraient subitement indisposées et « qu'aucune ne danserait au bal paré.

« Louis XV fit une réponse plutôt favorable à ces prétentions, en « maintenant toutefois la mesure; ce qui fit que le jour du bal, la « plupart des dames qui devaient danser le menuet, affectèrent de « traverser les appartements de Versailles en négligé, ou comme on « disait en chenille. L'agitation fut extrêie, et l’on prétend que le « roi fut obligé de se mettre en colère, pour déterminer les dames « à danser leur menuct. Ce qu’il y a de sûr, c’est que les domes ne « prirent le parti de la soumission aux volontés du roi, que dans « l'après-midi, et que Sa Majesté se trouva dans le cas de différer « l'ouverture du bal pour laisser aux dames le temps d'achever leurs « toilettes. Mademoiselle de Lorraine dansa donc son menuet après « es princesses du sang... »

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Aussi cherche-t-elle à s'y soustraire autant qu’elle le peut, et à faire diversion à l'ennui de la cour, en se créant, dans un cercle de familiers intimes, un genre de vie plus simple et plus conforme à ses goûts. | |

Cette vie de représentation, cette étiquette continuelle qui l’étreignait jusque dans son intérieur, était pour elle un supplice et un tourment perpétuels.

« La vie est encore ici une représentation, » écrit-elle à sa mère, « et l'on ne peut s’écou- « ter vivre. » Et ailleurs : « ]l y a ici beaucoup « trop d’étiquette, pour vivre de la vie de fa- « mille. » |

Toutefois les premières années de son séjour en France se passèrent doucement , et sa correspondance de cette époque reflète le calme et le bonheur dont elle jouissait. Elle ne s'occupe pas des ‘affaires et cherche uniquement à se renfermer dans la vie de famille, et à resserrer, par des réunions fréquentes, les liens d'amitié avec ses beaux-frères et ses belles-sœurs.

Mais, même au milieu de cette vie douce et paisible, on voit qu'un fond de tristesse et d'inquiétude domine son esprit, et que le retour qu'elle fait sur le passé, vers ses premières années, si doucement écoulées en famille , fait naître en elle des tristesses et presque des regrets ; elle est inquiète pour l'avenir,

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de vagues pressentiments l'accablent et la tourmentent. |

« Je vais à l'inconnu, dit-elle à sa sœur; mes frères «et sœurs, priez pour moi, priez pour la petite Franà« çaise et aimez-là. ÿ

Sa position, même dans l'intérieur de la famille royale, n’était pas toujours exempte de gêne et de contrainte. On redoutait cette jeune et belle Dauphine, qui arrivait en France avec le prestige de son

nom, de sa beauté, de sa jeunesse, et qui pouvait

offusquer bien des vahités, supplanter bien des influences.

On voit qu'elle a une certaine aporéhension de ses tantes, qui sont, écrit-elle‘à sa sœur, «tantôt froides

« et piquantes envers elle, »

‘ Mais ces légers nuages ne tardent pas à se dissiper, et l’amitié entre ces nobles cœurs ne fut j jamais troublée sérieusement.

Une autre difficulté qu'elle rencontra, dès son entrée à la cour, vint de la présence de M"° du Barry. On voit, dans sa lettre à sa mère, avec quelle délicatesse d'expression elle en parle. « Je me suis « tenue devant la faiblesse, lui dit-elle, avec toute « la réserve que vous m'avez recommandée. »

Son rôle était en effet difficile, puisqu'elle devait concilier, par égard pour le roi, certains ménage: ments envers la favorite avec le juste suin de sa digaité personnelle. : |

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