‹ Correspondance inédite de Marie Antoinette (volume 2)Chapitre 7 sur 34 · INTRODUCTION. XX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XX

| Les fêtes de son mariage, comme on le sait, avaient été marquées par des accidents horribles où bien des personnes périrent victimes de l’incurie des or donnateurs de ces fêtes !. |

!.« La fête par laquelle la ville de Paris a voulu célébrer le ma- « riage de Monseigneur le Dauphin, a été, avant son exécution, un « objet de raillerie publique, et est devenue ensuite un sujet de « deuil pour les citoyens. Le prévôt des marchands, M. Bignon, « assisté de ses échevins et conseillers de ville, a pris, à cette occa- « sion, des mesures si bien combinées que la place destinée aux ré- « jouissances a été transformée en champ de bataille jonché de morts, « OÙ, de fait, près de mille citoyens ont perdu la vie. ......,

« L'incurie la plus répréhensible , bien loin de remédier aux in- « convénients du premier choix de l'emplacement, les a rendus fu- « nestes. Tout ce que les puissants génies des prévôts des marchands « et échevins réunis ont pu inventer de plus récréatif pour célébrer « un événement aussi auguste que l’hyménée de l'héritier présomptif « du royaume, c'était de placer des boutiques entre les arbres du « boulevard du Nord de cette capitale, et d'y faire tenir la foire « la plus triste, la plus insipide du monde. ............ . « Ensuite ils résolurent d'anticiper sur le feu que la ville est en usage « de faire tirer tous les ans la veille de la St-Jean sur la Grève, de « le renforcer et de le faire tirer, le 30 mai, sur la nouvelle place « de Louis XV,...........:.... en conséquence, ils firent cons- « truire une espèce de décoration la plus étroite et la plus mesquine « qu’il fût possible de voir. Au lieu de placer cette décoration et le « feu, ou vis-à-vis le Pont-Tournant des Tuileries, ou en face de la « rivière, . .« .« . . - . On érigea la charpente et sa décoration, en « face de cette rue appelée Royale, qui conduit de la porte St-Ho- « noré, où fiait le boulevard, dans la place de Louis XV; ....., « Remarquez que cette rue. . . . . . . . est beaucoup plus large « du côté de la place qu'à l’autre bout. . . .. .. ; remarquez aussi « qu'elle n’est pas encore pavée, et qu'il y avait des deux côtés « plusieurs larges fossés, . . . . . . remarquez qu'il ne viht dans « la téte d'aucun des grands ordonnateurs de cette féte de faire « remplir ces fossés, mais que le lendemain du désastre on eut

xx INTRODUCTION.

Puis, bientôt après, comme pour accumuler les sinistres présages, surviennent des gréles, des inondations, qui ravagent un grand nombre de pro-

« grand soin de les combler; . . . . .. Cependant, de tous ces « arrangements si peu réfléchis, ïl ne serait vraisemblablement ré- « sulté aucun accident, si l’on avait voulu s’occuper de la police des a CArTOSSes, . ... . . Le prévôt des marchands. . . ... pe « pensa seulement pas à faire prier le gouverneur des Tuileries de « laisser le Pont-Tournant ouvert, afin qu’une bonne partie du « peuple pôt défiler, à pied, après le feu, par le jardin des Tuile- « ries. Ce pont fut fermé à l’heure ordinaire, de sorte que ce dé- . « bouché nécessaire manqua absolument. . . . . . ..

« Malgré le plus beau temps du monde, le feu ne réussit point, oo. il prit à la charpente et causa un incendie; on fut obligé « de faire venir les pompes pour l’éteindre, et ces pompes ne purent « arriver que par la rue Royale : surcroît d’embarras. I] était aisé de « prévoir que après le feu tiré le peuple qui était sur le boulevard « voudraitarriver par la rue Royale sur la place pour voir l'illumi- « nation des colonnades, et qu’au contraire, le peuple de la place se « mettrait à défiler par la même rue Royale pour se rendre au bou- « levard, et y jouir de cette belle foire dont j'ai parlé. . . . ... « Comme la rue Royale a la forme d’un entonnoir, ceux qui se trou- « vèrent engagés dans cet entonnoir ne purent déboucher à cause « de la colonne opposée qu'ils rencontrèrent. . . .. . Dans cemo-

« ment critique les carrosses s'ébranlèrent et voulurent prendre le « méme chemin. . . . . Dès que l'on vit ces carrosses engagés dans « la rue Royale, le peuple, de peur de se trouver sous les chevaux, « se jeta du milieu sur la droite et sur la gauche; ceux qui y étaient « déjà furent poussés par ce choc dans les fossés qu’ils ne soupçon- « naient pas sous leurs pieds ; alors, culbutés les uns sur les autres, « étouffés, écrasés, l’air ne retentit plus que des cris et des hurle- « ments affreux des mourants . . . ... . . .. toute la nuit fut em- « ployée à débarrasser le champ de mort des cadavres dont il était « jonché, à les faire porter dans un cimetière proche de la place, et « à les faire reconnaître, dans ce lieu de désolation, par leurs parents « et leurs omis. » (Correspondance de Grimm.)

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