LIT MÉMOIRE
« déclarerais vraie telle ou telle de ces lettres ce qui me serait présentée isolément.
« 4® En ce qui concerne les lettres des années « 1770-1774, je déclare que l'écriture ne s'ac- (c corde pas avec celles dont je me suis servi à « Vienne, et, en conséquence, je ne les tiens pas <r pour vraies.
<c 5® Pour les autres lettres de r 774-1 792, Té- (c criture est, ainsi que je l'ai dit, ressemblante <c à s'y méprendre, à ce point que je ne voudrais (c pas les déclarer toutes fausses, et que j'aurais (c besoin d'au moins deux mois pour pouvoir c( exprimer une opinion à leur égard.
cc'6*^ Comme la correspondance de la Reine, <c que j'ai entre les mains, ne va que jusqu'à la « mort de sa mère, l'impératrice Marie-Thérèse « (1780), il me serait difficile de formuler un (C jugement sur les lettres de Marie-Antoinette <r postérieures à cette époque, parce que tous « les éléments de comparaison me manquent.
(C y^ Enfin, ajoute M. d'Arneth,si réellement, « Monsieur le Comte, vous aviez été surpris, il <( ne faudrait pas en être étonné, car l'imitation « serait faite avec une si rare habileté, que je me
POUR LA QUATRIÈME ÉDITION. lv
<if fusse moi-même laissé tromper si je n'avais a pas eu en main les lettres de la Bibliothèque « impériale. »
Je certifie que la conférence ci-dessus s'est passée ainsi qu'il est ici indiqué.
Signé : J. Tôpfer.
Munich, le 29 septembre 1865.
Aujourd'hui, dans l'après-midi, d'une heure à deux heures, eut lieu une conférence entre M. le comte d'Hunolstein et M. le professeur de Sybel; ce dernier donne les explications suivantes :
« I® Avant la publication de M. d'Arneth, je « n'avais pas le moindre doute sur l'authenticité « de la correspondance de la reine Marie-Ana toinette, publiée par M. le comte d'Hunolflc stein; bien plus j'avais recommandé à mes <c amis l'achat de cet intéressant ouvrage. Per-
LTi HEHOinR
<c sonne, pas même le critique le plus clairif voyant (Scharfsinnigste), n'aurait pu avoir <( auparavant de motifs de douter de l'authenticité.
■ a" Depuis la publication de M. d'Arneth, « ma manière de voir tut modifiée, en ce sens « que j'accorde maintenant qu'un certain nonit bre de lettres, surtout de la seconde période, « sont probablement vraies.
<c 3" Quoique je tienne aujourd'hui encore les (t autres pour fausses, cependant, par la pro- <c duction des pièces, je me suis convaincu que (t'ves lettres ont été imitées d'une manière si « parfaite, que le savant même le plus clair- « voyant (Schartslnnigste), et le critique le plus « scrupuleux, auraient pu facilement être a trompés.
«4° Afin de [)Ouvoir obtenir une décision déii- « uitive sur ce point, je pense que M. le comte « d'Hunolstein devrait soumettre ces lettres à « une commission d'enquête à Paris et à Vienne, K et je me soumets volontiers îi faire connaître, a dans ma publication, son jugement, Iq a même qu'il me serait conti-ai
ement , iQSfcfH
POUR LA QUATRIÈME ÉDITION. ltii
Je certifie que tel a été le résultat de Tentrevue avec M. de Sybel.
Signé : J. Tôpper,
Munich, le 39 septembre 1805.
Ainsi qu'on peut le voir, le sens des deux déclarations est presque identique, et elles s'accordent parfaitement toutes deux, quoique en maintenant les opinions préexistantes. Toutes deux admettent que les lettres, si elles ont été imitées, l'ont été si parfaitement qu'on pourrait s'y méprendre.
Qu'il me soit permis, en présence de ces déclarations faites par des hommes les plus honorables, qui ont attaqué ma publication en la taxant de contrefaçon, de reprendre leurs paroles et d'en tirer les conséquences qui me semblent en découler.
M. le chevalier d'Arneth déclare que les lettres que je lui ai produites <c imitent si parfaite tement l'écriture de la Reine, dans la seconde c période de sa vie, qu'il ne pourrait, sur le
LTiii MÉMOIRE
ce moment, décider si elles sont vraies ou si a elles sont fausses : bien plus, qu'il déclare^ <( rait vraie telle ou telle de ces lettres qui lui <c serait présentée isolément. »
En vérité! et qu'il me pardonne cette exclamation. — Pourquoi donc alors déclarer fausses toutes celles de mon recueil ?
Il est vrai qu'il dit que mes lettres de 1770- 1774 ne s'accordent pas avec celles dont il s'est servi à Vienne. 11 déclare fausses celles de mon recueil comprises entre ces années. Mais je me permettrai de lui faire cette objection :
Puisque vous êtes presque tenté d'admettre comme vraies les lettres de mon recueil de la seconde période (1774-179*2), pourquoi n'admettez-vous pas aussi comme telles celles de la première époque, qui leur sont parfaitement semblables .^ Parce que mes lettres de la première époque ne ressemblent pas à celles que vous avez eues entre les niains.
Mais je pourrais répondre que, si les lettres, déniées par vous, delà première époque de mon recueil, ressemblent parfaitement à celles de la seconde époque du même recueil, qui, de
POUR LA QUATRIÈME ÉDITION. iix
votre propre aveu, seraient si parfaitement imitées qu'on ne peut décider si elles sont fausses ; Œ que vous les prendriez pour vraies si elles <E vous étaient présentées isolément, » on ne comprend pas facilement que, de deux choses qui se ressemblent, Tune puisse être arguée de faux et Tautre tenue pour vraie. De deux choses Tune : ou il faut condamner toutes les lettres des deux périodes, ou il faut les admettre toutes comme vraies, car elles se ressemblent toutes, et à tel point qiCune personne qui a vu les lettres des deux collections déclare que celles de ma collection sont tellement semblables en tous points à celles de la collection Arneth, qu'il serait impossible, si elles étaient confondues, de les distinguer aux simples carac* tères extérieurs.
La différence qui existe entre les lettres de la première période de mon recueil et celles de la période correspondante du recueil d'Arneth ne peut pas infirmer la vérité des miennes, car il faudrait pour cela prouver que la Reine avait eu pour ces deux périodes des écritures différentes.
n MEMOIRE
D'ailleurs, et comme pour confirmer mon dire, M. le chevalier d'Araeth déclare que , n'ayant eu entre les mains que des lettres de la Reine, écrites avant l'année 1780, il ne petit former un jugement sur les lettres postérieures à cette époque, tous les éléments de comparaison lui manquant.
Pourquoi alors, encore une fois, les déelarer fausses?
M. le chevalier d'Arneth termine sa déclaration en disant que a si, en réalité, j'ai été sur- « pris, je ne devrais pas être étonné d'avoir été '( induit en erreur, parce que l'imitation aurait « été faite avec une telle habileté, qu'il s'y se- ■( rait lui-même laissé tromper. »
I^a déclaration de M. deSybel n'est pas moins explicite sur la parfaite ressemblance des pièces que je lui ai soumises, avec celles qu'il )>etise devoir être vraies, et, comme M. !e chevalier d'Acneth, il admet que les pièces produites approchent tellement de la vérité qu'on pourrait s'y méprendre.
11 a lui-même tenu ce» pièces pour vraies, avant la publication du recueil d'Arneth, et ce
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n est que par suite des différences qu'il trouve entre les deux recueils , qu'il admet les unes et rejette les autres, pensant qu'il y a incompatibilité entre les deux.
Mais je me permettrai de demander à M. de Sybel pourquoi , puisqu'il accorde 'que mes lettres ont été si parfaitement imitées, que le savant le plus clairvoyant, le critique le plus scrupuleux aurait pu s'y tromper, pourquoi lui-même en ce moment ne se tromperait-il pas , en déclarant mes lettres fausses?
Lorsque des hommes compétents, des experts habitués depuis longtemps à comparer les caractères des écritures, viennent affirmer l'authenticité de mes lettres, que M. de Sybel rejette si légèrement, il est permis de douter de son infaillibilité et de donner la préférence au témoignage des hommes spéciaux.
Non, je le répète, après la lecture de ces lettres, après avoir tenu en main les originaux, si on les déclare faux, il n'y a plus d'autographes, il n'y a plus de lettres transmises des temps passés qui soient vraies ; il faut condamner les lettres de M"*^ de Sévigné, ce charmant
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modèle de style ëpistolaire, il faut rejeter tous les mémoires, car tous sont faits sur des manuscrits anciens ; il ne faut plus écrire le passé ; l'histoire est impossible.
Mais nous avons des points de comparaison certains, des documents irrécusables qui viennent établir la parfaite concordance de l'écriture et prouver la vérité de mes autographes.
Ainsi nous pourrons citer, entre autres, une lettre autographe de la Reine à M"** la comtesse de Messey, abbesse de Bouxières, du 24 janvier 1785. Cette lettre, qui porte la signature Marie Antoinette^ et qui se trouve entre les mains de M™® la comtesse de Laugiers-Villars, petitenièce de l'abbess'e de Bouxières, n'est jamais sortie de la famille et ne peut faire l'objet d'un doute. Tout dans cette lettre, pour l'écriture, le style, est parfaitement semblable à celles de ma collection, et prouve qu'elles sont toutes d'une seule et même main.
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Aux Archives de France, il existe également une lettre autographe, non signée, de la Reine à son frère, du 8 septembre 1791, qui présente tous les mêmes caractères et la plus parfaite similitude avec les miennes.
Peut-on nier la valeur de ces documents? Peut-on contester leur authenticité ?
D'abord la lettre adressée à M™® la comtesse de Messey, abbesse de Bouxières, conservée depuis le temps dans la famille, encadrée et gardée religieusement par elle ;
Puis la lettre de la Reine, de 1 791, à son frère, apportée aux Archives de France en 1809; — conservée depuis ce temps dans cet établissement, elle n'a quitté les archives de Vienne que pour entrer dans celles de Paris, d'où elle n'a plus bougé.
Si ce ne sont pas là des garanties de vérité^ d'authenticité, il est impossible d'en trouver ailleurs, et il faut renoncer à admettre l'authenticité d'aucun document.
Mais, outre la lettre de la Reine à son frère ^ il existe encore aux Archives de France, dans le même carton, une liasse intitulée : Extraits
Liiv HKMOIRE
dune lettre de la Reine; — cette lettre, adressée au comte de Mercy, porte la date du i6 août lygi et commence -par ces mots :
«On me parle de l'honnêteté des personnes...»
Or je possède en entier, en double et en ori- {^inanx de la main de la Reine, cette même lettre, qui a été faite ainsi en double pour ètreex|iédiée par des voies différentes, et à laquelle celte copie des Archives vient donner nne nouvel le et irréfragable preuve d'authenticité.
En effet, ainsi qu'on peut s'en convaincre par le certificat ci-joint (i), les pièces qui composent le dossier dont je viens de parler, ont été expédiéesdeVienneàParisen 1 809- 1 H i o et «■ f/ﻫfe/i/ aiixy^tThives depuis cette époque. Mais les copies que fvn ne peut récuser n'ont pu être faites que sur les originaux, et les originaux eux-mêmes ont dû exister et se trouver à Vienne, à cette époque et antérieurement.
L'existence de la lettre est donc ainsi démontrée par l'existence des copies. Une autre preuve
[{) Voir, eu 161e de ce Mémoire, la leltrc lie M le inarqiii de Laborde.
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vient encore contirmer 1 authenticité de cette lettre de mon recueil, En effet, puisque Ton ne conteste pas à Vienne l'existence d'une lettre de Marie-Antoinette, rapportée dans un recueil français, et par ce seul motif, que cette lettre, qui leur manque à Vienne, se trouve mentionnée à leur catalogue avec cette phrase finale : Mon sang coule dans les veines de mon fils et f espère qu un jour il se montrera digne petit-fils
de Marie- Tttérèse^ on doit également admettre la mienne qui est dans un cas absolument semblable, puisqu'elle est également mentionnée dans un registre de nos Archives, qui, lui aussi, était à Vienne antérieurement, avec cette phrase initiale : On me parle de thonnéteté des per-sonnes. — Les deux cas sont complètement analogues, et Ton ne peut admettre une de ces lettres, sans admettre également l'autre.
Si on conteste que les vrais originaux soient entre mes mains, il faut au moins les produire^ car ils doivent exister, ou avoir existé quelque part. — On ne peut supposer qu'ils soient à Vienne, eau ils auraient vu le jour dans ces derniers temps, où tout ce qui se rattache à
Lsvi MËHomt:
la Reine Marie-Antoinette excite tant d'intérêt. On ne peut également pas présumer qu'à l'époque où une partie des Archives de Vienne fut expédiée à Paris, ces pièces aient pu se trouver dans les archives de Vienne, car, s'il en eût été ainsi, elles eussent fait partie des mêmes envois, et eussent été expédiées avec les autres.
On peut donc admettre comme très-vraisemblable que ces originaux ont dû être enlevés des Archives viennoises , peu avant l'entrée des Français à Vienne, par quelqu'un qui aura profité de ce moment de trouble et de confusion [)Our s'approprier ces documents historiques.
Ainsi il n'y a pas moyen de contester que cette lettre de 1 79 1 , que je possède, est l'original même.
Profitant d'une erreur commise par moi dans l'application d'une date à une lettre non datée, mes adversaires rejettent de mon recueil, comme apocryphe, cette lettre qui, dans les premières éditions, a été mise d'abord en 1775, puis en 1778, en raison de la difficulté de préciser l'année, car elle porte simplement iGaoû/, sans autre désignation. Ils prétendent trouver
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entre certains' passages de cette lettre et ceux d'une lettre de la correspondance allemande des contradictions et des impossibilités.
Avec un peu de bienveillance , ils auraient cependant pu remarquer que le millésime, mis par moi entre parenthèses, conformément à Tavis que j'ai donné en tête du volume, n'était qu'une application de date, une appréciation plus ou moins juste de ma part^ et qui ne pouvait en rien atteindre la lettre elle-même. Ils pouvaient critiquer mon inexpérience dans Vart de vérifier les dates; mais ils n'avaient aucun motif de mettre la lettre même en doute, et il suffit^ pour faire tomber toutes les apparentes contradictions, toutes les prétendues impossibilités, de comparer les dates et les faits.
Mais d'abord établissons que la lettre de mon recueil n'est pas du i6 avril, comme l'a indiqué à tort M. Feuillet, mais bien du i6 ax)ût^ date que je maintiens parce que c'est celle qui se trouve sur l'original que je possède.
Maintenant, pour bien faire comprendre les faits et la portée des attaques, il est bon de citer lès passages des lettres des différentes
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correspondances , entre lesquels mes adversaires prétendent trouver des contradictions et desquels ils déduisent des impossibilités.
Dans la lettre de mon recueil, du i6 «ou/, on trouve ce passage : Ma bonne maman connaît Elisabeth par tout ce que lui en a dit mon frère. Joseph.M'où l'on peut conclure que la lettre est postérieure au départ de l'empereur.
Puis cet autre passage : a J'ai demandé au « Roi s'il ne trouverait pas à propos de devan- « cer pour elle le temps de lui donner une a maison » (à M™" Elisabeth), afin qu'elle ne songe plus à s'enterrer aux Carmélites, — également clairement attribuable à une époque où la Reine n'avait encore aperçu aucun symptôme de grossesse.
Dans une lettre de la correspondance allemande, du 19 avril 1778, nous voyons que Marie- Antoinette fait à sa mère la conlidence du changement survenu dans son état; et, le 5 mai, elle écrit également à sa mère :
« Mes espérances continuent à être bonnes; c on les croit si sures, que l'on commence à K nommer la maison d'Elisabeth, dont l'éduca-
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a tion ne pourrait se continuer avec celle de mes ce enfants. i>
C'est de la comparaison entre ces différents passages, que nos adversaires prétendent faire naître des contradictions et des impossibilités pour la lettre de notre recueil ; mais il suffit d'un simple rapprochement des faits et des dates, pour démontrer que ces passages ne s'excluent pas, qu'ils sont au contraire parfaitement en concordance avec les faits et les époques auxquels ils se rapportent.
Et d'abord, en ce qui concerne la grossesse de la Reine, nous pouvons préciser à peu de chose près l'époque à laquelle elle a commencé, par la date de la naissance de la jeune princesse, qui eut lieu le 19 décembre 1778, ce qui fait remonter le commencement de la grossesse vers le milieu de mars 1778.
Puis, quant au séjour de Joseph II en France, il est facile d'en préciser le ternie, car son départ eut lieu leSi mai 1777.
Quelle impossibilité y a-t-il donc à ce que Ma rie- Antoinette ait écrit, le 16 août, dans cette période comprise entre le départ de son
LTX MÉMOIRE
frère (3i mai 1777) et le milieu de mars 1778 (date de sa grossesse), dans cette longue période de I o mois , pendant laquelle elle n'avait, je le répète, aperçu encore aucun symptôme de grossesse :
D'abord, non pas qu'elle avait décidé le Roi à donner une maison, mais bien <c qu'elle avait a demandé au Roi s'il ne trouverait pas à propos « de donner une maison à M™® Elisabeth ; »
Puis, relativement à son frère Joseph, à ce qu'elle ait dit dans la même lettre : <n Ma bonne ce maman connaît Elisabeth par tout ce que lui (c en a dit mon frère, )> puisque le départ de l'Empereur avait eu lieu le3i mai 1777.
Comment peut-on soutenir qu'entre le passage de la lettre du 16 aoûtj où la Reine parle de donner une maison à M""® Elisabeth, en termes généraux qui indiquent qu'elle n'était pas grosse, et les passages des lettres du recueil allemand du 19 ai^ril 1778, oii elle annonce sa grossesse, et du 5 mai suivant oii elle la confirme, en ajoutant : « Mes espérances sont a bonnes, et on les croit si sûres, que l'on <c commence à nommer la maison d'Elisabeth,
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a dont l'éducation ne pourrait se continuer « avec celle de mes enfants ; » comment peuton soutenir qu'il y a contradiction entre ces trois lettres aux endroits cités?
Les deux passages relatifs a M"* Elisabeth, écrits à deux époques et dans des positions complètement différentes, répondent aux circonstances dans lesquelles la Reine se trouvait, et concordent avec les dates où les divers faits se sont produits.
Dans la lettre du i6 août, la Reine parle et agit à regard de M"® Elisabeth, sans aucune préoccupation personnelle.
Dans la lettre du 5 mai 1778, au contraire, elle parle de M°* Elisabeth, d'une manière plus personnelle, en raison du changement survenu dans sa position. — Quoi de plus simple et de plus naturel!
Pourquoi donc cette lettre du 1 6 août^ arguée de faux si légèrement, si arbitrairement par nos adversaires, ne serait-elle pas du 16 août 1777, époque à laquelle Joseph II était déjà parti, et
oïl la Reine n'était pas encore grosse ?
Par cette explication si simple, par ce
LUii HfiMOIRE
seul rapprochement des faits et des dates, rimpossibilité disparaît, et toute cette argumentation de nos adversaires tombe d'elle-même.
Continuant ce système d*attaqueSy M. Geffroy croit encore trouver une contradiction dans un passage d'une lettre de mon recueili du 1 1 mai 1 774, de la Reine à sa mère, où elle dit : « Je presse beaucoup le Roi de se faire ino- « culer avec ses frères, » mis en regard de cet autre passage du recueil allemand, d'une lettre de rimpératrice, qui, parlant du même sujet, écrit à sa fille Marie-Antoinette, le i*"^ juin 17742 <c Dieu soit loué que vous n'ayez en rien con- € tribué à la décision. »
Il est d'abord bon de constater que Tlmpératrice était partisan de la mesure en principe, ainsi qu'on peut s'en convaincre, par le paragraphe entier relatif à ce sujet :
« Vous pouvez vous imaginer mes inquié-
POUR LA QUATRIÈME ÉDITION. Lxxiii
(c tudes sur la situation du Roi; autant je suis a pour l'inoculation qui m'a conservé trois fils a et six petits-enfants, autant je suis en peine « que, dans le plus fort des chaleurs, et sur les a trois frères en même temps, on l'entreprend; <c Dieu soit loué que vous n'ayez en rien con- « tribué à la décision quoique la plupart des a lettres vous l'attribuent. »
Ainsi donc, d'une part, Marie-Thérèse ne témoigne son opposition à ce qui s'est fait qu'au point de vue de la responsabilité qui pourrait peser sur sa fille, si l'opération ne réussissait pas dans les circonstances particulières où elle avait eu lieu... D'autre part, on peut présumer, parce passage même, que Marie -Antoinette en était elle-même partisan , à ce point que l'opinion publique lui attribuait la détermination et la décision prises à cet égard par la famille royale.
Mais, dans une autre lettre du recueil allemand, écrite par Ma rie- Antoinette à sa mère, le 19 avril 1778, quatre ans plus tard, on trouve ces lignes qu'il est fort utile de rapporter parce qu'elles peuvent servir à faire voir quelles
Lzznr MtMOIRE
étaient, en général, les idées de la Reine au sujet de Finoculation :
« La Reine de Naples m'a éerit pour m*an- « noncer l'inoculation du Roi. Je suis ropie « qu'il ait pris ces précautions contre cette af^ « freuse maladie. j>
Voilà donc la Reine qui, en 1774^ ^^t réputée avoir été Tauteur de la décision relativement à la mesure prise par la famille royale;
Et la voici, en 1778, qui s'exprime en termes si clairs et si chaleureux, qu'il est permis de penser qu'elle ne s'est pas bornée à un sentimaat intérieur et qu'elle a dû chercher, à l'occasion, à le faire partager.
Ce sentiment de satisfaction est exprimé par elle sans réserve, et on trouve dans ses paroles la conviction la plus grande de la haute importance de la mesure, suite de longues réflexions sur ce sujet.
On peut donc regarder comme certain que Marie-Antoinette a, dès l'abord, été très-partisan de l'inoculation, puisque l'opinion publique allait jusqu'à lui attribuer la décision de l'opération, et que, plus tard, on voit qu'elle-
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même s'est exprimée en termes tels, qu'il est supposable qu'elle ne s'est pas bornée à rester dans le silence et l'abstention.
Il n'y a en vérité aucun motif logique de vouloir contester la lettre de mon recueil, puisque tout concourt à prouver que son contenu est d'accord avec les faits, avec les sentiments de la Reine.
Arrivant à la série des lettres se rapportant à l'affaire du collier, les détracteurs de la correspondance française contestent l'authenticité de certaines lettres de mon recueil, par ce premier motif que ce le ton d'exaltation qui y règne est a en contradiction avec Tindignation sobre et <c contenue dont sont empreintes les lettres du a même temps publiées par M. d'Arneth. »
Quant à moi, qui ne puis admettre le recueil de M. d'Arneth, comme seul et incontestable type du style de Marie-Antoinette, je n'admets pas non plus les conséquences et les inductions que l'on peut tirer d'un prétendu disparate qui existerait dans les autres correspondancçs.
Répondante cette première objection, je dirai qu'en ce qui concerne la prétention de lais«
rxxTi MEtlOIRt:
ser Marie- Antoinette calme en face d'un ou~ trage aussi sanglant que celui qu'elle recevait par l'arrêt solennel qui acquittait les personnes qui avaient cherché le plus à la noircir, il ne faudrait pas supposer à la fille de Marie-Thérèse de sang dans les veiiieapour admettre qu'elle ne ressentit pas grandement un tel affront; il ne faudrait pas connaître la nature humaine, pour supposer qu'elle resta calme en face de cette humiliation, et qu'elle n'a pas exprimé vivement son indignation.
Qu'elle ait écrit avec moins d'exaltation dans certains moments et à certaines personnes, cela 3econ<joit à merveille, et la différence, s'il y en a une réellement, s'expliquerait d'elle-même, ainsi que chacun peut le sentir.
L'exaltation a ses hauts et ses bas.
Mais une autre objection e^t faîte contre une lettre de mon recueil, en date du i*'' septembre 1786, dans laquelle la Reine témoigne toute son indignation du jugement que vient de prononcer le parlement dans l'affaire du collier. Or, dit-on, ta vraie date de l'arrêt du parlement est le 3i mai 1786, et dès lors ne peut se concilier
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avec celle de la lettre; donc la lettre est fausse.
Cette manière de conclure est par trop radicale, et il faudrait, pour qu'elle fût exacte, prouver que Marie- Antoinette, dans le premier mouvement d'indignation qu'elle éprouvait, n'a pas pu se tromper en écrivant, n'a pas pu écrire un mot, une date pour une autre; — il est vrai que, prévoyant peut-être cette objection, nos adversaires ont eu soin de présenter la Reine comme peu agitée par cet événement , comme ne le prenant pas tellement à cœur, qu'elle en fut troublée, et ils sont ainsi facilement arrivés à pouvoir dire qu elle n'a pas pu, à la faveur du trouble où devait être son esprit, commettre un tel lapsus caland. Mais ce système ne peut tenir contre les faits, contre l'évidence, contre la nature même des choses.
La Reine a dû être extrêmement troublée de cet événement, qui la compromettait si gravement, et a pu l'être au point de pouvoir faire une faute d'écriture et mettre un mot pour un autre.
D'ailleurs, on se trouve ici entre deux
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suppositions, si on condamne la lettre. - De deux choses l'une : — ou c'est la Reine qui s'est trompée dans la date, ou c'est le faussaire, — pas de milieu; eh bien ! en suivant votre raisonnement , — cet homme adroit, ce faussaire émérite, qui, suivant les déclarations de MM. de Sybel et d'Ai-neth, doit être un homnne habile et capable au moins d'éviter les fautes grossières; cet homme qui, d'après vous, aurait recomposé une série considérable de lettres, inventé, forgé ces lettres sur des documents du temps, sur la gazette que vous citez avec complaisance; cet homme, pour dater une lettre de sa composition, de son invention, n'aurait pas eu la vulgaire prudence, le vulgaire bon sens de s'assurer des dates et des événements, pour éviter de tomber dans cette faute grossière de dater dn i*"" septembre une lettre qu'il aurait dû dater du i"juin, par exemple. v
Jusqu'où va l'esprit de système et de critiquêf" Suivant le besoin de la cause , on fait de ce faussaire, tour à tour, un homme capable de recomposer toute une correspondance après
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coup, et un imbécile qui ne sait pas même feuilleter un dictionnaire des dates !
Je le répète, nous ne pouvons pas sortir de ce dilemme : ou c'est Marie- An toi nette qui à commis Ferreur^au milieu de sa vive préoccupation d'esprit, ou c'est le faussaire calme, le faussaire à froid, ayant son temps et ses ressources.
Lequel est le plus probable ?
Non, — vous direz ce que vous voudrez , la lettre est vraie... la date seule est fausse.
Mais ici, d'ailleurs, nous pouvons rappeler ce que nous avons dit de la lettre de la Reine, de 1785, à l'abbessede Bouxières, et invoquer, à l'appui de notre lettre, la parfaite conformité de récriture avec celle des pièces recon nues vraies.
Mais avant de continuer l'examen des différentes attaques dont les lettres de notre recueil sont l'objet de divers côtés, et puisque l'un des arguments principaux dont se sont servis nos adversaires pour nier l'authenticité de ces pièces, a été la comparaison avec les pièces du recueil allemand, que l'on a pris sans conteste et sans discussion pour type et pour
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modèle, excluant t^t condanitiant tout ce qui ne lui était pas strictement conforme, il est bon cependant d'examiner la valeur de cet argument, et d'iiborder un peu cette question des Archives de Vienne.
Il est certain qu'il y :i de (piui i-bloiiir le public, lorsqu'on invoque le titre d'archives privées de l'empereur d'Autriche, lorsqu'on met sous ce patronage des pièces que l'on veut produire.
Sans vouloir niei- absolument la valeur de ces archives, puisque à l'abri de ce titre pompeux on veut condamner ma correspondance; puisqu'on l'a traitée d'oeuvre de faussaire, — qu'il nie soit permis de rechercher dans les fiiits, quel a dû être, quel a été !e sort des archives autrichiennes, simplement depuis 1809iHio; quelle condition leur a été faite et quelles vicissitudes elles ont pu et dû subir; partant, (Itielle certitude et fjuel degié de confiance elles peuvent inspirer.
Il est iriconlestalile que les temps de guerre, de troubles, à plus forte raison, des défaites, ne son! pas favor.-ih'es :i \:i ronsei'vjition de,**
POUR LA QUATRIÈME ÉDITION. lxxxi
monuments publics, et surtout des richesses qu'ils peuvent renfermer. C'est toujours dans cas époques fatales que disparaissent lés objets précieux, que s'éparpillent les bibliothèques.
Nous en avons fait la triste expérience en i83i ; nous avons vu la riche bibliothèque de l'archevêché dépecée et jetée par feuillets et en morceaux à la Seine, et disparaître avec le palais lui-même.
Ëh bien ! à l'époque dont nous parlons^ l'Autriche vaincue subissait la loi du vainqueur; ses armées se retiraient devant les armées françaises^ laissant le pays et la ville de Vienne en leur pouvoir.
Qu'on relise les histoires et les mémoires sur cette époque, tels que ceux de Raguse, Rovigo, Montgaillard, Norvins, Pelet, etc., et l'on se fera une idée de l'état de désorganisation où se trouvaient la ville de Vienne^ sa population, ses administrations.
En effet, lorsque les bourgeois de Vienne se hasardaient à faire à Napoléon, pour sauvegarder leur responsabilité, des observations timides au sujet des bois coupés dans les forêts
Lxzxu MAIOIRE
impérialesi et en recevaient cette réponse:
« Que si i*empereur François lui-même était « à Vienne, il faudrait bien qu il trouvât du bois « pour cbaufTer les malheureux ; »
Quand les magistrats de la ville impériale venaient demander à TËmpereur, qui le leur refusait, de ne pas faire sauter les fortifications de leur ville;
Quand on entendait les détonations des fourneaux chaînés de poudre qui projetaient dans les airs les murs des remparts de Vienne; quand la ville, enfin, était dans Teffroi et la consternation;— pense«t-on que Ton pût répondre delà parfaite conservation des propriétés publiques dans un semblable moment?
Et ici nous avons différents documents officiels qui, venus de différents côtés et d'époques bien éloignées, viennent se corroborer les uns les autres, et concorder . avec les faits historiques.
En premier lieu, l'attestation des Archives dont nous avons déjà parlé, nous démontre deux choses : d'abord le fait bien certain que de nombreux envois de papiers provenant des
POUR LA QUATRIÈME ËDITION. Lxxxiu
Archives de Vienne ont été faits de cette ville à Paris.
Puis, que ces envois ont eu lieu vers la fin de 1 809, époque depuis laquelle ces papiers se trouvent aux Archives de France; et ce fait acquiert un nouveau degré de certitude, si Ton se reporte aux événements militaires de cette campagne et ' aux circonstances qui ont accompagné Toccupation de Vienne par les troupes françaises, après la bataille de Wagram. L'armée française victorieuse, maîtresse de la ville, presque du sort de la monarchie autrichienne ; l'empereur Napoléon établi, avec son quartier général, à Schœnbrunn ; ses généraux occupant les palais de l'aristocratie viennoise ; partout des autorités françaises, pendant plus de six mois, dictant des lois à tout l'empire d'Allemagne, rétablissant l'ordre dès l'abord, et faisant cesser l'anarchie qui régnait dans la ville depuis la défaite de l'armée du prince Charles et la retraite de ses troupes.
n y eut, en effet, avant l'entrée des troupes françaises, au milieu de l'inquiétude et de l'anxiété générales des esprits, un moment de trouble et de désordre dans la ville de Vienne -