S CORRESPONDANCE
abbaye pour un certain temps, comme elle etinl i dans la confidence de toutes les affaires, le roy veut qu'elle en perde la suite en restant à l'écart et soit hors d'état de commettre des indiscrétions nuisibles. — Il paroît que si c'étoit une %> laine femme ce n'étoit pas au fond une femme méchante, et le roy se propose de la traiter doucement quand il sera temps qu'elle sorte. Sa famille est pire qu'elle, elle a pour beau frère un franc fripon qui spéculoit sur elle et continue à faire des siennes et a profité de l'absence de la comtesse pour la dévaliser, il est en fuite. — Je ne sais qui m'a fait remettre sans se nommer un mémoire très singulier qui semble un vrai roman très vilain sur toutes les intrigues de cette famille, on eût mieux fait de garder cela ou de l'envoyer au roy plutôt qu'à moy; je le lui ai remis sur le champ. — Vous verrez, me dit-il, que ce sera de quelqu'un de ses courtisans, du reste cela m'étoit en partie connu et ne me fera pas changer de conduite par respect pour mon grand père, la maltraiter quand elle est dans la peur et par terre auroit un air de vengeance qui seroit indigne de la royauté. — Il n'y a que trob
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jours que le roy est mort, et il pleut déjà chez le roy des mémoires de grands politiques qui indiquent des réformes toutes indispensables sous peine de la chute de la monarchie. — Adieu, chère Christine, je voudrois bien vous embrasser autrement que sur ce froid papier, pourquoi ne feriez-vous pas un petit voyage icy. J'embrasse le bon duc. — Mon Dieu, moy reine si jeune, j'en suis toute effrayée.
Marie Antoinette.
La Muette, ce 18 may 1774* A SA SOEUR MARIE CHRISTINE.
Que je vous dise un petit bonsoir avant de me coucher, ma chère sœur. La petite vérole s'étant déclarée très vivement chez mes tantes Adélaïde et Sophie, le roy nous a fait tout de suite quitter Choisy et nous venons de nous installer icy, ma tante Victoire qui est restée avec elles n'a pas encore été atteinte, mais elle ne peut y
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échapper, il est même extraordinaire qu'elle n'ait pas été la première atteinte car elle prend ce genre de maux très fortement et Tannée dernière à pareille époque elle a eu une rou-? geôle terrible. — La princesse Christine de Saxe vient de m'écrire de son abbaye de Remiremont une lettre fort touchante, c'est encore celle qui a fait du roy défunt le plus bel éloge entre tout ce que j*ai lu et entendu, — comme il y a dès ingrats ! — Le roy a donné Fordre de dresser un édit par lequel il fait remise du droit de joyeux avènement et je renonce pour ma part au droit de ceinture de la reine, voilà j*espère de quoi nous faire aimer, il est impossible d'être animé de meilleures intentions que mon mari, il tâche de faire pour le mieux, il est préoccupé à faire peur, étudie sans cesse ce qu'il doit faire pour être digne de sa tâche et améliorer, il travaille tant qu'à peine si je le vois. Adieu, ma chère Christine, je vous embrasse du fond du cœur ainsi que le bon duc, priez pour nous.
Marie Antoinette.
La Muette, ce 3i may 1774*
A SA SŒUR MARIE CHRISTINE
Ma chère sœur, la maladie de mes tantes après avoir traversé toutes les phases dangereuses, est arrivée à* son terme, elles sont tout à fait sauvées, encore quelques jours et leur rétablissement sera complet. — I^ roy est très joyeux de l'issue de cet incident menaçant. — L'édit qui fait remise du droit de joyeux avènement paroît, le roy a voulu se donner le plaisir d'en rédiger luimême le préambule, je vous l'envoyé. Adieu du cœur.
Marie Antoinette.
Marly, ce 24 juin (1774).
A SA SŒUR MARIE CHRISTINE
Ma chère sœur, le 1 8 de ce mois le roy, ses frères et madame la comtesse d'Artois ont été inoculés de la petite vérole sur un enfant très beaq
» CORRESPOND A NCE
choisi par les médecins, la fièvre s'est deciareêv tous les symptômes sont heureux, tout va au mieux, succès complet. — Cette courageuse détermination a produit sur la cour et sur le peuple un effet immense. — En hâte, le courriir part, je vous embrasse en courant.
Marie A\toi\f.tte.
Ce a^ juin A SON FRÈRK JOSEPH.
Je reçois à l'instant votre lettre, mon cher frère, et je la lis et relis, je vous remercie de ce que vous m'écrivez de fraternel, déjà je m'étois dit ce que vous me dites sur la conduite à tenir, mais vos conseils sont trop courts, j'ai besoin de choses phis développées; vous voulez pour m'en dire davantage que j'entre dans des détails particuliers et confidentiels et à cœur ouvert sur le caractère du roy. C'est quelque chose de bien délicat à écrire, je ne sais pas s'il est possi-
ble d'être meilleur que lui et d'avoir en tout 'une conscience plus sévère. Il n'a pas d'autre pensée, j'en suis sûre, que de faire du bien, mais par quels moyens? je ne sais ce qui lui roule dans l'esprit, il ne s'en ouvre pas tout à fait et il est très agité. Je ne peux pas dire qu'il me traite en dessous et en enfant, et qu'il aie de la défiance pour moy, au contraire, il lui échappoit l'autre jour un long discours devant moy et comme s'il parloit à lui même, sur les améliorations à introduire dans les finances et dans la justice, il disoit que je devois l'aider, que je devois être la bienfaisance du tronc et le faire aimer, qu'il vouloit être aimé. Mais il n'a pas énuméré ses moyens d'action, soit qu'il ne les aie pas encore combinés, soit qu'il les garde pour ses ministres; il leur écrit beaucoup ; c'est au vrai un homme qui est tout en lui, qui a l'air d'être fort inquiet de la tâche qui lui est tombée tout à coup sur la tête, qui veut gouverner en père. Gomme je ne veux pas le blesser, je ne le questionne pas trop. Il fait tout aussi bien de ne pas me consulter, je suis plus embarrassée que lui et je suis déterminée à suivre le conseil de notre bonne
n CORRESPOND ANCK
maman, c'estâdired'allertoutdroitdevantmon chjeniin et de profiter de toutes les occasions de faire bien. — Vous me parlez des obstacles et de ce que vous appelez deseccueils,ehl mon Dieu! je le sais bien, il y en a, mais je suis trop jeune pour les connoiti'e;'c'est ce cpie je vous ai demandé de me dire; je n'étois pas tout à fait à mon aise dans la famille royale, je crois avoir remarqué qu'on voyoit trop en moi une étran-
. gère qui avoit contrarié des projets de dominalion, j'ai fait mon possible pour me tirer d'af-
' faire, mais je ne suis pas sûre qu'on m'aie su gré de mes efforts. Je me suis faite cependant françoisp le plus tpie j'ai pu, je n'ai soutenu que des fran(^ois. Ecrivez moi, écrivez moi, tous le devez à votre sœur et à mon amitié; jevousembrasse du plus sincère et profond de mon coeur en suppliante qui veut être satisfaite dans oe qu'elle demande.
iMaiuk Antoinette.
Versailles, ce a5 janvier (1775).
A SA SOEUR MARIE CHRISTINE
Sœur chérie, vous devez être depuis bien des jours loin de Presbourg et vous être tous réunis à Vienne, autour de rimpératrice-reine, dans le salon de famille. Je m'y transporte en idée et je vous arrive en surprise, je vous embrasse avec toute sorte de tendresse et je prie Monseigneur Albert, qui ne m*a pas écrit depuis si longtemps, de me permettre de lui faire une belle révérence après avoir baisé la main de ma bonne maman et salué avec respect Sa Majesté l'Empereur.
Je ne demaiiderois pas mieux que de recevoir les compliments que depuis le commencement de ce mois la reine de Naples a si bien mérités, mais il n'y a pas d'apparence, et j'aime mieux qu'on ne m'en parle pas.
On s'amuse icy beaucoup, on danse, on joue sans craindre les loups, comme vous me dites qu'on en est infesté en Hongrie* Je ne lis rien, je ne fais rien de mes dix doigts et cependant
COEIRESPONUANCE
' occupée au point de ne savoir où pien-
le minute.
?. ;u, chère Christine, chargez vous de rendre à chacun ce qui lui revient et surtout baisez la main à notre chère maman pour rooy. Mon îomme je vous serre tous en idée sur mon
BiE Antoinette. ' '
sy, ce 8 octobre lyjS.
laissez moy vous dire, mon cher frère, qnr vous êtes bien cruel avec vos lettres de reproches, elles me causent trop de chagrin au mîliea de toutes les difficultés qui m'entourent. Avant de quitter ce château pour nous établir à Fontainebleau avec toute la famille royale, y compris Monsieur et Madame de retour de leur voyage du mariage de Clotilde, je veux causer avec vous une bonne fois sur cela. — Il faut être loin comme vous l'êtes pour vous arrêter
DE MARIE ANTOINETTE. 8f
un instant à des propos tels que ceux dont vous me parlez ; quel crédit, mon Dieu , accorder à des chansons? Icy tout se chante et si on se préoccupoifde pareilles sottises, ce seroit prendre au sérieux ce dont les auteurs eux mêmes ne se soucient guères et dont ils ne se souviennent même plus le lendemain : on ne vivroit pas; — il y a des choses plus graves que cela. — L*année dernière le roy et moy nous avons été mis sur la voie d'abominables libelles préparés contre moy et encore mouillés de la presse.— On a découvert que c'étoit une spéculation de fidpon qui nous donnoit à nous mêmes ce dont u étoit l'auteur; — la chose qui me frappe le plus c'est l'obstination de certaines gens à me représenter comme une étrangère toujours préoccupée de sa patrie et Françoise à contre cœur; c'est indigne, toutes mes actions prouvent que je fais mon devoir et que mon devoir est mon plaisir. C'est égal, les mauvais propos courent et les choses les plus simples deviennent de gros péchés, — L'autre jour n'y a-t-il pas un insensé qui m'a fait demander pour lui et une dame la permission de visiter mon petit yienne? il appe-
C0BBE8P0NDANCE
isi mon Trianon, ce qui m'a fuit découle j'avois contre moi une coterie dont la m Ilance accréditoit le bruit que j'avois ainsi ébaptisé le présent que m*a fait le roy; — des escrocs el des intrigantes tournent autour des avenues du cliâtean, ~ pouvons nous être
respon
nées? — I/indii'nHtioa
du roy qua 1 des choses de t-eite ■
nature par les miiu t par le lieutenant de
police dépasse u ', mais la plupart du
temps conii t y rt ier? en faire du bruil seroit ajoutei . — Soyez de loin, mon
cher frère, auss it et juste que le roy I
est bon pour moy; son estime est ma protertioii; mais enfin quelque chose que vous ayez à m'écrire, écrivez toujours, j'aime mieux des reproches que le silence. — J'ai besoin de bons codseils et d'avis, ne me les ménagez pas, car je sais qu'après tout ils partent de votre amitié et tendresse. Je vous embrasse quoi(|ue vous m'ayez fait bien pleurer, —
MARit Antoinette.
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Ce 26 novembre (1775).
A SON FRÈRE JOSEPH
Je vous l'ai déjà dit, mon cher frère, il n'y a
rien de bien exact dans ce qui vous a été rapporté ; notre position avec le duc d'Orléans est toujours la même et on a eu bien tort de vous nommer comme on Ta fait M' le duc de Chartres qui n'est nullement un mauvais joueur. Tout ce qui se fait de contes à Paris sur les Fontainebleau est inimaginable; la cour y est fort grosse, cela est vrai, et l'usage en France est en outre de laisser entrer tout le monde pour la table ronde, mais ce que l'on vous a mandé n'en est pas moins déraisonnable. Depuis 8 jours je n'ai vu personne étant indisposée.
Vous savez combien le roy est parfait pour moy, et il n'agit que d'après, son cœur quand il est question de vous ; je ne fais des vœux si ardents pour personne que pour vous, mais vous comprendrez que je ne sois pas libre aujourd'hui sur les affaires qui concernent la France ; vraisemblablement je serois fort mal venue à
lêler, surtout sur une chose qui n'est pas s e au Conseil. On y verroit foïblesse ou
ambition. Enfin, mon cher frère, je suis maintenant françoise avant d'être autrichienne, et en cela je ne fais que me conformer aux conseils que vous ni'avezhûsscs par écrit; c'est le moyeu (le conserver el 'amitié du roy. Quant
à l'affaire de v< é elle est faite.
J'apprends à 1 i |ue vous avez reçu ma lettre du 20 du t 1 er, j'en suis charmée,
je voudrois m ïs occasions de tous
écrire et surtout n oir de vos lettres, je n'en aurai jamais mr vous exprimer les
sentiments d'amitié et d'attachement que je vous porte pour la vie. Je vous embrasse de tout mon cœur en sœur dévouée.
Mahie Antoinette.
AU ROI DE SUÈDE GUSTAVE ill '.
Monsieur mon frère et cousin, avec un chet
' i'.i-uv lettre portait pour suscripiion dans nos preiiûrcs il-dltions : An tfiic de Saxe'TeicUen. Nous y raisuni
DE MARIB ANTOINETTE. 85
tel que vous la nouvelle chevalerie effaceroit bientôt l'ancienne ; je ne recevrai jamais d^hommage qui me flatte davantage ; les commencements de votre règne en assurent la gloire et la prospérité, sa durée fera le bonheur de vos peuples et la joie de vos amis. C'est le vœu et le sentiment bien sincère de votre bonne sœur et cousine,
Verstiilles, ce a6 février 1776.
Marly, le 10 juin (1776).
MADAME MA TKÈS CHÈRE MËRE,
M** de Mercy me fait savoir seulement à l'instant l'envoi subit d'un courrier qui est un gentilhomme voyageur de passage qu'il ne peut retenir. Je répondrai au long par le prochain
le chaDgement indiqué dans l'ouvrage de M. Feuillet, qui doit mieux savoir que personne à qui elle est adressée , puisqu'il a vu cette lettre dans les Archivas du ministère des affaires étrangères à Stockholm. Seulement, ce qui est étonnant, c'est que Poriginal que je possède, m'ait été procuré à Paris.
as CORRESPONDANCE
ordinaire à la dernière lettre que vous avez bien voulu m'écrire; j'ai trop peu de minutes aujourd'hui.
Je me suis empressée de communiquer votre désir au roy qui a été disposé à faire sur l'heure ce qui est agréable à ma chère maman. Il a iait appeler M"^ de Vergennes qui a répondu qu'une chose de cette nature alloit de soi, et qu'elle étoit trop dans l'intérêt des deux nations pour ne pas avoir déjà été faite d'office depuis huit jours.
Merci de vos souhaits, madame ma très chère mère, mais, hélas! on me devance icy comme à Naples et à Parme. La comtesse d'Artois est entrée dans son septième mois de grossesse. Je suis dans la main de Dieu et je m'étourdis le plus que je peux; j'en ai besoin, car ce n'est pas être reine de France que de ne pas avoir les honneurs d'un dauphin.
Je plie ma chère maman de me permettre de lui baiser les mains bien respectueusement.
Marie Antoinette.
Marly, ce lo juin (1776).
A SA SOEUR MARIE CHRISTINE
Nobs sommes depuis avant hier icy, ma chère Christine; ce n'est pas une résidence très bien organisée, elle a été fort négligée depuis £x>uis le Grand. Nous avons laissé à Versailles le comte d'Artois qui a la rougeole, et Madame y est restée pour tenir compagnie à la comtesse d'Artois, de sorte que ce Marly n'est pas très gai. I^l5ittends ce soir Elisabeth et je pense que Madame sera icy après demain, ce qui va nous réveiller.
Gomme je vous écrivois cette lettre, M*" de Mercy m'envoye la vôtre, je vais donc vous adresser ces mots à Parme puisque vous ne serez même plus à Turin et serez sûrement auprès de notre sœur Amélie. Il y a bien longtemps . qu'elle ne m'a écrit, reprochez le lui de ma part. La comtesse d'Artois est entrée dans son septième mois de grossesse. J'écris aujourd'hui même à notre chère bonne mère l'Impératrice-
BS CORRESPONDANCE
reine. Si j'avoîs des enfants, comme je leur apprendrois à l'aimer!
Adieu, cliérissime sœur.
Versailles, ce 26aoust «776.
A SA SaXR MARIE CHRISTINE.
Ma chère Christine, je remettrai au comte ma lettre écrite à la course, parce que le roy m'a fait annoncer qu'il me va venir chercher pour essayer une promenade. Je ne me suis pas trouvée à mon aise d'un passage à Choisy, et j'en suis revenue avec une fièvre tierce qui m'a un peu fatiguée; je ne vous en parle que parce que je suis beaucoup mieux.
I^a comtesse d'Artois est accouchée depuis le ■ commencement du mois d'une fille et a continué à se bien porter. Cet événement a répandu la joie dans tonte la famille royale et j'y ai Lien pris part
Les nuages, qui, de temps à autre, ont passé
DR MARIK ANTOINETIC 89
sur le château, n'ont jamais eu de durée. Je me suis toujours étudiée à me faire aimer à force d'indulgence et d'attentions. Ce n'est pas toujours chose facile au milieu de tant d'intérêts différents. Le roy n'aime pas le bruit des susceptibilités et il a des coups de boutoir contre ceux qui en font. Le comte d'Artois est très fier de ses enfants, sa femme est fort douce, Mad. de Provence est toute pleine d'amabilité et d'imaginations gaies et elle est très fière de son mari; à moy seule manque quelque chose, mais il faut savoir attendre et bénir la volonté de Dieu. Mes pensées les plus tendres sont à vous, et je vous embrasse du fond de mon cœur.
Marie Antoinette.
Fontainebleau, ce i*' novembre 1776.