‹ Correspondance inédite de Marie AntoinetteChapitre 21 sur 33 · A SA SOEUR L'ARCHIDUCHESSE ELISABETH · texte numérisé non relu

A SA SOEUR L'ARCHIDUCHESSE ELISABETH

C'est vrai, ma chère bonne Elisabeth, j'ai beaucoup tardé à vous écrire, javois bien un petit peu de rancune contre votre ancien

n COItnBlSPONDANCE

silence. Enfin votre gentille petite lettre m'a enchantée, vous m'avez beaucoup amusée avec votre description d'attelages de petits chevaux lapons. Elle m'a rappelé notre ancien lilliput dont la lecture nous a tant diverties dans le temps. Ce cabriolet de bois pétrifié m'a paru digne d'un conte de fée; il faut avouer que vous en êtes une avec vos récits, vous y réussissez à merveille et votre plume prend le galop comme les petits chevaux de Laponie. Merci donc, chère Elisabeth, je voudrois en avoir qui puissent faire cent lieues à l'heure, j'irois vous voir à Vienne et vous embrasser comme je vous aime.

Adieu, chère petite sœur, je vous aime tout plein.

Marie Antoinette.

Versailles, le 19 avril 1777.

MADAME HA- TRÈS CHÈRE MÈRE

Je savois l'empereur arrivé à Strasbourg dès le 9, il nous est arrivé hier. Je ne peux vous

exprimer quelle joie sa présence m'a causée, il me sembloit en Tembrassant que je vous serrois tous sur mon cœur ; le roy Ta reçu en véritable frère, avec une effusion et une franchise de bonheur auxquelles il a dû être sensible. Je l'ai conduit tout de suite chez les princes et les princesses de la famille royale. Malheureusement le comte de Mercy est malade* Le roy est étonné et affligé que mon frère n'accepte pas un logement au château, mais il s'y est refusé obstinément sous le prétexte d'une liberté que nous ne songions pas à lui ôter et d'un incognito qui sera respecté autant qu'il lui plaira. Enfin, si je ne le tiens pas tout à fait, j'en jouirai du moins souvent.

Le comte de Belgiojoso fait demander les lettres, je feïroe vite celle ci en vous baisant les mains avec respect et en vous priant de me garder vos bontés et vos tendresses.

Marie Antoinetil.

CUKtlEbPONDANCR

Ce 3 mai i;77.

A SA SCS'UR MARIE CHRISTINK.

I/eiiip : s'est obstiné comme je vous l'iù dit, ma chère Christine, à ne pas vouloir prendre sa résidence au i a II loge dans un hôtel garni ', m: 3 nous ; le mois dernier

je l'ai 00 it à une j :ésentation d'Iphigéiûe en Aulide à l'Opéra Paris, il s'étoit enfonce au fond de hi loge, n à un morceau dérisifje l'ai pris par le bras l'ai forcé à se laisser { voir, alors il a été reç avec acclamations du ' public et il est sorti très enthousiasmé de sa réception et du succès de notre bon GInck. — H est toujours le même, il fait des observations très justes sur tout ce qu'il voit et il donne des conseils comme personne n'en sait donner ; des fois, il faut l'avouer, il y met une forme un peu brusque, ce qui fait perdre à ses grandes idées leur effet. Ma chère maman ne trouveroit pas mauvais si je lui tenois ce langage, elle connoit mieux que personne mon frère et nioy même, et

' L'Iiùlel de Trévilli', nie de Tournon.

elle sait toute l'admiration que j'ai pour lui et tout le prix que j'attache à ce qu'il ait un plein succès a, la cour comme il le mérite. Le roy le regarde avec amitié, et comme il est très timide et peu parlant il l'écoute volontiers, mais quand notre frère lui donne de ces coups de critique il se borne à sourire et se tait; l'autre jour cependant il n'a pu garder le silence sur certains principes de gouvernement développés par l'emp : contre le clergé, le roy a repris un à un ses arguments avec une précision, une fermeté et un sang froid qui nous ont tous étonnés et qui ont rendu la continuation d'un pareil sujet impossible. — Chaque pay% a ses habitudes et ses besoins, disoit il en finissant, il est possible, ce dont je doute, que votre système soit applicable dans d'autres états, mais nous sommes en France et c'est un pays où les importations étrangères, en matière de gouvernement, n'ont pas l'air de

l)eaucoup réussir. — Toutes ces picoteries de conversation n'ont en rien diminué l'amitié que mon mari porte à mon frère, et je suis sûre que la discussion de l'autre jour n'a pu que rehausser mon mari dans l'opinion de l'emp : — Le roy

tas démonstratif, mais il aime de tout — pour iiioy, je l'avoue, j'étois partictilièlent satisfaite de son triomphe. — Î^Ion frère I 'Gche surtout à mon mari de ne pas visiter les provinces de son royaume pour se rendif compte de leurs besoins, le roy lui a répondu qu'il n'a t den lé mieux que de voya-

ger en Vr. gouverneur et ensuite

depuis son mariage, i que le roy ne l'avait

pas jugé à propos, t eu même un instant

l'idée d'aller à Vienr ?i le roy lui a répondu qu'il ne vouloit pas se s arer de lui ni de moy ; — il a la pensée de vii :* les provinces une fois qu'il sera tout à fait au courant des affaires, attendu qu'on profite davantage quand on sait plus, et il a voulu d'abord que ses frères plus heureux que lui fissent ce voyage en commençant par les ports et villes de leur apanage, et lui rendent un compte détaillé de ce qu'ils auront vu. Oh ! si un jouf je pouvois aller vous embrasser et enibiasser notre bonne mère, quel bonheur apiès tant d'années passées loin de vous. — Je me sens fran^oise jusqu'aux ongles, il faut avoir les vertus de son état; la nation est

excellente, les critiques et oppositions de mon frère ne font que me renforcer encore dans ces idées, car je vois les choses d'assez près pour juger qu'on ne demande qu'à bien faire. Adieu, ma chère sœur, je vous serre sur mon cœur ef me rappelle au souvenir de votre excellent mari.

Marie Antoinette.

Versailles, ce 19 may 1777.

A SA SCEUR MARIE CHRISTINE

L'empereur continue à être bien reçu à Paris, ma chère Christine; il nous a raconté avant hier à souper qu'une séance de l'académie françoise lui a été consacrée, il y a eu des lectures de beaux esprits, et il a été traité tout à fait comme un des membres de j'académie. Il a déjà visité celle des sciences, il parcourt les bibliothèques, tous les établissements publics, il s'enquiert de tous les objets intéressants de Paris et n'a pas encore fini ses excursions ; de mon côté je le retiens le plus que je peux, car il a amené une animation singulière dans nos après

CDlllltSPONUANCE

>, Et nous avons tous deux de bien agréas tretiena sur notre bonne mère et sur vous dont je prolïte beaucoup; il a causé et plaisanté aiec une bienveillance très grande avec Llisabeth qui est maintenant cliannante de caractère et fort grandie. Je crois qu'il ne partira

que vers le 3o de France, il n grandes villes et de i nées, voilà une chose Ma vie intérieure < suis forcét publics, qui m'est c

lis pour parcourir la m'écrire de toutes les nir dans quelques anje lui rappellenii.

toujours la même, je ;re à l'usat^e des dîners :t auquel je n'ai pti me

l'iiire depuis si longtemps^ mais je me rt- tire sur les soupers en famille, je les maintiens le plus que je peux afin d'établir la vie d'intimité. — Allez, ma chère sœur, c'est une tâche difficile, et plus je vais et plus je soupçonne que ma tante Ad. ne m'a pas encore pardonné d'être venue lui enlever la position qu'elle occiipoit avant mon arrivée ; ses grands moyens la font écouter, mais elle trouve que ce n'est pas assez. J'ai tra- \aillé auprès du roy à assurer une maison aux trois sœurs au lieu de la boîte exiguë où elles

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vivoient, je n'ai pas la certitude qu'on m en ait su gré, elle surtout ; ma tante Victoire avoit une bonté maternelle pour moy que j'ai vue souvent se raviver, mais on diroit qu'elle a fini par être entraînée par les deux autres. — Rien ne me fera me départir de ma conduite empressée pour mes deux belles sœurs mariées et j'éviterai toujours tout ce qui pourroit donner de la méfiance, mais si le ton de supériorité de Monsieur, devenu le premier personnage du royaume après le roy n'a pas tout à fait passé à sa femme, il semble à l'user qu'elle a au fond du cœur quelque chose qu'elle ne dit pas. J'ai causé de tout celdi bien particulièrement avec notre frère, et il a tant d'esprit et de raison qu'il me guide au mieux ; je suis heureuse qu'il ait en général approuvé jusqu'îcy ma manière d'agir et je lui demanderai encore des conseils et avis. —

Non, mais taisez vous, voilà ma réponse, mais tout maintenant fait espérer le contraire. —

L'étiquette extérieure est souvent bien gênante, mais le roy veut que je m'y conforme par dignité, et cela se comprend ; c'est l'étiquette

de la chambre et toute intérieure qui m'est

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