‹ Correspondance inédite de Marie AntoinetteChapitre 22 sur 33 · W CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

W CORRESPONDANCE

odieuse, il y a des détails qui m'obsèdent, si je vous voyois j'en aurois long ù vous dire là dessus. On croit qu'il est bien facile de faire la reine, on a tort, les assujettissements sont innombrables, comme si le naturel ëtoit un crime; mais le roy qui me laisse faire en général, ne veut pas autoriser formellement des réformes, un ruban icy, des barbes et des plumes là plutôt qu'ailleurs, et la monarchie seroit perdue pour certaines gens ; je suis bien gênée de tous ces jougs.

Adieu, ma chère Christine, je suis chagrioede , ne pas avoir eu depuis bien longtemps des noiF velles de notre bonne mère; M' le coadjuteor est par trop sombre et monseigneur François taciturne à mon égard. Adieu encore, si je savois un autre moyen de vous prouver mon amitié que de vous embrasser icy je l'employerois; qoe votre mari trouve mon souvenir sous votre cou- \orL

Marie Ap(T0INETte.

Versailles, ce 27 aoust 1777.

MADAME MA TRÈS CHÈRE MÈRE

J'ai appris avec bien de la joye l'heureux accouchement de ma sœur de Naples, combien j'envie son bonheur! Je suis toute surprise de n'avoir pas eu de ses nouvelles depuis bien longtemps, elle qui étoit si exacte à m'écrrre, j'avois quelquefois une lettre d'elle par semaine sur ses querelles et ses raccommodements ; je lui pardonne son silence , car je sais combien je suis moy même le plus souvent empêchée d'écrire, quelque bonne envie que j'en aie. Je ne m'occupe pas comme vous de grandes affaires, ma chère maman, et cependant je n'ai une mi-nute pour rien, tant il y a de devoirs de représentation de tout genre à remplir. —

J'ai eu plusieurs fois des nouvelles de l'empereur pendant son voyage en France , mais point depuis son retour auprès de vous ; le roy lui a fait promettre de revenir et m'a plusieurs fois reparlé de lui avec beaucoup d'estime. Je m'étonne que M' de Mercy ne vous ait pas envoyé l'ordonnance concernant les mendiants;

laS COBRESl'UM>ANCE

ce sujet a en el'fet occupé le roy, il a môme été se promener incognito dans les rues tie Versailles et de Paris pour juger des choses par lui même. Le comte ' et la comtesse de Viri sont retournes àTurin laissant bien des regrets icy. — Je prie ma chère maman de me pardonner cette lettre si laconique, le roy me vient chercher ponraller avec moi à mon Trianon, il apprend que c'est à vous que j'écris, et il me charge de vous baiser bien respectueusement les mains, il fait aussi ses amitiés à mon ; frère je prie ma chère maman de me permettre d'imiter icy de tout point le roy mon seigneur.

Marie Antoikette.

Le i6 oousi(i778 *).

MADAME MA TRÈS CnÈRE MÈRE,

.le viens d'avoir un long entretien umx le roy sur Elisabeth, il est irrité, chagrin et bien em-

' Aiiibiissiideiir de S.uuaignc.

' llrjtru (Julie dans les Ca'isrries u cette <lale, que noas avons sulisliluéc ù imi'tuieni les ùd i lions précédentes.

DE MARIE ANTOINETTE, iOl

barrasse. Ma bonne maman connoît Elisabeth par tout ce que lui en a dit mon frère Joseph et par ce que je lui en ai dit moy même. A mon arrivée en France j'avois trouvé en elle une petite sauvage que rien ne pouvoit apprivoiser, brusque, rude, emportée et volontaire à faire peur, indocile à toutes les remontrances; il n'y a qu'une mère * qui auroit pu adoucir ce caractère là dans les premiers temps; on avoit beau donner une entière autorité aux dames gouvernantes, ce ne pouvoit être la même chose, à peine si elle avoit connu sa mère. Cependant elle avoit un bon fond et, ce qui rassuroit, beaucoup de sensibilité, il n'y avoit que manière de diriger tout cela. Son obstination pouvoit devenir caractère et sa fierté un bon point de direction, et comme elle étoit sensible on pouvoit lui faire comprendre l'avantage et le bonheur d'être aimée. Le roy lui a parlé sur son caractère avec patience et douceur et plus souvent avec humeur, et comme on a vu que la douceur avoit plus de succès, on a cessé de la ca-

^ Sa mère, MaricJosèphe de Saxe, mourut le i3 mars 1767 ; elle-même est née le 3 mai 1764.

COnHESPONUA-VCE

les gouvernantes ont usé suivant les cîi^ C( nces de l'affabilité et de la froideur, elles I 'ait parler la religion et l'émulation en l'associant à Clotilde qu'elle aimoit tendrement, enfin on a si bien réussi qu'on a été trop loin. Dès que Clotilde a été mariée, elle n'a cessé de pleurer comme une " ' leine, elle est devemie sombre, r elle s'est jetée dans U

piété la plus forte e a fini par demander

au roy de se mettre en ligion aux carmélites; cela afflige beaucoi *oy, elle avoit fait d'a-

bord de cette idée un 'and secret, mais il y avoit trop d'yeux aul r d'elle pour que le secret ne me soit pas parvenu; je l'ai emmenée à mon Trianon pour lui causer seule à seule, et malgré sa fermeté apparente il m'a semblé qu'il y auroit encore remède. Le roy ayant été averti d'une autre part comme j'allois lui en parler, il m'avoit dit qu'il prétendoit bien qu'il n'en seroit rien avant sa majorité, et il le lui a fermement signifié quand elle s'est ouverte. J'ai demandé au roy s'il ne trouveroit pas à propos de devancer pour elle le temps de lui donner une niaison, cela absorbera sa pensée.

et comme elle auroit plus qu'aujourd'hui les moyens de faire du bien, elle ne songeroit plus à s'enterrer. L'idée a paru bonne au roy qui compte en user.

Adieu, madame ma très chère mère, tout va Mèn pour? votre fille qui vous baise bien respectueii^èmèitt les itiains et vous prie instamment de lui conserver vos bonteâ.

Marie Antoinette.

Versaîlleç, ce dimanche (fin décembre 1778).

Madame' ma très chère mère, jaurois bien voulu pouvoir dès le premier moment vous écrire moi même pour vous annoncer mon heureux accouchement, mais le roy, mon bien aimé roy, s'est acquitté de ce devoir avec tant de bonheur auprès de moy qu'il a fait les choses mieux que je ne les aurois faites; je ne lui ai pas donné un dauphin, mais la pauvre petite * qui est venue

* Marie Thérèse , depuis duchesse d*Angouléme, née le 19 décembre 1778.

COURES ponoasce 1 sera pas moins chère, un fils ne m'eût p jartenu, elle sera toujours auprès de moi,

m'aidera à vivre, me consolera dans mes peines et nous serons heureuses à deux. Elle est icy à mes côtés qui ne demanderoit qu'à me tendre ses petits bras et à nie sourire. Le roy est pour moi c ne attentio de mère et il ne cesse de parler di eus aurez éprouvé à la

naissance de sa ', ; est très forte et bien portante. J'ai i la mettant au monde,

comme vous l'a écrit le roy ; je pense que ce cruel usage de remplir ibre des reines en on

pareil mome e du peuple sera aboli.

Les couplets de chanson pleuvent, envoicy un que le roy m'a apporté hier :

potir toi, France, un daupliin doit nattre une princesse vient pour en éire lémoin, sitôt qu'on voit une Grâce paroîlie croyez que l'Amour n'est pas loin.

Je reporte tout mon bonheur à vous, ma bonne chère maman, et je vous prie de bénir ma fille et moi et de me permettre de vous baiser bien respectueusement et bien tendrement les mains.

Marie Antoinette.

TriaDODy ce ï4 avril 1779-

MÂDAIVIE MA TRÈS CHÈRE MÈRE

Je me suis établie icy depuis deux jours avec le roy et madame Elisabeth, pour achever de me rétablir, mes belles sœurs me tiennent compa-' gnie, je pense voir aussi mes tantes avant leur départ pour leur château de Bellevue ; je ne peux que m'applaudir d'avoir pris ce parti, la verdure est charmante et le calme parfait, il y a eu beaucoup d'améliorations introduites dans mes jardins, et c'est vraiment un parterre enchanteur, mes serres commencent à devenir magnifiques et j'y fais entretenir une quantité de plantes rares ; celles que vous m'avez envoyées ont prospéré au delà de toute attente et j'en ai donné des |)lants au jardin du roy, j'ai des chrysanthèmes d'une beauté éblouissante et des variétés de roses innombrables dont mon jardinier est si fier que les gens du métier viennent les étudier sur place. —

Ma fille prend des forces, et en ma qualité de mère je suis persuadée qu'elle est la plus belle

CORRKSPONDANCE

mt du royaume ; le roy est de cet avis, et je sûre que ma chère maman en seroit également, je lui baise bien respectueusement les mains pour moi et pour ma fille. — I-e roy affirme qu'elle lui a souri, moi je trouve qu'elle ne fait encore que la moue, mais une moue si gentille qu'oi iromper.

UniK Antoiwette.

Ce 8 (1pc*mîire 17I A SON FRÈRE JOSEPH.

Laissez moi vous embrasser, mon bon et très cher frère, dans mon désespoir à la nouvelle de la mort de notre mère bien aimée, notre âme, notre gloire, si sensible, si .tendre, si bonne, la mère de ses peuples et qui se reprochoit le sommeil comme autjmt de dérobé au devoir de faire le bien. J'en ai été anéantie et fort malade. Se ne peux me reconnoître et cesser de pleurer, ma pauvre petite qui étoit sur mon lit me deman-

DE filARIE ANTOINETTE. i07

doit dans son langage pourquoi je pleurois, je ' lui ai fait croiser les mains en prononçant le nom de sa grand maman qui veille là haut sur nous après nous avoir été de si bon conseil et de si grand exemple. Pour vos peuples, mon cher frère, c'est un bonheur que vous soyez à Vienne, mais pour moi je suis désolée au fond du cœur de ne pas vous avoir auprès de moi comme il y a trois ans, j'àurois eu tant de douceur à parler avec vous d'elle, de vous, de nos frères, de nos sœurs! j'en ai bien besoin. Je ne peux me séparer de la lettre qu elle a dictée pour moi avant de mourir; quelle bonté de cœur de penser ainsi à moi en un pareil moment, cela est fait pour me grandir et me rendre meilleure. Elle me recommande de travailler de toutes mes forces au retour de la paix ; ah oui, je le voudrois bien si j'avois quelque part aux affaires. Vous avez été satisfait de notre marine, elle a trouvé une occasion de très bien faire dans cette guerre, et l'élan du peuple est tel qu'il ne seroit guères possible en ce moment de le retenir; je ne parle pas de' moi qui tout en me réjouissant des succès de la France pense, tout à fait comme vous,

408 r.O[lBF.SPONDAtiCE

que mon métier est d'être royaliste, mais auprès de moi on est au fond, croyez le, tout à fait du même avis, on a cédé par nécessité politique.

Le roy a été très bon pour moi dans notre malheur, il n'y a pas de tendresse qu'il ae m'ait montré; cela l'a fait parler de vous, mon très cher frère, avec une affection et une estime dont j'ai été bien touchée; vous avez pu juger par vous même de sa loyauté et de sa fidélité à sa parole, vous pouvez compter sur loi comme il compte sur vous. Nous avons entre nous un voisin bien turbulent qui a fait à notre mère ■ bien du mal quand il l'a pu, il en feroit volontiers aux enfants. Je sais que vous êtes trop clairvoyant pour vous laisser prendre à ses finesses. I<e roy vous écrit aujourd'hui, j'aime à espérer que vous serez content de ses sentiments. Adieu, mon bon et cher frère, embrassez pour moi tonte notre famille, personne ne vous aime plus du fond du cœur que moi.

Marie Antoixette.

DE MAIUE ANTOINETTE. 109

Samedi (1780).

(AU COMTE DE MERCY

Je vous communique, monsieur le comte, copie de la letti*e de Tempereur mon frère, vous verrez que ses sentiments sont tout à fait d'accord avec ceux du roy, il n'est pas plus consolable que moy de la perte affreuse que nous avons faite et il est bien digne du sang qui coule dans nos veines.

Adieu, monsieur, vous savez' quels sont tous mes sentiments pour vous.

Marie Antoinette.

Copie, de la main de Marie- Antoinette, d'une lettre de son frère Joseph au roi Louis XVI a V occasion de la mort de Marie- Thérèse.

Le 6 décembre 1780.

Monsieur mon frère, trop sensible à l'affreuse

arable perte qui uvoit anéanti toutes tes : de mon âme, je n'ai eu, dans le premier moment, que la force de vous écrire un mot, actuellement un peu remis je profite avec intérêt de l'arrangement amical dont nous ccnvinmes de boi che de nous écrire parfois librement cl franch nt. Pr sage des noms si doux

i, je ne puis plus chercher de sati: dans l'amitié. Jugez donc combien t ;re celle de votre majesté qui, par des vérités ussi heureusement que généralementrt fera toujours l'avantage et la convenance de états, mais bien plus encore ma satisfaction personnelle par l'attachement sincère que je vous ai voué, cher frère, ainsi que l'estime que méritent votre caractère, cette volonté constante et efficace d'opérer le bien, eufm toutes les belles qualités dont vous donnez par vos actions les preuves les plus i-éelles. Ce seroit affaiblir l'avantage de nos liens reconnus par les deux nations, que de faire étalage depieuves et d'arguments lorsque personne ne peut plus en douter, et que la \érité des avantages mutuels a déjà étéetest actuellement cous-

tatée par les occasions. Soyez persuadé, mon cher frère, que c'est par conviction que je suivrai les principes de mon auguste mère. La franchise et la sincérité constituent mon caractère, comme vous vous en serez facilement aperçu par mes propos et mes actions ; je n'agirai pas autrement en politique, et toute petite finasserie est aussi répugnante à mon caractère qu'au dessous de la monarchie à laquelle je suis préposé ; comptez donc qu'il n'y aura jamais de variation dans ma façon d'agir et encore moins dans mes sentiments à votre égard. Tout ce cjue je désire, c'est que vous suiviez exactement mes faits pour me juger après eux, je suis bien sûr que vous ne les trouverez jamais en contradiction avec mes paroles, malgré toutes jies absurdités que mon cher voisin Frédéric pourra encore inventer et débiter, soit de ma prétendue partialité pour l'Angleterre, soit de mes projets d'agrandissement, de destruction dû système germanique, et d'union de tous les évêchés d'Allemagne dans des coadjuteurs et évêques de ma famille ; assuré de la droiture de mes démarches, je ne me vengerai pas même de ces impostures, je les dé^

Ht CfinltESPONDANCE

ments continuellement par les faits et je méprise cette pitoyable façon d'agir et d'en donner à garder à toute l'Europe, C'est d'après ces principes et en ne suivant que le vœu de mon cœur, que je forme les vœux les plus sincères pour que vos succès dans la guerre présente répondent entièrement et d iptement aux soins infatigables que vous t. J'ose me flatter que V. M. voudra être persuadée de l'intérêt tout particulier que je prends i tout ce qui la regarde, et je désire vous convaincre en toute occasion de la sincérité de mes sentiments avec lesquels, en vous embrassant tendrement, je suis pour la vie, etc.

Ce 36 révrier 1781.

A SA SCEUR MAllIE CHRISTINE.

Je me porte à merveille, ma chère sœur, et je ne sais quel frileux u pu répandre les nou- \ elles dont vous me parlez; on a froid, on en est quitte pour se chauffer comme on peut, si l'on ne sait pas se chauffer comme en Allé-

DE BIARIË ANTOINETTE. 113

magne, du moins on ne patine pas dans les galeries, d'ailleurs, je me suis fait de petits appartements très jolis, très habitables et que vous trouveriez sûrement parfaits et à votre goût; aucun de mes enfants n'est malade ni même enrhumé, du reste je vous remercie de votre intérêt toujours si digne d'une sœur.

Je crois que vous vous frappez beaucoup trop de la franc maçonnerie pour ce qui regarde la France, elle est loin d'avoir icy l'importance qu'elle peut avoir en d'autres parties de l'Europe par la raison que tout le monde en est, on sait ainsi tout ce qui s'y passe, où donc est le danger? On auroit raison de s'en alarmer si c'étoit une société secrète de politique, l'art du gouvernement est au contraire de la laisser s'étendre, et ce n'est plus que ce que c'est en réalité, une société de bienfaisance et de plaisir ; on y mange beaucoup et l'on y parle et l'on y chante, ce qui fait dire au roy que les gens qui chantent et qui boivent ne conspirent pas ; ce n'est nullement une société d'athées déclarés puisque, m'a-t-on dit, Dieu y est dans toutes les bouches ; on y fait beaucoup de charités, on élève les enfants des

m CORRESPONDANCE

membres pauvres ou décédés, on raarie lenn filles, il n'y a pas de mal à tout cela. Ces jours derniers la princesse de Lainballe a été nommer grande maîtresse dans une loge, elle m'a raconte 'toutes les jolies choses qu'on lui a dites, niaii on y a vidé plus de verres encore qu'on va chanté de couplets, on doit prochainement tinter deux filles ; je crois après tout que l'on pour^ roit faire du bîeii sans tant de cérémonies, niaî* il faut laisser à chacun sa manière, pourvu qu'on fasse le bien qu'importe! Adieu, jevousembrassi' en sœur.

MaUIK ANTUINElTt;.

A SON FHivUt; JOSEPH.

Il m'est bien agréable, mon cher frère, ilc vous savoir bien portant à Bruxelles, dans «f moment cy ma santé est fort bonne, celle du royestmeilleure encore, entretenue par ungr.niil

' Le vo^aj^e dt; reniptrcur dans les Pays-Bas auiricbifiu émit icimitié au um'n d uout.

DE MARIE ANTOINETTE. i!5

exercice ; il s'occupe beaucoup des affaires et je ne l'ai jamais vu tant écrire. M*" Necker a donné sa démission, j'ai fait tout mon possible pour la lui faire retirer mais inutilement, il n'avoit pu s'entendre avec un ministre sur les finances de la marine, et il a été très blessé de ne pas avoir été écouté ; il avoit désiré les entrées au conseil tandis qu'on n'a voulu lui accorder que celles de la chambre, son amour propre a été très froissé, et il ne veut absolument rien- entendre. Je vous avoue que je suis très peinée dans ce moment cy et que j'aurois été heureuse d'amener à un accommodement.

Soignez bien votre santé et mandez m'en des nouvelles, vous savez, mon cher frère, avec quelle tendresse je vous aime.

Marie Antoinette.

Ce 21 novembre 1781.

A LA PRINCESSE DE LAMBALLE

L'indisposition du bon M*" de Penthièvre me (ait une vive peine, ma chère Lamballe, le roy

Ilti COBnKSPuNDASCE

en est fort affligé et envoyé savoir de sés nouvelles. Qui ne seroit aimé si ce n'est la vertu?if ne m'étonne pas que vous soyez tombée malade, je me serois plutôt étonnée du contraire, je vous ai toujours dit que vous ne vous ménagiez pas assez. Comment seroit on surpris que vous souffliez dans vos doigts dans une saison aussi avancée à la campagne, moi je grelotterois si je n'étois pas dans mon lit. Ne revenez pas tout de suite, soignez vous, soignez M"" de Pentlnèvre, et puis je vous embrasserai cent fois, d'ahord pour l'amour de mon iils ', ensuite par amour pour vous qui passez si bien votre temps à chanter M"^ le dauphin pour vous guérir. Mais le roy trouve que vous manquez de mémoire et que vous chantez autrement les couplets des poissardes, et là dessus il ma répété celui cy que vous ne savez pas bien..

ne craignez pas, cherjiopa, d'voir augnienttr vot faïuillo, le bon Dieu z y pourvoiera,

' Louis-Joseph-Xavicr-François, (laiipliin de FranLC, "C le aa octobre i"8i, tiioit ù Mciidoii ti- 4 jcin 'jSjj.

DB MARIB ANTOINETTE. 117

faites en tant qu^Versailles en fourmille, i eut il cent Bourbons cheux nous»

i a du pain, du laurier pour tous.

' Adieu, ma chère Lamballe, je trouve toujours que vous êtes bonne et aimable, que de près ou de loin vous êtes une amie vraie, tendre et sensible, je vous rends bien tout cela.

Marie Antoinette.

Versailles, ce a8 novembre 1781.

AU PRTNCE DE KAUNIT?.

Prince de Kaunitz, je n'avois pas besoin de la preuve nouvelle que vous me donnez de votre attachement pour le reconnoître, les services que vous ne cessez de rendre à la monarchie d'Autriche vous ont depuis longtemps donné des droits à mon souvenir et vous ont assure mon affection; j'ai été fort touchée des félicitations que vous m'adressez à l'occasion de la naissance de monsieur le dauphin, cet événement met le comble à la joie du roy et k la mienne, un seul regret, mais bien profond, l'ac-

CORRESPOMIANCR

( le, c'est que raa vénérée mère de glo-

ri ; I lémoire n'ait pas assez vécu pour donner ses bénédictions à son petit fils; puisse-t-il le d'elle et de son père. Adieu, inoiisiciir itz, continuez d'être le fidèle et digne ;eur de l'empire et d'aimer ceux qui voiu sont attaché:

t Antoinktte.

Ce 33 janvier lySa.

A SA SŒUR MARIE CHRISTINE

Ma chère bonne sœur, je vous remercie de tout votre intérêt à l'occasion de mon dauphin. Je suis allée hier à Paris en cette occurrence avec le roy et nous y avons été reçus à nierv eille.

Je me porte très bien, mais il n'en est pas de même de toute la famille royale ; on dii'oit qu'il a plané sur nous un mauvais an<^e, la maladie n'a pas quitté ie seuil du palais depuis le mois rferniei'. La comtesse d'Artois a\oil été fort mal

d'une fièvre scarlatine, quand il s'est déclaré une autre fièvre de mauvais caractère; elle a demandé à être administrée ; sur l'avis du médecin et Tordre du roy je me suis chargée d'abord de l'en détourner, mais comme le mal continuoit, il a bien fallu céder à sa demande. Elle est mieux aujourd'hui, mais pas encore bien vaillante. Je vous ai j^rlé souvent delà tante Sophie qui, de sa nature, est triste et toujours étonnée; elle est plus triste que jamais : elle a eu une syncope qui l'a forcée à tenir le lit et j'ai voulu faire auprès d'elle l'office de sœur de charité; elle, qui rie m'avoit jamais regardée en face, s'est tournée tout à coup de mon côté, les yeux fixes, murmurant des paroles que je n'ai pu comprendre d'abord, tant elle étoit accablée ; j'ai compris ensuite qu'elle s*applaudissoit d'avoir de la foi et qu'elle passoit ses nuits sans sommeil à prier pour le roy, pour moy et pour la famille royale. Elle a parlé fort longtemps sur ce ton en fort bons termes et avec de ces expressions fatales de mourante qui vont au cœur. Je suis sortie d'auprès d elle touchée au delà de tout comme si je quittois une agonisante, et cependant elle n'a

m COlIBl'iil'ONDANCE I

qu'une indisposition c(ui semble sans importance. Le i-oy m'a dit qu'elle a eu des syncopes de celte nature très fréquemment et (|u'elle passera de ce monde en l'autre dans un de i-es accès de foiblesse. il me semble effectivement qu'on a toujours en soi quelque chose qui nous avertit de notre lin, et je ne serois pas éloignée de croire que la tante Sophie a un intime pressentiment de décadence.

Adieu, sœur adorée, vive/., vive?, pour que je vous aime.

Mauik Antoinette.

Versailles, le lomay (178a).

A SA SCEUR MARIE CHRISTINE

Sœur chérie, vous êtes vraiment trop bonne de tant vous occuper de ma santé, elle est excellente à présent, et vous vous êtes trop inquiétée. Quand on est un peu éloigné l'une de l'autre, les nouvelles arrivent presque toujours ou trop

DE MARI F: ANTOlNEriTE. 191

tôt OU trop tard, elles alarment trop vite ou l'assurent de même. J'en veux à Tambassadeur de vous avoir alarmée. Mon catarrhe a été en effet violent ; j'avois eu un coup d'air sur ma terrasse et il s'en étoit suivi un érysipèle au visage très désagréable ; tout cela a cessé et il n'y paroît plus du tout. I^e roy se porte bien, il fait beaucoup d'exercice quand il ne peut pas chasser, ce qui entretient sa santé. *

Un courrier vient d'apporter la nouvelle de l'heureux accouchement de la reine de Naples ; vous vous en réjouissez sans doute en même temps que nous : notre nièce a été appelée Marie Amélie; j'avois cru qu'elle s'appelleroit Marie Thérèse du nom de l'Impératrice-reine.

Mad. de Provence a eu de la princesse de Piémont des nouvelles du séjour du grand duc et de la grande duchesse de Russie à Turin, qui seront ici dans une huitaine de jours. Il paroît que le grand duc a beaucoup plu par des manières ouvertes et franches. Clotilde aime infiniment la grande duchesse qui est aussi fort aimable et veut toujours l'être. La lettre qu'a reçue

Provence est très longue et pleine de curieux

ConilEsl'ONUANCK

{ue je ne vous envoyé pas, piiistjiie nom

pouvoir juger par nous nièuies. H y a

I igteiïips, bien longtemps que je n'ai eu

elles de l'empereur.

/ I, chérissime sœur, mes pensées et mes

X à votre mari.

; Antoinettk.

A M. LE COMTE DE MERCY

La reine prie monsieur de Mercy de voir ' M** de Baratinsky et de lui dire que le roy allant mardi à S' Hubert, il n'y aura pas de souper dans les cabinets ni même dans la semaine, mais que la reine désirant voir M"" et madame la comtesse du Nord * avant mercredi, avoit imaginé de leur proposera dîner .'1 Trianon mardi.

' Le giand-(luc de Russie, plus tard Paul l*', est venu a l'aria avec sa femme Marie de W'uriemherj;, scms le litre (ie comte du Ntird. eu luai et juin tyS-j

si le temps le permet et qu'ils n'ayent rien à faire, elle les prévient en même temps, que le roy n'étant pas icy, ce sera avec ses dames seules qu'elle les recevra, ainsi qu'ils voyent s'ils ne veulent amener avec eux que madame de Benkendorff et M*" de Kourakin; comme c'est sans aucune cérémonie ou personne, les autres seront tous généralement priés le jour oii l'on donnera à souper à Trianon à M"^ le comte du Nord. La reine prie M' de Baratinsky de répondre bien franchement sur ces articles, elle se charge après la réponse d'écrire une lettre à madame la comtesse du Nord pour lui mander tout ce qui a été décidé.

Ce 1 6 juin 1782* A SON FRÈRE JOSEPH.

Mon cher frère, vous avez su par les feuilles publiques qui disent si bien le vrai et le faux, la réception que nous avons faite au grand duc de Russie et à la princesse de Wiirtenberg

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