‹ Correspondance inédite de Marie AntoinetteChapitre 25 sur 33 · A LA GRANDE-DUCHESSE DE RUSSIE · texte numérisé non relu

A LA GRANDE-DUCHESSE DE RUSSIE

MARIE DE l^aRTElIDRRG.

Madame ma sœur, j'ai voulu vous donner une marque particulière de mon souvenir et de mon amitié, et j'ai fait exécuter par les premiers artistes de la manufacture de Sèvres une toilette que je vous prie d'accepter -comme un foible gage de sentiments qui ne s'altéreront jamais, j'ai donné mes soins personnels à ce petit meuble et je serai heureuse s'il vous est agréable autant que j'ai de plaisir à vous l'offrir. Votre portrait m'a été remis fort fidèlement, j'en ai fait l'un des ornements de mon cabinet. Il est précieux à bien des titres puisqu'il vient de vous et qu'il est fort ressemblant. — Vous trouverez sur des pièces de la toilette le portrait du roy et le mien. Il y a déjà un an que vous avez paru parmi nous, il me semble que vous y êtes encore tant votre souvenir est vivant. — Le roy qui garde de vous, madame ma sœur, des sen-

1311 CUIUIESPONDAMCE

tîmeiits d'admiration dévouée m'a cna^ee d'être auprès de vous son interprète. Adieu, madame ma sœur, soyez toujours persuadée de mon estime, de mon attachement et de mon amitié.

Votre bonne sœur et amie,

UE Antoinette.

FoutaioL-bleau, ce 16 novembre 1783.

A SA SOEUR BiARIE CHRISTINE.

Je suis bien aise, ma chérissime sœur, qutnotre frère Maximilien soit rétabli, et de retour de Frendenthal. Pour moy, vous vous êtes trop alarmée de ma fausse couche du jour de ta Toussaint, j'étois déjà arrivée à mon troisième mois de grossesse, mais ce n'étoit qu'un faux germe, je n'ai pas éprouvé les accidents qui auroientpu en résulter, j'ai à en remercier Dieu.

Je ne peux guère vous répondre sur tout ce

que ron rapporte des carpes de nos bassins d'icy; on raconte tant d'histoires merveilleuses que je n'en crois rien , on nous donne cependant tout cela comme paroles d'évangile, mais aucune carpe n'a encore écrit son histoire et nous ne saurons la vérité sur ces bassins, que quand un poisson savant nous aura fait ses confidences. J'ai envoyé ce matin à manger de votre part à toutes ces centenaires, aucune n'a parlé.

Adieu, chère sœur, je vous envoyé les étoffes -de Lyon et les barbes que vous avez désirées, et je vous embrasse bien tendrement et de tout mon cœur.

Les tantes Adélaïde et Victoire dont vous me parlez ne seront plus demain icy, elles m'ont fait leurs adieux et partent pour le château de Bel levue.

Marie Antoinette.

COURES PONUANCE

Versailles, ce aS décembre 1784'

A SA SfEUIl MARIE CHRISTINE.

Ma chère sœur,, je suis arrivée sans trop d'indispositions au ème mois de ma gros-

sesse', j'ai craint instant dans les pre-

miers mois d'épreuve, l'affreux accident qui m'a causé tant de leurs il y a cinq ans, mais tout s'est 1: issé; Dieu veuille que

tout succède ainsi u'à la fin. Si c'est une

fille, un de ses noms : ^ra le v^tre, si c'est un garçon, il sera duc de Normandie. — Ma fille qui a six ans fait beaucoup de progrès, elle a le caractère un peu difficile et d'une fierté ■ excessive, elle sent trop qu'elle a du sang de Marie Thérèse et de Louis le Grand dans les veines, il faut qu'elle s'en souvienne pour èXre digne de son sang, mais la douceur est une qualité aussi nécessaire et aussi puissante ({ue la dignité , et une nature orgueilleuse

' Louis WII est né le 2y mars 1785.

éloigne les affections ; le dauphin qui a passé de deux mois ses trois ans est beaucoup plus délicat et plus colère, mais on pourra le conduire par la sensibilité et le raisonnement. Adieu, ma chère sœur, j'embrasse tout ce qui vous entoure et je vous envoyé toutes mes tendresses.

Marie Antoinette.

Samedi (1785).

A SA SOEUR MARIE CHRISTINE

Ma chère sœur, l'abominable affaire est toujours la préoccupation générale , tout le inonde m'en parle; le malheureux cardinal a beau chercher à sauver son honneur, il n'y réussira pas. Son impudence et son audace ont rencontré beaucoup d'écueils quoiqu'elles aient été fort secondées. Votre gouvernement me seconde, j'en suis assurée, en retrouvant

m CRKESPONDANCE

la femme qui a joué* la scène du jardin rt qui est réfugiée chez vous. — Donnez, je voirs prie, les ordres les plus sévères là dessus. — M"" le dauphin joue à côté de moi avec ma Jille et ils se portent à souhait, — les voilà en contestation et ils me demandent de les juger, je ne i rai c pas des tribunaux. — Adieu, ma ir, je vous eiubrasâe

avec tendresse.

rs Antoinette.

Mardi (man 17S6).

A SA SŒUR MARIE CHRISTINE.'

Je suis bien heureuse, ma chère sœur, que vous soyez maintenant mieux informée sur l'affreuse affaire ; vous vous souvenez de l'audace qu'il ' montra à Vienne et de l'incroyable irrévérence qu'il mit un jour à traver-

' UGIle Doliva.

' Le canlina) il<' Itohan.

ser en habit de chasse une procession de la

fête Dieu — un dignitaire de Téglise ! — Il

a montré dans le procès la même insolence.

Il m'avoit bravée devant le roy lui même. Cet

homme avoit les mœurs dépravées, et la femme

Lamotte étoit dans une situation abjecte auprès

dé kd ; il y a en toute cette affaire une pro-

foûà^uv de machination qui échappe au par-

lem^Qjk Les mémoires, les démenrtis se suc-

cèdent, et Ton n'y voit pas plus clair. Un

accommodement raisonnable n'est pas possihle, ce malheureux est allé jusqu'à prétendre qu'il a eu un rendez-vous avec moi dans un bosquet de Versailles et a obtenu mon assentiment verbal formel pour l'acquisition du collier; l'audace avec laquelle il soutient ce dire a mis le roy hors de lui et m'auroit rendue malade de dégoût si je n'avois besoin de lutter et de garder toutes mes forces pour soutenir de si cruels assauts; je n'avois pas encore vu les lettres de change, je les ai demandées, elles sont absurdes, et la signature mai imitée porte Marie Antoinette de France. Le roy, moi, M'^ de Breteuil^ tout le monde se de-

IH COnUKîSPONDANCE

mande comment un grand aumônier de France, un homme qui ne passe cependant pas pour nn imbécile a pu être aveuglé à ce point. Aussi ne peut on se persuader que sur ce point il soit de bonne foi. Je me reproche d'avoir attaciiè trop d'importance à cette sale intrigue , car il n'y a rien de plus bas, de pins ignominieux. M'' Target qui est l'avociit du cardinal prépaiv, dit-on, un mémoire; c'est un honnête homme, mais il fait son métier, et Dieu sait les beaux mensonges qu'il va nous débiter; il y a un mémoire de ce charlatan de Cagliostro et un autre d'un bourgeois d'Arras, cela est dans ce moment l'objet de toutes les conversations, î^e roy regarde comme impossible que la vérité ne se fasse pas jour.

Adieu, ma bonne sœur, votre amitié est ma consolation, je me souviens que votre sang qui coule dans mes veines est celui de Marie Thérèse. Notre mère est toujours présente à mes yeux, et vous n'apprendre/, de moy rien qui ne soit digne d'elle.

Marie Antoinetii:.

DE MABIE ANTOINETTE. i87

Co 27 mars (1786).

A SA SŒUR MAF{IE CHRISTINE

Ma chère sœur, on a arrêté à Genève, un nommé Villette qui a joué un grand rôle dans Tabominable affaire et qui, dit-on, va jeter de grandes lumières; ce nouvel incident retarde la publication du mémoire de Tavociit Target. On s'arrache tous ceux qui paroissent, je suppose que Tabbé ne manque pas, comme je le lui ai ordonné, de vous les envoyer. Je n'entends parler autour de moy par les politiques que de hi nécessité de se méfier de la jalousie que les travaux de Cherbourg inspirent aux anglois, et il y en a qui parieroient volontiers qu'après avoir armé différents bâtiments sous différents prétextes ils tomberont à l'improviste sur ces travaux qui leur donnent de l'ombrage. Je trouve tout cela absurde et par trop invraisemblable, quelque méfiante que je sois; le roy a à Ix)ndres un ambassadeur qui aime peut être trop les chansons, mais qui est trop bien averti

COIlRF.fiPONDA\CK

tur ne pas avoir les yeux ouverts et sentir ce qu'il faut sentir. Mais vous savez ce que sont les politiques, ils mettroient tout en feu et cliangeroient tous les matins la carte de l'Europe. Mon gros Normandie a été fort enrhumé, encore un jour et il sera bien tout à fait ; il y a icy des giboulées qui vc quoi com

Adieu, chère

vous prouve la vive i en vous écrivant le

tout, on ne sait sur

je vous embrasse ei n que je vous porte e je puis.

Antoinette.

Ce 6 avril (1786}.

A SA SŒUH MARIE CHRISTINE

Madame ma très chère sœur, le lieutenant de police assure qu'il a des raisons de croire qu'il y a dans le public plusieurs copies manuscrites du mémoire de Target en faveur du cardinal, et

qu'il seroit possible que les prétentions de Tordre des avocats empêchent Timpression de ce mémoire ; on ne veut pas en permettre la publicité sans qu'il ait passé sous les yeux de la censure, et l'ordre des avocats prétend avoir le droit d'écrire sans se soumettre à ce tribunal. Les cris contre le baron.de Breteuil augmentent tous les jours; il n'y a pas de désordre que dans les affaires de justice, en Picardie les gardes du corps de quartier par delà ont eu une querelle vive avec le parterre de la comédie, plusieurs d'entre eux ont sauté dans le parterre l'épée à la main, ils ont tué deux hommes et blessé une i5®. Une de mes femmes qui a un de ses frères compromis dans cette folie est venue se jeter à mes pieds pour obtenir qu'il soit relâché. Je désirerois bien Faider, mais le roy veut un exemple et il faut que les coupables soient livrés à la justice ordinaire pour être jugés selon toute la rigueur des loix.

M' le dauphin est auprès de moi en ce moment et vous embrasse ; conservez moi votre amitié et votre attachement, j'en ai bien besoin ; il est bien malade.

is écrirai

la suite de la triste affaire. 1

Marie A>*t<>im:tte.

L'état fin rov

de Prusse préoccupe heauconp

icyet doit beaucoup préoccuper à Vienne; oin-c-

garde sa m»

inente, je suisassum-

que vous

lerts de ce côté.

Samedi (1786).

A SA SŒUR MARIE CHRISTINE

Ne me blâmez point, ma chère sœur, je suis assez à plaindre; je ne me donne pas pour une personne très habile, mais on m'accorde en général un jugement solide, et du premier abord je vois les choses à peu près comme il faut les voir; ce n'est pas à moi qu'il faut imputer la grande publicité que vient d'avoir cette affaire. Je désirai, dès le principe, que le roy punît lui même l'indéccute conduite de ce cardinal par

DE MARIE ANTOINETTE i41

la démission forcée de sa charge et par l'exil; jVP de Breteuil • quoique dévoué à mes intérêts, ne m'a point secondée à cet égard, et le roy, toujours esclave des formes, a voulu renvoyer cette intrigue à son parlement. J'ai cru devoir insister , j'ai représenté le chagrin qu'on alloit donner par tout cet éclat à une famille importante; on m'a répondu qu*il falloit cette publicité pour intimider à jamais les faussaires, et le roy m'a rappelé à plusieurs reprises les fausses lettres de change de madame de Villiers qui dans le temps osa prendre mon nom. Je n'ai point lu ce factum dont vous me pariez et cependant j'ai suivi avec attention la marche d'une si grande affaire ; puisque ce mémoire vous paroît digne d'être approfondi, rendez moi le service de me l'envoyer, on l'aura soustrait à mon regard pour m'épargner après toutes les épreuves auxquelles }'ai été mise. Je n'ai jamais vu cett.e femme de Lamotte.; c'est à ce qu'il paroît une intrigante de la plus basse espèce >qui a une certaine tournure avec un air cavalier ; on dit qu'elle a été rencontrée deux ou trois fois dans mes petits escaliers de la cour des princes, c'est

} COHRESPONUA.SCH

ment un jeu concerté pour tromper ses dupes et faire accroire qu'elle étoit reçue dans uies cabinets. Le duc de Nivernois m'a i-acuaté à cette occasion qu'une intrigante de Paris avoit fait sa fortune en venant, deux fois par semaine, s'asseoir sur les marches de ce même escalier, du temps m ne de Mainteaon : qd jour ayant tr( le cette dame ouvert,

elle eut la hardiesse d'y nétrer, et n'y voyant personne, elle s'avanç |ue sur le balcon qui

fait saillie vers la plac rmes et prouva par

cette effronterie qu' a' oit la faveur de madame de Maîntenon. 1 sommes entourés ic}' de gens de cette espèce, ei le roy m'a dit : Si l'escroquerie du collier et les lettres de change de ces Lamotte ne sont point punies par un arrêt des plus solennels, au premier jour on imitera ma propre signature et quelque intrigant fera des édits en mon nom. Notre sœur de Naples vient de me demander mon portrait. Elle me parle de ma beauté, (piel langage pour une sœur, — mais enfin elle parle avec une tendresse qui me touche, mais je lui ai dit avec franchise qu'elle doit se mettre en garde contre de pai'eîlles exagé-

rations. J'ai fait venir Sicardi au château de la Muette tout près de Paris, je lui ai donné quatre séances et je pense que ce portrait sera le dernier pour lequel je poserai véritablement. Le vôtre, si délicieusement peint à la gouache d'après Roslin est là devant moy sur ma table. Votre lac est, dit-on, une chose charmante, je voudrois bien le voir, et le sillonner deux ou trois fois par jour dans vos jolies nacelles, mais soyez donc reine pour n'être plus maîtresse de vous même ! Ah ! tna chère sœur, que nous étions plus heureuses auprès de notre bonne mère ; qu'elle étoit bonne et grande. Je me vois toujours auprès d'elle ou sur ses genoux dans le grand salon de la Burg où Joseph nous pinçoit. Ma chère sœur, vos lettres sont bien aimables à lire, j'ai lu votre dernière plus.de vingt fois. M^ le dauphin a couvert de baisers les quatre lignes que vous lui avez consacrées. Son esprit est digne du vôtre, son cœur est exactement le mien. Il a fait une chute que l'on nous a trop longtemps cachée. Je ne sais si ma tendresse s'alarme trop vite, mais il me semble que la santé de cet enfant dépérit. Mon Dieu, ma sœur,

CORR&tlH NOANCE

dendrois-j'e &'il falloit après l'avoir tu r courir ie risque de le perdre! Dites, je vous prie, à votre aimable prince tjue jamais ii n'accorda ses souvenirs et ses amitiés à personne qui en fût plus digne et plus enchanter que moi. Mes enfants vous baisent les mains, el moi, ma sœur, ' \c ibrasse.

RIS Antoiwbttr.

M'' le duc de Nor e a les yeux un peu

moins fendus quf lauphin, ils n'en seront

pas moins agréables. Son frère l'aime de passion, si on le laissoit faire, il passeroit ses journées auprès de son lit ou de son berceau. Puissent-ils s'aimer toujours de même! Puisque vous le désirez, je vais ordonner qu'on exécute pour vous un portrait bien ressemblant de mon gros duc de Normandie. Lorsqu'il aura atteint sa quinzième année, je veux qu'il voyage en Allemagne, sa première visite sera pour Itruxelles , et je suis bien assurée que vous l'embrasserez de bon cœur, V^ous lui mon-

DE MARIR ANTOINETTE. 145

trerez ce lac dont je suis toute occupée à cause de vous, et il me racontera les merveilles de votre beau jardin. Je lui aurai fait apprendre la fable que nous récitions dans le cabinet aux peintures ,

Il dira j'étois là, telle chose m'advint.

Nous y croirons être nous mêmes.

Adieu, mon aimable et bien bonne sœur, que j*aurois de plaisir à passer mes journées avec vous. Souvent mon cœur est gonflé de tristesse, et personne icy n'est capable de comprendre ou d'écouter mes chagrins; mon âme étoit née pour les douceurs de la vie intérieure et de l'amitié. Mais je suis la femme d'mi roy, et vous et moi, ma sœur, nous avons autour de nous des ennemis voilés ou des amis plus respectueux que sincères.

Ne cessez jamais de m'aimer, vous l'avez promis à notre mère mourante; vous le devez à l'amitié bien tendre que je vous porte.

COHllIiSPONOANCE

Ce lo avril 1786.

A SA Sœuil iMAHli; CHRISTINK.

Je suis beaucoup plus contente, madame ma rhère sœur, de l'état de M*" le dauphin, il ne tousse plus autant. Je vous remercie de tout l'intérêt que vous avez pris à sa maladie. Ce sont des accès de fièvre double tierce. J'ai passé la nuit auprès de lui, ce qui lui a fait dii*e toutes sortes de tendresses quand il n'étoit pas très abattu. Merci de votre dernier petit mot que je reçois à l'instant. Il m'a chaînée de vous embrasser pour lui ; il a été fort difficile de le soigner, mille choses ne sont point à entreprendre sur lui tant il est délicat.

Les radotages du public semblent traiter plus favorablement le cardinal que dans le principe, et le lieutenant de police a dit au roy que beaucoup de gens s'accordent à le croire plus dupe que fripon. Comment les raisonnables pourroient-ils adopter cette opinion, comment accepter dans ses déclarations les impossibilités

DE MÀBIE ANTOINETTE 147

matérielles qui répugnent au bon sens ? n'est-ce pas la plus impudente invention que cette entrevue mystérieuse où cet homme auroit re^connu ma personne dans une créature lui présentant une rose? Au surplus les confrontations cheminent de manière que, je Tespère, la fin de cette abominable affaire ne se fera pas attendre.

On me vient chercher pour M*" le dauphin. Adieu, à demain, je vous embrassé.

Marie Antoinette.

Pour vous distraire je vous envoyé la chanson dont vous m'avez parlé, je l'ai fait chercher par le lieutenant de police : on chante tout icy, grands et petits, le bon comme le mauvais ; je fais la copie moi même par discrétion, la chanson est sur l'air sacré o filii.

voicy venu le temps pascal, que dites vous du cardinal, apprenez mov s'il chantera, alléluia.

r.(iHRBSPON0ANCE

le saînlpùre l'avoit rougi, le roy «le France l'a noirci, le scnnt le savonnera,

[i Versailles comme à Paris tous les grands et tous les petits voudroienl élargir Oliva,

VitBO) prison

dem baron

qui Lui ji i y "• -Ta,

de Valoi însé,

par an o a com encé,

un collier le terminpra,

pour Detienville B int vermeil, à la Grève un coup de soleil sur l'épaule le frappera,

que Cagliostro soit africain,

qu'il soit maltois, juîF ou chrétien,

à l'affaire (pxe fait cela ?

voilà l'histoire du procès qni de Paris cause l'accts,

nous dirons quand il finira,

Ce 17 avril (1786).

A SA SCEUR MARIE CHRISTINE

Merci, ma chère sœur, je n'éprouve* plus d'inquiétude sur la santé de M'' le dauphin, il n'a pas été à beaucoup près aussi mal que votre amitié l'avoit cru et que je l'avois craint moi même, il est beaucoup mieux depuis trois jours, il se promène en voiture et reprend ses forces. Dieu merci. Je vous envoyé les étoffes les plus nouvelles de Lyon ; que je voudrois vous voir parée de tout cela ! Je viens d'envoyer à notre sœur de Naples une cargai^son de poupées coiffées et habillées, c^étoit superbe.

Je suis fatiguée des discussions des politiques sur l'effet que doit produire la mort du roy de Prusse*; il est mieux dansée moment, mais siaffoibli qu'il est bien difficile qu'il résiste longtemps. Le physique a succombé chez lui, mais la force et l'énergie de son âme s'est, dit-on, sou-

* Arrivée la même année, le 17 août.

tu COURES PONDANCE

tenue dans les plus grandes crises, elle a pam même s'augmenter dans ces moments souvent plus critiques pour les héros que pour les hommes ordinaires. J'ai toujours eu peu dégoût pour sa personne; son immoralité affichée a beaucoup nui aux mœurs, rien n'étoit sacré pour lui et on a raconté de lui devant moi des barbaries qui font horreur. Il nous a fait à tous bien du mal par ses prétentions à se faire Tarbitrede l'Europe, il a eu la rage d'entreprendre contre ses voisins et de leur faire payer les frais de son ambition, mais il a été un roy pour son pays et un trouble fête pour les autres. Comme filles de Marie Thérèse nous ne pouvons le regretter et ce n'est pas la cour de France qui fera son oraison funèbre.

Adieu, ma chère sœur, mes enfants vous baisent les mains et je vous embrasse de tout mon étjL'ui'.

I\!arik Antoinkttf.

7 juillet (1786).

A SA SŒUR MARIE CHRISTINE

C'est bien vrai ce que vous me dites, ma chère amie, tout le monde se fait médecin et il n'y a pas qiie les vieilles bonnes femmes qui prétendent avoir leur panacée ; figurez-vous, ma bonne Christine, que j'allois justement vous donner un remi^de quand j'ai reçu votre petit mot, cela a len versé toute ma pharmacie et je me tais. Je me bornerai donc à vous embrasser de tout mon cœur et à vous prier de m'envoyer fréquemment de vos nouvelles ; si vous me laissez dans l'inquiétude, je serai chagrine et colère et je ne vous aimerai plus.

Marie Antoinette.

Trianon, ce 29 aoust (1786).

A SA SŒUR MARIE CHRISTINE

Je viens à peine de vous quitter, ma chère comtesse de Bely, que, les lèvres encore chau-

ta CORRE^POMIANCK

des de nos adieux, je veux vous embra&ser de nouveau. Écrivez moi tout de suite comment vous avez fait votre voyage et comment \ous êtes arrivés à Bruxelles; le bon duc n'étoit pas à son aise en partant, et je lui en veux un p«i d'avoir voulu se mettre en route dans cet étal malgré nos vœux. .' ' m'asseoir sur ce banc ( la noi causer, ma' bonne

c^ère ristine, et vêler autant qu'il est

en moi ce l i y rêvant ; ma fillf

veut arroser petit parterre de tus

fleurs préférées, ce >ur elle vous respirer,

et je donnerai votre n au pi-emier beau chrysanthème qui réussira. Je n'ai point, comme vous vous y étiez attendue, reçu ce matin de nouvelles de l'empereur; je le crois maintenant revenu de Hongrie. Encore une fois donnei moi de vos nouvelles; le roy n'a pas tari sur vous depuis votre départ, et votre nièce qui est si peu parlante tarit riioiiis encore. Je vous embrasse du fond du cœur.

Maiuk A\toinetti:.

DK BIAIIIK ANTOINKTTIC. 153

Ce I*' septembre (1786)

A SA SŒUR MARIE CHRISTINE

Je n'ai pas besoin de vous dire, ma chère sœur, quelle est toute mon indignation du. jugement que vient de prononcer le parlement pour qui la loy du respect est trop lourde ; c'est une insulte affreuse, et je suis noyée dans des larmes de désespoir. Quoi, un homme qui a pu avoir l'audace de se prêter à cette sotte et infâme scène du bosquet, qui a supposé qu'il avoit eu un rendez-vous de la reine de France, de la femme de son roy, que la reine avoit reçu de. lui une rose et avoit souffert qu'il se jetât à ses pieds, ne seroit pas, quand il y a un trône, un criminel de lèse majesté, ce seroit seulement un homme qui s'est trompé ! C'est odieux et révoltant; plaignez moi, ma bonne sœur, je ne méritois pas cette injure; moi qui ai cherché à faire tant de bien, qui ne me suis souvenue que j'étois fille de Marie Thérèse, que pour nie montrer ce qu'elle m'avoit recommandé en m'em-

lU , cnnnESPONUANGK

brassant à mon départ, t'rançoise jusqu'au fond du cœur, être sacrifiée à un prt-tre parjure, à un intrigant impudique! quelle douleur! mais ne croyez pas que je me laisse aller à rien d'indigne de moi, j'ai déclaré que je ne me vengerois jamais qu'en redoublant le bien que j'ai fait. Je n'ai pas besoin ; V' is dire que le roy est indigné, il exile le i 1 à la Chaise Dieu, et

CagUostro est chassé dt ance. Adieu, mes enfants se portent bier lUS vous embrassons tous et vous serrons si )tre cœur.

] E Antoinette.

Ce a4 mars 1787.

A SON FRÈRE JOSEPH

On m'annonce, mon cher frère, que par exception un courrier va partir tout à l'heure venant de r>ondres, je n'ai que le temps de vous embrasser et de vous remercier de votre der-

DE MÂRlË ANTOINETTE. 155

nière lettre à laquelleje répondrai bien longuement par une occasion très prochaine.

Que vous dire de notre assemb : des notables? Je n'en augure rien de bon, cela agite les esprits et peut mener beaucoup trop loin. On est à peu de chose près au même point que les premiers jours, on a mis sur le tapis une foule de questions auxquelles je ne comprends rien et personne pas grand chose; après bien des dçbats Timpot sur la terre a été renvoyé pour les dernières ass ; les gabelles, les aides, les barrières de l'intérieur, que sais-je.^ mais l'ass : a perdu infiniment de temps à épiloguer le dernier discours de M. de Galonné à qui on n'accorde pas grande confiance, mais méfiance à part on s'occupe plus de diriger contre lui des batteries que de faire le bien de l'état. Le roy est décidé à laisser aux notables le temps et la liberté de tout peser et de tout dire, bien entendu qu'il se conduira ensuite d'après sa volonté et son cœur à qui je me fie plus qu'aux discours des parleurs qui font le diable sur les privilèges. Je ne crois pas que l'assemb : puisse finir à la Pentecôte et je ne sais ce que cela produira ; rien de bon, je le

lU CniiHESPONDANCi;

crains, voilli îa vérité. Adieu, mon cher frère, conservez moi votre amitié que je mérite pai- la tendresse que je vous porterai toute la vie.

Marie Astoinette.

(Tin juillet 1787.;

Vous avez pris la * de fnire mes commis-

sions, monsieur, il t en juste au moins que je vous dise où r \ 3mmes; le lildejiistitf est pour lundi, le g : d : s* : est convenu de donner sa démission tout de suite après, vous connoissez mes sentiments sur cette démission qui quoiquefâcheusedevenoit nécessaire. Adieu, monsieur, comptez toujours sur l'estime et hi fonliance que je vous ai vouée pour la vie.

A M. LE COMTE DE MERCY

Ija reine prie M** de Mercy de dire à Salieri * qu'il fasse copier quelques morceaux de son opéra, nommément le duo, et qu'il les lui porte samedi à midy, elle sera bien aise de faire de la musique avec lui. La reine prie M*" de Mercy, en même temps, de lui donner de ses nouvelles, elle espère qu'il ne se ressent plus de son incommodité.

Jusqu'à présent. M"* de M : n'a parlé à M*" N* : que comme de lui même. Par sa lettre d*hier il marque que ce sera aujourd'hui qu'il recevra une réponse définitive, que M*" N : s'occupe pourtant de l'état actuel des finances, apparem-

* Salieri vînt à Paris en 1784 et 1787, et fit représenter successivement ses opéras des Danaïdes et de Tarare,

' Necker, lorsqu'il i'ut chargé pour la seconde fois du ministère des finances.

ttt uohhesi'onOancI': "

rnent pour voir ce qu'il pourra faire. M"" de M : avant de recevoir la réponse définitive pourrojl* dire que jusqu'à présent il n'a parlé que comme (le lui même, mais qu'à présent il sait que le roy est informé de la négociation et qu'il l'approuve, qu'il désire remettre M'' N : à la têtede» Hnances, que ceh cy trera au conseil et sera absolument libre partie, que le roypense

qu'après une opéi t' i âcheuse, mais qui étoit nécessaire dans \< zi istances, quelque chose que M' N : prop ne pourra qu'être ap-

prouvée dans le publ ;t qu'il fera renaître la confiance; que le roy est fermement résolu de tenir les états à l'époque indiquée, et de concerter avec eux les moyens de remplir le déficit et d'empéclier qu'il ne se renouvelle; que lerov ne pourroit pas s'engager préalablement à la rentrée des parlements, mais qu'il s'occupe de cet objet pour la fin des vacances en conservant le bieufail iui peuple par le rapprocliement tli' I;i justice; si jM' N : peusoit qu'on pi'ut fairv riicoie des retranchements, il peut être sûr que rien ne coûtera au roy de ce qui le regarde persomiellenicnt.

DE MARIE ANTOLNETTK. 159

' Ce 3 aoust 1788.

AU COMTE DE MERCY

Pour des nouvelles je ne peux vous en mander de nouvelles, tout est toujours dans le même état. Les états généraux paroissent sûrs pour le courant de Tannée prochaine; lé roy vient de faire publier une loterie de douze millions pour aller au secours des malheureux ruinés par les orages affreux qui ont dévasté 5o lieues de pays ; le roy se montre toujours le meilleur des pères, mais parmi ses enfants il y a toujours bien des fous; voilà tout ce que je peux vous dire. J'ai été fort inquiète réellement de la santé de ma fille, sa fièvre tierce a été opiniâtre, et j'ai veillé deux nuits auprès de son lit, le roy étoit avec moi toute une nuit, la pauvre petite nous a dit des choses si tendres qu'elle nous en a fait pleurer ; elle est mieux maintenant, elle a été un peu à Tair qui lui a fait du bien. Adieu, monsieur le comte , vous savez quels sont mes sentiments pour vous.

Marie Antoinette •

IKfl CORRESPONDANCE

Vo à un brouillon de lettre à écrire a l'assen « pour l'affaire des domaines, je vous, prie de me mander si vous croyez que le roy doive écrire lui même ou par un de ses minîs' très, il me semble aussi que si le roy écrit Itii même, il faut que ce soit d'une manière plus

concise, qi

pect pour les 1 is faire qu'une fonda prie de m'arra sant d'envoyer l ou d'autre.

rase de plus sur le lieu itre et un mot de res- ^liâe dont il ne vouloit lieuse; enfin je \ous lies idées, il seroit pm ce soir d'une manière

Ce a4 juillet 1789'.

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