A MADAME DE POLIGNAC
li y a trop de difficultés à faire tenir une lettre, ma tendre amie, pour que je puisse espérer que des envois nombreux réussissent. Tenons nous en donc aux petits mots pour lesquels se présentent des occasions sûres comme celle ci. Combien je suis heureuse de vous savoir en sûreté; ici c'est la mort en perspective, Tinsulte, la menace, les grossièretés les plus infâmes à chaque instant du jour. Aimez moi et tenez vous en à ce que je vous ai écrit le 28 du mois dernier; toute autre mesure seroit insensée.
Je vous embrasse et vous aime. C'est peu vous écrire, mais c'est déjà beaucoup dans la situation ou nous sommes.
ao janvier 1791.
AU COMTE DE MERCY
Voulez-vous bien. M' le comte, envoyer ces deux lettres par la po^te, l'une à Vienne et l'autre à Inspruck.
M. GORRliSPONDANCR
J'espère que vous avez reçu la mienne par M' de Gontreuil ; j'avoue que j'ai un grand désir d'apprendre son arrivée. Le pjiqurt que je vous y annonce n'est point encore parti d'icy ; j'aime mieux retarder, pour qu'il vous arrive sûrement.
Le jeune D : est revenu ces jours-ci de Vienne; il m'a appc des lettres de mon
frère et de
leur amitié. s il y a
dits verbalement
éclaircir pour moi. .
compté que nous
et nous y attendaient i
ù j'ai reeonnii toute etques faits qu'il m'a je vous prie de toxa ird, mes parents ont ndrions à FrancfoH, le de Jour en jour. Je
ne peux croire ce /ait; mon frère a eu l'air Ht croire que mon courage était éteint, que je me laissais entièrement conduire par la F : et Mont ' ; Nous sortons tous d'un san^ trop noble pour qu'aucun de nous puisse soupçonner l'autre d'une telle bassesse; mais il y a des moments où il faut savoir dissiuuder, et ma position est telle et si unique que pour le bien même il fiut que je change mon caractèi"e franc et indépen-
dant. Enfin, Temp : Ta chargé de nous dire positivement quil nous croyoii dans le plus grand danger icy, qu'il nous invitoit à en sortir promptentent, qu alors on pourroit bien compter sur hiiy mais que si la Constitution se consolidoit^ même avec des changements quelconques, nous étions perdus^ parce que lui même seroit entraîné par les autres puissances à tomber sur la France. Pour le premier article, je suis de son avis; mais il faut sortir sûrement et être assuré qu'on ne peut pas nous ramener. Pour le second, je doute fort que Temp. ait tenu ce langage; il est trop sage pour ne pas sentir que, même si on le voudroit, il y a des points sur
lesquels il est impossible et peut être fâcheux
de revenir.
Il paroît par mes lettres et par ce que ma dit le petit D : que mon frère dltalie * ne sera pas reçu à Vienne ; je le désire fort ; ce voyage ne peut que me compromettre de toute façon, puisque celui qui veut Tentreprendre y va sans notre aveu, et que tous ses alentours et amis ne cessent de dire des horreurs de moi.
* Le comte d'Artois.
au COiinESPONDANCE
Faites de cette lettre l'usage que vous Tondrez, mais je dësirerois savoir exactement les commissions que l'on avoit données pour moi; tout ce qui est souligné icy sont les mots qu'on m'a dits. Je ne vous charge pas de faire mon apologie; vous connoissez depuis longtemps le fond de toute mon âme, et jamais le malheur n'y pourra faire enti moindre idée vile ni
basse; mais aussi ce n'est que pour la gloire du roy et de son fils que je veux me livrer en entier, car tout le reste que je vois icy m'est en horreur, et il n'y en a pas un dans aucun parti, dans aucune classe, qui mérite qu'on fasse la moindre chose pour lui.
Je suis inquiète de l'extrême fatigue que vous éprouvez. Faites-moi dire quelquefois de vos nouvelles par Blumendorlf ; je suis très-contente de son zèle pour mon service. Dans peu vous recevrez encore une lettre de moi ; je voudrois en nmltiplier les occasions, et je n'en aurai jamais assez potH' vous exprimer les sentiments d'estime, d'arjiilié et d'attachement ([ue je vous ai voués poui- l;i \ie.
DE MARIE ÂNTOlNtCTTIiU 20»
Ce 20 janvier.
J'apprends à l'instant que vous avez reçu ma lettre du 1 1 ; j'en suis charmée. Je n'aime point le nombre de François qui vous arrivent, cela commence déjà à donner de Tombrage icy. Par des lettres particulières, j'ai été avertie que les princes levoient dans Tempire des légions, ce n'est point de notre a^^eu, et cela ne peut servir qu'à nous compromettre et à arrêter nos projets, qu'il est bien essentiel qu'ils ne sachent qu'au moment même et pas avant.
Ce 4 mars (1791).
A LA PRINCESSE DE LAMBALLE
Je ne peux résister au désir de profiter de Toccasion qui se présente pour vous écrire un mot, mon cher cœur. Les circonstances présentes occupent trop mon âme pour que je n'aie pas été très-sensible à votre lettre et à votre douce amitié ; vous êtes de ces cœurs qui ne
ch nt jamais et que les malheurs rendent
encore plus affectueux. Soyez bien assurée, ma
chère Lîimballe, que mon amitié pour vous est
inaltérable, et que jamais je ne peux changer.
Je ne vous parle point des affaires d'îcy; vous
savez tout ce qui se passe. Il est impossible de
sortir sans une douzaine de fois
en une heui vais plus à la prome-
je re! [ ais dans ma chambre
é ï changer. Adieu, ma
tbrasse de toute mon
occasions sûres.
Marie Antoinette.