‹ Correspondance inédite de Marie AntoinetteChapitre 30 sur 33 · UO CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

UO CORRESPONDANCE

Nous attendons des nouvelles d'Espagne; nom écrirons tout de suite à Turin quand nous aurons le dernier mot de Madrid.

Quant aux troupes, les dix ou douze milleAutricliiens que nous demandons à Luxembourg, ' Arion et Virton, disponibles'd'abord que nops ' les réclamerions, je c is très bien toutes les répugnanc que l'emp. aurtHt à

faire entrer ses tr en France de sa propre

volonté, et con n celi pourroit exposer ses États, vis à vis ;es enmimis personnels; mais réclames par son beau- ire, son allié, dont la vie, l'existence et l'honneur sont en danijer, je crois le cas très diflërent. Quant.au Brabant, il faut compter qu'il ne sera jamais tranquille tant que ce pays cy ne sera pas remis dans un autre ordre de choses, c'est donc mcrne pour lui que mon frère travaillera en nous accordant ce secours, qui nous devient d'autant plus précifiix que ces troupes là scrvii-ont d'exemple, et niruie à contenir celles cy. C'est dans cette \ue que la personne dont je vous ai parlé dans ma lettre cliit'fi'ée, les demande ; pour le temps, il est impossible de passer les derniei"s jouisdu mois. \ ers

DE MARlb: ANTOINETTE. 231

ce temps là j*espère que nous aurons la réponse positive de l'Espagne, mais jusqu'au moment même de notre départ, il faut faire tout ce qu'on exige de nous, et même avoir l'air d'aller au devant. C'est peut être une manière et la seule pour les endormir et sauver notre vie. L'homme qui vous porte cette lettre est sûr et intelligent ; c'est le beau-frère de madame Campan, mais ni l'un ni l'autre de ceux que je charge du duplicata ne savent le contenu de celle cy; vous pouvez me répondre par lui de la même manière ; il n'a rien autre h faire et attend vos ordres. Mandez moi aussi si vous savez, par les François qui sont avec vous, si les princes ou les nobles comptent faire quelque chose , s'ils en ont les moyens et le désir. Il seroit bien précieux que nous puissions les devancer dans nos projets; une démarche même manquée de leur part, nous perdroit absolument et nous ôteroit tout moyen d'évasion et d'agir.

Ce 7 jtiin 1791.

A SON FRftRB l.fiOPOLD.

.l'iiî à vous reniercier^ mon cher frère, de IViiip ressèment avec lequel vous avez répondu iiim lettre. Le porteur a fait diligence. J'espère que ni vous ni moi nous ne nous sommes trompés, et qu'il est aussi attaché et sûr qu'il paroitzélé. Je n'ose pas vous écrire longuement, mais j'ai besoin de vous dire combien je partage votre avis sur le jeune homme dont vous me pariez. Vous aurez de la peine à l'empêcher d'agir; je i-ends justice à sa bonne volonté, mais je lui vonHrois plus de prudence personnelle et moinâ de laisser-aller pour les avis emportés de tons ceux qui l'entourent. Il y a à Coblentz trop d'intrif^ues et nulle intelligence de In situation réelle de la France et des \érilables iutéièts du rovet (le sa famille ; c'est un foyer au milieu diupiel je n'aime pas à voir un jeune homme aussi bouillant; mais vous pouvez compter sur sa bonne foi . car c'est un bon cdenr' et im bon parent. Je

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VOUS répète que tonte démonstration seroit funeste; c'est une chose affreuse qu'on ne puisse pas contenir la fougue de M*" de Condé; elle nous expose cruellement dans l'état actuel des esprits; il est prudent de ne rien dire de confidentiel au C* d'A ' sur ce que vous savez , car son zèle le porteroit à s'ouvrir à ses entours.

Je fonde quelque espérance sur le projet , et votre ami^, une fois en liberté, pourra faire des conditions au lieu d'en recevoir; sa cause est juste, et c'est celle de tous les honnêtes gens f[ui, malheureusement, sont trop timides. Adieu, moucher frère, je vous embrasse et je compte sur tous vos sentiments, comme vous pouvez compter sur les miens.

Marie Antoinette.

Mon mari et mes enfants se portent bien et ont beaucoup de courage au milieu de tous nos maux.

* Le comte d'Artois.

• Louis XVL

LullULùPONUAM K

Ce i4 (août AU COMTE HE MERCY.

Je suppose, monsieur le comttf, puisque tous ne m'avez parlé de rien , que qui a dû partir est parti, ou du moins qu'il n'y a pas de difficulté; mais si cela n'est pas fait, rarrivée d'hier Adt presser le départ. J'avoue que j'aimerois mieux que ce fût lui qui se chai^eât de l'afiaire, qu'on autre. S'il ne le veut pas, je crois que son cousin y-seroit très propre ; il vient de terminer le mieux possible , vu les circonstances , certaine affaire importante.

J'ai renvoyé la lettre de d'H. ; je n'ai pointvu les paquets dont M"" de Cer. parle ; d'ailleurs on peut lui dire avec vérité que nous nous occupoiia (le l'objet en question.

Puis(|u'on lui offre des éclaircissements, il faut qu'il en dcniiuide; cela peut nous être ulili' par la suite.

J'ai vu la lettre de l'nbbc L,', qui raisonne

fort juste à mon avis ; il y a plusieurs jours que cette idée me trotte par la tête, et j'avois fait à ce sujet un projet que je joins icy et sur lequel je voudrois avoir votre avis. Adieu, conservez moi votre amitié et votre attachement.

Ce iSaoust 179 1 \ AU COMTE DE MERCY.

On m assure de Thonnêteté des personnes qui se chargent de cette lettre, et qu'elle vous arrivera sûrement ; j'en profite pour eittrer avec vous dans des détails de notre position qui est affreuse, et vous faire deux ou trois questions auxquelles il est nécessaire que vous trouviez moyen de répondre promptement. Si W de S. part, comme je le présume, demain, je vous enverrai cette même lettre en clair, l'occasion étant plus sûre encore que celle d'aujourd'hui, la deniière lettre ayant été perdue. Notre position : nous sommes au moment où l'on apportera cette constitution à l'acceptation ; elle est par elle même

* Déjà publiée dans la Revue rétrospective.

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si monstrueuse qu'il est impossible qu'elle se soutienne longtemps; mais pouvons nous risquer delà refuser dans la position ou nous sommes? non , et je vais le prouver : je ne parle pa^ des dangers personnels qu'il y atu-oit à courir; nous avons trop prouvé, par le voyage que nous avons entrepris il y a deux mois, que nous ne calculons pas nos personnes quand il ^agit du bien général ; mais cette constitution est si mauvaise par elle même, qu'elle n'aura et ne peut avoir de consistance que par la résistance qu'on y opposera. Il s'agit donc de garder un milieu en sauvant soft honneur , et qui puisse noos laisser en mesure que tout le monde revienne à nous, le peuple s'entend , quand une fois il sera désaveuglé et lassé. Pour cela je crois qu'il est nécessaire, quand on aura présenté l'acte an rov. ([u'il le garde d'abord quelques jours, car il n'est censé le connoitre que ([uand on le lui aura présenté légalement, et qu'alors il fasse appelei' les commissaires pour leni- faire, non pas des obser- Aations ni des <lcinandes de eliangcnients, qu'il n'obtiendroit peut être pas, et qui prouvei-oieiil qu'il approuve le fond de la chose, mais qu'il

DE MARIE ANTOINKTI'E. i>:a

déclare que ses opinions ne sont point changées, qii*il montroit dans sa déclaration du 20 de juin Tiinpossibilité où il étoit de gouverner avec le nouvel ordre de choses , qu'il pense encore de même; mais que, pour la tranquillité de sou pays, il se sacrifie, et que, pourvu que le peuple et la nation trouvent le bonheur dans son accejhtation, il n'hésite pas à la donner, et la vue de ce bonheur lui fera bientôt oublier toute» les

peines cruelles et amères qu'on a fait éprouver à lui et aux siens. Mais si l'on prend ce parti, il faut y tenir, éviter surtout tout ce qui pourroit donner de la méfiance, et marcher en quelque sorte toujours la loi à la main. Je vous promets que c'est la meilleure manière de les en dégoû* ter tout de suite. Le malheur, c'est qu'il faudroit pour cela un n)inistère adroit et sûr, et qui en même temps eût le courage de se laisser abîmer par la cour et les aristocrates , pour les mieux servir après , car il est certain qu'ils ne reviendront jamais ce qu'ils ont été, surtout par euxmêmes. On nous dit, et les frères du roy mandent chaque jour, qu'il faut tout refuser et que nous serons soutenus. Par qui? Il me semble que

1» ConHKSPONI)A,\CK

les puissances étrangères ne font pas de grands efforts pour venir à notre secours. L'Espagne, même par les lettres qu'elle a écrites à mes frères, a l'air de vouloir se retirer lionnèteraent en proposant des choses infaisables. Le silence profond de l'emp. envers moi, l'impossibilité où il est peut être, vu les .' ires du nord , de se mêler des nôtres; ne cherchera jamai* qu'à leurrer d'espérance t us les côtés pour les tenir plus sûrement désunis ; la Prusse, qui ne calcule que ses propres intérêts dans tout cecy, tout enfin prouve que, si nous devons attendre des secours, ils ne sont pas prochains nu moins. Dans cette position, pouvons nous risquer un refus qui donneroit, par l'espèce de déchéance, une force majeure aux factieux et au parti républicain? et il ne faut pas croire qu'alors ikhis serions libi'cs; au contraire, nous serlojis plus étioitenicnt et plus fortement gardés. Si le.-, puissances ne viennent pas <laris le moment à nntir sccoui's, il ne nous leste tlonc phis (jut- le pin\i (1rs princes et d<'séniigrants. Mais combien peutil rniiie,p:iiTe (pie seuls ils ne puniront <pn' liiire une chose paitielle; et si nièine;^cc (pii n'est n;»B

à présumer), ils ont un avantage réel, nous retomberions sous leurs agents dans uti esclavage nouveau et pis que le premier, puisque , ayant Tair de leur devoir quelque chose, nous ne pourrions pas nous en tirer ; ils nous le prouvent déjà, en refusant de s'entendre avec les personnes qui ont notre confiance, sous le prétexte qu'ils n'on : pas la leur, tandis qu'ils veulent nous forcer de nous livrer à RP de Galonné, qui , sous tous les rapports, ne peut pas nous convenir, et qui , je crains bien , ne suit en tout cecy que son ambition , ses haines particulières et sa légèreté ordinaire, en croyant toujours possible et fait, tout ce qu'il désire; je crois même qu'il ne peut que faire tort à mes deux frères, qui , s'ils n'agissoient que d'après leurs cœurs seuls, seroient sûrement parfaits pour nous. Voicy les nouvelles qui nous viennent du dehors : d'icy à un mois toutes les puissances seront réunies ; il paroîtra un manifeste qui sera soutenu d'une grande force. Je désirerois bien que cette première nouvelle fût vraie, mais je ne puis la croire, puis» que ni vous ni personne ne nous l'ont mandée. Je crois même que, dans ce moment cy, Tass.

.Sfl CUHIIKSP'INUANCE

l'st tellement divisée qu'un manifeste bien rédigé serait fort heureux, et que les chefs, qui voient depuis huit jouis qu'ils ont absolument le dessous, seroieiit plus aisés à amener à un accommodement raisonnable.

Une chose à remarquer, c'est que, dans toutes ces discussions sur la constitution, Je peuple ne s'en mêle pas, et n « ipe que de ses affaires

particulières en vo t cependant toujours nue constitution et point l 'aristocrates. Une seconde nouvelle est, que Monsieur va élre reconnu par les puissances "égent du ro^'aume, et le comte d'Artois, lieutenant général. Cette nouvelle est par elle même si folle et si absurde, qu'elle ne peut provenir que de quelques têtes françoises.

Mais sur tout cela, je voudrois bien avoir une réponse de vous. J'apprends dans l'instant que la constitution est finie à un rapport près des comités, qui le sera après demain; vraisemblablement on l'apportera tout de suite au roy, il est affieux de ne rien savoir de positif et de raisonnable des dispositions du dehors. Quant à I acceptation, il est impossible que tout élu;

pensant ne voie pas que quelque chose qu'on fasse nous ne sommes pas libres ; mais il est es^ sentiel que nous ne donnions pas de soupçon sur cçla, aux monstres qui nous entourent. Mandez moi donc où en sont les troupes, et les dispositions de l'empereur : en tout état de cause, les puissances étrangères peuvent seules nous sauver. L'armée est perdue, l'argent n'existe plus, aucun lien, aucun frein,* ne peut retenir la populace armée de toute part, les chefs mêmes de la révolution quand ils veulent parler d'ordre ne sont plus écoutés. Voilà l'état déplorable où nous nous trouvons. Ajoutez à cela que tout le monde nous trahit , les uns par haine, les autres par foiblesse ou ambition; enfin, je suis réduite à craindre le jour où on aura l'air de nous donner une sorte de liberté : au moins, dans l'état de nullité où nous sommes, nous n'avons rien à nous reprocher. Vous voyez mon âme tout entière dans cette lettre, je peux me tromper, c'est le seul moyen que je voie encore pour pouvoir aller. J'ai écouté, autant que je le peux, des gens des deux côtés , et c'est

de tous leurs avis que je me suis formé le mien^

349 COBHESPONUAiNCK

je ne sais pas s'il sera suivi : vous connoissez la personne à laquelle j'ai affaire, au moment nii on la croit persuadée, un mot, un raisonnement, la fait changer sans qu'elle s'en doute, c'est aussi pour cela que mille choses ne sont point à entreprendre ; enfin, quoi qu'il arrive, conservez iiiui votre amitié et vo acheraent, j'en ai bien

besoin, et [ue soit le malheur qui

me poursuit, je peu ;der aux circonstances, mais jamais je ne c( ntirai à rien d'indigiif de moi; c'est £ heur qu'on sent davan-

tage ce qu'on ng coule dans les veines

de mon fils, et j sj : qu'un jour il se montrera digne petit-fils de Marie Thérèse. Adieu.

Marie Antoinettk.

Si vous pouvez, garder cette lettre, je serai bien aise de la ravoir an jour.

DE MAKIE ANTOINETTE. 243 ^

Ce 17 (août 1791).

AU COMTE DE MERCV

Je VOUS renvoie, monsieur le comte, de la besogne pour Blum *. J'en ai assez lu pour voir que la seule dépêche vraiment intéressante est celle du 7, et encore ne Test-elle guère, et ce ne pourra être que par le premier courrier que nous aurons une solution quelconque; je ne vous parle pas des affaires intérieures, monsieur le comte, M*" C. vous mettra au fait de tout, et les choses ne vont pas assez bien pour qu'on ait du plaisir à rabâcher. Je sais que malheureusement vous n'avez pas encore eu grand chose à me mander, mais néanmoins je voudrois un peu être au courant, car encore 'une fois, nos dépêches ne disent rien, et le chiffre que vous avez avec l'abbé peut suffire pour l'ordinaire, de plus je vous en envoie un nouveau pour les grandes occasions. Je m'en vais me coucher les yeux un peu fatigués, mais pour épargner les vô^ très vous n'aurez le paquet que demain. Adieu.

^ Blumendorff.

Ul (JulUISSPUNUANCIi:

Du aiaou 51(1791'}.

(AU COMTE DE MEUCY

J'ai arrêté ma lettre au moment de partir, parce que l'abbé Louis arrivoit et m'a appris (par M. de n* tend) votre voyage à

Londres, ( •» le loisir de prépa-

rer une copie en rspère et désire fort

avoir de vos m t. 1 lettre ministérielle,

que l'abbé a e me snflit pas pour

mes intérêts. qu'en se louant fort

de vous il ne trouve pi rtant pas son voyage fort heureux ; il craint beaucoup la coalition des puissances, et est parvenu à ce que je crois à inspirer la même crainte à ceux des chefs qui l'ont proposé et envoyé; mais jusqu'à présent cela ne les porte qu'à une grande humeur, et je erains beaucoup que ne se sentant plus la foi-ce de reparer le nud ni de se soutenir, ils ne quittent brus(|iienient la partie et nous laissent seuls dans l'embarras; d'icy à quelques jours j'aunii des nouvelles plus détaillées de leui^

' l)i'j:i pubiiL-e ilans la Hifue lètrospeilivc.

DE MARIE ANTOINETTE Uh

opinions, jaurois bien voulu attendre pour vous les écrire, mais l'occasion qui porte cellecy part demain. C'est à la fin de la semaine qu'on présentera la charte au roy, il y répondra à peu près comme je vous le mande au commencement de ma lettre*; ce moment est affreux, mais pourquoi aussi nous laisse-t-on dans une ignorance totale de ce qui se passe dans l'extérieur? il s'agira à présent de suivre une marche qui éloigne de nous la défiance, et qui en même temps puisse servir à déjouer et culbuter au plus tôt l'ouvrage monstrueux qu'il faut adopter; pour cela, il est essentiel que les François, mais surtout les frères du roy, restent en arrière, et que les puissances réunies agissent seules : aucune prière, aucun raisonnement de notre part ne l'obtiendra d'eux; il faut que l'emp. l'exige, c'est la seule manière dont il puisse, et surtout moi, me rendre service. Nous avons à nous méfier de tous cotés, à l'intérieur et au dehors ; les méchants font leur métier en faisant le mal , mais les honnêtes gens ont si peu

* Voir la lettre du i6 août.

; COflItKSPONDANCE

ige, de tenue et de concert qa'its dent t souvent aussi dangereux : ils prêtenl le flanc à toutes sortes d'intrigues, ils se laissent pénétrer, ils sont toujoui"s disposés à des concessions qui demain leur en feroient arracher d'autres, et le pis c'est qu'ils ne s'atlachcnl

c t pas plus loin qu'ao

ntérieur, mais au dehors c'est aussi p i r ant : vous connoissez par vous même 1 is propos et les mauvaises intentions ints; les ingrats, après nous avoir aba n lient exiger que seuls nous nous expc , seuls nous servions tous leurs intérêts *. Je n'accuse pas les frères

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