LETTRE AUTOGRAPHE DE LOUIS XVI
"Il prince de Condè, au sujet de l'émigrolion.
Mon Cousin, une immense rcvoluiion s'est t'iiiU' tljiivutrc patrie, (k'tte révolution n'est autre eliosc que lalu'uniisseiiient d'une foule d'abus umonccli's dcpuU Je» siècles par t ignorance du peuple, le pouvoir excessif do clrr^é, le despotisme des ministres iibusnnt du nom dos rovs, elpai l'erreur de ions. Aujourd'hui tout est cliangé. iTs abus n'cxisteni plus, el 11 s'i'st élevé sur leurs ruiiifs.
DE Marie Antoinette. m
du roy, je croîs leurs cœurs et leurs intentions purs , mais ils sont entoures et menés par des ambitieux qui les perdront après nous avoir perdus les premiers. Le comte d'Artois est parti le 12 pour Vienne, son frère a une lettre de lui
une constitution qui a pour base Tcgalité et la liberté/ et régénère tout à la fois la nation, la monarchie et mon autorité. La nation souveraine n*a plus que des citoyens égaux en droits, plus de despotes que la loy, ,plus d'organes que des fonctionnaires publics dont je suis le permier. Voilà Tabrégé de la révolution. Ce nouvel ordre de choses a dû nécessairement déplaire à ceux qui, dans un premier moment d'erreur, ont regretté leurs avantages personnels liés à Tancien gouvernement. Plusieurs môme ayant manifesté dès l'ouverture des états généraux des sentiments opposés au régime actuel, ont cru devoir sortir du royaume au moment de l'explosion. Le mouvement et les désordres inséparables des commencements d'une révolution ont pu rendre leur conduite excusable ; il eût ét^ sans doute plus noble et plus grand au lieu de s'exiler ainsi de sa patrie, d'en partager la gloire et les périls, et de garder au moins le poste de citoyen ; mais quelque motif qu'on ait eu, quelque fondées qu aient pu paroitre l«s craintes, il ne doit plus en exister aujourd'hui, il n'est plus de prétexte. La France est organisé*-, l'ordre renaît, les loix s'exécutent, et tous les citoyens >ont mis sous leur sauvegarde. Tous les François indistinctement doivent donc ' rentrer dans le royaume. Qu^ils prennent de la constitution françoise l'idée que j'en ai pris moi môme, qu'ils ces-
7iS CnnnKSPONDANCK
du même jour, où il ne lui parle pas de ce voyage, nous l'avons appris par des lettres par^ ticulières; que! est le but de cette course? je ne peux pas l'imaginer; pourvu que l'empereur oe se laisse pas encore aller à quelque extrava-
«enl d'avoir des doutes injurieux et criminpls sur m« intentioDS. Tai adopté la constitntîon et je la maintiendni de tout mon pouvoir. Et pourquoi ue l'aiirai-je pas aàoplée ? Elle prévient les malheurs inévitables que tôt ou larJ auroietit amenés les abus de l'ancien régime. Elle fait le bonheur du peuple, elle fait le mien.
Qu'ils reviennent donc dans leufB foyers ces exilés X9lonfairefl, el c'est à vous, mou cousin, à leur doDuer le premier exemple. C'est A vous Biirtout, que la calomnie a peint comme un ennemi de l'Etat, comme un rebelle prei à porter dans son pays le fer et la flamme, à faire oublier vos erreurs par un acte éclatant de soumissioD à ma volonté, à la volonté générale, à la loy. Rentrez donc dans le sein d'une patrie qui vous tend les bras, venez y jouir de tout le bonlit'ur qu'elle nous promet.
Kevenez, au lieu d'ennemis, vous ne trouverez que des frères. Je vous l'ordonne au nom de la nation et au mien. je vous en conjure par le lien qui nous unit et le san<; q'ii coule dans nos veines, La loy a parlé, obéissez, ou craignci les suites funestes d'une imprudente illusion. Sur ep, je prie Dieu qn'il vous ait, mon cousin, en sa sainte et dijjnc -arde.
Loi'is.
DR MARIE ANTOINRTTB. 249
gance qu'on exigera de lui; enfin, mandez lui toujours ce que je vous mande dans Tautre page. Je finis pour ne pas trop grossir le volume. Adieu.
Ce 26, je reprends encore icy ma lettre ; les occasions ont manqué l'une après l'autre , mais pour cette fois cy, j'espère qu'elle vous arrivera sûrement : la personne qui veut bien s'en charger, a trouvé aussi des moyens de me faire tenir vos réponses, il nous en écrira.
La journée d'hier s'est passée comme toutes celles que nous passons depuis deux mois, et dans un silence de la part du peuple vraiment afQigeant; c'est la semaine prochaine qu'on doit apporter au roy l'acte constitutionnel , le rapport que j'ai lu, et que M*" de Beaumetz doit faire avant à l'assemblée, est un tissu d'absurdités, d'insolence, et d'éloge pour l'assemblée; ils ont mis la dernière main à leurs outrages, en donnant une garde au roy. Il n'est plus possible d'exister comme cela. Il ne s'agit pour nous que de les endormir et de leur donner confiance en nous. Il est impossible, vu la position icy, que le roy refuse son acceptation ; croyez que la chose doit être bien vraie puisque
I COnnESPONDANtJK
vous connoissez assez mon caractère p ire qu'il meporteroit plutôt à une chose
n< et pleine de courage, mais il n'en existe point à courir un danger plus que certain. Nous n'avons donc plus de ressource que dans les puissances étrangères, il faut à tout prix qu'elles viennent à notre secours, mais c'est à l'empereur à se II de tons, et à régler tout. Il est esse 1 ijlh jur première condition, il exige que les frères du roy et tous les François, mais surtout '. premiers, restent en arrière et ne se montrent pas. Vous ne sauriez croire à quel degré on est irrité icy contre l'aveuglement des seconds qui ne voyant la France que là où ils sont, et quant aux frères du roy, c'est nous qu'on voit en eux, quoiqu'ilsn'en fassent qu'à leur tête. Je vous assure que les choses sont à un point aujourd'hui qu'il vatidroît mieux être roy d'une seule province que d'un royaume aussi vicié et désordonné que celui cy. Je tâcherai d'envoyer, si je puis, des notes à l'empereur sur tout cecy, mais en attendant, mandez toujours ce que vous croirez nécessaire, pour bien lui prouver qu'il n'y a pins de ressource qu'en lui.
et que notre bonheur, notre existence, celle de mon enfant, dépendent de lui seul, et de la prudence et de la célérité de ses moyens. Adieu. — Je n'ai point encore reçu les opinions des chefs comme je vous Tavois annoncé, ils se restreignent toujours dans les idées vagues, et ont Tair de craindre de s'engager.
Ce jeudi a a (aoAt 1791).
A LA PRINCESSE DE LAMBALLE
Je suis heureuse, ma chère Lamballe, de vous savoir en sûreté dans l'état affreux de nos affaires ; ne revenez point ; je sais bien que votre cœur est fidèle, et je ne veux pas que vous reveniez : je vous porte à tous malheur. Il est essentiel à ma tranquillité que mes amis ne se compromettent pas ; car ce seroit se perdre sans nous être utiles. N'ajoutez pas à mes inquiétudes personnelles, l'inquiétude pour ce que j'aime. Les frères du roy sont malheureusement entourés d'ambitieux et de brouillons, qui ne peuvent que nous per-
CORRESPONDANCF.
rès s'être perdus eux-mêmes, car ils ne pas écouter ceux qui ont notre confiance, sous prétexte qu'ils n'ont pas la leur, et les en ^ants armés sont ce qu'il v a de plus triste en ce moment; je \ous avoue que, malftré tout mon courage, je serois heureuse de succomber si je n'avois s mes pauvres enfants et mon mari Je tout cela , a une sé-
rénité inouïe. Autour u ous, ce n'est que fourberie, astuce et menterie; je prévois une dissolution totale de la France; je pleure sur ma famille, sur mes amis et non sur moy même. Dana la ville, il y a continuellement du train , et cependant le bon peuple nous rend justice, mais il se tait, baisse la tête et ne sait pas se compter. Les scélérats sont forts de cette foiblesse. Ah! si l'on comprenoit combien nous aimons le peuple, comme on rougiroit des maux qu'on nous fait souffrir; mais il ne sera pas possible de tirer un parti quelconque des bonnes dispositions.
Adieu, mon cher cœur, aimez mov comme jf vous aime.
Marie Avtoinf.ttk.
DE MAEUE AiNTOINbTTlC. 253
(Août 1791.) AU œMïE DE MERCy.
Comme je vous l'ai dit , monsieur le comte , il paroît que mou frère d'Italie* ne sera pas reçu à Vienne ; je vous en ai dit mon avis. Il m'est
encore revenu hier des nouvelles par un de ces hommes dévoués sur lesquels je ne comptois pas ; on n'est pas mieux pour moy auprès de lui, qu'on ne l'est icy. J'ai eu des détails à me révolter et à me faire pleurer; c'est vraiment inexcusable. Voulez vous bien , monsieur le comte, envoyer ces trois lettres : celle pour Inspruck est très urgente. Voicy les espèces de mémoires que j'ai reçus; renvoyez les moy quand tous les aurez lus ; mais employez une occasion sûre. — Adieu.
(Août 1791O
Voicy mes lettres, monsieur; quoique celle à
^ Comte d'Artois.
lui CORBESPONDANCE
l'emp. soit longue , je n'ai pas eu le courage d'entrer dans tous les détails de tout ce qui se dit et passe icy. Je n'en dis qu'un mot, et je lui mande que, sûrement, vous lui (■crirez fesdétails. Vous connoissez, monsieur le comte, mes sentiments sincères et invariables pour vous.
(Aoiit 1791.)
L'abbé vous a r au soir, monsieur le
comte, et vous a marqué mon désir. Je crois plii> que jamais que te moment presse, et qu'il est bien essentiel qu'il accepte. Le roy est bien franchement de mon avis, et vient de m'apporter un papier de sa main avec ses idées dont je \oiis envoie copie; votre prudence décidera de l'usiii;*' qu'elle en peut faire. Adieu, moiisiein-, je vous attends toujours demain à uruF heures du uialitv
Dt: MARIB ANTOINETTE. 253
Ce 3 septembre 1791 *.
A SON FRÈRE LÉOPOLD
Qu'il y a longtemps mon cher frère, que je n'ai pu vous écrire , et cependant mon cœur en avoit bien besoin. Je sais toutes les marques d'amitié et d*intérêt que vous ne cessez de me donner; mais je vous conjure, par cette même amitié, de ne pas vous laisser compromettre en rien pour nous ; il est certain que nous n'avons de ressource qu'en vous. Voici un mémoire qui pourra vous montrer notre position au vrai , et ce que nous pouvons et devons espérer de vous. Je connois très bien Tâme des deux frères du roy; il n'y a pas de meilleurs parents qu'eux, je dirois presque de frères , si je n'avois pas le bonheur d'être votre sœur. Ils désirent tous deux le bonheur, la gloire du roy uniquement, mais ce qui les entoure est bien différent. Ils ont tous fait des calculs particuliers pour leur fortune et leur ambition. Il est donc bien intéressant que vous puissiez les contenir, et surtout, comme
* Déjà publiée, ainsi que le Mémoire suivant, dans la lievuê rétrospective.
rionrti'.sKiNUANci; en-y doit déjà vous l'avoir mandé de ma part, exiger des princes et des François en général de se tenir en arrière dans tout ce qui pourra arriver soit en négociations, îioit que vous et les autres princes et puissances fassiez avancer des troupes. Cette mesure devient d'autant plus nécessa ! que 1 r , allant accepter la constitu , 'aire autrement, les
François du dehors tranî contre son ac-
ceptation seroient reg. -a comme coupables par cette race de ligres qui nondent le royaume, et bientôt ils nous se onneroient d'accord avec eux. Or il est de notre plus grand intérêt, faisant tant que de l'accepter, d'inspirer la plus grande confiance; c'est le seul moyen pour que le peuple, retenu de son ivresse, soit par les malheurs qu'il éprouvera dans l'intérieur, soit par la crainte du dehors, revienne à nous en détestant tous les auteui-sde ses maux. Je vous remercie , mon cher frère , de la lettre que vous m'avez écrite. Elle étoit partaitemeut dans le sens (pic je pouvois désirer, et elle a fait un bon clfet, car ceux à c[ui je nie suis crue obligée de la faire \oir, ont paru ou ont cru devoir paroitiv
contents. Mais qu'il m'en a coûté pour vous écrire une lettre de ce genre ! Aujourd'hui, qu'au moins ma porte est fermée , et que je suis maîtresse dans ma chambre, je puis vous assurer, mon cher frère, de la tendre et inviolable amitié avec laquelle je vous embrasse, et qui ne cessera qu'avec ma vie. Le roy, qui vous embrasse, se porte bien, ainsi que ses enfants et moi. Dites « mille choses pour moi à ma belle-sœur; j'embrasse vos enfants.
Mémoire en entier écrit de la main de Marie Antoinette et envoyé à son frère Léopold, empereur d Autriche.
Il dépend de l'emp : de mettre un terme aux troubles de la révolution françoise ; il n'y a plus de moyens de conciliation. La force armée a tout détruit , il n'y a que la force armée qui puisse tout réparer. Le roy a tout fait pour éviter la guerre civile , et il est encore bien per*
as CORRESPONDANCE
suadé que la guerre civile ne peut rien réparer, et qu'inévitablement elle doit achever de tout détruire. Les chefs de la révolution sentent bien que leur constitution ne peut pas tenir : elle est soutenue par les intérêts personnels de tous ceux qui dominent dans les départements, les municipalités et les clubs. e partie du peuple est ■trompée et suit 1 s ceux qui dominent,
mais tous les hommes instruits, les bourgeois tranquilles, et en général le plus grand nombre des citoyens dans tous les états, sont craintiis et mécontents. S'il survient une opposition des puissances, si leur langage est raisonnable, si leurs forces réunies sont imposantes, et s'il n'y a point de guerre civile, ou ose assurer qu'il se fera dans toutes les villes une révolution générale, et que le retour à l'ordre n'éprouvera point de difiicultés. Mais s'il y a une guerre civile, les puissances, avec toutes leurs forces, ne dominel'ont que dans les lieux où seront leurs armées. Les provinces éloignées seront dans la division, ceux qui auront été opprimés voudront se venger, ceux qui ont dominé sentiront bien qu'ils doivent tout risquer , on fera des massacres pour
DK MARIE ANTOINETTK. 259
se venger, on fera d'autres massacres pour gagner vingt quatre heures et se donner le temps de s'enfuir. Tout le monde est en armes, ce sera rétat le plus déplorable , celui qui porte le crime et le meurtre dans Tintérieur des maisons, et qui fait qu'aucun citoyen n'est sur de vivre un jour. Voilà ce que le roy doit et veut épargner à son peuple au risque de sa couronne et de sa vie. Voilà ce que désirent les chefs de la révolution, et surtout les républicains qui , dans la guerre civile, ont plus d'espérances et de ressources. Toute la force armée des puissances ne pourra prévenir les fureurs d'un peuple armé, dont les chefs de partis fomentent les erreurs par les craintes, et qui servira, sans le savoir, les haines et les vengeances personnelles. L'entreprise ne sera pas alors l'affaire d'un moment, on leur cédera sans doute là oii seront les ar-^ mées, on sera partout en trouble et en guerre. Faudra-^t-il détacher des troupes dans toute la France.»^ c'est là chose impossible. Seront ce des troupes françoises? Elles se diviseront elles tnêmes dans les différents partis. Seront ce des troupes étrangères? Faudra*t-il en faire passer
lliO C(]lim:^Pi"iNliANCE
des détachements à l'extrémité du royaume, oa dans les provinces de l'intérieur? Quelles peines, quelles dépenses et quelle perte de temps; et ce seroit dans ces envois séparés qu'on pourroit consommer plus d'hommes. Ce n'est pas là l'intention de l'empereur, et c'est ce qui doit amver infailliblement si l'on soulève une guerre civile , ou si on la trouve établie; cette guerre, une fois établie , la gueri'e étrangère ne la fera pas cesser, voilà pourquoi le roy n'a jamais voulu consentir aux projets formés pour l'entrée des princes. Quelles que fussent leurs reUtions et leurs espérances, il a senti que leur eotreprise feroil éclater la guerre civile, et que la guerre civile une fois allumée, ne seroit pas éteinte de longtemps. Le roy ne veutni la guerre civile seule, ni la g.ierre civile avec la guerre étrangère. On propose une régence , le roy s'y refuse ; quel en seroit l'effet.'' Les princes donneroient des ordres et lies défenses aux départements et aux municipalités; l'Assemblée nationale donneroit des ordres contraires. Les princes noinmeroient des emplois dans l'armée, iU attireroient une partie des régiments; l'auln'
DE MARIE ANTOINETTE. 26t
partie seroit pour rAssemblée autorisée par le nom du roy ; l'Ass : nommeroit à des emplois comme les princes. Des régiments se trouveroient dans des villes éloignées, dans l'intérieur du royaume, loin des lieux où la force armée étrangère peut contenir les mouvements. La division seroit dans les provinces, dans les villes, dans toutes les parties du royaume. La guerre seroit d'homme à homme dans chaque état; il y auroit partout des combats , des pillages, des massacres.
Il ne faut pas détruire la révolution pour en faire une autre; que d'emplois, de grâces donnés dès le premier moment en vertu de ces nouveaux pouvoirs; que d'actions de la part de toutes les parties intéressées pour séduire le . peuple et l'armée! Que sera ce si l'armée, attachée aux princes, est aliénée du roy? Ce n'est pas leur intention ; mais les intérêts personnels une fois mis en mouvement, ne s'arrêteront point dans leurs projets. Le roy ne doit pas laisser compromettre sa puissance par la même entreprise qui doit la lui rendre.
On peut dire, on a peut être dit que les puis-
ae CORllESKlNnANCK
sances ne peuvent réclamer que les droits àa princes de l'empiie et qu'elles ont besoin d'une réquisition faite avec autorité pour aller pliis loin. On dit : le roy n'est pas libre, il ne pejt faire une réquisition par lui même; il n'v il qu'un régent qui puisse les requérir avec autorité; le roy n'est pas libre, la régence «st ouverte par sa captivité, c'est le cas de néoessifié. A quoi servent tous ces laisonneinents aï les {»uissances sont d'accord et quand elles ont k force? C'est l'état de guerre. Qu'il y ait un vengent ou qu'il n'y en ait pas, les puissances parlent quand elles agissent, il faut bien les entendre. On dira que les princes doivent faire des réclamations; pourquoi veut -on qu'ils ne puis sent pas les faire sans le titre de régent ? La même nécessité qui feroit établir la régence leur donne le droit de réclamer leur rang, leurs propriétés, leur religion, les droits de la noblesse, le l'élahlisseinent de la justice, les poii\oii-s df la royauté et la constitution fondamentale de la monarchie.
On pi'opnse de rassembler les députés de> Klats généraux et des parlements. Pouixiuoi
LE MARIE ilNTOlNETTE. 263
faut-il convoquer les parlements avant que le roy puisse les rappeler? Pourquoi veut -on forcément les rendre d'avance odieux à une grande partie -de la nation ? Pourquoi veut-on letir faire rendre des arrêts qui seront proscrits par d'autres arrêts? Pourquoi veut- on compromettre dans la guerre dont la force seule peut faire le succès, une autorité légale qui peut rétablir l'ordre dans la paix? A quoi sert de convoquer les Ltats généraux pour les diviser, pour opposer les décrets aux décrets, et pour établir la division dans les provinces, dans les villes et dans toutes les parties de la France ?
Quand le roy seroit libre, il ne pourroit pas approuver des mesures qui peuvent faire la perte du royaume et qui n'ajouteroient rien à la force qui pourroit le sauver ; et quand il n'est pas libre, ces mesures n'en seront que plus certainement démenties par son opposition. Il y aura une opposition établie entre les princes et le nom du roy. Le nom du roy donnera beaucoup de force aux factieux, parce qu'il leur suffira pour tromper le peuple et pour le rallier à la constitution. Ils diront : ce n'est pas nous que l'on attaque.
1S4 ConilESPONDANCK
ce n'est pas le roy qu'on veut délivrer ou venger, ce n'est pas les excès au delà de nos pouvoirs qui font accuser nos décretsde nullité, c'est l'ancien régime qu'on veut rétablir avec tous ses abus. La convocation prématurée des parlements et des États généraux par la seule autorité des princes, et sans l'autorité du roy, multiplie toutes les difficultés et donne sans utilité des avantages sensibles aux chefs de la révolution. Est ce qu'on ne sent pas que le roy n'est plus rien, si c'est sans lui et avant qu'il puisse parler et agir par lui même, qu'on rappelle les ordres dans lesÉtats généraux, qu'on l'établit les parlements, et qu'en rassemblant l'armée françoise on nomme à tous les emplois et à tous les grades.** Il ne faut point accoutumer les yeux des peuples à voir s'élever dans l'Etat une autre puissance que celle du roy. Si ce n'est pas le roy qui gouverne, si quelque autre autorité peut l'emporter sur la sienne, le gouverncuient p-^id toute sa force et sa dignité. 11 n'y a que la puissance légitime, quand elle a repris son pouvoir et son action, qui n'excite point de jalousie personnelle et de rivalité, l-i nation est dans un
état de division susceptible de tous les troubles, elle sera toujours en mouvement si ce n'est pas l'autorité royale qui réunit et qui contient tous les partis. Le roy déclare qu'il ne pourra reconnoître aucun grade, aucun emploi dans l'armée qui ne soit nommé par son choix libre et volontaire. Le roy se réserve la forme dans laquelle il voudra rétablir les parlements ; et par rapport aux États généraux, il croit qu'il y a une marche politique à suivre selon les circonstances, et il n'est plus possible de faire ce que les circonstances peuvent conseiller, si l'on a d'abord convoqué de premier mouvement les États généraux avant d'avoir examiné toutes les facilités ou les difficultés que le roy, remis en liberté et ressaisi de son pouvoir, peut trouver dans les dispositions générales et dans le changement de sa position.
Il y a des questions d'une telle importance qu'elles méritent bien qu'on prenne du temps pour y penser. Quel est dans aucune nation l'exemple d'une assemblée qui ait commis dec attentats semblables et que les roys n'aient" poin dissoute quand ils en ont eu le pouvoir.^ Si Ton
COnnESPONDANCE
que le roy reprenne son pouvoir, est-il qu'il consene sous une forme ou sous une au e la même ass. à laquelle on doit la perte ei tière de l'État? 11 est possible qu'on s'y croie forcé par des motifs supérieui-s de sagesse, mais il est impossiltle qu'on permette aux princes de décï( a lans le premier mouvement dt y n'a point été libre; ne peut-il point, qi nd il sera libre, distinguer les décrets qui pouvoientêtre de la compéteiice des États généraux, de ceux qui ont excédé tous leurs pouvoirs, les lois utiles, de celles qui n'ont opéré que des destructions, l'établissement enfin de l'impôt qui peut être regardé comme indispensable, de tous les autres objets? Ne peut-il pas distinguer les sanctions qu'il accorde, celles qu'il refuse et celles qu'il suspend? Ne peut-il pas proclamer les lois après avoir séparé l'ass. (c'étoit l'usage constant en France <li'puis les premières assemblées du Cliaiiip df Mars jusqu'aux derniei's États généraux), et se doimer du temps pour en convoquer une autre? On agite ilaiis son conseil les formes les plus ufiir-s, on voit ce qui est plus ou moins
DE MAHIE ANTOINETTE. 267
difficile, on pose les possibilités, on établit en attendant sa force publique, on fait des choses d'utilité publique, on accoutume la nation aux douceurs du repos, on laisse le temps aux hommes sages de répandre leur opinion qui devient l'opinion publique, et Ton peut trouver une forme d'assemblée plus paisible, qui ne menace plus les fondements de la monarchie.
Veut-on jeter un plan de gouvernement au hasard dans une nation, au seul moment peut être où l'homme le plus habile ne peut pas savoir quelle est la forme qui peut lui convenir ? Gomment peut-on connoître ce qui peut convenir à l'état d'une nation dont la plus foible partie commande dans le délire, et que la peur a subjuguée tout entière ?
On n'a pas conservé le sentiment des choses accoutumées et journalières qui sembloient former non pas seulement la constitution de l'État, mais celle de chaque classe, de chaque profession, de chaque famille. On a tout arraché, tout déchiré, tout détruit, sans exciter dans le grand nombre, la surprise et l'indignation. Il n'y a point d'opinion réelle et qu'on puisse appeler
3Ca COREtESPO.NDA.NCB
opinior publique dans une nation qui n'a pas un sentiiïieut. Que sont devenues toutes les habitudes? Quel est le citoyen qui n'ait pas été dépouillé de son emploi, privé de son état, violé dans sa propriété, tourmenté jusque dans le secret de sa conscience? Quel est le droit habituel qui n'ait pas été proscrit, ou l'obligaticm naturelle qui n'ait pas été rompue ?
On s'est servi des insurrections et des émeutes populaires pour détruire toutes les formes établies. On ne pouvoit pas s'en servir pour d<Hiner des habitudes nouvelles à la nation entière, et ce n'est pas en deux ans de temps employés ù tout détruire, qu'on peut reconstituer, entretenir et consolider des habitudes. Il faut la laisser respirer un moment de tant de trouliIeS et d'agitations, il faut lui laisser leprendre ses habitudes et ses mœurs, oublier et rapprendre, avant de juger ee que k'S circonstances peuvent t'xigei' ou soulfrir. 11 ne s'agit pas seulement du salut delà Frauce, il s'agit de la tranciuillité (KrKui'ope ; ou a vu quelle cioit l'étonnante eutieprisf <l<'s chefs delà révolution, ce n'étoit iws une simple rcvoltcconli'clc gou\ciiieinen! de la
France, c'étoit une insurrection contre tous les gouvernements établis; les principes tenctoient à soulever toutes les nations contre tous les souverains. Ces principes sont ceux d'une égalité qui détruit toute autorité, d'une licence qui ne laisse plus d'asile à la liberté réelle, d'une corruption qui flétrit et les mœurs et les lois. Il y a dans cette révolution des appâts pour le peuple, et dans chaque nation les hommes de tous les états que l'expérience n'a point encore instruits peuvent croire qu'ils acquièrent des avantages dans cet étrange renversement des ordres et des rangs. Il s'est établi un club de la propagande dont les émissaires ont eu la plus sensible influence sur les troubles du Brabant; ces émissaires ont fait des tentatives en Suisse, en Hollande, à Turin, à Rome, en Espagne; il a fallu toute la surveillance de lautorité dans chaque État pour en prévenir Jes effets. Veut-on renouveler les mouvements dans une nation qui voit disparoître sans regrets et sans étonnement ses plus anciennes institutions, et qui peut supporter sans indignation dans tous les genres les destructions, les usurpations et les crimes? On
no tuRllliaPONUANCK
ne peut pas se tlissirnuler qu'il se Ibnue paniii les éinignints un esprit de parti dont ils ne se doutent pas eux mêmes. Ils ont éprouvé tant d'injustices qu'il est bien naturel qu'ils se livrent à leurs ressentiments. TjCs propos répandus de Ions côtés annoncent leni-s sentiments. Si c'est iivec la soif d'une autre vengeance que celle des lois qu'ils doivent rentrer dans leur patrie, ils exciteront contre eux la même fureur qui les anime. Les haines sont toujours réciproques, e* la guerre civile marchera sur lea pas des troupes tftcangères. Si les émigrants rentrent à main anriée , ils n'ajoutent rien à la force de» puissances unies, et la guerre civile qu'ils amèneront avec eux est le seul obstacle qui puisse empêcher le succès. Il est du plus grand intérêt pour l'Europe, pour la France et poui- eux, que les émigrants ne reviennent dans leui- patrie qu'avec la paix et qu'ils mettent lein- confiance dans h seule autorité ([iii puisse dissiper tous les partie et prévenir le retour des nièuies troubles et des mêmes calamités.
Ce doit être là l'objet du roy, des priiuTs et de tous les citoyens, ce doit être aussi celui de
toutes les puissances intéressées à prévenir le retour d'une semblable révolution, et c'est ce que le roy propose à Temp : 11 faut que Temp : juge d'un intérêt qui ne lui est pas étranger, et si ces vues lui paroissent justes, il s'agit à présent d'examiner la manière dont elles peuvent être exécutées.
Les moyens dépendent de lui, de ses négociations avec les puissances qui shmissent à lui pour délivrer l'Europe du danger qui menace le pouvoir de tous les souverains, la constitution de tous les gouvernements et le repos de tous les États.
11 ne faut point de guerre civile.
Il ne faut point, s'il est possible, de guerre étrangère.
11 faut donc que ce soient les puissances unies dont les demandes amènent les changements utiles, et qui présentent des forces convenables au soutien de leurs demandes. C'est la déclaration des puissances unies qui doit rendre à la France l'ordre et la paix. Les puissances unies doivent déclarer qu'elles ne veulent point s'ingérer dans le gouvernement intérieur de la
s;î cniinESPUsOANCE
France en ce qui' ne concerne point les relations de la France avec elles; qu'elles ne veulent traiter qu'avec le roy quand il sera libre, et ne feront aucun traité ni avec l'assemblée actuelle de France, ni avec les Etats généraux , ni avec le* princes frères du roy ou du sang de France, ni avec aucun François ; qu'elles n'adresseront lear manifeste <fa!au roy et ne changeront rien aux formes de la correspondance ordinaire avec loi, dans la confiance qu'en attendant que le roy ' soit libre, la publication par la voie de l'impression, soutenue par la réunion et l'action de leurs forces, ne laissera pas cause de doute oa d'ignorance sur leurs intentions; qu'elles ne recevront aucune réponse aux demandes contenues dans leur manifeste que du roy de France et dans les formes, en se réservant déjuger selon les circonstances du degré de liberté qu'il aura repris, de lu conliance qu'ils doivent donner à ses réponses ; il n'est point indifférent ;ui\ puissances unies (juc la France, dans sa position sur le contincnl an degré de son étendue et de sa population, soit une répul)li<iue ou une inouiirrhie,
Il faut qu'elle soit une monarchie pour qu'elles puissent conserver avec elle les relations qui sont nécessaires à l'équilibre de l'Europe. Elles doivent déclarer qu'elles reconnoissent que la France est une monarchie, que la couronne est héréditaire de mâle en mâle dans la branche régnante, que la personne du roy est inviolable, sans qu'en aucun cas et sous quelque prétexte que ce soit, le roy puisse être suspendu de ses fonctions ou déchu de son pouvoir, et sans qu'il puisse être nommé une régence ou un conseil sans sa pleine, entière et libre volonté.
Ainsi les puissances unies doivent réclamer la liberté du roy, l'honneur et la dignité de sa couronne, son rétablissement dans l'exercice inaliénable de ses fonctions royales et la cassation ou révocation de tous décrets qui stipulent les cas de déchéance du trône, ou d'abdication
forcée, ainsi que de tous les décrets qui portent atteinte soit au droit héréditaire de sa naissance, soit à la perpétuité de ses pouvoirs, soit à l'inviolabilité de sa personne.
Il n'y a rien qui puisse intéresser davantage les puissances unies que les traités anciens ou
57) CDBAESPONDA.VCt:
plus récents qu'elles ont contractés avec la France. Il est impossible de croire qu'ils puissent " être tout à coup iinnulés ou suspendus, outoéme mis en doute pendant un certain espace de temps, sans inquiéter ou troubler tous les États de l'Europe. Les engagements pris par la France, les engagements pris avec la France, sont une partie impo ait public européen.
11 n'y a pas une seul lissance qui n'y soit directement intéressée pour ses propres relatioru, et toutes ressentiroient le contre coup des changementsqui seroient intervenus dani> la situation des grands États. Il leur importe essentiel lemenl que les traités les plus solennels ne soient pas en France le jouet de l'influence réelle ou présumée d'une force armée ou d'une émeute populaire sur le gouvernement. Tout traité réciproque entre tf roy de France et quelqu'une des puissances unio qui aura été ou sera t'ait dans les tortues acfDutuinécs coiiiiiie pai- le passé, doit être répuu valide sans que les puissances s'inlorint^iit >i !■ lov (U^ Fiance eu a doiini; connoissance ou cdiiinuiiiicaliou à cpidijuc assemblée, parlement ou conseil, dans l'iutéiieur de son administration
DE MARIE ANTOINETIi:. J.Vo
Eu cas de révocation de quelque traité fait par le roy involontaireuient et avec contrainte, les puissances lésées, réclamant les termes du traité, sont en droit de déclarer la guerre et de regarder comme nulle et illégale la révocation faite sans la volonté libre et non contrainte du roy de France. On peut sentir par là quelle seroit la source nouvelle de troubles qu'on établit dans l'Europe, puis([u'il est presque impossible que deux grandes puissances soient en guerre ensemble sans que les autres puissances y soient intéressées, et que la guerre allumée dans une partie fle TEurope devienne bientôt générale.
Les puissances unies doivent exiger surtout, pour l'intérêt de tous les peuples, que le roy de France ne soit point astreint à des formes de communication toujours lentes et difficiles, pour la conclusion d'un traité de paix, en cas de simple restitution des conquêtes ou même d'indemnités pécuniaires sans demande de nouveaux subsides, ou sans un changement notable dans les traités de commerce, parce qu'il faut mettre autant de facilité pour le retour de
276 GORRESPONDANCB
la paix que d'obstacles et de difficultés pour la déclaration de la guerre.
Il existe par une sorte de convention tacite entre les différentes puissances, un rapport de «force armée qui correspond à la différence de leurs moyens, et ce rapport est un des principaux fon4ements de leurs relations mutuelles et décide néceiaàlrement des alliances et des traités qui conservent la paix de l'Europe. Il est impossible que les puissances unies voient sans crainte une seule nation , et une nation aussi puissante que la France, élever sa force année dans un degré prodigieux, sans aucune proportion ni mesure avec les autres nations. Aucun souverain en Europe n'augmente ses troupes à un degré sensible sans que les puissances intéressées n'en demandent raison. C'est une demande semblable qui fut l'époque de la guerre de sept ans entre tous les Etats de l'Europe. On a levé, habillé, armé, équipé jus([u\i qii.itiv millions d'hommes en Eranee, indépendamment des trouj)es de ligne dont le pied de paix e>î de eent eincjuante mille honnnes et davanta^t , sans compter les ofliciers et les troupes alïec-
DE MARIE ANTOINETTR. 177
tés à la marine, et les matelots de la marine marchande. On a même condamné tous les citoyens au dessous de soixante ans à servir dans la garde nationale sous des peines sévères. On leur fait faire l'exercice, on les soumet à la discipline, on leur a donné des canons; on en détache dans ce moment même pour la guerre une partie à laquelle on donne une double paye à la concurrence de quatre vingt dix sept mille hommes. Il n'y auroit point de nation en Europe qui pût se défendre d'une horrible et subite invasion si ces troupes étoient disciplinées et si cet établissement extraordinaire et sans exemple pouvoit prendre quelque consistance. Une seule nation pourroit être regardée comme Tennemie de l'Europe entière quand elle pourroit attaquer impunément toutes les nations. C'est cette force armée qui tient le roy emprisonné, qui fait la puissance dont on s'est servi pour détruire la royauté, qui peut concourir aux mouvements populaires, et qui, dirigée par un peuple suscité, ou par le désir de la conquête, peut tout à coup forcer une assemblée, qui n'a point de force par elle même et dont la popularité fait
178 CUHRESPONDANCE
la loi, à déclarer la guerre. Aucun Étal ne peiit être dans la sécurité auprès d'un peuple si puissant, en armes et en insurrection.
IjCS puissances unies doivent annoncer qu'elles suivront les règles établies pour la guerre. On sait que les villes même fortifiées où les bourgeois seroient armés, ser< ient livrées à tous les droits de la^^ si droit de la conquête
dans les villes oh bourgeois ne s*anneBt point, est de.prendre prisonniers de gaerre les ofBciers et les soldats, ou de décider du sort des garnisons par des capitulations passées aveclcs commandants des troupes, sans qu'il puisse être fait aucun mal ni préjudice aux bourgeois et habitants des villes et des campagnes qui ne portent point les armes.
Les puissances unies doivent déclarer qu'elles regarderont, non-seulement tous ceux qui sont armés en qualité de gardes nationales, iii;us encore tous les bourgeois et lialiilants (It's\illts <le France, comme armes dans lii personne des gardes nationales qui les représentent et atix- (|iirls ils sont associés, et soumis par là même ;"t toutes les rigueurs du droit de la guerre. Klle>
doivent finir par déclarer que les villes qui ne seront pas désarmées, répondront à Dieu et aux hommes des maux qu*elles attireront sur elles, et que les puissances unies cherchent à prévenir par la présente déclaration. Les puissances «unies ne peuvent pas être tranquilles si la France cesse d'être une monarchie, si chaque municipalité dispose de la force armée , si tous les pouvoirs enlevés au roy forment une véritable république, et le roy ne peut pas entretenir avec elles les rapports qui les intéressent , quand il ne lui reste aucun moyen de prévenir et de réprimer les troubles. Ce ne doit pas être l'intention des puissances de se mêler de radministration intérieure de la France. Elles respectent toutes les formes de gouvernement par l'intérêt même et le droit que chaque puissance a de conserver la sienne; elles se borneront à demander qu'on rende au roy ce qui appartient dans tous les pays ail centre et à l'exercice du pouvoir, les moyens sans lesquels il ne peut pas rassurer les puissances unies contre le retour des mêmes désordres. Si le roy doit avoir les moyens de contenir les mouvements populaires, il doit avoir aussi le
380 conRr.spoNU«xce
moyen de s'en défendre lui même. On n'a que trop prouvé ii quel point il auroit besoin d'une garde choisie par lui même, et soumise à ses ordres, quand on a forcé les portes de son palais et de son appartement et de celui de la reine, au milieu de toute sa maison militaire ; quand une partie de la garde qu'on lui a donnée a concouru. avec la multitude en mouvement, pour s'opposer à son passage; quand la ^arde a désarmé sous ses yeux des citoyens fidèles qui venoient s'unir à elle pour le défendre, et quand il est enfin devenu prisonnier sous la responsabilité de la garde nationale. Ce n'est point un tntérêl étranger à toutes les puissances que la sûreté de sa personne, puisqu'il ne peut pas conserver son pouvoir et sa dignité si sa personne n'est pis en sûreté. C'est une longue possession des troupes suisses de former sa garde; on ne peut pas ignorer les droits que la fidélité de ses gardt'" du corps leur a donnés sur sa confiance. Ia> puissances unies peuvent et doivent demander pour lui la liberté de rrtablir à son choix, s'il h' croit nécessaire, la niênie unnson- niilitain' qu'il a tioM\ée à ^oii avcneuient au trône.
DE MARIE ANTOINETTE. 98i
Les puissances unies doivent considérer que l'état du roy, son pouvoir et sa dignité^ et les rapports qui en dépendent, nfc peuvent pas être solidement rétablis, si des factions peuvent dicter des lois qui sous le prétexte de régler l'exercice de son autorité, lui en font perdre tous les moyens. Lies puissances unies doivent exiger qu'aucune loi ni constitution ne puisse être rétablie en France, conformément aux principes et aux lois fondamentales de la monarchie françoise, que par le concours de sa libre, pleine et entière volonté, sans qu'il puisse être prescrit un terme à la libre déclaration de sa volonté. Les puissances unies ne peuvent pas voir avec indifférence se répandre dans une grande nation de l'Europe des principes d'anarchie et de confusion, destructifs de tous les gouvernements; on ne peut pas se dissimuler quels en sont les principes, quand l'état déplorable de la France en prouve mieux que tous les raisonnements l'excès et le danger. Les puissances doivent reconnoître qu'il s'agit icy du plus grand intérêt, non-seulement pour tous les souverains, mais pour tous les ordres, états et classes de citoyens.
tM CORBESPONDANCB
tes les nations' et dans les républiques COI le dans les monarchies. Les puissances unies ne peuvent pas être sans crainte, aussi longtemps qu'il se répandra des principes qui deviendroient une source de discorde et de guerre dans tous les Etats de l'Europe, et elles ont droit d'exiger q reprenne en France
un code p t<rit pas celai d'à in-
surrections et des c . On a proscrit des
distinctions mêmes qui tendent de ropinion, qui ne donnent pas un d é de pouvoir, et dont ne peut pas dépendre le si rt des peuples. On a détruit des droits de propriétés et des charges réelles, vendus, achetés, transmis avec les fonds, et ces droits abolis intéressent les princes, les comtes de l'empire et des propriétaires étrangers.
r>es puissances unies doivent déclarer : i" qu'elles récliinicnt hi force des traités et de> rapituiations passes a\ec la France à diffi'renhs cpo(pics et qn'cllesen exigent la fidèle exéciilion; y," qu'elles se pi'onietterit niuluenerneiit de se livi-er tout I''ran4;nis inihu de ces maximes de ré\<)lte tt de sédition, (pii auroit tenté de les
DE MARIE ANTblNETTB. 283
répandre et d'exciter des mouvements dans un État et qui se seroit retire dans un autre, pour lui être faite telle punition qu'il appartiendra selon les formes de la justice; 3^ qu'elles ne reconnoîtront point le pavillon de France aux trois* couleurs, attendu qu'il n'est que le signe des troubles et des séditions enfantés par ces roaxinles subversives de tous les gouvernements.
Telles sont les intentions que les puissances unies peuvent annoncer et dont elles doivent réclamer l'exécution.
Il semble impossible que la nation soit sans inquiétude, et qu'elle veuille perdre toutes ses ressources parce qu'une assemblée sans mesure et sans prévoyance a détruit à la fois l'autorité du roy et la sienne. La nation n'est pas dans l'ass., les formes du gouver. peuvent être troublées ou suspendues, la nation reste, et, mieux instruite par le danger, elle peut sentir ses véritables intérêts. C'étoit lancienne méthode des roys de France de s'adresser aux bonnes villes, il est probable que les villes pour se racheter des maux de la guerre, supplieront le roy de reprendre son pouvoir et d'employer sa média-
tion. Le désir de la sûreté publique peut iui rendre l'amour du peuple, toutes les inquiéludes, toutes les craintes se rallieront à son autorité, toutes les espérances se reposeront sur sa tête.
On se rappellera tous les crimes de la révoludon , il est possible qu'il s'élève un cri torible contre leurs autears, omtre tons les hcnumes violents qu'on a mis en place. Ces hommes effrayés chercheront leur salut dans la fuite, et les assemb. des communes ne seront plus composées des mêmes membres, dominées par la même force et dirigéesparles mêmes sentiments. La révolution se fera dans Tintérieur de chaque ^^Ile, elle se fera par l'approche de la guerre et non par la guerre même. Le roy, rétabli dans ses pouvoirs, sera charfçé de traiteravec les puissances étiangères, et les princes reviendroni dans la tranquillité générale reprendre leni-lanss il sa cour et dans la nation.
DE MARIE ANTOlNfflTE. 285
Ce 5 septembre (1791). (AU COMTE' DE MERCY.)
La personne que vous avez vue à Londres est arrivée, et nous avons eu , le roy et moy, im instant de satisfaction de voir que votre opinion sur ce moment cy est absolument la même qtie la nôtre; vous en jugerez par une lettre de moy c[ue vous aurez trouvée à votre arrivée , j 'en attends la réponse avec impatience. Depuis hier nous voyons tout le monde ; il y auroit de quoi être touchée des marques de sensibilité données par quelques personnes du peuple, s'il n'y avoit pas le retour sur soi même que c'est le même peuple qui nous insultoit il y a deux mois, et qu'on fait mouvoir'comme on veut. Ce moment cy est terrible à passer, d'autant plus qu'il s'agit de prendre une conduite suivie d'après ce que 1 on dira; mais je n'ai pas le temps d'entrer dans \es détails, et vous en avez déjà beaucoup dans ma dernière lettre. Adieu , si vous pouvez me renvoyer le carton avec la petite chaîne d'argent, j'en serai bien aise; il faudroit l'adresser
18â aiBKESPUNOANCK
sûrement à Bluni; je trouverai moyen de l'avoir de chez lui. Quant au nécessaire, si tous pomez obtenir qu'il vous arrive, c'est vraiment un présent que je fais à nia sœur, et je serai bien aise (ju'elle s'en serve, car j'en al un autre tout pareil pour mon usage.
Marie Amtoihkite.
la septembre 1791.
AU COMTE DE HERCT
..Je n'ai reçu qu'aujourd'hui votre lettre èa
(> septembre; je suis charmée que vous approu- A iez mes idées sur tout ce que je vous ai mande. J'espère que vous avez reçu une lettre de Af de Berchiui, qui vousannon<;oîirin-ri\ée de la pejsonne (jiie vous avez vue à l-ondies. J'attends avec bien (le l'iiiipalifiicelcs piennères nouvello de \ iciiiH' : elles scioiil iinpottiintes. .le eniiiii bien, par des depèebes (|iic j':ii mi.'s deniis.lf. que i'eiiipcieiir ne se soit bilssé aller ji l'astiur de Cidoiuie et à lu politi([tie détestable de I.1 Prusae, qui ne fera que l'enyiigL'i' pour l'entrai-
DE MARIE ÂNTOlNlLTTË. 287
ner et le perdre ainsi que nous; et à tout cek, c'est encore l'Angleterre qui agit sans se mon^
trer. Voicy un mémoire que le manque d'occasion sûre m'a fait tarder à vous envoyer; les principes m'y ont paru sages ; il seroit à désirer qu'on les suivît. Ce mémoire est joint à une lettre à l'empereur, chargez vous de la faire parvenir. Je reconnois bien toute l'amitié de mon frère et sa bonne volonté pour moi ; mais il seroit affreux que, voulant nous servir, il soit entraîné par l'ambition et l'intrigue des autres. Pai exemple, on dit icy que, dans l'accord signé à Pilnitz , les deux puissances s'engagent à ne jamais souffrir que la nouvelle constitution françoise s'établisse. Il y a sûrement des points auxquels les puissances ont droit de s'opposer; mais pour ce qui concerne les lois intérieures d'un pays, chacun est maître d'adopter dans le sien ce qui lui convient. Ils auroient* donc tort de l'exiger, et tout le monde reconnoîtroit l'intri- • gue des émigrants, ce qui feroit perdre tous les droits de leur bonne cause. Nous sommes dans un moment fort critique; c'est demain que le roy doit écrire son acceptation à l'assemblée. J'aurois
W )B^ i.liLt[)ESPONDANCB
bien voulu retarder ma lettre de deux jours pour y vous l'envoyer et vous mander en même temps
l'effet qu'elle produira ; mais le porteur de la présente part nierci-edi. Le discours du roy a pour rédacteurs les personnes qui vous ont iiiit éciire par Laborde ; vous y verrez quelques traits de fermeté, mais nullement le langage d'un roy qui sent combien il a été outragé.
. Enfin le sort en çst jeté; il s'agit à présent de - i régler sa marche et sa conduite d'après les circonstances. Je Toadrois bien que tout le monde r^lât sa conduite d'après la mienne ; mais, même dans notre intérieur, nous avons de grands obstacles et de grands combats à livrer. Plaignez moy; je vous assure qu'il faut bien plus de courage à supporter mon état que si on se trouvoit au Uiilieu d'un combat, d'autant que je ne me suis guère trompée, et que je ne \ois que malheurs dans le peu d'énergie des uns, et dans la maii- \aise volonté des aulrcs. Mon Dieu! est-il po>sihieque, née avec du (.aractère, et sentant »i liien le sang (pii coule dans mes veines, je soi^ destinée à passer mes jours dans un tel siècle el inec de tels lionmies ! Mais ne croyez pas pour
cela que mon courage m'abandonne ; non pour moi, mais pour mon enfant, je me soutiendrai et je remplirai jusqu'au bout ma pénible carrière; je ne vois plus ce que j'écris. Adieu.
Marie Antoinette.
Quatid vous aurez reçu le discours du roy , mandez moy en chiffres ce que vous en pensez.
(Septembre 1791.) A SA SŒUR MARIE CHRISTINE.
Notre pénible captivité vient de finir, ma chère
sœur; mais, à peu de chose près, mes chagrins
et mes amertumes sont les mêmes. Cette paix
n'est qu'une trêve ; nos ennemis connoissent le
prince à qui ils ont arffaire. Ils m'accusent de lui
inspirer toutes mes volontés, toutes mes idées,
et cependant ils savent , de science certaine, que
le roy ne reconnoit la justesse de mes conseils
que lorsque le mal est fait et qu'il n'est plus
temps. Le duc d'Orléans a juré notre perte, et
COBHESt'ONUANCK
ientiment insurmontable m'avertit qu'il ilira ses desseins. Ce parent dénaturé ne nous pardonnera jamais l'exil de A'^illers-Cotterets, que je suis incapable d'avoir conseillé, que le roy ne vouloil pas consentir, et que le garde des sceaux Lamoignon, homme très-décidé et très-violent, sut obtenir comme de \ive font. Le duc d'Orléans désïroit la cbarge de grand amiral de France, qu'avoit et que vouloil bien céder son beau-père. Si j'avois été consultée, peut être j'aurois volontiers donné les mains i cette faveur qui, après tout, nous auroit acquis l'amitié du prince. Le roy seul y a mis de la répugnance. II a promis au vieux comte de Maurepasde tenir dans une brillante nullité les princes de sa famille , et depuis que je suis icy j'ai eu Heu de remarquer que mon époux a des règles de conduitetoutestracéesdontilfrémiroitdes'ccarter dans certaines circonstances données et pour CPitaines personnes; par exemple, en ma c]u;i' litéd'Autiiclilenne,!! a promis à ce munie conili' (le iManiepas, «jue je ne serois jamais couroiincc, et vous \oye/, que si j'avois eu le malheur de souhaiter cette cérémonie, j'en serois pour
mes espérances et pour mes regrets. Le duc d'Orléans a trois fils; il gouverne les deux premiers à sa fantaisie, et on assure que ces aimables princes ont épousé toutes les préventions de leur père contre moy. Le jeune comte de Beaujolois ne pense pas de même ; il a des sentiments à part, il est resté Bourbon dans toute Tinnocence de son âme, et cet estimable enfant éprouve une tendre pitié pour mes malheurs. Il m'a envoyé secrètement ces jours derniers un nommé Alexandre, valet de pied, je crois, de réducation. Ce brave homme, dont la physionomie candide m'a prévenue en sa faveur,' a mis un genou en terre en m'abordant et, en versant des larmes, m'a remis une lettre du jeune prince où j'ai trouvé les plus touchantes paroles et les plus respectueuses, et les sentiments les plus purs. Le bon Alexandre m'a suppliée de lui garder un secret inviolable, et m'a dit que souvent le comte de Beaujolois parloit d'échapper à son père et de mourir les armes à la main en défendant son roy. Leur mère, vous le savez, est aussi mon amie. — Ne me renvoyez pas mes diamants, qu'en ferois-je icy, je ne me
295 CORHESPONDANCK
pareplus, ma vie est une existence toute nouvelle, je souffre nuit et jour, je change à vue d'oeil, mes beaux jours sont passés, et sans mes pauvres enfants, je voudrois être en paix dans ma tombe. — Ils me tueront, ma chère Christine, après ma mort défendez moy de tout votre cœur. J'ay toujours mérité votre estime et celle des honnêtes personnes de tous les pays. — On m'accuse d'horreurs, je n'ai pas besoin de dite cpie j'en suis innocente, — et le roy par bonheur me juge en honnête homme ; il sait bien que je n'ai jamais manqué à ce qtie je devois à lui et à moy même. — Tout ce que vous a raconté le parent de W de Cazalès est de la plus grande exactitude, si vous le revoyez, dites lui, s'il vous plaît.combien je suis reconnoissantedes services qu'il m'a rendus, et de tous ceux qu'il voudroit me rendre. — Je pleure à toute minute notre l)on frère, quelle perte pour moy dans les circonstances où nous sommes! — Ménage/. nou>, s'il 1 ous est possible, la bienveillance et le zèle des ministres actuels. — li y a des moments oii jeserois tenlée d'en\Dyer vers Ijéopohl la boniicet aimable Lamballe, elle \ous verroit en pas-
DE MARIE ANTOINRTTE. 293
sant, et vous lui traceriez ses démarches à la cour. I^ prince mon cher beau-frère la connoît, elle aime beaucoup son genre d'esprit et son caractère, elle a fait secrètement et pour m'obliger le pénible voyage d'Angleterre, La reine et ses filles l'ont accueillie favorablement, mais la raison du roy est égarée. — C'est le chancelier de Téchiquier qui gouverne, et il a dît cruellement et presque en termes exprès à la princesse que nous nous sommes attirés nos malheurs.
UAssemb : nationale très fatiguée de ses travaux se retire et appelle un autre corps législatif. — Selon toute apparence, on va nommer des républicains. — Hélas! qu'allons nous devenir, ma chère Christine ! — Adieu , je vous charge de mes tendres amitiés pour notre abbesse *. — J'ay bien besoin de ses prières et de son appui. — Je vous embrasse tendrement Tune et lautre étant votre bonne sœur.
Marie Antoinette.
* Marte Elisabeth Antoinette , de Lorraine , sœur de la reine, abbesse du chapitre noble dlnspriîck.
fn ConRESPONDANCR
Ce a DO V timbre i~gj- A- SON FRÈRE lÉOPOLD.
J'ni reçu votre lettre, mon cher frère, avec toute l'attention qu'elle meritoit, et j'ai été touchée jusqu'au fond du cœur de toutes les marques d'amitié et d'intérêt que vous me donnez ; il me semble avoir répondu à l'avance à vos observations en vous envoyant le mémoire qui regarde la grande affaire, mon opinion est toujours ce qu'elle étoit le mois de septembre et le mois dernier. Je n'ai pas cessé un instant d'avoir h plus entière confiance dans les sentiments et la sagesse d'un frère aussi tendre et aussi éclairé. faut-il donc ajouter aux affreux malheurs qui m'accablent de près, celui des défiances qui nir menacent de loin dansuncœurqui m'est si cherl Non, je suis loin de songer à recourir à (iimoyens violents, la violence feroit périr par l.i violence, c'est la pensée de tontes mes lettre, et voilà pourquoi j'avois timt insisté pour un congrès, voilii ce qui m'a toujours fait dire qu il f'iilloit niénaiîcr surtout ('«'tte chisse si nnm-
breuse de gensjusquicy timides, mais amis de Tordre et de la monarchie, et à qui Thorreur de la guerre civile et des républicains sanguinaires, domieroit enfin du courage et l'accord qui leur manque. Voilà aussi pourquoi j'avois tant désiré le désarmement des émigrants dont les folles tentatives soulèvent tant de défiances, même chez les gens modérés et monarehiques ; encore une fois les frères du roy sont les meilleurs de tous les parents, mais vous savez quelle foule imprudente les entoure ; ceux là font la joie des pervers qui nous attribuent tout le mal, de quelque côté qu'il vienne; certes ce n'est pas oublier la modération que de consulter, autant que nous nous étudions à le faire, l'esprit public en ce qui touche la constitution, de demeurer dans les voies légales et de ne laisser ainsi aucune prise à la malveillance si ac* tive des factieux. Je suis heureuse, moii cher frère, qu'en résumé nous soyons si bien d'aocord sur le fond des choses : le désaveu donné aux émigrés, le concert préparé entre les puissances, les armements proportionnés à ceux qui menacent, telles sont vos vues dignes de votre
COnnESHONDANCE
de Totre tendresse et sagesse, ces vues nôtres, tant que les puissances n'essaye- I j int à s'ingérer dans les afiaires de la 1 nce, et qu'elles feront bonne contenance en n I efnp5,on pourra espérer; jevous reroerrâe en ire de votre lettre, mon cher frère, lani d'am co île adversités, et je %oas
ai bnd du cœur que je
•vous i B et vo se.
1 , ce 3 décembre 1791.
A ÎOEUR '.
Madame ma sœur, je profite de la première occasion sûre où il m'est possible d'exprimer h votre majesté les sentiments de reconnoissanw qui sont dans mon âme pour tout l'intérêt qu'elle ne cesse de montrer sur notre cruelle position ; mais, Madame, mon cœur ne seroit point satisfait s'il ne s'ouvroit à vous entièrfiiifiit avec la confiance ([ue votre intérêt, la nol)les>e de votre àme et votre grand caractère savent si bien inspirer.
' M^ii le Lmiisr.dTspnfiiii'.frninie tli-reni[HTciir I,éoii.ilil
Livrés entièrement à nous mêmes, irtryanf personne auprès de nous à qui nous fier, je vais tâcher de vous tracer notre position et je demande d*avance l'indulgence de votre majesté ; je ne , connois point la politique ni son langage, l'intérêt seul de mon cœur me guide; je vais prendre à une époque qu'il est bien intéressant que votre majesté connoisse parfaitement pour nous juger. Le roy a accepté la constitution, non pas qu'il la crût bonne ni même exécutable, mais il l'a acceptée pour n'être pas le prétexte de plus grands troubles et malheurs dans le royaume, que les, factieux n'auroient pas manqué d'attribuer à son refus; il Ta acceptée dans l'espoir d'en faire mieux sentir tous les défauts en ayant l'air de vouloir franchement la faire exécuter, et prouver par la chose même qu'elle ne pouvoit point aller; il l'a acceptée enfin par l'ignorance totale où il s'est trouvé des dispositions des autres puissances à son égard. Ha! Madame, ce n'est pas k moi de me plaindre, mais ceux qui par tous les liens du sang, de l'honneur et de l'intérêt, pourroient et devroient même nous instruire, nous
3ans ces moments, par des craintes dois attribuer qu'à des considérations ] r ne e siireté personnelle, ceux là nous ont laissés dans une ignorance totale des Intentions extérieures. Livrés à nous mêmes, que pouvions Il is faire? Il falloit donc accepter, ponr tâcher er ." '' najeure partie delà
nation, ; par une horde de
factieux ei : pour sauver la vie
et l'existé à la partie des honnêtes gens qui sont encore < France, et qui lidèles à leur rov, à leur devoir, trop foîbles et abandonnés
comme nous, auroient été les premières \ictimes; ce n'est donc par aucun sentiment de foiblesse que nous avons été entraînés, la craintede nos propres dangers ne peut agir sur nos âmes . les avilissements que nous éprouvons s;uis cesse, les indécences dont nous sommes témoiii-i sans avoir aucune force , aucun moyen de lf> arrêter et les réprimer, la scélératesse de tout ce qui nous entoure , la méfiance où nous devons être toujours, même dans notre plus giand intérieui-, n'est ce pas là une mort morale et continuelle mille fois pire que celle physique qui
délivre de tous maux ! Votre majesté qui connoit si bien tous les genres de courage, doit trouver que celui de souffrir de pareils tourments est le plus grand de tous ; mais c'est trop vous parler, Madame, de choses aussi affligeantes, il faut penser au remède ; c'est à votre générosité, à votre grande âme que nous nous adressons avec confiance.
Dès le mois de juillet j'ai demandé, j'ai con^ juré l'emp^ de s'occuper de nos affaires, j'avois donné dès lors à mon frère un plan pour rassembler un congrès armé, où toutes les puissances se réuniroient; les forces qui auroient accompagné ce congrès seroient restées derrière pour en imposer et en même temps éviter les malheurs que l'apparition d'une armée étrangère auroit occasionnés dans l'intérieur du royaume; le moment étoit pressant alors, et si l'emp^ m'avoit répondu, il auroit fixé notre conduite sur l'acceptation. Mais cette même démarche du roy eût changé sur quelques formes, non sur le fond. Le projet du congrès me paroit le seul moyen pour pouvoir arriver à un but solide et heureux pour ce pays cy ; la diffé-
300 COBRESPi*DANCE
rence d'opinions, l'aigreur des partis, tout met obstacle ii un accord quelconque sans l'entremise des puissances, mais le roy a accepté la constitution, il a dû paroître faire cet acte librement, aussi lui, ne doit jamais arguer de sa non liberté sur rien, c'est les faits, c'est sa position journalière qui proii\entce qu'il est.
n faudroit donc que le congrès eût l'air de ne s'assembler d'al>ord que pour l'intérêt et l'équilibre généra! de l'Europe, et ce pays cv donne assez de matière à cela. Iji personne que je charge de faire parvenir cette lettre à votre majesté pourra en même temps lui envoTer des notes que j'ai faites pour les principaux motifs à mettre en avant au congrès; il est très essentiel que nous n'y paroissions en rien, et même qu'icy nous puissions suivre exactement la marche que nous avons adoptée, pour ne pas donner aucun soupçon et pouvoir inspirer lu confiance, qui seule peut nous ménagerie rotoiiidu peuple c|iiand il aura une fois senti la [uisèrc et les malheurs qu'entraîne l'état actuel. MiIn pour cclaj il faut que nous agissions dans le sens <|iii lui convient, et <|ue pctsoime que no.i
vrais amis ne connoisse nos véritables senti ments; la marche est difficile, j'en conviens, mais elle est sûre, surtout si votre majesté veut bien nous aider. L'extrême prudence que nous devons mettre dans nos projets et toutçs nos actions, fait qu'il nous a été impossible d'instruire les frères du- roy de nos idées; à Dieu ne plaise qu'il y ait la moindre méfiance entre nous (comme on veut le répandre); nous jugeons de leurs cœurs par les nôtres, et nous savons bien qu'ils ne sont occupés que de nous , mais tout ce ' qui les entoure n'est pas de même : la légèreté des un^, l'indiscrétion des autres, l'ambition même de quelques uns, tout impose à nos cœurs la loi pénible de ne pas leur parler avec l'abandon ou la confiance qu'ils mériteroient par leurs sentiments personnels ; c'est donc à votre majesté. Madame, et à l'ascendant que vous devez avoir sur eux par vos bontés, que nous remettons nos intérêts les plus chers; veuillez bien les guider dans le sens qui, sans nous découvrir à eux , peut nous être utile en leur prouvant bien qu'ils ne pourroient que perdre leur trop malheureuse patrie en agissant d'une manière
CORREiSPONDA>CE
le ; et quand même avec des forces supérieures on pourroit entreprendre quelque chose, il faudroit encore que les princes et tous les François restassent derrière. Le mal commence à se faire sentir icy, un peu de constance et de patience nous mènera à notre but dans Tinterieur; mi ur il il faut au dehors une i ne peut être motivée sans dai t, e par congrès armé qui, retenant les princes d ité, en impose aux factions de 1 me aux gens modères de tous ! ;ô i m de force et un point de réunion. C da es vues que nous écrivonsau roy d'Espagne etauroy de Suède sur l'intérêt desquels nous devons entièrement compter par la manière franche et noble dont ils agissent. Le roy doit écrireaussi au roy de Prusse pourle remercier de la bonne volonté qu'il lui a témoignée; mais, sans entrer dans les détails df nos projets, daigne/, employer \os bons ofIice> pour nous tians cette cour et dans celle de Diineniark , engagez aussi reinp"" à se montrer enlin mon frèie; votre majesté voit que j'aLinstMK' la cuiiliancc qu'elle m'inspire, mais j'aurois taiii
de satisfaction à devoir notre bonheur à une souveraine qui par son grand caractère a déjà acquis tous mes sentiments d'attachement et d'admiration, il me sera bien doux d'y ajouter celui de la reconnoissance.
Pardonnez, Madame, si je finis sans cérémonie, mais je ne sais point l'étiquette. Le roy qui m'a permis d'écrire à v : m : me charge de lui dire que tous nos sentiments sont communs, et qu'il la prie, si elle a quelque chose à pous communiquer, que cela ne soit que par M'' le baroD de Breteuil qui a toute notre confiance, et il est bien essentiel pour nous que le secret soit absolu pour tout autre.
Ce 6 décembre (1791).
AD COMTE DE MERCY
Je VOUS envoyé, monsieur le comte, un paquet pour M' de Fersen, je compte sur votre dévouement ordinaire pour le faire arriver, je vous
sa* conitb^PONDANCll
ai laissé le soin d'y mettre mon cachet pour que vous lisiez ce qu'il contient à l'adresse de l'impératrice de Russie ; gardiez vers vous la copie pour me la rendre si vous le jugez à propos. La lettre du roy a pour objet d'expliquer les raisons de la démarche de la France contre les électeurs, la fermeté et la sagesse des puissances fera le reste; je vous dirai comme à W de Fersen, le mal seul ne peut pas opérer !« bien, et c'est pour cela qu'il faut une force étrangère et extérieure. Mais quand on croit que les François réfléchissent et qu'ils sont capables de suivre un système on leur fait trop d'honneur, en attendant je crois que nous allons déclarer la guerre, non pas à une puissance qui auroit des moyens contre nous, nous sommes trop lâches pour cela , mais aux électeurs et à quel- (jues princes d'AIIemaj^ne dans l'espoir qu'ils ne pourront se défendre. Les imbéciles, ils ne voycnt pas que s'ils font telle chose c'est non-servir, parce qn'enlin il fandi'a bien, si nous couiiiiençons, (pie toutes les pnissiinces s'en iiu- Icntpuur (léfemlie les droits de chacun; mais il faut ({u'clles r>oicnt bien con\aincues que nous
ne faisons icy qu'exécuter la volonté des autres , que toutes nos démarches sont forcées et que dans ce cas la meilleure manière de nous servir est de bien nous tomber sur le corps ; notre sort, encore une fois, est entre les mains de Tempereur et de ses alliés.
Adieu, monsieur le comte, croyez à celui qui vous remettra ce paquet, c'est un homme de cœur et de courage, esclave des bons principes; je confie cette communication à toute votre amitié et discrétion , je n'ai rien de secret pour vous.
Ce 7 décembre (1791).
AU COMTE DE MERCY
Je vous envoyé, monsieur le comte, une lettre pour l'emp^ et une pour ma sœur, le silence profond que mon frère garde à notre égard m'afflige trop pour que je ne vous le répète pas. Voici cependant le moment le plus important pour nous; notre sort va être entièrement entre
les mains de l'empereur, de lui va dépendre no-
cobhespunuance ':ence future. J'espère qu'il se montrera >n ire et le véritable ami et allié du roy, je du roy seul, car celui qui servira ses intérêts dans ce moment peut aussi sauver la France d'une ruine totale. Je ne réci-iminerai pointsur le passé, je ne dirai pas que si remp*" avoit exécuté ce que je lui av emandé dès le mois de ji e congrès auroit déjà
lieu, oi I s innoncé, et nous se-
rions d i ition. Je ne parlerai
pas m que je lui ai écrite le
28 sept lis de nos véritables send-
raents, de nos . de nos espérances en lui;
je m'étois empressée de lui écrire dès le moment où je me suis trouvée seule dans ma chambre, et par la première occasion sûre que j'ai trouvée. Il ne pouvoit douter que c'étoit bien là nos sentiments personnels et qu'elle étoit bien écrite de ma propre et unique volonlô. pourtant il ne m'a fait aucune réponse, et jii])prends de toute part, tant d'icy que des pn\> étrangers, des ministres mêmes de mon frèie le disent, fjitc j'écris hitre sur lettre à tienne puni conjurer l'emp: de ne point se mêler dcnnsoj-
1)Ë MABIË ÀNTOINLUË. d07
foires j et que par conséquent il est lié à ne rien faire. J*a\oue que toutes ces circonstances auroient lieu d'affliger mon cœur si je n'étois persuadée que cette trame infernale ne part d'icy. C'est ce qu'il est essentiel d'éclaircir et qui le sera j'espère un jour; mais comme j'ai vu que ces propos pouvoient donner de moi une idée défavorable en Europe^ que de plus mon frère avoit l'air de se méfier, du sentiment de quelques unes des puissances, nous nous som« mes décidés à établir une communication franche et confidentielle avec celles qui montrent le plus d'intérêt à notre cause, pour nous assur rer de nous mêmes de leurs intentions, leurex-* poser notre position , nos désirs et les deman* des que nous avons faites à l'emp'. J'écris avec l'aveu du roy à ^impératrice de Russie, au roy de Suède, au roy d'Espagne, j'attends de bons effets de ces ouvertures. Notre position qui jusqu'à présent a toujours été des plus fâcheuses, peut pourtant, par les circonstances présentes, tourner à notre avantage, si elle est bien con<* duite et que l'emp' et les autres puissances veuillent réellement nous aider en s'approchant
a08 ' CORRESPONDANCE
avec des forces imposantes de la frontière, sans franchir le territoire du royaume. C'est àreinp'' et aux autres puissances actuellentent à nous ■ servir. Nous serons obligés à Ëiîre des dànarch^/et moi surtout vis à vis de mon frère, mais comment pourra-t-il les regarder de bonne tV» comme des actes de notre volonté? Il doit silice point savoir aujourd'hui à quoi s'en tenir, et il n'agiroit point à l'aveugle, il me semble d'ailleurs qu'il y va dés ît pi'ésent de la ti'anquiliité de ses propres états; que mon frère ne s'y trompe pas, il sera tôt ou tard engagé dans nos affaires. D'abord si nous sommes assez sots pour attaquer, il sera obligé, comme chef de l'empire, de soutenir le corps germanique, et de plus, aiec des soldats aussi indisciplinés que les nôti-es, son territoire sera bientôt violé de tous les côtés. Il n'est plus temps de craindre pour nos personnes, la marche que nous avons adoptée en avant l'air de marcher franchement thms iv sens (|u'oii désire, nous met eu sûreté, et le plusgiMud diinger detousseroit de rester counno nous sommes; il est vrai <ju'un pareil état ne peut durer, il mène droit ii une catastrophe.
DB MARIE ANTOINETI'B. 309
C'est à votre zèle, à votre constant attachement pour moi que je me fie pour bien conduire une affaire aussi importante et qui demande toutes vos lumières, votre prudence et votre discrétion ; mais on ne peut plus différer, voici le moment de nous servir; si^on le manque, tout est dît et Temp' n*aura plus que la honte et le reproche à se faire aux yeux de Tunivers entier, d'avoir laissé traîner dans l'avilissement et le malheur, pouvant les en tirer, sa sœur, son neveu et son allié. Je vois peut être bien vivement, mais le moyen que cela soit autrement quand tous mes intérêts sont réunis et que l'explosion qu'on pourroit empêcher est prête à se faire. Blûmendorff doit déjà vous avoir mandé ce que je pense sur votre retour icy*, quelque bonheur que j'eusse à revoir et à causer avec un ami qui a toute ma confiance, je crois qu'il ne peut rçsulter que beaucoup de mal si vous revenez dans ce moment. Au reste, les circonstances présentes doivent empêcher naturellement votre retour; de près ou de loin,
* Le comte de Mercy avait quitté la France vers la fin (le Tannée précédente.
CUItRE^PONBANCE
j> compte sur vos sentimeiis comme vous poo- \e£, compter &ur le& miens.
('79'*) A MADAMK DK POUGNAC
Non, non, mon amie, la guerre ciWle est un« horreur, la guerre étrangère une infamie ; il faut Nubir ce que Dieu envoie.
Vendredi (1791}.
AL' COMTE DE MERCY
J'ai reçu votre lettre, monsieur le comte, je \ ous remercie de tout ce que vous me mandez de Bruxelles et des nouvelles de l'Alsace, mais je ne vous parlerai point aujourd'hui des nouvelles d'icy, ne vous en rapportez Jf»as aux publiques; quant aux secrètes, je m'en remets à M' de C. qui vous remettra ce paquet dans le- (]uel sont des lettres pour mon frère.
DE MARIE ANTOINETTE. 3a
Depuis^ il n'y a rien de nouveau, on débite de très belles choses, mais je ne m'arrête plus qu'au certain, c'est une habitude que bien des contrariétés m'ont obligée de prendre et que je ne veux plus perdre; vous me connoissez assez pour juger l'agitation où je suis. Dieu veuille qu'elle puisse finir bientôt; ce qu'il y a de sûr, c'est que je ne néglige rien.
W d'O. est revenu de Londres. Adieu, monsieur le comte.
Ce 17 .... (1791).
Je vous remercie, monsieur, la lettre est à merveille, elle est ferme sans dureté, elle rend bien ce que nous voulons et elle est persuasive, je voudrois bien avoir à faire le même éloge de ce que nous avons reçu d'Espagne.
J'allois fermer ma lettre quand je reçus votre billet, la lettre de M'^ de Fersen et celle de M' de C. J'approuve fort votre idée, nous n'avons déjà pas trop d'amis dans le monde, il
.agei'ceux que Dieu nous envoyé. Adieii, toute I flexion faite, j'ai écrit la lettre d'hier en blanc et en noir. J'allois fermer définitivement ma lettre quand le r : m'apporte la dépêche àc Montm : pour l'Espagne; elle est fort courte, on s'est borné à énoncer le fait et on ajoute qu'on connoît trop les bontés de s : m : c : pour pousser les réflexions plus loin, je n'en ai pas non plus dit davantage à ma sœur.
AU COMTE DE MEBCY
Voici, monsieur le comte, ma lettre à l'eropereur, il n'y a pas lieu au courrier d'Espagne.
Je vous prie, après avoir fait tirer une copie de la lettre à mon frère, de la cacheter, vous y mettrez l'adresse, ce sera autant de fait; les rnssettcs ne sont pas encore prêtes, on plutôt je n'ai pas encore trouvé une occasion assez. st"ire pour les confier.
J'ai encore reparlé à T>aborde, il est impossi-
jm UABÏR ANTOmETTE. 918
ble de le faire changer d'avis. Adieu , monsieur le comte, je vous recommande cette autre lettre pour M' de F.* qui en contient une pour Temp"^ de Russie.
A SON FRÈRE LÉOPOLD
Mon cher frère, le conseil que vous savez s'entend toujours très bien avec Montm., homme honnête, mais malheureusement timide, mais il ne peut supporter les autres ministres, il a surtout en horreur Duport qui est un hideux jacobin disposé à tout; jugez maintenant de la sécurité où nous sommes. Dans ce moment cy TAss : est divisée plus que jamais, et Ton semble n'y être d'accord que pour me calomnier et me noircir. — Il paroit qu'on a fait évader la femme r^amotte, on l'a fait chercher partent, on a retrouvé ses traces ; mais Ceux qui l'avoient été
• De Fersen.
COBBBSPONDANCE
T et prétendoient s'en servir, l'ont fait itre quand Us ont su que l'éveil étoit c B. — Nous avons tiré de cette infamie une preu de plus de la perversité des partis, mais je m'applaudis de cette disparition, car la réWsion de cet abominable procès auroit encore mis le feu aux poudres. Rassurez vous doncstir ce côté. — Attendons une autre scélératesse.
Les émigrations se multiplient, elles sont un malheur : si la noblesse s'étoit fortement groupée antour de- nous, elle auroit f<»m^ iu noyaa astonr de nous dans ia. t'^raîte. La noblesse nous perdra «n nous abandonnant à tons les dangers, nous sommes forcés de nous sauver sans elle. Ce qui nous en reste murmure sans cesse, et s'alarme quand en définitive nous travaillons pour elle, alors nous la caressons pour la rassurer, aussitôt le bruit en court, et les furieux de l'ass : redoublent de fureur, — quelle existence !
AU COMTE DE MERCY
Je pense, monsieur le comte, profiter de l'occasion de M^ de C. qui quelque doucement qu'il aille, arrivera sûrement à Turin longtemps avant M** de B. pour remettre au roy de Piémont la lettre que 1 ^^ désire; préparez aussi ce que vous avez à m'écrire. M** de V. passera auprès de vous et prendra vos paquets. La nouvelle d'hier me tourmente au delà de ce qu'on peut croire; j'espère cependant, comme il n'y avoit rien de dangereux dans la lettre et que madame de S. a bonne tête, que ce ne sera qu'un orage passager; vous devez vous être fait maintenant une idée arrêtée sur le projet que l'on m'a chargée de vous remettre. Faites moi le plaisir de l'envoyer à mon frère si vous le trouvez convenable. Bonjour, monsieur le comte.
Ce i6 janvier 179a-
AT de S : qui va tous joindre, monsieur, veut bien se chaîner de mes commissions, il compte faire une course pour aller voir le p : GalUlzm, et d'après Totrë conseil, je faî prié de porter directement une lettre de moi à mon frère : l'ignorance totale oïl je suis des dispositions du cabinet de Vienne rend tous les jours ma portion plus affligeante et plus cntit^ue : je ne sais quelle contenance faire, ni quel um prendre, tout le monde m'accuse de dissimulation, de fausseté, et personne ne peut croire (avec raison) qu'un frère s'intéresse assez peu à l'affreuse position de sa sœur, pour l'exposer sans cesse, sans lui rien dire. Oui, il m'expose et mille fois plus que s'il agissoit; la haine, la méfiance, l'insoienee, sont les trois mobiles qui fout af;iidans ce moment ce pays cy, et parce (pi'eii niênie temps on ne fera rien au dehors, cela est clair, il n'y » <|ii'à voir les uionients où ils ont riii que réellement les puissances alloiilit prendre le ton (pli leur convient, noniniément à l'of-
DE AJARIK ANTOINETTE. 317
fîce du 21 X**"^ de Terap : jpersonne n'a osé par-, 1er, ni remuer, jusqu'à ce qu'ils fussent rassurés : que l'emp : donc sente une fois ses propres injures. Qu'il se montre à la tété des autres puissances avec une force, mais une force imposante, et je vous assure que tout tremblera icy. Il n y a plus à s'inquiéta pour notre sûreté, c'est ce pays cy qui provoque à la guerre, c'est l'assèm : qui la veut, la marche constitutionnelle que le roy a prise le met à l'abri d'un côté, et de l'autre son existence et celle de son fils^ sont si nécessaires à tous les scélérats qui nous entourent, que cela fait notre sûreté, et je le dis, il n'y a rien de pis que de rester comme nous sommes, et il n'y -a plus aucun secours à attendre du temps, ni de l'intérieur. Le premier moment sera difficile à passer icy, mais il faudra une grande prudence et circonspection : je pense comme vous, qu'il
faudroit des gens habiles et sûrs, pour être in* formés de tout; mais où les trouver? Si j'ai bien lu votre chiffre 83, vous voulez indiquer Pelin; j'ai lieu de m'en méfier beaucoup, je suis presque sûre qu'il rend des comptes peu exacts. Au reste, c'est un intrigant comme tous les au-
SiB coHllEâPo^ui^cl';
très, et qui est à tout le monde. M"" de Marboîs ne fera pas, j'espère, un voyage heureux, je l'ai vu avant de partir, il pense à peu près comme moi sur cela ; on le dit honnête homme, mais il est lié etprotégé par de» intrigauts, nommément par M*" Dumas. Il y a jguerre ouverte dans œ moment cy entre les ministres Lêsaart et Narimnne : èe dernier sent bien que sa phiee est dangereuse et il vent avoir celle de l'autre ; pour cda ils se font attaquer tous les deux de tous cAtés. C'est pitoyable^ le meilleur des deqx ne vaut rien ^tt font. Vous ferez fort bien db placer nOtn ai^nt. Mandez moi si il faut pour cela que je fasse quelque démarche vis à vis de ma sœur. La course que M"" de Laborde vient de faire, m'a fait faire aussi quelques réflexions sur mon argent qui est chez lui, je voudrois bien qu'il le plaçât en Angleterre, voyez, si vous voulez bien lui en écrire, ou mandez mol ce que vous penser sur cela.
Adieu, compte/, toujours sur mon amitié.
DE MARIE ÀNTOlNETTl!!. 3ld
Ce i*' février 1792.
KV PMNCE DE KAUNITZ.
Croyez, monsieur, à tout ce que le porteur de ce billet vous dira, il voit juste et connoit bien notre position. Je suis charmée d'avoir une occasion d'assurer le respectable et bon serviteur de Marie Thérèse que, quelque chose qui arrive, sa fille cherchera toujours à être digne d'une pareille mère et de l'estime de son ministre et ami.
Marie Antoinette.
Ce 4 juillet 179a.
Vous connoissez déjà les événements du 20 juin , notre position est affreuse et devient toujours plus critique : il n'y a que violence et rage d'un côté, foiblesse et inertie de l'autre, l'on ne peut compter ni sur la garde nationale ni sur l'armée, on ne sait s'il faut rester à Paris ou se jeter ailleurs. 11 est plus que temps que
;iJHKtiiPÛNI)AJSCE
les puissances parlent fortement. Le 1 4 juillet et jours suivants peuvent être l'époque d'un deuil général pour la France et de regrets pour les puissances qui auront été trop lentes pour s'expliquer ; tout est perdu si on n'arrête pas les factieux par la crainte d'une punition prochaine. Ils veulent à tout prix la république, pour arriver, ils ont résolu d'assassiner le roy ; il seroit nécessaire qu'un manifeste rendît l'assemblré nationale et Paris responsables de ses jours ft de ceux de sa famille. Malgré tous ces dangers, nous ne changerons pas de résolution, vous devez y compter autant que je compte sur votre attachement.
Je me plais à croire que vous êtes un homme dévoué, et que je partage le sentiment qui vous attachoit à ma mère. Voilà le moment de m'en donner une grande preuve en sauvant le roy, moi et les miens, moi, s'il en est temps. Je vous envoyé un mot encore par' une autre ^oie.
MaIUE ANTOIMniE.