A MADAME LA DUCHESSE I
Paria, 13 juillet 1766.
Croiriez-vouE que j'ai tiré de madame de Biron le récit de l'aventure qui a donné l'occasion des vers que je vous envoie ; sa parole était bien tremblante et entrecoupée. Il me paraît qu'elle vous aime à la folie et qu'elle s'est parfaitement bien divertie à Ghanteloup. Je ne suis pas troR contente de la santé de la maréchale ; tout le monde est frappé de son changement; elle me paraît fort affectée d'une histoire qui fait ici grand bruit. Ce sont des lettres de M. Hume au baron d'Holbach, contre Jean- Jacques ; en voici un extrait qu'on assure être très-fidèle. C'est-à-dire voici ce qu'on écrite milordHoldemess, qui avait prié qu'on lui mandât ce qu'on en apprendrait.
« J'eus l'honneur de vous écrire hier, milord , mais « j'étais mai instruite. Voici le fait assuré. M. Hume » a fait avoir une pension à Rousseau, de son consente- » ment. Il a changé d'avis et n'en a plus voulu ; mais,, » pour toute reconnaissance, il a écrit à M. Hume » une lettre pleine d'insolence, par laquelle il lui B a marqué qu'il sait qu'il est lié avec ses ennemis et • qu'il a voulu le déshonorer, etc. M. Hume, qui a i pris cela pour une déclaration de guerre, comme il » le marque au baron d'Holbach, a voulu en faire » prévenir ses amis, et en conséquence a écrit deux I lettres à ce baron, en anglais, où il déclare qu'il veut
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» le dénoncer à toute la terre. On lit encore dans la 1 même lettre au baron d'Holbach : C'est le plus in- » digne mortel qui ait jamais déshonoré l'humanité. » Voilà tout ce qu'on sait de cette histoire; il n'en est venu aucune nouvelle d'Angleterre, et M. Hume n'en a rien mandé à M. le prince de Conti ni à madame de Boufïlers '.
< Ce fut à c«tte occasion que H. Walpole écrivit à Hume la lettre suivante, trouvée dans les papiers de madame du DeCTand. (Voir la lettre de madameduDeS^ndà Walpole, du 9 juillet 17(!6.)
DE M. HORACE WALPOtE A M. HUMB
s Je ne peux pas me rappeler avec précision le temps où j'ai » écrit la lettre du roi de Prusse. Mais je vous assure, avec la plus » {grande vérité, que c'était plusieurs jours avant votre départ de » Paris, et avant l'arrivée de Rousseau à Londres; et je peux vous
> en donner une forte preuve, car non-seulement par égard pour » vous, je cachai la lettre tant que vous restâtes i Paria, mais ce s fut aussi laraisonpour laquelle, par délicatesse pour moi'méme, » je ne voulus pas aller le voir, quoique vous me Teussiez sou- » vent proposé. Je ne trouvais pas qu'il fût honnête d'aller faire B une visite cordiale à un homme, ayant dans mapocheune lettre 1 où je le tournais en ridicule. Vous avez pleine liberté, monsieur, » de faire usage, soit auprès de Rousseau, soit auprès de tout
> autre, de ce que je dis pour votre justification. Je serais bien
> fâché d'être cause qu'on vous fît uicun reproche. J'ai un mépris » profond pour Rousseau et une parfaite indifférence sur ce qu'on » pensera de cette affaire.
> Mais s'il y a en cela quelque faute, ce que je suis bien loin de
> croire, je la prends sur mon compta; il n'y a point de talents qui
> m'empêchent de rire de celui qui les possède, s'il est un char-
> latan ; mais s'il a de plus un cœur ingrat et méchant, comme » Rousseau l'a fait voir ï votre occasion, il sera détesté par moi, ■ comme par tous les honnêtes gens. H. Walpoi.r. »
ConnaisBez-vousune feuille volante assee ancienne et qui a pour titre : Prédiction tirée d'un vieux manvscrit? C'est l'analyse du roman d'Héloïse. Si vous ne l'aviez pas lu et que vous vouliez le voir, je vous l'enverrai. Je suia SèiChée que vous ne vous expliquiez pas sur votre retour; je crains qu'il ne soit bien éloigné. Vous n'avez point soin de l'éducation de votre enfant; personne aujourd'hui ne me gouverne, ne me gronde, ne me caresse.
Je suis comme Zaïre, on me laisse à moi-même. Et je ne puis pas être en de plus mauvaises mains. Venez donc avant que j'aie pris un mauvais pli. Je suis quelquefois tentée de faire l'importante , la grande personne, et de me moquer de tout ce que je vois et j'entends.
££ LA DUCHESSE DE CHOISEUL
A Chuitdoiip, ce 17JuUlet 17G6.
Je ne puis souffrir qn^ madame la maréchale de Luxembourg se tourmente à se rendre malade des malheurs qu'attirent à Rousseau ses folies fastueuses, quand il est bien sûr qu'il ne sacrifierait pas pour elle un grain de son insolent orgueil. .Ce que vous m'avez mandé de lui, a fait un plaisir indicibte à l'abbé, à qui je l'ai lu, parce que M. de Gontaut m'avait