‹ Correspondance inédite de mme du DeffandChapitre 25 sur 45 · I.XbyGOOglC · texte numérisé non relu

I.XbyGOOglC

DE LA DUCHESSE BE CHOISEUL

A ChitntelDiip, <x !3 mai 1167.

Je n'aime point du tout que vous soyez malade, ma chère enfant, que vous ayez des vapeurs, que vous vous ennuyiez. Vous avez bien fait d'envoyer chercher Poissonnier; je le crois moins mauvais qu'an autre. Puis il vous impatientera, et c'est bien quelque chose que l'impatience : c'est toujours un sentiment, et c'est plus par le défaut de sentiments qu'on s'ennuie que par la disette d'idées. Quand je suis à Versailles, je monte souvent à cheval, uniquement pour me faire peur. Mandez-moi si les jours que vous m'écrivez vous vous en trouvez bien pour votre santé, et soyez exacte à ce régime s'il vous est bon ; pour moi, il m'est excellent de recevoir vos lettres.

Le discours d'un des messieurs ' m'est arrivé avec votre dernière lettre, et sur votre exclamation pour , ces trois pages que vous en avez lues, je me suis bien promis de n'en pas lire trois lignes. Je suis comme vous, je hais les beaux discours ! Ce n'est pas que je ' ne sois souvent impatientée de si mal dire.

Vous voulez que je vous rende compte de tout ce que je fais ici. Hélas! je n'en sais rien, et cet hélas n'est ni de pitié, ni de douleur, ni de regret. Nous n'avons de

» L'abbé de Chauvelîn, conseiller au parlement, grand anlagonisle des jésuites.

Ti VOBBESPONDANCE

règle sur rien. La règle est une entrave, le plaisir n'en veut point. Seulement, le dîner et le souper sont fixes ; mais encore, suivant que nos gens ou s'amusent ou s'ennuient, ils préviennent ou font languir nos pauvres estomacs. Un trictrac, des dés, des volants, des chevaux, la promenade ; un pauvre clavecin que l'abbé assomme, et avec lequel parfois-j'écorche aussi les oreilles, et ma petite voix de fausset brochant sur le tout, sont nos passe-temps journaliers. Toujours contents de l'instant présent, nous ne formons pas de projets pour celui qui lui succède. Les projets ne sont que le désir du mieux être,'fondé sur l'inquiétude du présent; et nous passons chaque jour à faire et dire les mêmes choses, sans croire nous répéter. La paix, la douce paix du cœuf et de l'esprit n'a pas besoin de diversité ; mais cette uniformité fait passer le temps avec une rapidité effrayante, quand on regarde en arrière. Nous avons cependant eu quelques visites et le temps en était plus long, car ce n'était pas ce qu'il y avait de mieux. Vous voudriez être ici? Ce tableau de notre vie ajoutera peut-être à votre envia. Je vaudrais aussi que vous y fussiez, si tout ce qui est amusant pour noua pouvait l'être aussi pour vous; mais au lieu de cela, vous vous ennuieriez mortellement, et je dois sacrifier le plaisir que j'aurais de vous posséder, à votre bonheur. Le petit oncle n'est point encore ici. Il est resté à Paris pour des affaires qui nous sont communes. Je le rappelle de toutes mes forces, car il n'y a pas â'affaire qui vaille un ami. Je n'ai ppint encore reçu la lettre de M. Walpole. Dès que je l'aurai, je vous l'enverrai.

DE MADAME DU DBFFjEnD. 71

Ce polisson d'abbé arrive, qui veut que je vous pré- - sente ses hommages.

Je vous prie de faire mes remercîments à l'ambassadeur d'Angleterre.

Si vous voyez madame de La Vallière ', n'oubliez pas, je vous prie, de lui parler de moi ; j'ai peur qu'elle ne m'oublie, et j'en serais bien fâchée, car vous savez que je l'aime beaucoup.

•A LA DUCHESSE DE CHOISEÏÏL

Paris, ce S3 mai 1757.

Je comptais, chère grand'maman, que, pour cette fois-ci , j'écrirais à l'abbé, me faisant scrupule d'abuser de votre indulgente bonté. Mais il vient de^me survenir un trouble, un chagrin qui me force de m' adresser à vous. Je ne sais pas quel monstre sorti de l'enfer a projeté de me mettre mal avec M. de Choiseul ; on lui a rapporté que je me réjouissais infiniment de ce que le roi allait prendre une dame à qui il donnerait de quoi tenir maison, et chez qui il irait souper comme il faisait chez la défunte ; que je ne doutais pas que ce

' La duchesse de La ValliAre, fille du duc d'Ueez, passait pour une des plus belles personnes de son temps, et a conservé sa beauté jusque dans un âge fort avancé. Elle est morle vers 1793, à quatre-vingts ans.

],i,;™b,.Googlc

76 CORHESPONDANCK

ne fût madame de M... ' ; que je trouvais cet établisse' ment raisonnable, charmant ; qu'il importait peu que cela déplût au ministre, etc., etc. Vous pouvez juger si j'ai tenu un pareil propos. Ce fut hier au soir que madame de Beauvau me raconta tout cela de la part de M. de Choiseul. Elle s'était chargée de ma justification ; mais je ne m'en suis pas contentée et je lui ai écrit ce malin. J'espère qu'il ne lui restera aucun soupçon contre moi ; mais il me restera à moi l'inquiétude d'être exposée à des tracasseries, puisqu'il écoute et croit tous les rapports, et que le plus ancien et le plus sincère attachement ne me met point hors d'atteinte auprès de lui. Ne lui en écrivez point. Il doit vous aller trouver de lundi en huit, il sera assez temps de lui en dire un mot.

Je ne suis pas d'assez belle humeur aujourd'hui pour vous entretenir longtemps. Ah ! j'ai trop souvent l)esoin de faire du courage. Si cette expression n'est pas française, cela ne me fait rien. Je ne t'en trouve pas moins bonne.

Je viens de recevoir une lettre d'Angleterre. On me mande que Jean-Jacques en est parti, brouillé avec son hôte, M. Davenport; il a écrit au chancelier pour lui demander une garde pour le conduire à Douvres, où il veut s'embarquer pour aller je ne sais où ; l'on me prie, en cas qu'il passe par la l''rance, d'implorer pour lui votre protection.

J'ai reçu aussi une lettre de Voltaire; elle est fort

1 La maréchale de Mirepoix.

DE MADAME DU DEFFAPiD. 77

agréable, il y joint un petit écrit sur les panégyriques. Je garde cela pour votre retour.

Dites, je vous supplie, à l'abbé, que j'ai un beau Lucain en latin et un recueil des pièces fugitives de M. Walpole, en anglais, à lui remettre. L'impression en est magnifique, mais la couverture est toute gâtée, parce que cela a été mal emballé.

Ce dimanche 24 mai.

Avant que d'aller h l'Opéra, où j'ai trouvé madame de Beauvau, l'on me dit toute l'histoire qu'elle vous a contée sur la dame. Je n'y fis pas grande attention ; elle ne me parut, comme les histoires de ce genre, que des bruits oisifs. Madame de Beauvau me dit qu'elle allait souper chez vous ; cela me donna l'idée de l'engager à vous rendre cette histoire, parce que j'étais sûr que vous la prendriez comme vous l'avez fait, qu'elle ■ne vaudrait une marque d'amitié de votre part, et que j'aurais le plaisir de vous faire une niche très-innocente.

Je suis bien persuadé que vous n'avez pas dit ce que l'on vous a fait dire ; je compte sur vos bontés depuis trop longtemps pour me permettre le plus léger soupçon sur votre façon-de penser. Je vous aime tendrement comme ma petite-fil le,, et vous aimerai toute ma

Page 1