‹ Correspondance inédite de mme du DeffandChapitre 28 sur 45 · DE M. DE VOLTAIRE (INÉDITE · texte numérisé non relu

DE M. DE VOLTAIRE (INÉDITE

U janvier 1709.

Eh bien, madame ! j'écris très-s6oveut quand j'ai des thèmes; faites-vous lire la lettre de M. le marquis deBélestat, et jugez après cela si c'est avec justice qu'on m'a imputé son ouvrage ! Jugez si j'ai été fidèle à l'amitié ! si j'ai été olTensé du mal qu'on disait de M. le président Hénault, et si je n'ai pas pris son parti beaucoup plus que je n'ai jamais pria le mien! Voilà la vérité enfin reconnue, et il faut que le président en soit instruit. J'ai cru sentir' dans ses lettres qu'il me soupçonnait; je n'en ai eu que plus de zèle. Oui, madame, je suis vif, et je le serai jusqu'au dernier moment de ma vie, quand j&croirai servir l'amitié et la raison.

La Bletterie est encore plus coupable que le marquis de Bétestat; puisqu'il veutétredel' Académie, il ne devait pBSOutragerunhomme de quatre- vingt-deuxans, qui fait tant d'honneurè notre corps. Rougissez d'avoir pris le parti de ce pédant orgueilleux ; que votre petitemère ou grand'mère se repente de l'avoir protégé ! Voilà comme sont faits tous ces animaux-là 1 ils croient régenter un collège, et c'est au collège qu'il faut les renvoyer. Madame la duchesse de Choiseul m'a écrit trois pages de sa main pour m'assurer l'innocence de ce janséniste. Je me repensbien d'avoir répondu gaiement, et d'avoir tourné le tout en plaisanterie. J'au-

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rais dû lui faire connaitre un niéchant homme, qui abuse de sa protection pour insulter tout le monde. Comptez que la Bletterie ne vaut pas mieux que Jean- Jacques : tout cela est l'excrément du siècle. I.e royaume du bon goût et de l'esprit est tombé en quenouille. Je ne prétends dire une fadeur ni à vous, ni à madame la duchesse de Choiseul. Ce n'était pas en Sorbonne que le roi de Danemark devait aller; il devait venir souper chez vous sans façon.

Je suis un de ces étrangers qui regrettent de n'avoir pas cet honneur. Mais je suis bien mieux encore ; je suis un vieux serviteur attaché à votre char depuis quarante ans, vous respectant et vous aimant de toutes mes forces.

SE L'ABBÉ BARTHtLEHI

Thugoy, pris Réihel, 33 Kvrfer 1769.

Enfin nous voilà à ce Thugny ' dont le châtelain n'a cessé depuis hier au soir de demander des nouvelles de la petite-fille. Que fait-elleî comment se porlfi-t-elle î se souvient-elle de nous î et tant d'autres questions qui ont été éclaircies à sa satisfaction. Nous eûmes le pi'emier jour un si t^eau soleil, un temps si doux, qm

' C'était la terre de M. de Thiers, ï le petit ooele. »

nous croyions être en Italie. Le second, un ciel si noir et tant de neige, que nous nous crûmes en Laponie. Nous couchâmes à Soissons. L'évêque voulait que ce fut chez lui, la grand'inaman préféra restera la poste pour dormir plus vile. L'évêque assista è. son souper; il est Bourdeille comme Brantôme ; mais quoique ce soit un homme de bien, il ne fait pas de si bons contes. La grand'maman lui dit avec beaucoup d'onction, que la grâce semblait la circonvenir, et que la plupart de ses amies étaient dévoies; madame de Clioiseul, madame d'Achy, madame de Thiers. Celte réflexion lui valut, le lendemain, une longue messe à l'évêché, et une grande tasse de café. Pendant tout le voyage nous avons parlé du grand-papa, de la petitefille, dos petits soupers, des voleurs de grand chemin, de ceux qui eont h. Paris et ailleurs, je ne sais de quoi encore, mais le chemin n'a pas paru trop long.

Nous avons enfin les livres d'Angleterre. La grand'maman me charge de vous raconter une scène qui nous fit bien rire. Un moment avant notre départ, elle disait au grand-papa qu'on avait remis chez elle, à Versailles, un ballot contenant trois exemplaires d'un ouvrage imprimé en Angleterre, et qu'on ne retrouvait plus. * Je l'ai reçu, dit le grand-papa, et j'ai payé à l'ambassadeur d'Angleterre deux cents louis pour les trois exemplaires. — Et qu'en avez-vous fait? lui dit la grand'maman?... — J'en ai envoyé un à la Bibliothèque du Boi, un second au dépôt des affaires étrangères, j'ai gardé le troisième. > Mais ils n'étaient pas pour vous ; ils étaient pour la petite-fille, le petit oncle

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13a CORRESPONDANCE

et l'abbé. » Et sur cela des rires sans fin. J'arrive, et je prétends que, outre les deux cents louis, il faut qu'on remboursé au général Erwin les dix-sept louis. Nous demandons pourquoi l'ambas-^deur d'Angleterre est mêlé dans cette affaire. Au milieu de cet imbroglio, M. de la Ponce nous dit qu'on lui avait remis, il y a plus de trois semaines, un ballot contenant en effet trois exemplaires d'un ouvrage in-folio. C'est précisément notre ballot. Celui qui a coûté deux cents louis contient des généalogies dorées, enluminées, guirlandées, etc. Je vous raconte tout cela assez mal ; mais vous pouvez aisément vous représenter cette suite de questions, de surprises et d'embarras. On frappe à ma porte, je vous quitte pour aller ouvrir, et je n'ai que le temps d'ajouter mille tendres choses de la part de la grand'maman, du petit oncle et de la mienne.

Dites, je vous prie, à M. le chevalier de Listenay que M. et madame de Thiers l'attendent avec impatience; qu'il peut, en partant à neuf heures, venir coucher à Soissons el le lendemain à Thugny ; que de Soissons il ira à Beims, de Reims à Isie, et d'Isle ici. Les chevaux de cette poste sont d'habitude de mener à Thugny, qui n'est qu'à une petite demilieue de Rhetel.

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DE LA DDCHESSE DE CHOISEUL

Ce H février.

Vous avez raison, je suis une grande oublieuse, et je ne me pardonne pas de l'être pour les choses qui vous intéressent. J'ai reparlé au grand-papa, d'après votre lettre, de votre pension; il avait oublié aussi de la rappeler à M. Perrault; mais il vient de me promettre encore de lui en parler. A l'égard de Saint- Cucufin, il n'a pas achevé de le lire ; il me le rendra dès qu'il l'aura lu, pour vous l'envoyer. Quant à ma réponse à M. Guillemet , que je lui avais envoyée aussi pour la donner à M. Hennin, comme il me l'avait luimême proposé, il l'a fait mettre tout simplement à la poste, d'où elle sera arrivée à Lyon, où il n'y a jamais eu de M. Guillemet. Cependant, j'ai fait écrire pour la ravoir; mais il se peut qu'elle ne parvienne jamais à Voltaire. Vous voyez qu'il y a autant d'oubli, dans le ménage, d'un côté que de l'autre, etlout ce que produi sent nos oublis.

L'abbé m'a raconté une partie de tout ceci, de tout cela. Tout ceci, tout cela me fait pitié. Une de celles-là est venue ici, je lui ai donné à souper; mais j'ai évité de me trouver seule avec elle, parce que je ne voulais pas qu'elle parlât de tout ceci, de tout cela; que je ne puis pas tout approuver, que je ne veux pas improuver, et que sur toute chose je veux éviter les tracasseries *.

* C'était le moment de la plus grande agitation à U cour, au sujet de la présentation de madame du Barry.

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J'ai été bien fâchée de ne pas aller mardi à Paris, parce que je vous y aurais donné à souper. &u lieu de cette Jionne compagnie, j'ai soupe absolument .seule. et j'ai rempli ma soirée en écrivant une lettre à l'intendant de Chanteloup, dont je pensais en l'écrivant que vous auriez ri, si vous l'aviez lue. Tout y était : les cochons, les moutons, les vaches, les vignes, les semailles, les petits garçons, les petites filles, les vieillards, les femmes en couches, les ponts, les édifices, le chanvre, les orties, les manufacturefi, la ville, la campagne, enfin jusqu'à la messe... tout y entrait. 'J'espère ne pas passer ma soirée à écrire de si belles choses mardi prochain, mais m'en dédommager en en entendant de meilleures, car je compte aller à Paris et vous y donner à souper ; faites donc avertir nos amis et croyez, ma chère enfant, qu'il me tarde d'être à ce jour très-fortuné pour moi, puisque je vous verrai.

A lA BUCHESSE TDE CHOISEUL

Ce lundi 1" mai no9.

J'espère avoir demain de vos nouvelles, chère grand'maman. Mon capitaine' écrira au petit oncle, et que sait-on? peut-être aussi à la petlte-fllle. 11 fera

i L'abbé Barthélémy.

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un récit du voyage, il dira à quelle heure vous êtes arrivée, vous avez soupe et vous vous êtes couchée ; combien d'heures vous avez dormi. Tout cela n'araphra qu'une demi-page, et pour cette première missive je m'en contenterai; mais, pour la suite, je demande la feuille in-folio, où chacun griffonnera, jusqu'au petit de l'Indre. On me parlera des brebis, des moutons, et la grand'maman se souviendra que les bœufs et les moutons ne sont pas les maris des brebis et des'vaches, pas même leurs musiciens, parce qu'ils n'ont pas la voix belle; mais ce sont de ces messieurs qui tiennent compagnie aux dames du sérail '.

La plus illustre des comtesses ' est sur la liste. Je ne sais rien du salon. Madame la comtesse de la Marche part ces jours-ci pour Barèges. On a commandé trentecinq chevaux. Elle aura six carrosses; le voyage coûtera ■ cent mille écus. Voilà ce qui fut .dit hier chez moi. Le typographique y soupa. Nous parlâmes de la grand'maman. Il viendra régulièrement chez moi chercher de ses nouvelles.. Je vis le baron l'aprèa-dinée. J'irai vendredi avec lui et le petit dévot à Ghâtillon, chez les Trudaine. J'espérais hier voir le petit oncle, il ne vint point. J'espère qu'il n'en sera pas de même aujourd'hui. On tendra demain ce lit qui vous a tant fait rire. On fitera mon tapis et les doublés chaises, et j'irai dîner chez le président, avec mon baron danois, votre peintre suédois, Tourville, etc.

' On connaît ce mot de Fontenelle : Les bœufs ne sont que les oncles des veaux.

• Madame du Barry.

lAO CORRESPONDANCE

Vous voyez quelle est ma disette. Mais comme rien ne peut vous remplacer, tout m'est égal en votre absence.

BE L'ABBÉ BARTHÉLÉMY ET DE LA BUCHESSE DE CHOISEUL • Chanteloup, 6 mti 1769.

Ici commencent les grandes chroniques de Chsnteloup, contenant les naïvetés, repos, silences, occupations et autres événements remarquables de la vie passive qu'on y mène.

Ui.

Jour de la benotle ascension, on a dit la messe, et le reste de la journée on n^a pas dit grand' chose.

Les.

Un gros moine, curé de son métier, chanceîlade de profession , âgé de près de quatre-vingts ans, s'est glissé furtivementà la toilette de madame la duchesse, et lui a entonné, d'une voix forte, une grosse harangue aussi propre à endormir que celles de l'Académie. Le soir on est monté à cheval.

LeO.

On s'est levé, on a dîné, on a joué au tric-lrac, on a monté à cheval, on a soupe, on s'est couché.

Lo7.

Une belle messe avec haut-bois, bassons, vio-

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