I.XbyGOOglC
qu'elle ne soit pas de lui; J'y joins la lettre qu'il m'a écrite en même temps.
Comme je ne sais qu'y répondre et qu'il nie parle de vous, vous lui répondrez pour moi et nous y gagnerons tous les trois.
A LA DUCHESSE DE CHOISEUL
Ce vendredi lA jaillet 1790.
Dans un instant, grand'iiiaman.je répondraià votre lettre que Gatti m'a rendue hier. Mais il faut, auparavant, que je vous débride toutes les pensées qui m'ont occupée cette niJit. Je l'ai passée sans fermer l'œil. Elle n'a pas été bien longue, à la vérité. Je n'ai quitté madame de Beauvau, chez qui j'avais soupe, et où étaient la maréchale de Luxembourg, la marquise de Boufflers et le comte de Chabot, qu'à quatre heures du matin. Ce n'est point à ce que nous avions dit que j'ai pensé, cela n'en valait pas la peine; mais j'ai réfléchi sur le désir que nous avons de trouver le bonheur. Quel moyen avons-nous pour l'attraper î Connaissonsnous ce qui peut nous le procurer? Oh ! oui, nous le connaissons, et je suis bien sûre que nous sommes du même avis. Il ne tient jamais qu'à un seul objet; tout ce qui n'est pas ce't objet, tout ce qui n'y a pas de rapport, n'est que palliatif, distraction !... Madame de
173 COKHESPONDANCE.
Prie est morte du besoin de gtiuvemer l'État; un autre mourra de la diminution de ses richesses ; mais vous, mais moi, nous ne mourrons pasdeces maladies-là 1... Notre objet n'est point des êtres imaginaires; ce sont des individus qui ont chair et os, que nous aimons, dont nous voulons être aimées ; point de bonheur sans celui-là. Mais à quoi connait^in qu'on est aimé? Ah! voilà où l'on se trompe, et voilà ce qui m'a occupée. Pour m'en distraire je vai^ relire votre lettre et y répondre.
Je suis ravie, charmée de mon style de Nostradamus. Il vous a tenu lieu de Mercure et m'a valu une réponse dont le style est divin. Vous attrapez la perfection sans perdre la facilité et le naturel. Ohl vous êtes une singulière grand' maman. Comment avez-vous pu faire une si sotte petite-fille? Pourtant vous lui avez passé une petite portion de votre tact et de votre bon goût. Oui, monsieur l'abbé, rien n'est si vrai ! Ne haussez point les épaules, et ne dites point : • Voilà une créature bien vaine. » Je vou3 confondrai en vous nommant, pour preuve de ce que je vous dis. Voyez quelles sont les gens que j'estime et que j'aime, en commençant par vous qui êtes à la tête et en finissant par mon baron qui est à la queue. Cette queue est souvent tortillée et je n'ai pas le projet de la redresser. Ce baron partira le jour que la grand'moman arrivera. Mais vraiment voici une belle aventure dont il faut vous prévenir. Madame de Chateaurenaud m'est arrivée, tandis que Gatti était chez moi. Après avoir demandé de vos nouvelles, elle a voulu savoir le jour de votre
DE MADAME DU DErFAND. 173
retour. « Mercredi, a-t-il dit. — Ah! j'irai l'attendre chez elle. — Mais, madame, ai-je dit, elle pourra arriver bien tard et ne vouloir voir personne. — Oh! qu'est-ce que cela fait, je l'attendrai... ■ Je vous en préviens; faites donner des ordres à votre suisse.
Vou3 envoyez donc des extraits de mes lettres, et vous me faites des tracasseries. M. de Gontaut a montré à madame de Luxembourg ce que je vous avais écrit de M. de Lauzun. Vous voulez me mettre mal avec tout le monde ; nous nous brouillerons tout h fait mercredi ; mais ce sera sans éclat ; je ne veux de confident que 9A. Jannel.
Je n'ai encore lu que la préface, Tépître dédicatoire et la première scène des Guèbres. Je crois la préface et l'épître de Voltaire ; les vers ne me paraissent point ridicules, nous verrons comment sera la suite.
Je me garderai bien de vous donner à souper. En vérité, cette proposition est-elle raisonnable? Il faut que, en arrivant, vous vous mettiez dans votre lit, que vous ayez un poulet, pour vous, l'abbé et moi. Je ne pourrais pas vous supporter dans ma chambre. Je croirais que j'achèverais de vous tuer, et puis j'aurais le déplaisir de vous voir partir; je ne veux point être promptement quittée. Capitaine, n'allez pas penser que je ferai veiller la grand' maman? Non, je me retirerai quand vous me l'ordonnerez; mais je veux que ce soit , moi qui parte; enfin, je veux la quitter à mon tour.
Adieu, grand'maman, adieu l'abbé. Que je serai aise mercredi ! Songez que j'ai bien h jaboter; adieu, adieu.