‹ Correspondance inédite de mme du DeffandChapitre 33 sur 45 · I.XbyGOOglC · texte numérisé non relu

I.XbyGOOglC

Paradia et comme tous les ânes dont Voltaire relève si •bien l'éloquence ', vous dit \eé plus belles choses du monde d'ici. Pour moi qui n'ai pas l'esprit du moindre de ces animaux, je n'ai rien à voua en dire, si ce n'est que je pense à vous, que je parle de Vous et que je vous aime, ma chère enrant, autant que partout et plus que jamais.

BF. LA DUCHESSE DE CHOlSEIIL

Chanteloup, ce 30 juin 17T0.

Ne vous reprochez jamais ce que vous m'écrivez, ma chère petite-fille ; ne me privez jamais de ce que voua m'aurez écrit. Je partage tous vos sentiments, j'entre dans toutes vos raisons, je m'approprie tous vos projets ; vos intérêts deviennent les miens ; vous ne perdrez jamais avec moi que ce que vous voudrez me faire perdre. Je n'ai cependant rie» perdu cette fois-ci; j'ai lu la lettre que vous écriviez à l'abbé, qui contenait celle du 11, que vous aviez voulu me soustraire ; elle est sensible et n'est point triste, elle est raisonnable, et vous avez raison de prévoir le temps où vous aurez

' C'eat assurément une des preuves les plus frappantes du déplorable dévergoudage de la société, que cette allusion faite par une personne telle que madame de Choiseul, à co hideux passage d'un livre obscène dont on n'oserait pas même aujourd'hui avouer la lecture.

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m CORRESPONDANCE

besoin de vous assurer une société qui ne vons manquera pas et qui ne vous gênera pas. Vous faites fort bien de calculer vos moyens et de voir qu'ils ne vous permettront pas d'en attirer une nombreuse et brillante chez vous, et de chercher à vous en procurer une solide. Je suis plus faite pour entendre et pour sentir tout cela que personne, et je voudrais bien pouvoir vous assurer l'abbé Sigorgne, qui remplit toutes ces conditions et que vous désirez ; mais, malheureusement, j'avais. écrit à l'évêque d'Orléans pour lui demander pour un autre le prieuré que vous désirez pour votre abbé, et il me l'a refusé, de sorte que je ne peux plus lui reparler de cette affaire ni aller contre ma pre- , mière recommandation. Mais Je vais suivre le conseil de i'abbé, que je trouve excellent; je vais envoyer au grand-papa "cette lettre du 11, que vous aviez proscrite. Il en sera touché comme je l'ai été, et je suis persuadé qu'il fera tout ce qu'il pourra afin d'obtenir le prieuré pour M. l'abbé Sigorgne.

Je vous prie de faire mes co,mp1iments à madame de Cholmondieysur la mort de monsieur son beau-père. Je crois que, par votre moyen, je peux fort bien me dispenser de lui écrire à cette occasion, du moins je le désire.

Ah ! mon Dieu, je pense bien comme vous sur l'humeur! c'est un défaut qui équivaut à tous les vices; il rend injuste, parce qu'on ne peut se justifier ses propres torts que par son injustice ; il rend haineux, parce que Ton hait ceux â qui on fait injustice. Il donne l'apparence de la fausseté, parce qu'il rend inconsé-

quent. Si j'avais une prière à adresser à Dieu, je lui dirais tous les matins: « Mon Dieu, gardez-moi de l'humeur que je pourrais avoir et de celle" que Je pourrais causer 1... ■

Je n'ai rien à vous dire pour Voltaire. Il faut que l'on me donne des idées quand je n'ai pas de sentiments. Je crois que je manque souvent d'idées en vous écrivant, mais je m'en embarrasse peu, parce que je suis bien sure de ne jamais manquer de sentiments.

î L'ABBÉ BABTHÉLEMÏ

Chanteloup, ce Bamedi 2

Nous soinraes bien fâchés de perdre le prince sans pair. Il part le 26, mai-di prochain, pour aller se faire recevoir bailli, greffier, je ne sais quoi, au parlement de Besançon. C'est un voyage de trois semaines environ. C'est son frère qui en est cause. Jamais mort ne nous a causé plus de regrets que la sienne. La grand'maman n'aura donc plus avec elle que Gatti et votre capitaine, et peut-être quelques ennuyeux qui viendront par-ci par-là. Il a fait de si vilains temps ces jours passés qu'il nous était impossible de sortir ; nous les avons passés h jouer au trente-un. C'est à peu près la même chose que le vingt-un, excepté qu'on n'est du jeu que quand on veut, et que lorsque les deu^ points

SOfl CORRESPONDANCE

supérieurs sont égaux, if y a poule, ce qui met beaucoup d'intérêt au jeu.

Nous avons lu le mémoire ds M. d'Aiguillon. M. Linguet a une grande fécondité d'expressions. On vient de nous en envoyer un second que nous n'avons pas lu.

Je suis enchanté que le grand-papa ait été souper chez vous ; la grand'maman l'est infiniment, et je crois que si elle n'avait été qu'à trente lieues de Paris, elle . aurait été vous surprendre. Elle ne peut pas supporter que vous soyez triste, que vous soyez bête ! Vous n'avez pas de raison pour être tout cela, et vos lettres prouvent le contraire. Il y a plus, nous prétendons que vous ne pouvez pas être l'un et l'autre à la fois, parce que, si vous étiez bête, vous ne penseriez point, et vous ne seriez pas triste. A propos de tristesse, vous qui êtes si savante, pourriez-vous nous dire si les poules du Thibet sont gaies ou tristes? La grand'maman vient d'apprendre, par une lettre de Chandernagor, qu'on lui envoie un coq et une poule du Thibet. Elle a su aussi, par un de ses correspondants établi sur les bords du Gange, qu'elle devait recevoir des cerfs de ce pays-lù, pareils à ceux de la ménagerie; ils sont , très-petits et très- jolis ; ils sont jolis parce qu'ils sont petits. Vous n'avez jamais voulu résoudre ce problème, que je ne vous ai peut-être jamais posé : Pourquoi les grands animaux ont-ils tant d'agrément à nos yeux quand ils sont en petit, et les petits en auraient'ils si peu s'ils étaient d'une taille monstrueuse?... Une puce qui aurait le'volume d'un éléphant ferait peur; un éléphant gros comme une puce serait charmant, n'est-il

De M'U)4ME DU DEPFANO. 9j7

pas vraiî Je crois qu'il en est de même dans le moral, et qu'on voit souvent dans les premiers rangs des gens qui, sans ce grand volume de dignité et de vanité, se* raient très-aimables, ou du moins très-bonnes gens. Je crois aussi que je bavarde, et puisque j'ai le bonheur de m'en apercevoir, je dois vous épargner le malheur d'en être plus longtemps ennuyée.

DE L'ABBÉ BARTHÉLÉMY

ChanMloup, SI juin 1770.

Je ne vous ai pas écrit depuis quelques jours parce que je n'en ai pas eu le temps. Vous en saroz surprise ; cependant, rien n'est si vrai ; mes matinées sont employées à me lever tard, à me mettre au bain, à monter à cheval, à placer des étiquettes sut six mille volumes; toutes choses fort nécessaires, à ce qu'on dit, pour faire passer un mal que j'ai à la bouche, qu'on appelait dartre à Paris, et qu'ici on nomme feu volage. L'aprèsdUiée, nous tenons compagnie à la grand'maman, qui est à présent bien seule. Le prince sans pair est parti hier matin ; il nous a laissé des regrets qu'il ne partage peut-être pas. Son départ doit vous rassurer sur l'état de la grand'maman , supposé que vous ayez ouï dire qu'elle avait été incommodée. Elle l'a' été pendant deux ou trois jours d'un rhume qu'elle avait depuis

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longtemps dans le cerveau, el qui était tombé sur la poitrine; mais cela s'est dissipé en deux jours, el nous ■ voilà tranquilles. Je vous prie même de n'en pas parler dans votre lettre, afm qu'il ne paraisse pas que je vous ai instruite de" cette misère.

Le grand-papa a été enchanté de votre souper; it l'a mandé à la grand'maman. Il lui marque aussi qu'il s'intéressera avec très-grand plaisir à M. l'abbé Linguet.

Voici une suite du Dictionnaire encyclopédique de M. de Voltaire, avec une de ses lettres pour vous, et une autre pour la grand'maman. Elle vous prie, si vousvoyez M. de Prescronier, de le dissuader de faire le voyage de Chanteloup. Il lui en demande la permission dans la lettre qu'elle a reçue de lui ; elle le prie, dans sa réponse, de ne pas prendre cette peine ; et en effet elle serait embarrassée de cette visite.

Avez-vous lu la critique que Fréron a faite du poëme des Saisons? Il y a de l'esprit, et nous qui croyons en avoir, nous pensons que parmi les traits en bien et en mal qu'il rapporte de cet ouvrage, il n'a choisi ni les meilleurs ni les plus mauvais. ?lous pensons aussi qu'au lieu de -chicaner sur quelques expressions impropres, il fallait montrer le vice essentiel de ce poème, qui est l'uniformité; vice attaché au plan, et que l'auteur ne pouvait changer. Ce plan amenait nécessairement une multiplicité de tableaux et d'images qu'on ne peut distinguer que par des nuances. Il y a, de la part de l'auteur, bien de' l'adresse à marquer ces nuances; mais elles sont plus pénibles qu'intéressantes pour le

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DE MADAME Dtl DEFFAND. î09

lecteur, attentif, et échappent totatenienl au lecteur qui ne l'est pas. D'ailleurs.l'ouvrage est bien long pour un out^rage en vers, et pour une nation qui n'aime qu'à s'instruire et à s'amuser. C'est une chose assez singulière que cette nation soit peut-être celle qui aime le moins la poésie , et qui produise le plus de poètes ou de versificateurs. Après tout, il n'y a pas grand mal h cela; ils sont heureux, ces auteurs, parce qu'ils ont un petit monde de partisans ; les imprimeurs le sont, parce qu'ils ont des acheteurs, et les lecteurs, parce qu'ils ont le plaisir d'admii'er ou de censurer. Ainsi tout est bien, comme dit l'autre, et je trouverai qu'il a raison si vous m'aimez un peu et si vous êtes persuadée de mon attachement.

DE LA DUCHESSE DE CHOISEUL

A Gbanieloup, ce S Juillet.

Moi qui VOUS oublie, ma chère petite-fille?... Moi qui cesse de vous aimer? Comment avez-vous pu le penser? Comment avez-vous osé le dire ? Il n'y a point de jour où je ne pense à vous ; il n'y en a pas où je ne parle de vous avec l'abbé. A tout moment c'est : <i Ah! l'abbé. Une faul pas oublier de mander cela à la petite-fille!.., • Comment pouvais-je croire qu'il fût huit jours sans vous écrire? Aussi a-t-il été bien

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