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Ht CORRESPONDANCK
grondé. Il prétend cependant qu'il vous a écrit il y d quatre jours. Quant à moi, vous n'en exigei pas une grande exactitude ; vous savee qu'elle me serait im*
Mon Dieu, je savais déjà l'état de ce pauvre prési' dent, et j'en étais bien allligée pour vous. Je n'essaye pas de vous rassurer, parce qu'une erreur ne sert jamais, et jo ne cherche point à vous consoler, parce que je sais qu'on ne console point ; mais si ce malheur arrive, et qu'il se joigne à un autre, j'ai des projets à vous proposer pour me consoler, moi L..
Adieu, ma chère petite-fille ; je fais des vœux pour voire santé dans ce désastre ; elle m'inquiète, et je vous prie instamment de m'en fure donner des nouvelles. C'est une attention que vous devez à la tendresse de la grand'maman '.
DE L4 DUCHESSE DE CnOISEUL
a Complègiie, M te M&t 1714.
Je n'ai pas tardé un moment, ma chèrc^etite- fille, à m'acquitter de la commission de la maréchale de Luxembourg, J'espère avoir la grâce de son déserteur;
» La duchesse de Choiseu| revint de Chanteloiip le S» juillet; mua elle tie lit i]ue traverser Paris et se rendit directement à Coinpiègne, où était la cour.
mais il faut qu'il garde soigneusement l'asile qu'il s'est ' procuré; car la moindre imprudence pourrait lui faire casser la tête, avant que les bureaux en fussent informés et pussent l'empêcher.
Oui, ma chère petite-fille, je retourne le 20. L'abbé a dû vous le dire. Je l'ai chargé de vous instruire de tous nos arrangements. Je n'ai pas compté sur vous pour le jour de mon arrivée, parce que je sais que vous avez un souper arrangé pour ce jour-là, pour lequel il vous faut même du gibier. M. de Choiseul a ordonné qu'on vous en tue à Gcnnevillîer, qui vous sera envoyé dimanche. Je lui ai dit ce que vous me mandez du bien que lui font ses ennemis ; on le lui dit souvent, et cela fait toujours plaisir k entendre ; ainsi il est bien fait de le lui répéter.
Je vous renvoie votre lettre de Voltaire et son potpourri. Il y a de trèa-jolies choses dans ce pot-pourri ; mais je n'en aime pas tout également. Par exemple, je ne me soucie guère d'être Vénus-Uranie, ni que mon mari soit Mars. En tout, j'aime mieux sa lettre, au ga>limatias philosophique près, et je suis pleinement de son avis sur Rousseau, quoi qu'en dise l'abbé.
Adieu, chère petite-fille ; je vous embrasse de tout mon cogur, et je compte sur vous mardi et tous les jours- suivants. Faites-moi le plaisir d'envoyer prier madame de Beauvau et madame de Poix à souper chez moi pour mardi. Le grand-papa y sera. L'absence de madame de Grammont me fait un bien infini, et it m'est impossible de ne le pas sentir.
CORRBSPONDAKCB
SE LA DUCHESSE DE CHOISEUL
Cbaaieloup, S6 décembre 1770.
Comment vous portez-vous, ma chère petite-fiUe? Dans quel état je vous ai laissée 1 Vous in'aflligiez hier, vous mMnquiétez aujourd'hui. Vous m'avez crue insensible jusqu'à la férocité. A.h! que vous connaissiez mal le coeur que vous déchiriez. La vanité me défendait de me livrer à ma sensibilité sur l'objet de laquelle on aurait pu se méprendre. La vanité peut donner des armes au courage, mais heureusement elle n'en a pas contre le sentiment, et vous me l'avez bien fait éprouver ! L'abbé a dû vous donner de nos nouvelles. Le grandpapa se porte à raerveilIcLe voyage, un ^rand événement, une puissante diversion m'ont fait du bien. Je venais de perdre un ami, et un ami qui m'aimait tant ' I C'est là le vrai malheur. Mais conserver l'honneur, mais gagner la paix et le repos, n'est-ce pas là du bien? Je ne puis m'aflliger, même par pudeur. Je suis avec ce que j'aime le mieux, dans le lieu qui me plaît le plus. Vous y serez aussi, ma très-chèr^e petitefille ; je le désire et je l'espère. Mais attendez- la belle saison. En l'attendant, pensez à moi et aimez-moi toujours comme je vous aime.
t H. de Thiers, frère de son père, H. du Châtel, celui qu'elle appelle le petit oode.
Le grand-papa vous embrasse. Dites mille choses tendres pour moi au prince '.
A LA DUCHESSE DE CHOISEUL
Ce Jeudi S7 décembre 1770.
Que VOUS dirai-je, chère grand'maman? Vous avez vu ma douleur. Je ne cesse de penser à vous. Si je pouvais être consolée, ce serait de voir que tout le monde est consterné, et d'entendre parler de vous et de votre époux dans des ternies dont je suis bien contente. Je soupai hier chez la petite sainte ', avec ma-
* D'après la dale de cette lettre et ces mots : s vous m'affligiei hier... » od doit croire que la duchesse de Choiseul partit le 35pôur ChaDietoup; qu'elle vit madame du Deffand avant de sç mettre en route, et qu'elle lui écrivit aussitôt après son arrivée. Ce fut le 24 décembre que le roi signifia au duc de Cboiseul sa disgrâce et son exil. Peu de jours auparavant, madame du Barry lui avait fait dire que, s'il voulait consentir k un rapprochement, elle ferait la moitié du chemin. La personne chargée par la favorite d'assurer le ministre de ces dispositions conciliantes, le pressait d'en profiter, ajoutant qu'on avaitsouvent vu les maîtresses chasser des ministres, mais que les ministres ne faisaient guère renvoyer tes maîtresses. Toutes les représentations furent inutiles : H. de Choiseul avait épuisé avec madame de Ponipadour toute son indulgence pour tes faiblesses de son maître.
La comtesse de Choiseul-Betz, que l'on avait surnommée ainsi à cause de ses habitudes religieuses, malheureusement trop rares dans sa société. C'était de plus, paraît-il, une personne charmante : « Les jenx, l'esprit se reposent doucement sur elle, » dit l'abbé Barthélémy dans une lettre qu'on ne publie pas,
Ht - CORRESPONDANCE
dame d'iînville et le pauvre abbé. Vous saurez par lui où il enestavecmadamedeLaVallière. J'espère qu'il vous ira bientôt trouver. Mon seul désir présentement, chère grand'raaman, est d'avoir de vos nouvelles et de celles du grand-papa. N'oubliez point votre petitefille.
A LA DUCHESSE DE CHOISEUL
Ce dimiinche 30 décembre flTO.
Avez-vous cru, chère grand'maman, sécher mes larmes par votre charmante lettre? Elle m'en a fait répandre avec plus d'abondance; elles n'étaient point amères; elles se ressentaient de la douceur et de la paix de votre âme. Oui, vous êtes heureuse, je n'en puis douter ; vous êtes avec ce que vous aimez énergiquement ; vous serez sans cesse occupée de lui, et vous aurez la satisfaction de lui faire trouver un bonheur qu'il ne connaissait pas et préférable à celui qu'on a voulu lui faire perdre !
Si vous saviez de quelle façon on parle de vous, malgré toute voire modestie, vous en seriez flattée. Aucun mouvement d'envie n'affaiblit les louanges que l'on vous donne, et je crois que vous êtes la seule personne au monde qui se soit fait admirer au point où vous l'êtes, sans faire naître aucune jalousie.
Si je n'avais pas l'espérance de vous revoir, je vou-
drais mourir. Je n'écoute point ce que me dit la raison, ni la générosité, ni la délicatesse ; je ne puis que vous être à charge ; je ne puis contribuer au plaisir, à l'amusement; je ne devrai qu'à vos. vertus, tranchons le mot, à votre compassion, de me eouffrir auprès de vous ! Mais je me sens faible et je n'ai pas le couraga de renoncer à un bien qui, peut-être, sera un mat pour vous; cependant, si le grand-papa n'y donnait son consentement que par complaisance pour vous, et qu'il prévît avec raison que ja n'apporterais que de l'ennui, je renoncerais à ce projet qui, dans le moment présent, fait toute ma consolation'.
J'appris hier par madame de Beauvau l'ordrç qu'elle avait reçu. J'espère que l'abbé aura bientôt sa permission. Je soupai avant-hier avec lui et le ■prince chez madame d'Enville ; c'eet une digne femme et qui mérite bien que vous l'aimie?.
Je ne vis point hier le prince, je lui ferai vos compliments aujourd'hui.
Le grand-papa consentira, j'en suis eûre, que vous l'embrassiez pour moi,
' La Bincérité de l'affection que portait madwe du peffapd k la duchesse de Choigeul ae peut êire mise en doute. Peu de jours auparavant elle écrivait à Walpole : * Vous avez fait de moi une prosélyte parfaits. J'ai tout votre scepticisme sur t'imitié. CepeD" i]ant j'ai peine i l'étendre sur la grand'maman. 11 serait difBcile de vous faire entendre quels sont sesprocédéspouriDoi, et, quelque disposée que je sois à la méfiance, j'ai peine à la soupçonner d'indifférence. J'aurais bien plus de peine encore à en avoir pour elle. >
StO CORRESPONDANCE
A LA DUCHESSE DE CHOISEUL
Ce dimandiR 30 décembre 1770.
Je VOUS ai écrit ce matin, je vous ai parlé pour la dernière fois de mes regrets, de mes douleurs. Il n'en sera plus question à l'avenir. Vous n'avez pas besoin d'être attristée. Je vous manderai tout ce que je saurai, tout ce que je croirai pouvoir vous amuser, vous intéresser et vous être utile. Pour ce dernier genre, tm chiffre serait nécessaire. Je me souviens de vous l'avoir proposé et que vous n'avez pas voulu y consentir, disant qu'on les devinait tous. Il est cependant facile de se garantir de cet inconvénient, en appliquant le nom des gens de ma connaissance à ceux que je ne voudrais pas nommer, et en ajustant des petits faits de société qui seront énigmatiques pour vous. Peut-être neserai-jejamaisdanslecasd'en faire usage, mais il est bon de se précautionner. Je vais écrire mon chiffre, j'en aurai te double, afm de ne m'y pas méprendre.
Dois-je être bien fâchée de l'ordre qu'a reçu madame de Beauvau'? Non, en vérité, si ce n'est que cela prouve la colère ; mais qui sait s'il n'y a pas eu un peu de vengeance, de la part de la maréchale *, et si elle n'a pas eu le désir de vous servir? C'est ce que je saurai quand je la verrai ; elle est à Versailles depuis votre départ
■ De De point aller à Chanteloup.
t De Hirepoix, sœur de H. de Be&uvau.
Madame d'Aiguillon, qui soupa hier chez mai, me parut penser que madame votre belle-sœur courait quelque risque j mais je crois que c'était sur des bruits populaires, et qu'elle n'est pas dans la confidence de son fils.
Si vous avez quelque commission à donner, dont je ne sois point incapable, je vous demande la préférence ; enfin, souvenez-vous q«e je suis votre petitefille, et que je n'aime rien tant dans le monde que ma grand'maman.
Le comte de Broglio arriva hier, à cinq heures du soir. Il envoya sur-le-champ chez moi. 11 savait que j'y soupais; mais je ne pus me résoudre à le lui proposer. C'était bien assez de la grosse duchesse, dont la politesse ne couvrait pas assez la satisfaction.
Vous ne recevrez cette lettre que jeudi. La petite sainte vous la rendra en particulier et vous la brûlerez sur-le-champ.
DE VOLTAIRE A LA DUCHESSE DE CHOISEUL (INÉDITE) 3] décembre 1770.
Madame ,
Je parie que vous avez f ftme plus forte que moi. Mais vous êtes malade, vous devez être accablée d'affaires. On dit que vous avez une santé faible, et que la nature ne vous a donné de force que celle de l'es-
aiS CORRESPONDANCB
prit. Je voudrais être soua-socrétaire des Suisses ' pour être auprès de vous, pour vous faire voir à tout moment que mon cœur est pénétré de la reconnaissance qu'il vous doit. Je n'ai que peu de jours ô vivre, mais ces jours vous seraient consacrés. Je suis à vos ordres au milieu des neiges. Je vous enverrai tout ce qu'il y aura de nouveau et qui pourra vous amuser quelques moments ; mais surtout, madame, ayez grand soin d'une santé ai précieuse à tous ceux qui ont des yeux et des sentiments.
Agréez ma reconnaissance, qui certainement n'est point en paroles, mon inviolable attachement et mon trèn-sincère respwct.
L'ermite du Mont-Jura. V.
DE LA DBCHESSE DE CHOISEUL
A Cbsnteloup, le 14 Tévrier 17T1.
Votre lettre m'a été remise bien secrètement, bien mystérieusement par la petite sainte. Il semble que nous tramons une conspiration ensemble. Elle n'était pas de fraîche date, cette lettre; car la petite sainte a été quatre jours en chemin ; et ce n'était pas encore assez pour elle, ou c'était trop de chemin, car elle nous
* L'abbé Barthélémy était secrétaire des Suisses, dont le duc de Choiseul était colonel général.
est arrivée malade comme je l'avais prévu, et j'en suis au désespoir. Elle s'est mise au lit en arrivattl; elle y est encore aujourd'hui ; elle soutient qu'elle n'est pas plus malade qu'à l'ordinaire en pareil cas. Je le souhaite assurément; je voudrais môme qu'elle fût mieux. C'a été un plaisir pour moi de la revoir. C'est auprès de son lit que je vous écris. Ah 1 quand j'aurai mon abbé, combien nous parlerons encore de vous ensemble! C'est que j'ai oublié de vous dire que nous en avons bien- parlé, la petite sainte et moi. Sans cette explication, vous n'auriez pas entendu la transition d'elle à l'abbé.
J'ai bien ri quand elle m'a remis votre chiffre. Nous n'aurons jamais occasion de nous en servir, ma chère petite-fille; car je vous avertis que je n'écrirai jamais par la poste; cependant je vais le serrer bien soigneusement en cas de besoin. On dit que nous sommes entourés d'espions; ainsi je- vous conseille, quand vous voudrez me mander quelque chose qu'il serait dangereux de laisser connaître, de ne pas vous en fier même à Démanges, que nous avons laissé à Paris, et de donner directement vos lettres aux personnes qui nous lea apporteront; personnes de bonne compagnie s'entend, ni courriers nî domestiques, à nous ou à d'autres. Ces excessives précautions vont encore redoubler vos frayeurs, car il me semble que vous mourez tous de peur à Paris. Que voulez-vous donc que l'on nous, fasse encore? Le roi ne frappe pas à deux fois. C'est une des raisons pour lesquelles cet exil est heureux, et il Test à tous égards. Les scélérats qui ont eu le crédit
SÏD CORRESPONDANCE
de l'obtenir pouvaient peut-être dans le moment faire pis. Je'^me trouve bien heureuse d'en être quitte à si bon marché, et croyez qu'à présent ils ont trop à faire entre eux pour penser encore à nous longtemps. La terreur a gagné nos amis au point qu'il y en a qui craignent que l'intérêt public même n'aigrisse contre nous. Je crois bien qu'il aigrira. Mais en même temps si on voulait nous faire plus de mal, ce serait lui qui retiendrait; on n'oserait pas. Il y aurait révolte gênéraie. Qu'on le laisse donc aller cet intérêt, il est trop flatteur pour nous en priver. Qu'on le perpétue, s'il est possible. IJ assure la gloire de mon mari ; il le récompense de douze ans de travaux et d'ennuis; il le paye de tous ses services ; nous pouvions l'acheter encore à plus haut prix, et nous ne l'aurions pas cru trop payer par le bonheur immense et d'un genre nouveau dont il fait jouir. M. de Choiseul lèsent bien, et pour moi, il faut vous l'avouer! j'en ai la tête tournée... Ahl si je pouvais vous tenir ici et mon abbé, que je serais heureuse ! Non ! non 1 rien au monde ne manquerait à mon bonheur. Consolez-vous donc, je vous en conjure ; consolez-vous en pensant que nous sommes heureux. Ne craignez point de m'attrister ; vous pourriez m' attendrir, parce que mon âme est toujours ouverte à lia sensibilité, et surtout pour vous. Mais vous ne m'attristerez pas, parce qu'elle ne fut jamais plus éloignée de la tristesse.
Vous avez raison : la défense faite à madame de Beauvau de venir ici n'est point un malheur personnel pour moi ; mais c'est une peine qu'on a voulu faire à
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DB MADAME DO OBf FAND. 33t
M. de Choiseul, et que j'ai ressentie plus vivement que lui; ainsi j'en ai été fâchée. Je l'ai fait dire à madame de Beauvau, et vous ferez bien de le lui dire encore. D'ailleurs, quoique je n'aime pas madame de Beauvau, quoique madame de Beauvau ne m'aime pas, je suis persuadée 'que nous serons'fort bien ensemble. Il me ■ semble que c'est le ton de la maison de vouloir être bien avec moi. Madame de Grammont y est à merveille. Je le soutiendrai ce ton, le plus que je pourrai, avec douceur et fermeté. J'ai eu avec madame de Grammont, le jour de son arrivée, en présence de M. de Choiseul, une conversation qui doit assurer ma tranquillité. J'y ai mis beaucoup de politesse, d'honnêteté pour madame de Grammont, de tendresse et de soumission pour mon mari, dé franchise et peut-être même de dignité pour moi. J'ai déclaré que je voulais être la maîtresse dans ma terre fet dans ma maison ; que chacun le serait chez soi pour tout ce qui lui serait propre ; que je n'exigeais l'amitié de personne; que je m'engageais à faire de mon mieux pour contenter tout le monde, et que tout le monde se trouvât bien chez moi; mais que je ne m'engageais ni à l'amitié ni à l'estime de tout le monde ; qu'à l'égard de l'estime, j'en avais pour elle, madame de Grammont; qu'à l'égard de l'amitié, je ne lui en promettais ni ne lui en demandais ; mais que nous devions bien vivre ensemble pour le bonheur de son frère, qui nous rassemblait ici; que si elle se conduisait bien avec moi, je lui répondais qu'elle en serait contente : que si elle se conduisait mal, j'espérais qu'elle en serait contente encore. Je
SSa CORRESPONUAKCE
mets en efl'et mon application à attirer ici tous les gens qui peuvent plaire à M. de Choiseul. Madame d'Ainblèniont ' m'a écrit pour y venir. J'ai vu que cela ferait le plus grand plaisir du monde à M. de Choiseul, et je l'ai prévenu en disant que je voulais qu'elle vînt. C'est h cette occasion que j'ai dit que je ne m'engageais pas à l'estime pour tout le monde, et aussi à celle de M. de Voyer, en ajoutant que j'aurais seulement désiré, pour ma propre satisfaction, à M. de Choiseul des amis plus faits pour lui faire honneur. Ils m'ont après parlé de leur frère. J'ai répondu que je les connaissais tous; que je les avais servis tous (et j'ai interpellé M. de Choiseul en témoignage); que j'aurais encore mieux fait pour eux si je l'avais pu; que je n'en aimais aucun, mais que j'avais toujours bien vécu avec eux, et que j'y vivrais toujours bien ; qu'ils ne feraient sûrement de tracasseries à personne avec moi , mais que s'ils en faisaient, je saurais encore prendre mon parti sur cet événement. On a voulu entrer en justification sur le passé. J'ai brisé court en disant qu'il ne fallait pas rappeler des choses qui ne pouvaient que renouveler l'aigreur; que puisque nous ne nous-engagions point à nous aimer, nous en avions assez dit pour savoir à quoi nous en tenir sur notre conduite future. On a été trèscontent de cette conversation. Depuis, tout va bien; pas la moindre humeur, beaucoup de liberté; je sais
< Parente et favorite de madame de Pompadour qui i'appeUit mon torchon. Elle élaii liée personnellement avec le duc de Cboiseul.
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DE MADAME DU DEFrA^D. lis
même qu'on est enchartté de moi, et moi je suis fort contente de tout le monde. Je ne serais pas étonnée, comme vous le dites, que ce fût madame de Mirepoix qui eût fait défendre à madame de Beauvau de venir ■ ici, mais purement par esprit de vengeance contre elle, et non dans le dessein de m' obliger. J'en serais révoltée à tous égards. Savez-vous qu'elle a écrit à madame du Barry, votre petite maréchale : « Madame, Je vous fais mon compliment sur votre triomphe, qui est aussi brillant que votre conquête!.., « Ne vous îmar ginez jamais, je vous prie, ma chère petite, sous quelque prétexte que ce soit, quelque tournure que vouâ preniez, pour quoi que ce soit au monde, de nous rendre le plus léger service par la maréchale. Il n'y a point de maux que je ne préférasse à l'opprobre de devoir à quelqu'un que je méprise I Songez bien qu'il ne faut servir ses amis que selon leur goût, et que l'ami le plus tendre ne pardonnerait pas qu'on te servit aux dépens de son honneur. Voici quelqu'un qui vient m'interrompre chez la petite sainte. Sur ce, j'embrasse ma chère enfant, et je l'assure avec vérité que je l'aime plus que jamais.
J'ouvre ma lettre pour vous avertir de la brûler, ainsi que toutes celles où je vous pa:rlerai de mon intérieur.oudes ministres, ou des affaires publiques '.
< Cette lettre fait honneur au caractère de la duchesse de Choiseul, et l'on a pensé que, après quatre-vingts ans écoulés, sa pablication et celle de plusieurs autres ^e même nnure appartenant i cette correspondance, ne pouvait présenter aucun des inconvénients que roulait prévenir leur <uit«ur en ré<;Umiuit leur destruction.
A LA DUCHESSE DE CHOISEUL
Jene vous ai point écrit, chère grand'maman, depuis votre lettre du 31. Que puis-je v,ous dire, ne voulant plus vous parler de mes regrets ? Je vous vois entourée de gens que je ne connais que peu ou point; il me semble que j'arriverais là mal à propos ; que le grandpapa n'est pas dans une position à penser à la petitefiUe; que vous-même vous n'avez pas l'esprit assez libre, et que tout ce que je vous dirais serait hors de propos. J'ai bien de l'impatience que l'abbé soit avec vous. Ce sera alors que j'aurai de vos nouvelles; jusqu'à ce moment, il faut me résoudre à tout ignorer. Excepté hier, je l'ai vu tous les jours; mais j'appris par notre prince, qui venait de le quitter, qu'il avait vu M. de La Vrillière, qui lui avait donné l'espérance d'avoir bientôt sa permission. Je l'attends aujourd'hui, ce grand abbé. C'est ce que j'aime le mieux présentement, parce que je parle sans cesse de vous avec lui. J'ai pourtant bien du désir de ne plus le voir, et je suis dans une crainte continuelle qu'il ne tombe malade. Il vous dira la vie que je mène, et si je m'occupe de vous. Tous mes amis veulent que je vous les nomme : l'évêqùe de Rhodez, MM. Walpole, de Creutz, de Sikingen, etc.
Comment vont vos étouffements? Dormez-vous? Ne vous êtes-vous point enrhumée? Vos fenêtres, vos
portes ferment-elles bien î Vos cheminées ne fumentelles plus? Comment se porte Rosette?
Madame Defresne recevra deux sultans. Faites-en accepter un au grand-papa, que je n'ai seulement pas remercié de son étrenne.
Adieu, la petite-fille n'est pas d'assez bonne humeur pour parler davantage.
A LA DUCHESSE DE CHOISEUL
Ce lundi 7 janvier 1771.
M. de Lauzun me quitte; jugez de la joie que j'ai eue de le voir. Oh ! la charmante lettre ! J'ai cru vous Voir, vous entendre ! Vous avez de bien fortes armes ; vous triompherez de tous. Je ne sais quelle est la vertu dominante en vous ; mais celle que j'adore et que je préfère à toutes, c'est la noble franchise. Quand elle est jointe à une grande fermeté, tout doit lui céder. I^ grand-papa doit vous adorer 1 . . ,
Non, noni n'ayez pas peur que je cherche à vous faire avoir aucune obligation à la maréchale. L'abbé, que vous avez actuellement avec vous, vous répondra de moi ; j'ai oublié de lui confier la lettre de cette maréchale à madame du Barry. Il ne se souviendra pas de toute l'histoire, comment elle a pu la revoir. En cherchant un autre papier sur la cheminée de cette
-3ld ËOItHeSPdNOiNCË
créature, ëllé trouva sa lettre; ei; conlme elle savait qu'elle faisait dd briiit, elle l'a reprise et mé l'a donnée. Les amis doht elle parle sont les Broglie et le MàillëbQis. Je ne lui bacliai point que j'étais scabdalfsée du mot triomphe ; elle m'en parut honteuse;
Ne croyeï pas que je île sente pas combien il fest avantageux au grand-papa que lès regrets et les éidgfts soient extrêmes. Je suis bien éloignée de penser qu'il y faille mettre aucune réserve ; mais je crois qu'il faut se contenir sur le mal que l'on peut dire de ses ennemis, et qu'il faut paraître les mépriser au point de n'en pas parler. Cependant, je suis fort tentée, en écrivant à M.- Walpole, de lui citer ces vers âî'Esther :
Ciel 1 yerra-t-on toujours par de cruels esprits Des princes l'eà pltl^ doux rohËille eiiviroiln'ée. Et da bdnheur public la source empoisonnée ?
Enfin, en lui écrivant; je me figurerai écrire au rdi, fetje ne me méprendrai peut-être pas l..i
J'ai vu partir l'àbbé âVec Imte j6ie infinie, qU'olqiiè soti absenbe mette le comble à totitôâ mes priVatibnâ. Il me restait pour parler de vDùs; Je h'tii plus qiië ié prince i^iit vous est Certainement bien dévôUéi Mais dBht l'âtne n'a pas la Chaleur de celle de ('abbé, hi; en vÉrité, de la mienne. On est bien malheureux d'aimeri mais je serais pourtant bien fâchée de vous aimer moinsi L'exil nesera pasélemél, et peut-être Vivrai-je assez pour le voir finir. C'est pour moi un grand plaisir d'entendre les louanges qu'on vnus donne^ l'éloge
DE UADAME DU DBPFA^D. Kl
gii*oti fait du grand-papa. Comt)atrioteB, étrangers^ toua s'expriment de même. Gela me charmej mais cependant me fait craindre que la haine des scélérats n'en augmente et n'éloigne le rappel. Enfin, il faut l'avouer, mon ânie n'est point forte eoinme là yôtrei Je suis faible, je n'ai ni soutien tii appui ; je dissiile ma vie sans «i jouir ; mais^ c'est trop tous parler dem(iii
Je verrai ce soir quelqu'uti qui a bien de la force; mais ce n'est pas à votre manière. Sa force n'est pas accompagnée de tant de douceur et de modestie ; elle a poUr (bndement un grand* ot-gueil;Acette défmition, vous devez reconnaître la princesse de BeauVbii. Je lui dirai combien vous In regrettez;
Gamme cette lettre voUs sera portée paf- M* de Gontauti. et qu'il ne partira que merct^di^ je là quitte dans ce moment et je la reprendrai detnaini
Ce mardi.
Madâtne dé Beauvau arriVÉt cheE moi hier 6 huit heures. Elle m'apportait des excuses de sa belle-mèré) qui avait une grosse hligraine. Elle Offrit de restei-. J'insiBtai pour qu'elle l'allât retrouver; et elle partit-. J'eus la maréchale et madame de Lauzun ; elle me dit que madame de Lausun ne pouvait pas aller à Ghanteloup ; que M. de Ghoiseul le lui défendait, et« pour me le prouver, elle me lut la lettre qu'il lui aval* écrite ; et moi, en conséquence de cette iett^e, je la priai de trouver bon que samedi je vous écrivisse paf elle.
Les opinions sont bien partagées ici. Je vois que
U8 COKRESPONDANCB
celle qui s'accrédite le plus, c'est que le tyran breton le deviendra de toute l'Europe. Cela veut dire qu'il aura les affaires étrangères. D'autres disent que te prince de Gonti n'y consentira pas ; qu'il a une grande aversion pour, lui; mais ce qui n'est pas équivoque, c'est l'horreur qu'on a pour le chancelier. Vasseinblée d'hier, dont vous saurez plu3 de détails que je ne suis en état de vous en dire, loin d'assurer ses succès, annonce sa défaite.
Ne craignez ni tiédeur ni zèle indiscret de ma part. Ne pouvant vous être utile,' j'écoute avec grande attention et intérêt tout ce qui se débite ; mais je ne parle point. Je suis dans cette tragédie une suivante des héros, dont le personnage est d'être muet. Surtout, je prie M. de Ghoiseut de n'avoir nulle inquiétude de ma liaison avec la maréchale. Elle ne subsiste que parce qu'il m'a dit qu'il ne voulait pas que je la rompisse. Si on la veut rendre suspecte, j'espère qu'on n'y réussira pas, et que ^madame de Grammont et madame de Beauvau tenteraient en vain à vouloir faire croire que mon attachement et ma fidélité cèdent en rien aux leurs. Qu'elles se contentent de jouer partout les premiers rôles; ma vanité, c'est de rester à ma place, que je sais ne devoir pas être la première. Je ne suis touchée que de ce qui part du sentiment. Un mot d'amitié de M. de Ghoiseul m'aurait fait plaisir, je l'avoue. Je n'ai point voulu lui écrire; mais si j'omets dans ma conduite quelque marque d'attention et d'empressement, il faut m'en savoir gré, c'est par discrétion ou par méfiance qu'elles soient agréables.
Je viens de recevoir une lettre de M. Walpole ; il serait bien tenté de vous écrire, mais je l'en détournerai. Il est bien persuadé de l'état où je suis.
Adieu, chère grand'maman.
M LA DUCHESSE DE CHOISEUL
A Chanteloap, ce 10 Jvirier 1T7I,
Ce sera votre bon ami M. de Stainyille, ma chère petite-fille, qui vous portera cette lettre. 11 part le 15, J'espère qu'en effet madame de Lauzun arrivera avant qu'il parte, quoique, en effet, nous ne voulussions pas la voir avant le carême, à cause des fêtes. Le zèle de l'exil l'emporte chez elle sur l'ardeur des bals. Gela est bien honnête à elle, à madame de Luxembourg et à M. de Gontaut. Je ne fermerai point ma lettre qu'elle ne soit arrivée, en cas que j'aie quelque chose à y ajouter.
Je suis bien aise que vous ayez été contente de ma conversation. 11 est certain qu'elle ne pouvait mieux réussir. Nous vivons, depuis, dans une union parfaite, et sans qu'il y ait la moindre gêne des deux parts. Le grand-papa m'en paraît enchanté. Je le crois véritablement heureux, et nous le sommes tous de cette confiance. Le noir Gontaut est tout autre depuis qu'il est ici. Les soupçons, les craintes, et jusqu'à la goutte
D5,l,r.,-l-,.GOOglC
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inéme, fuient devant le l^onheur dqnt not]s jouissons.
Venez (Jonc ici, puisqw'op y wt si bien. Yeiiez-y. JP vous en conjure. J^e grand-papa pst k vos pieds pour vous en prier. Venez respirer l'ajr d^ la paix et de la liberté ; il est plus doux que vous ne pensez. Venez au sein de l'amitié. Vous serez ici aussi bien que dans votre tonneau, et vous y aurez deux tonneaux comme à Saint-Joseph, un dans votre chambre, un dans le salon. . Amenez Wiard pouF votre lecteur; vous en trouverez encore d'autres ici. Amenez mademoiselle Conty, qui vous voudrez encore. Arrivez tous au commencement de la belle saison, pour échapper aux rigueurs de la p^aitvaj^; iDaîs, (lélasl vpus n'en ^ves, nulle envie!. •• Je ne suis ppint di( tout cootfintp d^ vos lettres k 06\ égard ; Plies ont l'gir de défaites, Poiirqgûj me cipy^zr vpys eiitoHréfi de gens qpp vqqs ije connaissez pas? £st=Ge qqe 1^ grand-papa, nioi, l'abbé, la petite Bainte, D. et madaRie de BeaRV3U, Riadamp de Poix, le prjncp, quand ils y ^rpnt toits ra&sen^blés, vous soiit incppnus? Pourquoi pe me croypzrvpus pas l'esprit libre? I| l'e^t plus que jamais. E^xempte désormais de craintes et de précautions mille fois plus importunes que les crpj^t^s, je serai tpnle k ce que vous pie direz, et s,\ p^r'hasfird n)on esprit s'égarait, yous ^v&j. que mon pœur ])e s'égare jamais. Pfe vous suiTit-ii pj^sî Pourquoi crgiT gneZ'Vous d'êjre hors de propos? Peuj. on l'être avec les gens dont on est aimé? Toutes ces craintes, je 1^ répète, sont de mauvaises défaites, et ces mauvaises défaites atHigent et alarmant votre grand' maman.
Vous pouvez juger du plaisir que j'ai eij k reyciir
DE HiDAflE qfJ DSFFAND. 331
ipon arni. avie vou^ m'ayez si généreusement sacrifié, et pQm¥en cp plaisir a été sHgpienté pap le plaisjr de parler de vpus enseral^ifi.
Je n'ai rien e^ de g}iis pressé flii? fie dppfisiif^er ^ Marianne les deu? suUans que vous ra'anppnçez ppur le grand-papa et pflgr moi. Ehe m-a?^ure p'en ^vpir pas entendu parler. J'espère qii'i|s nous apriverflut par madame de Lauzun.
Vous vQuIes que je vous parle de tout ce que je sens, de tout ce que je fais, de tout cg que j'éprouve I Je n'ai plus d'étoulTemeiits ; je vpjage les a absolument guéris. Je ne me suis point enrhumée, '^qs chamttres commencent à s'échauffer, grfice au papier qui çab feutre toutes les fenêtrps, et auï peaux de mouton qur entourent toutes les portes. IVqs cheipinées çpmmencent aussi à fumer un peu moins, grâpe aqx soifis du fumiste qui y travaille sans pesse. Bpsette vpus prépare un petit chien. Quant à ppus, ngus faispns as^ea bonne Ph^r^. Npus passons ^es nuits fort tranquilles, et tpute |a tp^tinée à pous parer dp perles et de diamants pornnie des pfincesses de f pman. Je n'ai jamais été gi bjen cpiffée qi §i qccifpée de ma papire qi}^ depuis que je suis ici. Je yeps rp^eyppif jeune, et si je peux jolie ' i^ fâcherai s^ moins de fair^ acpfpire ^i} grand-papa que je sifjs l'pne et l'^ptre, pf epnjme ij aura pe4 jl'qbjets (de ppi^parai^pj^ , j^ j'attraperai plu? facile(iiept:
Je suis chafp(ée qpp vpus pensjez com^fle rppi sur les o)j|igatiop^ qu'il ne faut contr^pter qu'ppc les jgpng qije l'pp estime. Ypus aye? parf^itep^ent bjpn fei|;
de reprocher à la maréchale son mot triomphe. Il est infâme! L'abbé m'avait déjà raconté cette histoire, mais j'ai été bien aise de la tenir de vous. Je suis bien de votre avis, les ennemis de M. de Choiseul ne valent pas la peine que l'en pense à eux, et la prudence ne permet pas d'en dire du mal. Mais leur puissance ne doit point empêcher qu'on dise de M. de Choiseul tout le bien qu'on en pense. Le temps, l'inutilité dont il est devenu, le besoin qu'on aura des autres le feront assez tdt oublier! N'accélérons pas ce triste oubli. L'intérêt qu'on lui marque, l'amour qu'on lui porte sont sa gloire et font son bonheur; bonheur qu'il ressent vivement et qui peut seul le soutenir, en attendant que :ses amis soient rassemblés, et qu'il soit accoutumé au nouveau genre de vie auquel il est forcé. Ne craignez pas que les éloges qu'on lui donne aigrissent ses en~ Demis ; ils ont épuisé les moyens de lui nuire, et ils ont tant à faire entre eux, que bientôt ils ne penseront plus à lui ; et quand il sera question de le faire revenir, ce qui ne peut certainement pas être de sitôt, peut être même de la vie du roi, tout ce qui se passe à présent ne peut accélérer ni retarder son retour, et j'aime mieux, quoi qu'il en puisse arriver, que lés regrets publics donnent à penser au maître, et importunent ses ennemis, que de le voir privé d'une si douce gloire. Je ne trouve nul inconvénient à envoyer à voire Horace les trois vers d'Esther. Us ne seront pas pour lui seul ; mais il n'y a pas de mal à cela. Remerciez-le de ma part de l'intérêt qu'il nous marque; émpêchezle de m'écrire, parce que je serais embarrassée de lui
,r<i,Goôglc
répondre ; mais dites-lui que les Français savent aussi bien mépriser les grâces et les disgrâces de la cour que les Anglais.
Je vous assure que je voudrais bien que M. d' Aiguillon fût ministre des affaires étrangères, pourvu que le parlenaent reprît son procès. Lç ministère, de plus, ajouterait du piquant et de la décence à l'aventure. Le parlement a repris ses fonctions. On y a dénoncé le chancelier. La dénonciation n'a pas été admise. Je n'aime point les coups d'épée dans l'eau.
Pourquoi êtes-vbus si modeste que de céder le premier rang à mesdames de Beauvau et de Grammont ? n'êtes-vous pas la première dans notre cœur? Vous avez l'air de craindre que le grand-papa ne soit alarmé de vos liaisons avec la maréchale. Mon Dieu, non ! Nous avons une confiance bien entière dans votre amitié et dans votre discrétion. Vous avez l'air aussi de n'être pas trop contente du grand-papa, parce que vous n'avez pas entendu parler de lui. C'est bien ma faute assurément ; quand je vous écris, je suis toute personnelle. Je ne songe à vous parler que de moi et de ma tendresse pour vous qui est infinie. Il est bien vrai que le grand-papa vous embrasse de tout son cœur, et qu'il est bien fâché de n'avoir pas votre sultan.
Vos sachets nous sont arrivés, ma chère petite-fille, par une de nos voitures. J'en ai donné un au grandpapa, qui vous remercie. La lettre que vous avez écrite
psr piQil neveu à )'ï(bbé m'a bien fait rire, votre jpquiéT tude surtout de la visite de l'ambap^^deur (le l'enipereur. En lui écrivant, je me suis souvenu qu'il pp^rr^jt peqMtfe avoir une ocpasiqn pour Naplps qpe vous n'auriez ptis, et, dans cp c^s, je |e chargerais dfi vous retirer ma lettre. Adieu, je vpu^ pmbrasgp enppre; n^ m'oul:)1iez pas auprès ^es gens qqi ont |^ tionté de sç Efluvfinir de moi.
DE L'ABBÉ BIETHÉLEUÏ
M. Ip cprpte d^ S|aii]vj||p parj, rfpiiiain PPir Parjs. J'espère qu'il vqu(ira bien sfi charger de cpttp lejtr^. Jç: vpu^ aj prpmis des détails et de vous dire la vérité. Jç yais pi'en doi:)ner le plaisjr. Je cpmmepce paf le graud-papSr ?' est fp) qup vpup î'ayez vu ^yant spfj déport ; gai, tEauquj||e, indifférent sur toijt pe qyi s'esf passé; if'ay^nt pas la n)oindre crE)ii^|.e sur l'aveiiir, p^rcfi qu'il p'est pas eq lui dp craifjdrp j plus aimab|e .que jamais, et devenu encore plus intéressant par la gloire ^ont sa retraite est accompagnée. La grand'maman a le même calme et la même fermeté; elle est heuFçuse jusqu'au fpud de l'âme. ^Ile s'est réunie avec sa beU^7s•£^^ potl^ faire le bpnh^ur du granij-
paps ; elles ^ préviennent ^l}I)^ et r^utre par toutes
DE IfADAHB DD PEFFAND. ItS
sortes d'atteptions et de poUtpssiîs. Vous savez de quoi la grand'iTtaman pst papablâ. Il hat rendre justice i madamâ la duehesse de Qrammûnt ; w^ ppQcédés sont QD ne peyt plqa hPunét^a. Je leur dois l'accueil que j'en ai reçu en arrivant, J'phs depgis rhpnnflur de la voir en p^rtiPiilier • elle se loiia tieancoup dp ^ beper jBcegp; plje s'en Ipu? sans ^^'eptiilioD, ^a|)s fpideur, cpniipe il le fallait, popiii^e la grapd'manian ^ loije d'elle, ^e croiç qu'eljeg sont ^u véritable poipt. Jp ne firoi? pp^ qu'elles s'aiment j^m^is cpnime elles se ^oi)t ajinées autrefois, quoique \^ granf^'fïlftlTian y soit porr tée plus qu'elle ne pen^; iiiai^ pomipe elles s'estipiept toutes i^eux, qu'elles sont tputes dewï très-estimqtjles, qu'elles pnt le mêine objet, le ipême intérêt, JV^pèrp que la paix sulisistera longtemps et fera leur coipmiin bonheur. Après la d'scussiop de cp point le plus essentiel pour vous et poi)r nous toqs, je vais vous tjire ^ qppi 01} passe la joqrnée.
Le grand-papa se lèvp à neuf heures et !s graPfî'" niaman à dix. La iqatinée est eiiip|oyéq à éçpre d'^^ côté, à faire sa toilette de l'autre, ensuite à des arrangements domestiques, tous les détails d'un pouvpl établissement. On dîne à deux heures. Après le dîner, des parties de wh'st pu 4e trictrac. Qn se retire deppis six ou sept heures jusqu'à dix qu'on soupe. Un pharaon après souper jusqq'à une Jieure, J^yeeds p^F^ils apusements, le tepips nou^ epiporte si vjte qup je crois toujours n'être arrivé qpe hier au soir. ï(epiarqueï bien que je n'ai pas compté les promenades, parce qu'il est impossible de sortir du château; pous y sommes
assiégés par la neige, la glace, une bise épouvantable, un gâchis aâreux. On n'est occupé qu'à se garantir du froid ou de la fumée. On n'a que le second inconvénient aurez-de-chaussée, où sont la grand'maman, le grandpapa et madame de Grammont. Au second, où je suis, j'éprouve le premier dans toute sa force. Mon apparie^ ment fait le coin du château; il est en plein nord, et ce nord est tout entier dans ma chambre ; je grelotte auprès du feu, dans mon lit. Cette nuit, je me suis levé, et j'ai mis sur moi tout ce que j'ai trouvé en tâtonnant, redingotes, habits, chaises, livres, etc., et j'étais à moitié gelé ce matin. Ne me parlez pas de cela dans vos lettres; je ne veux pas que la grand'maman en soit inquiète. Je vais faire calfeutrer mes fenêtres ; et puis ce vilain temps ne durera pas toujours; et puis j'ai tant d'autres bonheurs qu'il ne faut pas être trop difficile sur de petites misères. A propos de 'bonheur, ne me parlez pas trop de celui que l'on goûte ici ; il me semble que l'envie est toujours aux écoutes. La grand'maman serait très-disposée à la braver. Elle a un courage de lion , mais moi qui n'ai que celui des lièvres
Je craiDS tout, cher Abner, et n'ai p^int d'autre crainte 1...
M. de Gontaut m'a apporté une de vos lettres. Madame de Lauzun m'en donna hier une seconde. Elles font nos délices ; mais je vois avec une vraie douleur que vous vous laissez aller à votre chagrin. Que j'ai du regret de n'être pas à Paris, quand je pense à
VOUS 1 que j'ai du plaisir à songer que vous serez ici dans quelques mois I Oui, vous y serez. Vous ferez le voyage à petites journées ; vous aurez un appartement commode. Le grand-papa et la grand'maman vous désirent également. Ne vous fatiguez point Tespritpar des craintes imaginaires. Pouvez- vous douter que vous ne soyez chérie et recherchée partout où vous serez? Noua avons déjà distribué plusieurs fois tous les moments de votre journée ; vous serez avec vos parents, avec vos amis, avec ce que vous aimez et ce qui vous aime le mieux. Noua regardons ce projet comme immanquable, et c'est une de nos plus douces espérances.
J'ai oublié de vous prier d'envoyer les contes marins, par la poste, au grand-papa.
DE LA DDCHESSE SE CEOISEUL
A Cbanteloup, ce 17 Janvier 1771.
Il ne faut pas que mon neveu parte sans porter un mot de tendresse à ma chère petite-fille. Elle le mérite par le soin qu'elle a de ses parents. Vous avez envoyé la Belle et la Bête au grand-papa ; cette attentioa lui a été d'un grand secours. A présent, il a un petit rhume qui le tient au lit, et qui lui a fait cracher du sang. Il se fait lire des coittesde fées toute la journée.
S3S CDRttESPONDAKGH
G'ëst une lecture à laquelle nous notis somm^ tous misi nouslà trouvons aussi vraiëerablabie que Thistoire moderne: N'allez pas dire que l8 grand-papa soit malade : on troirait qu'il a la maladie des ministres, et on ne peut en être plus éloigné qu'il nb l'est) ne pensez pas qu'il soit ici eutis occupation i il s'est fait dresser dans le salon lin métier de tapisserie auquel il travaillait, je ne puis dire avec la plus grande adresse; mais du moins avee la plus grande ardetift quand la petite maladie est vtenue interrompre le coûts de ses travaux: Malgré cet excès de iSïéj Je doute cependant qu'il devienne jamais aussi giiind tapissier qu'il était bon ministre. Vous allez dire qtie jS n'ai pas te m(}t propre^ t:iu'il fallait dit% bon tapissier et grand ministre. Ne voyez-vous pas que c'est par modestie que je fais cette transposition? C'est auprès du lit du grand-papa que je vous écris. II me suqirend à l'œuvre. Il demande si je vous parle de lui; il veut que je vous dise tant et tant de choses de sa part, que je ne sais comment m'y prendre pour commencer, ni comment m'arrêter pour finir. Je m'en rapporte à votre imagination et à votre justice. Je ne puis ajouter pour Inoi i^Ué t'e'mbrassérriént le plus tendre aux douceurs que vous dit le grand-papa ; vous ne daignmez plus écouter les miennes:
DE HÀBAUb DV bEFfAND.
A LA liDCHÈSSÈ DE CHOigEUt
Ce dimanche 20 janvier 1771.
Je jouis d'un bonheur que j'ai toujeura désiré et que j'ai été iJrête à troire aneplire ctiimiPBi Je suis aimée; je le suis de vous et de mon Horace !... Souftrbz, ma grand'mamani que je vous confie le contentement oii je suis de lui. La tête lui é touriié diî grand événBmeilt. Son attdchèrrtent \>o\it ^'biis ^ tient une gt-aiidë place, et sa tendresse pour moi lui fait iniaginer tout ee qui peut adoucir mon malheiir. Je ne doute pas qli'il he fasse bientôt utl voyage ici; et qu'un des motifs qui le lui fera avancer, c'est qiié néii né i^etardé mon voyage à Chanteloupi quand vous mé donnerez l'Ordre dfe Vous y vfenir trouve!*;
Né suis-jé pas biéii héiit-ëUse d'àtâî^ si bleii p\a.&é mes affections? Vous, .lé grand-papà, lui et notre excellent abbé-.u vbilà ce que j'aime; ce qui m'oceupej cfe qui m'intétésëfi. Tout lé l'esté sont des flortflOHs; des lantureiiis et dés vogue îa galère, dés i"einplissageal;..
L'oii s'attend aujourd'hui 5 de grands ëvénemërita ' ;
I LëpirfeMentfuli-emplacé parle paHertiemMaUpeou, Dès 1753; nnetn'esute de cËgeiireaTàiteUllËli. Le paHément avait étëeicOé; uH triburt&l, qu'on appela chambrfe royale, arail été érigé mohiBntanéinent ëh Son Dca et {tUce. Trbis aUs après, & la suite d'un Ut de justice qui sutiprima deus chanibfes, celle dfes enquêtes avait donné unanimement sa démission. Dans la grande chambre, plu-