I.XbyGOOglC
DE HADAHE DU DEFFAnD. JU7
Plus j'en entends parler, moins je suis au fait; maîsl mais tout ira bien h force de ma! aller, j'en suis sûre. Nous n'avons plus que cette espérance, nous n'avons plus que cette ressource.
J'ai relu hier VObservation sur la protestation. L'auteur n'est pas un sot, et il n'a pas tort de faire entendre aux princes qu'il n'est pas bien sûr qu'ils expriment leurs véritables sentiments ; qu'ils pourraient ne pas bien démêler ce qu'ils pensent, et qu'il y a telle circonstance où ils ne parleraient pas de même.
Le roi va à Saint-Hubert aujourd'hui, et moi au Port h Langlois. Je iis hier, chez moi, mon petit souper ; nous n'étions que six. Je me trouve bien de ce nouvel arrangement. Il me prend envie de vous écrire les couplets que j'ai envoyés k l'abbé, et que je n'ai fait que pointer. Si au bureau on a gardé la lettre, vous ne saurez pas à quelle occasion ils ont été faits. Je lut en racontais le sujet, je le lui répéterai, s'il n'a pas reçu cette lettre; les voici ' :
iiK : Il n't a que tept liew$ <U Parti à POMOlie.
Un capucin qui prSchait le carËme, Nous fit un jour un argument bien fort : L'enteirement précédait le baptËme, Quaud Dieu, dit-il, vint changer notre «ort; Par un effet de sa bonté suprême.
Il a remis la vie avant la mort
Le premier couplet est de madame de BoufQers et le second de madame du Deffand.
COnRESPONDARCË
Un capucin dit k son auditoire :
Sactiei quel sort nous était daitlné.
Si le bon Dieu, poursa plus grande gloire.
N'en avait pas autremenl ordonné.
Nous devions tous, je l'ai lu dans rhistoire,
Cesser de vivre avant que d'Stre né.
DE LA DUCHESSE DE GIOISECL
A Chanlelonp, ce 31 mai ITTI.
Je suis parfaitement coDlente de vous, ma chère petite-fille, de vos dsuK grandes lettres, de vos deux journaux. J'aime k la folie à savoir tout ce que vous faites, tout ce que vous dites, tout ce que vous pensez, tout ce qu'on vous dit, et vos grands projets et vos petits arrangements; je crois voir et entendre tout cela ; je crois être avec vous, et toute illusion qui m'en rapproche m'est chère; entretenez-lajusqu'au moment où elle ne cédera qu'au bonheur de la réalité. Je vous assure que ce bonheur est attendu et désiré de tout le monde ici, je ne puis dire comme de moi , mais, en vérité, tout autant dans la proportion. Le grand-papa, entre autres, m'en parte tous les jours.
Je ne sais si vous faites bien d'empêcher le comte de Noailles de demander votre permission. Le refus" de
DE MADAME DD DEFFàND. 8SS
madame de Chabannes est une chose personnelles elle ; celui de madame d'Achy une gaucherie de M. de La Vrillière. Je ne crois pas que vous ayez de personnalité à craindre.
J'aurais été bien aise que M. Walpole lût dans l'original tout ce que je pense pour lui ; mais ma lettre ne valait pas la peine de lui être envoyée, et autant qu'il m'en peut souvenir, il aurait été dangereux de la risquer au hasard de la poste. Toutes les lettres 01*1 je me livre à vous parler des affaires du temps, vous feriez bien mieux de les jeter au feu après les avoir lues, que de les garder. Je crains toujours que quelque hasard ne les fasse connaître, et je ne voudrais pas que le grand-pepa fût à la Bastille pour mes belles pensées. Quand on écrit librement à son ami on supprime tous les intermédiaires inutiles, qui sont des sous-entendus entre gens qui parlent la même langue, et cette soustraction, en donnant plus d'énergie aux pensées, les rend plus susceptibles d'interprétations malignes ou maUcieuses. M. Walpole me rappelle l'Angleterre; r Angleterre M. Stanley, et M. Stanley la commission que l'ambassadeur vous a donnée pour nous de sa part. En voici la réponse: M. de Choiseul et moi serons très-aises de voir M. Stanley ; mais il nous serait impossible de le recevoir s'il n'avait obtenu une permission de la cour pour venir ici. Il faut donc qu'il ta fasse demander par son ambassadeur, et nous désirons vivement qu'il l'obtienne.
La lettre de Voltaire que je vous envoie est pitoyable. Il en avait déjà écrit une dans le même genre à
SeO CORRESPONDANCE
M. de La Ponce, remplie d'amour pour nous, d'invectives contre le Parlement, et d'éloges sur les opérations du chancelier. 11 croit, en rassemblant tous ces contraires, se donner un air de candeur, et prendre le ton de la vérité. Il vous mande qu'il est fidèle à ses passions : il devait dire à ses faiblesses I II a toujours été poltron sans danger, insolent sans motifs, et bas sans objet. Tout cela n'empêche pas qu'il ne soit le plus bel esprit de son siècle , qu'il ne faille admirer son talent, savoir par cœur ses ouvrages, s'éclairer de sa philosophie, se nourrir de sa morale ; il faut l'encenser et le mépriser; c'est le sort de presque tous les objets du culte.
Je ne serais pas du tout étonnée que votre petite fée quittât sa partie pour la reprendre huit jours après ; tout cela serait la conséquence de son inconséquence.
11 n'est pas vrai que M. de Boufïlers ait de l'embarras pour les régiments dont il avait l'inspection. Vous pouvez en être sure, et le dire à qui il appartiendra.
Je suis comme vous; je n'entends rien au Châtelet. Ce que je vois de plus clair dans tout ceci, c'est que les fêtes du mariage laissent au moins respirer les personnages menacés, etcequeje crois de plus vrai, c'est que le chancelier et le d'Aiguillon cherchent réciproquement à se faire niche. Je crois bien avec vous que le dernier l'emportera.
DE L'ABBË BARTHÉLEHT
a JDÎn 1771 >
3e vois tous nos écrivains, grands et petits, ne plus se souvenir des faits, ou ne s'en occuper que pour remonter à leurs causes et se mettre en état de suivre les progrès de nos idées; car nous ne sommes plus dans le siècle frivole de Racine, où l'on ne cherchait qu'à plaire, mais dans le siècle de la raison, 0(1 l'on ne cherche qu'à connaître. Nous pensons, et c'est ce qui fait que nous sommes si raisonnables et si gais. Eh bien I je vais penser aussi. Je vous avais parlé du genre de vie que nous menons ici; je dois vous rendre compte des changements qui s'y sont introduits, et des motifs qui les ont occasionnés. J'espère que ce détail pourra quelque jour figurer dans l'iiistoire de l'esprit humain.
Nous ne faisions qu'un repas qui était fixé à cinq heures. Il a été retardé, et successivement nous soupons à présent à huit heures. La cause de ces variations tient au système général de la nature et à la mobilité de ses mouvements. Autrefois le jour finissait à cinq heures, et il est prouvé par l'astronomie qu'il doit finir plus tard à mesure qu'on avance vers le solstice d'été. 11 est aussi prouvé par la physique que les jours sont plus chauds en été qu'en hiver; enfin, il est démontré, en médecine, qu'en été il est plus avantageux de se promener à six heures du soir qu'à trois heures Sprès-midi. Il a donc fallu reculer le souper, et
tas CORRESPONDANCE
comme dans une société bien policée on ne peut, suivant Platon, faire la moindre innovation qu'elle n'influe sur le système de celte société, il a fallu supprimer la lecture qui se faisait ajirès souper ; car le plus ou le moins d'intervalle qui est entre le repas et le coucher doit procurer plus ou moins d'amusements et d'occupations. Je crois que cela est prouvé par l'algèbre. Dès que nous ne lisons plus, il est clair que nous n'avons plus d'idées; nous ne pouvons vous écrire, cela est prouvé par l'expérience. Les après-midi étant plus longues, on chasse plus longtemps. Nous allons dans la forêt, dans des voitures bien fermées ; nous y trouvons des chevaux; nous courons après les sangliers et les chevreuils; le grand-papa et la grand'maman sont toujours à la tête. Je n'ai jamais vu de sangliers ni de chevreuils, on n'en a point tiré depuis deux mois que nous chassons ; en voici la raison. On avait un piqueur, on l'a renvoyé parce qu'il mettait tous les jours une poule dans son pot, et que pour la mettre dans son pot il la volait dans le poulailler. On en avait pris un autre qui est allé à Paris, où il s'est jeté dans le grand monde. On avait de grands chiens qu'on renvoya parce qu'ils couraient trop vite, et on aprisdesbassetsquine savent pas encore courir. Dans une de ces chasses un
chat sauvage passa devant (Je m'aperçois dans ce
moment que la feuille de papier n'était pas entière, mais
je n'ai pas le courage de recommencer ma lettre)
Il passa donc devant un des gardes qui te tira à trois baltes. Hélas ! que voutiez-vous qu'il fit contre trois? It mourut et se comporta mieux qu'Horacs.
DE HADAHB DD DEFPAND. S<S
Nous ne voyons pas de cerfs dans la forêt, mais nous en voyons tous les soirs dans le ciel. C'est un cerfvolant qui fait notre bonheur. Le grand-papa ne connaissait pas ce spectacle ; il en est ravi. Les habitants des environs durent bien être étonnés, hier soir, entre onze heures et minuit. Il parut, à une très-grande élévation, trois lumières sur une même ligne. C'étaient trois lanternes attachées h la queue du cerf-volant. Les gens de ta maison s'occupent fort des moyens d'embellir ce spectacle; ils ont essayé d'attacher un chat au cerf, mais il faisait trop de vent. On nous promet, pour jeudi prochain, une représentation avec des chata et des lumières. Il sera permis à tous les habitants de la campagne, des villes, villages et hameaux, de voir le spectacle gratis.
La grand'maman continue à se bien porter; du moins à ce que je vois et entends dire, car il n'y a plus moyen de causer avec elle en particulier. Du reste, elle est contente, et c'est ce qui doit suffire à ceux qui lui sont attachés. Madame de Grammont est plus accessible et aussi aimable qu'elle nous l'a paru le premier Jour. Un rien l'amuae ou l'intéresse; elle se prête avec une facilité singulière à toutes les plaisanteries, et on ne peut pas avoir plus d'indulgence.
Vous ne m'avez pas parlé du discours de l'abbé Arnaud. Est-ce que vous ne l'avez pas lu? J'en ai trouvé le Commencement assez bien; mais je n'ai point été content d'une digression sur les Grecs, qui rend ce discours d'une longueur insupportable. Cette digression est remplie de contradictions, d'obscurités,