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sot CORHESPOrfDANCE
de faits manifestement faux et de prétentions extraordinaires dans le style '. Cet abbé Arnaud a beaucoup d'esprit, et une chaleur que j'entends beaucoup prôner, et qui me refroidit. Il me paraît être dans le goût de Diderot, Je l'ai connu et aimé autrefois. J'ai eu ensuite à me plaindre beaucoup de lui, et je ne l'aime plus. C'est peut-être ce qui m'a prévenu contre son discours. Je vous prie, cependant, de ne pas dire ce que je vous en dis ici, parce que cela est inutile et ne servirait qu'à m'occasionner des tracasseries.
Je vous prie de dire un million de choses pour moi au prince incomparable. Je voudrais bien qu'il eilt sa permission ; c'est une de celles que je désire le plus. Et la vôtre, quand la demanderez-vous? Au mois d'août sans doute ; car votre projet est de venir au mois de septembre. Le grand-papa demande toujours si vous viendrez en effet.
Voici une petite anecdote dont il ne faut pas parler du tout. M. de Lille est ici. Il va faire un petit tour en Poitou; et, comme il n'a point de permission, nous ne parlons pas de son arrivée. Il ne tient h rien, et il n'est pas assez connu à la cour pour qu'on prenne garde à lui. Cependant il vaut mieux qu'on garde le plus pro' fond silence. Il est très-bon homme et d'un commerce très-facile.
Je voudrais bien que'vous m'étendissiez aux pieds de madame la maréchale de Mirepoix, et que vous
« Cette peintura s'accorde avec le snrnom d'abbé Fatras, qui fat donné h. Arnaud. « L'abbé Fatras, de Carpentns, ete. *
puissiez lui bien exprimer combien j'ai été pénétré de ses bontés. C'est M. de Gayot qui portera cette iettre et dont le départ me chagrine, car il est de bien bonne compagnie.
SE LA DDCHESSE SE CHOISEUL
A Cliuiteloup, ce 3 Juin 1771.
•Tai une bien mauvaise nouvelle à vous apprendre, ma chère petite-fille, et vous allez être bien en colère contre M. de Choiseul et contre moi. Vous n'aurez pas les Mémoires de Saint-Simon. Je les avais demandés, je les avais obtenus; madame du Ch^telet devait vous les porter; tout était arrangé, et je jouissais déjà du plaisir que j'allais vous procurer, quand M, de Choiseul a été averti qu'on avait connaissance qu'il possédait ces Mémoires. On a même su qu'ils avaient été lus chez vous, et vous ne pouvez pas vous imaginer de quelle conséquence il est pour le grand-papa que le ministère, M. de Saint-Simon, et d'autres encore, ignorent qu'il a ces Mémoires; et cependant c'est M. de Saint-Simon qui le sait. H peut en résulter les plus grands inconvénients pour lui. Il a pris le parti de le nier et de les enfermer très-étroitement et trèssecrètement. Il vous dira toutes ses raisons quand vous
serez ici, et vous les approuverez plus que personne '. Cependant, comme il est au désespoir de vous refuser, de priver M. Walpole d'un plaisir auquel il s'attendait, et comme il serait enchanté d'avoir l'honneur de le voir, il me charge de vous prier de reng3ger,à l'appât de ces Mémoires, de vous accompagner ici. Je me joins au grand-papa pour le prier instamment d'en faire demander la j)ermission par son ambassadeur. S'il l'obtient, nous serons trop heureux de le posséder ici quelque temps avec vous ; nous lui donnerons les Mémoires de Saint-Simon, qu'il aura le plaisir de lire dans sa chambre tant qu'il voudra, et, le reste du jour, nous jouirons de sa société. Ah ! ma chère petite-fille, que j'aime à vous entendre parl^ de ce voyage! Votre dernière lettre est du 7 ; mes réponses ne seraient plus de saison. M, d'Aiguillon est déjà un vieux ministre ", et ce choix si extraordinaire était cependant si fort attendu qu'il n'a étonné personne.
' Les Hémoires du duc de Saint-Simon ont été publiés partiellement en 1788,89et 1818. Ce n'est qu'en 1829 qu'il en a été fait une édition complète. Il en existait des copies plus ou moins Sdèles; et le duc de Cbolseul en avait probablement fait faire une. Hais l'origiual de la main dâ l'auteur, et formant huit volumes in-folio ou plutôt huit portefeuilles armoriés, dans lesquels les cahiers sont atlachés par des fils, étaient déposés aux archives des affaires étrangères. Ce précieux manuscrit a été rendu, sous la Restauration, à U. le marquis de Saint-Simon. Ëvidemmeut, d'après ce que dit ici madame de Choiseul, ils avaient déjà été réclamés parla famille, qui n'obtint satisfaction que beaucoup plus tard. C'est M. Decaies, ministre de l'intérieur, qui restitua au marquis de Saint-Simon ce précieux héritage.
* Il avait été nommé le 5 juin.
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DB HADAHB DU DEPFAND. 301
Voltaire m'a envoyé sa troisième édition desPeuples aux Parlements. J'y ai lu ce qu'il voulait qtie j'y lusse, et le reste, qu'il aurait bien voulu qae je ne lusse pas. C'est à ce sujet que je Tai fait prier de traiter M. de Ghoiseul comme un Dieu, dont il ne fallait parler ni en bien ni en mal.
DE L'ABBÉ BASTHÉLEHT
Chanteloup, ce 3&Juin 111t.
La grand'maman, qui vous écrit par madame la comtesse de Châteaurenaud, est bien affligée de ce qu'elle vous refuse ce qu'elle avait obtenu pour vous. Une lettre arrivée, dans l'intervalle, a fait faire des réflexions qui vous sont toutes étrangères, et toutes relatives au grand-papa. Yous les saurez en détail quand vous serez ici, et vous trouverez que la précaution, quelque extrême qu'elle soit, est bien fondée. Ce contretemps produirait le plus grand bien possible s'il pouvait déterminer M. Walpole à venir. Et pourquoi non? il ne connaît pas les bords de la Loire; il ne connaît pas Chanteloup ; il ne connaît pas même le grand-papa. Il serait parfaitement accueilli ; je puis vous en répondre, ainsi que de la satisfaction qu'il rapporterait de son voyage. Oh, mon Dieu! tâchez de l'entraîner; je partagerai mes soins entre vous et lui, et je n'oublierai
rien pour lui prouver mon désir de lui plaire dans les plus petites choses. Je laisserais les grandes à la grand'maman, qui a reçu une lettre de Voltaire. La voici ; elle ne lui répond pas, elle vous prie de lui répondre pour elle qu'elle est très-sensible à l'intérêt qu'il prend à sa santé; qu'elle se porte fort bien; qu'elle est fâchée de ne pouvoir pas lui répondre ; mais que, pour de j.rès-bonnes raisons, elle a pris le parti de ne plus écrire du tout; que quand on est parvenu è un certain âge, il faut se reposer sur ses enfants d'une foule de devoirs qu'on ne peut pas rendre, et qu'elle voit avec plaisir qu'elle ne peut pas choisir une main plus agréable à M. de Voltaire que celle de la petite-fille. La grand'maman vous prie de l'excuser si elle vous procure cette importunité. Vous sentez bien qu'elle veut insensiblement romprp cette correspondance. Je n'approuve pas cette rupture, quoique je pense comme elle sur le fond des motifs qui l'occasionnent. Je crois qu'il y a une infinité de travers, de folies, d'erreurs sur lesquels il faut fermer les yeux ; sans quoi on resterait bientôt tout seul. Mais elle ne démord point de son sentiment, et je ne dis plus rien. Je reviens au manuscrit de Saint-Simon : je vous prie de ne plus le citer dans les lettres que vous m'enverrez par la poste.
Le grand-papa, qui passe là dans le moment que je cachette ma lettre, me charge de vous dire des choses si tendres, si tendres, que je m'attendris en vous les rapportant.
A LA DUCHESSE DE CHOISEDL
Samedi ce 35 juin 1711.
Vous ne savez pas, chère grand'maman, tous les effets que vous produisez ; vous vous souvenez bien que vous abrégiez les moments que je passais auprès de vous, et que souvent, quand j'entendais sonner deux heures, je croyais qu'il n'était que minuit : si vous l'avez oublié, l'abbé s'en souviendra bien, et de ses colères contre moi; aujourd'hui c'est tout différent, les cinq mois qui se sont passés depuis votre départ me paraissent un siècle. Je ne saurais comprendre qu'il n'y ait que cinq mois que je vous ai vue partir. Je suis de même pour vos lettres, quand je suis huit jours sans en recevoir ou de celles de l'abbé, je crois tout perdu.
Vous savez sans doute que madame d'Âffry a été refusée; j'en suis surprise. Mais ce qui me fâche beaucoup, c'est que madame d'Ënville l'ait été aussi. Les non se disent avec trop de facilité dans le moment présent; peut-êlrë dans deux mois l'habitude en sera perdue.
Le bal paré a été superbe, on n'a jamais rien vu de plus beau. Madame de Lauzun a remporté tous les prix de la bonne grâce, de la danse, de la magnificence. La comtesse de Provence a eu celui de la laideur; mais son mari l'adore.
La fée retourne jeudi à ia cour. Je crois que ce n'est
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pas sans répugnance. Son maintien y sera cahin-caha . Elle compte aller au voyage de Saint-Hubert et à celui de Marly, qui sera depuis le 8 jusqu'au 22. Le voyage de Compiègne est, dit-on, le 10 ou le 12 de juillet.
Je vis hier madame Corbie; je l'embrassai bras dessus bras dessous; je lui fis cent questions ; elle me satisfit à toutes, i La grand'maman m'aime-t-elle î
— Oui. — Par!e-t-elle de moi? — Oui. — Me désiret-elle?— Oui. — Ne lui serai-je point à charge? — Non.
— N'est-ce point par complaisance qu'elle veut de moi?
— Non. — Ah ! madame Corbie, que vous me faites plaisir 1 > Et de l'embrasser de nouveau.
Je fus souper hier à Versailles. Nous étions trèspetite compagnie. Le bruit était depuis quelques jours que M. d'Aiguillon devait entrer au conseil. On dit au- .jourd'hui que ce sera jeudi. 11 y eut de grands pleura mercredi de la dame; le sujet apparent était un poulet qu'on ne voulut pas qu'elle mangeât à table. Elle pleura toute la soirée et toute la matinée du lendemain. Je ne sais plus quel jour elle dit à la personne ' qui est le plus près d'elle à table : < Vous êtes un menteur, oui, un menteur, et le plus grand menteur qu'il y ait au monde I > Cela ne fut pas dit à haute voix, mais assez haut et assez distinctement pour que beaucoup de personnes l'entendissent.
On veut à Paris qu'il y ait une négociation. On
■ Celle personne eit ici uses clairement désignée.
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nomme les négociateurs : MM. de Penthièvre, de Soubise et le président Mole. On annonce toujours un changement de contrôleur général, et il n'arrive .pas.
Le prince de Beauvau a eu un petit différend avec la dame. Il voa? l'aura raconté, s'il a jugé que cela en valût la peine ; et il ne vaut pas celle d'être conté deux fois.
Le prince incomparable, autrement dit l'esclave, vous aime toujours tendrement, j'en suis cauticm ; mais il est comme Ladislas : ■ J'allais, j'étais... L'amour a sur moi tant d'empire! etc. * Je ne le vois plus que par congés ; il faut qu'on les demande, il faut qu'on les accorde.
Adieu, chère grand'maman.
A LA DUCHESSE DECHOISEUL
Ce TCndredl 3S juin 1?T1.
Je connais trop votre bon cœur, j'ai trop de preuves de votre sensibilité, pour douter, chère grand'maman, de la répugnance que vous avez eue à m'apprendre une fâcheuse nouvelle. Je m'étais attendue à un refus quand je fis la demande; je fus charmée de m'être trompée. Je suis aujourd'hui un peu afiligée ; mais de tout cela il résulte beaucoup de reconnaissance de vos bonnes intentions, et une grande résignation à toutes
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VOS volontés. De plus, vous connaissez mon attachement pour le grand-papa, l'intérêt que je prends à lui, qui va jusqu'au scrupule sur les plus petites choses où il pourrait y avoir de l'inconvénient. Je n'examine donc pas s'il y en aurait eu à m'envoyer ces livres. II suffit que vous le pensiez pour que je ne les désire plus.
Je ne laisserai certainement pas ignorer à M. Walpôle de combien de grâces vous accompagnez votre refus. Je ne doute pas qu'il n'eût un plaisir extrême à profiter de la permission que vous lui donnez de vous aller faire sa cour ; mais il est infirme et un peu sauvage. Il craint la fatigue et les nouvelles connaissances. Il est peu connu du grand-papa, et point du tout de madame de Grammont; il a de la timidité, beaucoup de défiance de lui-même. Ainsi, malgré son attachement pour vous, que je puis dire extrême, je ne le déterminerai jamais à m' accompagner. Il s'en dédommagera autant qu'il sera possible en me parlant de vous et en m'en écoutant parler.
Le grand-papa est bien regretté des étrangers. Son successeur est infiniment civil; mais la civilité n'est pas l'affiche de la sincérité. La duchesse mère se conduit toujours à merveille. Son contentement ne choque personne; elle ne triomphe point, elle n'est point avantageuse. Elle me demande souvent de vos nouvelles. 11 s'en faut bien qu'on la doive regarder comme ennemie ; sa joie est mêlée d'afiliction. Elle est forcée à ne plus voir madame d'Egmont qu'elle aime comme sa fille. Vous savez, ou vous saurez, qu'elle n'a pas voulu aller au remerciement. La sultane n'a été accompagnée
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que de madame d'Avaray. Le maréchal ' est furieux ; te voilà brouillé avec ses deux enfants.
On ne parle plus du chancelier. Nous avons tous les jours des édits nouveaux ; ils sont à peine la nouvelle du jour. Tout ce qui se passe a l'air d'un songe qui doit être suivi d'un réveil qui fera disparaître tous les fantômes. Dieu le veuille I et que je puisse, avant ta fin de ma vie, monter quarante-sept marches, et me trouver dans un joli petit appartement. En attendant, je me propose bien de faire cinquante-quatre lieues et de me rendre dans un beau et ^and château, d'y être reçue avec indulgence par les uns, avec bonté par les autres, et avec beaucoup de tendresse par vous.
Je tiens cette lettre toute prête pour la première occasion.
Ce niftrdi S juillet.
Cette occasion arrive. C'est madame de Poix.
DE LA DUCHESSE DE CHOISEUL
A Chantalaup, ce S Juillet 17T1.
Il y a si longtemps que je ne vous ai écrit, ma chère petite-fiUe, que je no veux pas me priver aujourd'hui du plaisir d'occuper de vous le loisir que me laisse la
• De Richelieu,
nh CORRKSPONDAMCE
promenade de ces dames. Atosi je commence toujours ma lettre sans savoir quand je pourrai vous l'envoyer; quitte à y ajouter, suivant l'occurrence. Je compte bien que madame de Beauvau m'en fournira l'occasion en m'apportant une lettre de vous comme a fait madame de Poix. C'est une étrange personne que cette madame de Poixî Jolie comme te jour, fraîche comme une rose, forte comme un Turc, pwlie, spirituelle, l'ftme forte et le sentiment délicat ; maix la nature s'est trompée en la formant, elle voulait en faire un joli petit garçon et non une Jolie femme '.
J'avais voulu vous écrire par les Churchill ' ; mais je n'ai pas osé prendre la liberté de les charger de ma lettre. Vous aurez su par eux qu'ils sont venus ici. Madame de Churchill voulait absolument voir Chanteloup, les papiers anglais, disait-elle, en parlant sans cesse : * El Chantelouppar ici, et Chanteloup par là; et M. de Choiseul y fait ceci; et il y fait cela; il faut bien que je voie ce Chanteloup si célèbre!. . . » Je les y ai reçus de mon mieux, en ne les voyant pas. Mon neveu, qui les connaît, leur en a fait les honneurs. Je leur ai donné des calèches pour les promener partout, et nous sortions quand ils venaient, d'une chambre à l'autre, pour leur laisser voir les appartements. Je désire
' La princesse de Pois a fait, jusqu'iun âge avancé, le charme de la société nombreuse et choisie, qui 3e plaisait à se réunir antour d'elle. " En Tieillissant, disait-elle souvent, il faut redoubler de propreté et d'indulgence 1 »
' Lad; Uarie Churchill, sœur de H. Walpole, et sa nièce, depuis Udy Cadogan.
qu'ils aient été contents de nous, à cause de vous, à qui cela fera plaisir, et pour M. de Walpole, à qui j'ai voulu rendre en leur personne. Je vous fais mon compliment sur sa prochaine arrivée. Je voudrais bien en profiter, et c'est à mon grand regret que vous m'en avez fait perdre l'espérance. Vous avez pris avec une
are correspondance
madame d'AiguilloD la mère. Je suis fort accoatumée à respecter son caractère; mais, pour sod fils, je ne suis point du tout éblouie de cette politesse qu'il affiche, et qu'on n$ cesse de me vanter. Je suis seulement ennuyée d'en entendre parler. Il fait le mort, et gare la résurrection, car les bons ne seront pas assis à sa droite.
L'accident de la pauvre madame deLaVallière, que j'ai appris par vous, m'a fait une peur horrible. Je lui en ai écrit. Je vous prie, toutes les fois que vous la verrez, ne manquez pas de lui faire des amitiés de ma part. Adieu jusqu'à l'arrivée de madame de Beauvau.
P. S. Vous mériteriez bien que je n'ajoutasse rien à ma lettre, puisque vous m'avez donné le dégoût de ne point m' écrire par les Beauvau. Il est vrai que vous avez écrit à l'abbé ; mais c'était pour le gronder. A sa place, je ne m'en plaindrais pas ; j'aime mieux l'injustice que l'indifférence.
J'ai été charmée de revoir M, de Beauvau. Je l'ai embrassé bien tendrement.
DE L'ABBÉ BARTHELEMY
A Chanteloup, ce il Juillet 17TI.
La lettre du baron ' , que je vous renvoie, nous a déchiré le cœur. Que je le plains I La grand'maman croit qu'il n'est pas convenable qu'elle écrive en pays étranger, et surtout à un homme chargé d'un ministère. Cependant elle voudrait que le baron fût instruit de l'intérêt et dès sentiments qu'elle conserve toujours pour lui. Elle vous prie instamment de le lui mander. Je lui écrirai incessamment, et je lui dirai la même chose. Quant au parti qu'il veut prendre, c'est une folie, à moins que l'air de Naples ne soit en effet aussi contraire à sa santé qu'il le dit, et que j'ai de peine à le croire. Quelle influence pourrait avoir cet air sur des vaisseaux dilatés dans la cuisse et la jambe? Il faut opposera cette crainte, peut-être imaginaire, la diminution énorme de son revenu, la cherté de la vie à Paris, les circonstances présentes qui rendent le séjour de cette ville si désagréable. Hélas I peut-être même qu'il ne serait pas en état de faire le sacrifice qu'il médite. Je lui ai ouï dire qu'il avait une partie de son bien en viager, et voilà que l'abbé Terray vient de décimer ces sortes de rentes. Je vous avoue que ce baron me paraît être un scandale de la nature. C'est l'homme du monde le plus aimable, le plus honnête et le plus malheureux I Je vous fais mon compliment
sur l'arrivée de M. et madame de Churchill. Je vous en fais un second sur celle de M. Walpole. Je regrette de n'avoir pas pu vous procurer le livre. II serait inutile de s'adresser à Caperonnier. L'original n'est pas à la Bibliothèque du Boi, mais au Dépât des alTaires étrangères, d'où l'on a extrait ce que vous avez lu. Je reviens toujours à vous protester que le refus ne vous est pas personnel, ni à M. Walpole. Des raisons trop longues à déduire, et dont la grand'maman vous a donné une idée, ont engagé à soustraire ce livre. Le grand-papa le tient sous la clef, et il Ta refusé tout récemment à des personnes qui le lui demandaient, sous prétexte qu'il l'a envoyé à Paris. Je vois avec un plaisir infini que vous passerez ce mois et le suivant dans le sein de l'amitié, et que vous viendrez de là vous replonger dans un autre sein. Mais pourquoi votre ami ne vous accompagnerait-il pas? La compagnie qui est ici partira à la fin d'août, On n'aura que peu de monde au mois de septembre, et ce peu n'effarouchera personne. 11 serait aussi libre qu'à sa maison de campagne. Je' pourrais, si je te voulais, passer toute la journée dans ma chambre ou à la promenade, et pour vous citer un exemple plus frappant, M. de Castellane, qui est parti il y a huit jours, a été des semaines entières sans même se mettre à table, Il paraissait un moment au déjeuner, revenait dans te salon après souper, et se retirait à minuit. C'était un petit rhume qui l'avait d'abord engagée ce genre dévie, et comme il s'en trouvait bien, il l'a continué jusqu'à la veille de son départ. Dd reste, il ne jouait jamais, car on ne
DE MADAME DO DBFlfAND.
force personne à quoi que ce soit, et je puis vous protester deux choses: l'une que l'on est parfaitement libre, l'autre que M. Walpole serait parfaitement bien accueilli, et que la grond'meman surtout en serait
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A LA SUCHESSE DE CHOISEUL
Paris, ce 15 Juillet 1171.
Paris se dégarnit tous les jours. Je ne fais de visites que dans les campagnes voisines, et même éloignées ; car Roissy ', où je fus souper hier, et dont je ne revins qu'à trois heures, ne peut pas être regardé comme voisinage. J'eus bien du regret d'avoir engagé à cette partie M. de Walpole '. Sa santé est très-délabrée et les veilles lui sont très-contraires. Tout ce que vous me dites sur lui lui fera un extrême plaisir, mais augmentera le chagrin de ne vous point voir.
L'incomparable me fait pitié. Il est aussi aveugle que moi à sa manière. Mais que le grand-papa ne se flatte point de gagner son pari ! il le perdra, c'est certain. L'incomparable est en effet incomparable dans sa faiblesse ; mais il l'a pour ainsi dire en détail, et non pas en gros. Ce sont des péchés véniels qu'elle lui fait faire , mais dont cent mille ne valent pas un péché ^ mortel ; et ce péché mortel, il ne le fera jamais I Le grand-papa me payera son pari ; il peut s'y attendre.
Je dirai à madame d'Aiguillon tout ce que vous me dites d'elle ^ La fortune de son fils ne lui tourne pas la tête ; c'est en vérité une très-aimable femme.
' Maison de campagne de Caraman.
3 II était arrivé à Paris le 10 juillet.
• Voir la lettre précédente de la duchesse de Cboiseul , du
juillet.
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DK HADAUB DO DEFPAND. 281
Madame de Luxembourg ne quitte pas les princes. Madame de La Vallière va beaucoup mieux. Je soupe quelquefois chez elle, en très-petite compagnie. On se relire avant minuit. Je lui parle toujours de vous, et vos amis absents ne vous sont pas moins attachés que ceux qui vous environnent. Voulez-vous bien dire pour moi mille choses à madame de Beauvauî Vous sentezvous capable d'embrasser le prince pour moi? J'ai la présomption de croire qu'il m'aime. Je ne vous dirai
s» CORBESPONDANCE
adoucir l'aigreur, et rapprocher l'éloignement que la différence de nos situations devait mettre entre nous. Aujourd'hui tout est changé. Son fils a la puissance ; il ne reste plus h mon mari que l'honneur, et ce serait une bassesse insigne à moi de chercher à plaire à madame d'Aiguillon. J'aurais l'air de quémander sa bienveillance, sa protection. Dieu m'en garde I Je n'ai plus besoin de plaire à personne, puisque personne n'a plus besoin de moi. Comment n'avez-vous pas senti cela, ma chère petite-filleï Comment avez-vous pu me compromettre d'une si étrange manière? Si je le disais au grand-papa, il en serait aussi blessé que moi. Grâce au ciel, nos sentiments sont conformes sur cet article, et il n'aura jamais, j'espère, à rougir des miens. Réparez donc le tort que vous m'avez fait; et si vous avez parlé, montrez plutôt ma lettre à madame d'Aiguillon que de lui laisser croire que j'ai voulu lui faire ma cour. J'aimerais mieux qu'elle sût ce que je pense de son fils, que de me supposer cette indigne intention I mais mon éloignement pour la bassesse ne doit pas me porter à t'insulte. Ce serait l'insulter que de le lui dire ; et elle n'est assurément pas faite pour être insultée. Si elle est digne de ce que je pense d'elle, ma raideur ne doit ni l'étonner ni l'offenser; mais elle ne doit pas non plus se croire redevable envers moi, si mon opinion n'est qu'une justice; si elle était une erreur, que m'importe l'impression que pourrait lui faire ce qu'elle appellerait alors nua brutalité? Encore une fois, montrez-lui plutôt ma lettre, si vous avez parlé, que de me laisser compromise d'une
DE HADAUB DU DQPFAND. 3ll3
' façon aussi flétrissante pour moi; et, une bonne fois pour toutes , mettez-vous bien en tête que vous ne devez faire ma cour à personne, ni m'attirer les services de qui que ce soit Je ne sais pas à qui je pourrais souffrir l'insolente prétention de m'en rendre. Je m'attends bien que vous trouverez que je prends le carême trop iiaut. Mais quand vous vous supposeriez dans ma situation, vous ne mettriez pas pour cela votre caractère à la place du mien , parce qu'on ne peut voir les mêmes objets de la môme manière qu'avec les mêmes yeux. Ainsi, quand j'aurais tort pour vous, il ne s'ensuivrait pas de là que j'eusse tort pour moi. Si, dans ta puissance de mon mari, vous m'eussiez vue protectrice, vous auriez raison de trouver mauvais que je ne voulusse pas être protégée aujourd'hui. Si, dans sa faveur, vous m'eussiez vue haute, dominante, insultante, vous auriez raison de trouver mauvais que je ne fusse pas aujourd'hui bisse, soumise, rampante. J'en appelle à M. de Walpole I Si vous ne m'entendez pas, un Anglais doit m'enlendre.
Je vous fais mon compliment sur le bonheur que vous avez de le posséder. Diles-lui, je vous prie, des choses infinies pour moi, et marquez-lui bien le regret que noua avons de ne pas le voir.
J'ai embrassé le prince pour vous. J'ai fait vos compliments à la princesse. J'ai montré votre lettre à l'abbé; j'ai rendu vos amours au grand-papa. Nous vous aimons tous, nous vous désirons tous, et moi plus que personne.
DE L'ABBË BâHTHÉLEMT
Chimtelonp, ce 19 juiUet 1771.
Je n'ai pas lu la lettre que vous recevrez aujourd'hui de la grand'maman ; mais elle m'en a dit le contenu. Je ne crois pas que les choses honnêtes que vous avez pu dire de sa part puissent produire un mauvais effet. Mais, enfin, sa délicatesse s'en est effarouchée, et elle a cru devoir la mettre à couvert par une protestation formelle. Tout ce que je crains, c'est que vous ne soyez affligée de ce petit événement. Je te lui ai représenté. Elle en serait au désespoir. Elle me charge de vous réitérer mille et mille fois toutes les protestations de tendresse et d'amour qui sont dans sa lettre. Vous n'avez pas besoin que je vous rassure sur la justice qu'elle rend à vos intentions. Non, certainement, vous n'en devez pas douter! Je sais tout ce que vous pourrez répondre, puisque, à votre place, j'en aurais fait autant, sans prévoir ce qu'elle craint. L'idée de la bassesse lui fait peur, comme si elle pouvait en être soupçonnée 1 J'ai quelquefois envie de composer une satire contre elle , et de lui dire qu'elle n'aura jamais d'expérience, qu'elle ne saura jamais évaluer la bonne opinion qu'on a d'elle dans le public, et qu'elle a des défauts énormes qui viennent d'un excès de vertu, de sentiment et de raison. Ne me regardez pas comme un monstre d'ingratitude. Eût-elle cent fois plus de défauts, je ne l'en